Marcel Gauchet: “Les vagues migratoires, une force de déstabilisation” [2/2] | Causeur

Marcel Gauchet: “Les vagues migratoires, une force de déstabilisation” [2/2]

Deuxième partie de notre entretien avec le philosophe

Publié le 16 mars 2017 / Société

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Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

On peut aujourd’hui observer des aspirations à une démocratie intégrale, ou à une hyper-démocratie, voire des débuts de réalisation. Pourrait-on assister à un dépérissement de la démocratie (sur le modèle du dépérissement de l’État) ? Ou verra-t-on, comme l’avait pressenti Tocqueville, la démocratie se retourner contre elle-même ?

La démocratie peut en tout cas subir un extrême affaiblissement. Nous sommes embarqués dans une évolution qui conduit à cette situation pour le moins étonnante : une démocratie qui ne se gouverne pas ! Elle a même ses théoriciens radicaux qui nous expliquent doctement que la vraie démocratie est une démocratie sans peuple et sans pouvoir. Il y a une forte logique dans cette vision. Elle est portée par la dynamique des droits individuels. Au fond, la démocratie, dans cette optique, cela se ramène à la protection et à l’exercice des droits fondamentaux de chacun. Après, à chacun de se débrouiller dans le bazar général. C’est évidemment à mon sens une impasse, en fonction de laquelle il va falloir retrouver la signification pleine de l’idée démocratique. Vous remarquerez d’ailleurs que lesdits peuples n’ont pas l’air de se satisfaire de la nouvelle de leur disparition et que les citoyens continuent de rêver de ce fameux pouvoir dont ils devraient se réjouir d’apprendre qu’il n’existe plus.

>> A lire aussi: Marcel Gauchet: “Le camp de la tradition a été balayé” [1/2]

Pensez-vous à la vogue des procédures « citoyennes » ou au succès médiatique d’expériences comme Nuit debout ? Peut-on assister à une dérive anarchiste de la démocratie ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la démocratie est hantée par l’aspiration à une démocratie radicale. Cela s’appelle « démocratie directe » et cela fait très normalement partie des tentations permanentes qui habitent les démocraties représentatives, avec les frustrations qu’elles suscitent inévitablement, même quand elles fonctionnent bien, ce qui n’est pas souvent le cas. Des « conseils ouvriers » aux « assemblées générales », l’idée renaît sans cesse. Nuit debout n’est qu’un épisode de plus et sûrement pas le dernier. Ce qui est intéressant dans la configuration actuelle, c’est que l’idée a pour elle la force de l’évidence des droits individuels, mais que cette force l’empêche en même temps de se concrétiser durablement. Pour que la démocratie directe fonctionne, il faut des collectifs bien identifiés, dont les membres se sentent partie prenante. Or le stade atteint par le processus d’individualisation rend ces appartenances problématiques. Un rassemblement aléatoire d’individus sur une place comporte son propre principe de dissolution.

Cependant, aujourd’hui on voit aussi émerger des démocrates musclés, voire autoritaires, comme TrumpPoutine ou Orban, qui ne sont pas vraiment nuit-deboutistes ! Pourquoi certaines démocraties réagissent-elles de la sorte au ressentiment populaire contre les élites ?

C’est un autre visage de la logique de l’individu. Quand celui-ci ne veut pas exercer le pouvoir lui-même – et très majoritairement, il ne le veut pas –, il veut au moins que ce pouvoir soit fortement identifié et qu’il soit pleinement exercé, de manière personnifiée. Or nos gouvernants actuels donnent une image de faiblesse profondément frustrante au regard de cette demande. François Hollande ne donne pas l’impression d’incarner le centre de commandement d’où tout part et tout revient. Une grande majorité de Français, en revanche, déclare adhérer à la proposition : « Il nous faut un homme fort pour remettre de l’ordre. » Un Trump ou un Poutine français répondraient

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    publié dans le Magazine Causeur n° 103 - Mars 2017

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    • 17 Mars 2017 à 7h42

      accenteur dit

      Et la différence entre le populisme reproché au FN d’une part et d’autre part le 49.3 à la Hamon et les menaces de manifs monstres de Martinez, c’est ?

    • 17 Mars 2017 à 7h35

      brindamour dit

      Donc avec de tels propos inquiets au sujet de l’ immigration à venir on ne risque pas d’entendre Monsieur Gauchet sur les ondes de la radio qui rééduque les méchants et les vilains: France Inter.

    • 17 Mars 2017 à 7h31

      brindamour dit

      Amis causeurs, je propose d’inclure dans la charte qualité de
      ces commentaires de ne plus répondre ou réagir aux délires, insultes, provocations, crétineries de Sancho Pansa.
      Le flot de ses conneries encombrantes qui n’apportent rien au débat devrait ainsi se tarir.

      • 17 Mars 2017 à 7h46

        accenteur dit

        brindamour
        Sommes-nous ici chez les Stasi-brothers ? NON !

        • 17 Mars 2017 à 13h15

          brindamour dit

          Rien à voir avec la Stasi. Il ne s’agit pas de censurer, d’interdire, d’enfermer.

        • 17 Mars 2017 à 14h55

          accenteur dit

          Moi le style de Sancho ne me gêne pas. Si je trouve la bonne réplique à faire, je réponds, si je ne trouve pas la bonne réplique, je ne réponds pas.
          Mais il faut de tout pour faire un monde et la mise à l’écart orchestrée, n’est pas ma tasse de thé.
          Avec un pseudo pareil, vous devez comprendre.

    • 16 Mars 2017 à 23h33

      Schlemihl dit

      Vilaine réalité , méchants petits faits ….

      Un Italien peut avoir les cheveux blonds mais un Allemand n’ est pas un noir . Un Italien non plus d’ailleurs . Ca ne marche pas . Un Russe doit être un chrétien catholique ( parfaitement ) de rite grec , un Polonais doit être un chrétien catholique de rite latin . Un Arabe doit être musulman et il n’ existe ni chrétiens arabes ni juifs arabes .Un Zoulou doit être noir , un Slovaque papiste , un Norvégien luthérien .

      Tout ça me donne envie de me gratter .

      Je ne sais pas ou va l’ Europe ( la vraie pas l’ UE dont tout le monde se fout ) .La mort , la guerre , la fermeture avec une intolérance furieuse ? Ceux qui nous promettent une Europe nouvelle enrichie et diversifiée se trompent probablement , mais même si ils ont raison , en quoi cela nous intéresse t il ? une civilisation suffisamment modifiée est une civilisation morte , et un Babylonien d’ il y a trois mille ans ne s’ intéresserait pas à l’ Irak .  

      • 17 Mars 2017 à 8h23

        accenteur dit

        Le continent européen s’est fait depuis plus de 2000 ans avec la pax romana. Les mm constructions romaines de l’Espagne à l’Allemagne (Trier) de l’Angleterre (Bath) à la France et l’Italie, la même langue, les mêmes lois.
        Les travailleurs frontaliers sont toujours passés d’un état ( dont les frontières ont souvent varié) à l’autre en fonction de l’offre d’emplois selon F. Braudel. La religion et ses variations, la langue même (shoes en anglais et chausses en français) unissent les Européens : qui se ressemblent s’assemblent mais en revendiquant chacun l’hégémonie et sa conséquence la guerre.
        Les autres continents différent. Qu’y pouvons-nous ? La langue, la religion, les lois, les mœurs. Sans parler des différences physiques qui peuvent créer un flottement (humour… lourd)au moment de la rencontre.
        Attendons, sur plusieurs générations, peut-être un jour lointain…Ne soyons pas trop pressés.
        Pour l’heure, demandons fermement aux immigrés de s’adapter à notre langue, lois, mœurs, parce que.
        Parce qu’on n’est pas des anges et que l’on peut tolérer mais pas trop.
        Leçon de l’empirisme: si l’on demande trop d’efforts, à un individu il devient agressif. De même pour un peuple.
        Pour le moment, gardons notre équilibre sans trop nous bousculer, un peu mais pas trop. Les paysages urbains changent trop, trop vite : quartiers, commerce, circulation, les moyens de communiquer changent, les paysages humains aussi. Nous n’en pouvons plus de nous adapter, même les caméléons fatiguent avec trop de changements et meurent.
        Piano, sano. Des migrants oui, mais pas trop.

        • 17 Mars 2017 à 13h50

          Schlemihl dit

          Accenteur

          vos propositions auraient été excellentes en 1975 . En 2017 il n’ est plus questions d’ être pressés , il est question de péril grave et imminent

          contre l’ extrême droite le crime l’ islamisme et de nouvelles expériences léninistes , on nous propose les verts ou M Fillon . Je préfère M Fillon mais il est un peu ” caudatus casserolitus ” comme disait Démosthène . Je crains que tout cela ne finisse mal , comme disait Herr Eselschwanze à Stuttgart en 1943 après 5 jours de bombardements jour et nuit .

        • 17 Mars 2017 à 14h51

          accenteur dit

          Mon message s’est barré et j’ai la flemme…donc au plus pressé, au fond du fond de casserole, je ne suis pas loin de penser comme vous : c’est trop tard à présent.
          Donc Fillon parce que pas les autres. “Que cela finisse mal” ? Croisons les doigts.

    • 16 Mars 2017 à 15h49

      AMA dit

      Il est indispensable pour la démocratie de disposer de forces de maintien de l’ordre au moins équivalentes à la menace que fait peser sur elle une coalition des mondes migratoire et révolutionnaires. Ceci est loin d’être le cas, ce qui oblige le gouvernement à négocier avec la menace. A partir d’un certain niveau de tension, de faiblesse du pouvoir et de concessions aux forces de désordre, la dictature deviendra inéluctable. Lequel, parmi les candidats, de par sa personnalité, est susceptible de contenir une pareille dérive?

    • 16 Mars 2017 à 15h01

      Sadim dit

      “Ce potentiel migratoire est gigantesque et représente une force de déstabilisation qui risque de s’imposer comme la question politique centrale en Occident.”

      Formulation polie. Cette question s’est deja imposee comme la question centrale en occident. C’est juste que les cyniques, leurs laquais et autres idiots utiles, qui nous dirigent creent des digues qui tiennent encore a ce jour.

      Ces fous nous abiment et nous font perdre notre temps mais il est impossible de lutter indefiniment contre la tendance de fond. Juste une question de temps. La fameuse “montee des populismes” n’est rendue possible que par l’entetement criminel de cette caste a rester sourd a la volonte des peuples.

      Si le prochain quinquennat ne s’empare pas de cette question en lui accordant toute l’importance qu’elle merite, le suivant le fera, ou le suivant…

      Le probleme est juste que la charge explosive s’accumule sans cesse et que, passe le point de non retour, elle explosera de facon non controlee!

      • 16 Mars 2017 à 15h10

        Sadim dit

        Une petite illustration juste pour rire:

        notre presse nationale se felicite aujourd’hui que la “vague populiste” hollandaise n’aie pas eu lieu! Elle oublie juste de dire que le parti de Wilders fait +58% en termes de deputes et que le 1er ministre sortant a considerablement durci son discours sur l’immigration donc, si victoire il y a, elle est de celles qui, repetees, fait perdre la guerre…

        • 16 Mars 2017 à 21h00

          Ambrosius dit

          Ne vous fatiguez pas à argumenter avec Sancho Torquemada, Sadim. C’est un hypocrite proche des fondamentalistes (de préférence islamistes) et absolument indécrottable du point de vue récupération: islamo-crétin il est, islamo-crétin il tient à rester.

      • 16 Mars 2017 à 15h36

        Sancho Pensum dit

        Tout à fait d’accord avec vous. La formulation est polie. Mais reconnaissez aussi qu’il est difficile pour un philosophe d’avouer : “il y en a marre de tous ces bougnoules !”.
        Alors on ergote, on paraphrase, on ratiocine, on se tortille du cul…

        • 16 Mars 2017 à 15h54

          Sadim dit

          Y en a marre de n’importe qui qui n’est pas nous et qui se trouve en grand nombre chez nous. Plus precisement, ce n’est pas qu’il y en a marre mais plutot que l’on a notre compte.

          Ce n’est pas parce que j’aime bien la biere que je suis tenu de vider tous les futs!

          Niez-vous la pertinence de concepts tels qu’identite et foyer?

        • 16 Mars 2017 à 15h59

          Sancho Pensum dit

          “Niez-vous la pertinence de concepts tels qu’identite et foyer?”
          Tout dépend des adjectifs que vous collez derrière.
          Ha ha ha ha !…

        • 16 Mars 2017 à 16h05

          Sadim dit

          Identite et foyer, sans aucun adjectif, nu comme des vers!

          C’est pertinent pour vous ou pas?

          A moins que vous preferiez ne pas repondre…

        • 16 Mars 2017 à 16h06

          Sancho Pensum dit

          Plaisanterie mise à part, je suis encore une fois d’accord avec vous, quand vous dites : “Y en a marre de n’importe qui qui n’est pas nous et qui se trouve en grand nombre chez nous.”

          Moi, aussi, j’en ai marre des gens qui ne me ressemblent pas. Des abrutis de nationalistes, de xénophobes, de racistes à cheveux blonds… Ah si je pouvais les expulser de mon beau pays, à moi que j’ai et qui m’appartient !
          Ha ha ha ha !

        • 16 Mars 2017 à 16h16

          Sadim dit

          Votre reponse demontre que vous n’accordez aucune pertinence au concept d’identite, ce que je voulais savoir et vous entendre dire. Mais vous n’avez pas assez de cran pour ca.

          Le concept d’identite est du reste tout a fait distinct de celui d’alterite, que dans votre confusion intentionelle vous melangez. Le simple citoyen, celui qui n’est pas forcement outille pour se proteger contre les charognards de votre espece, est en train de vous echappez alors rira bien qui rira le dernier…

        • 16 Mars 2017 à 18h37

          Sancho Pensum dit

          Sadam, avec vos grands mots et vos petits remèdes, vous n’avez pas l’impression d’être ridicule, même un petit peu ?

        • 16 Mars 2017 à 18h49

          Sadim dit

          Bien a l’abri derriere votre palissade et confortablement assis dans votre sofa, tout ca n’est sans doute pour vous qu’un passe-temps plaisant, qui en vaut bien un autre.

          Mais souffrez que d’autres que vous aient a coeur le sort des plus faibles qui se trouvent ecrabouilles par les interets que vous servez, et pour qui la question du ridicule n’est pas le probleme le plus urgent, et en tout cas certainement moins que celui de leur propre identite et de leur foyer!

          Je ne vous demande pas de l’honetete, juste de la dignite pour ceux qui souffrent reelement.

        • 16 Mars 2017 à 19h06

          Sancho Pensum dit

          Oh, vous allez me faire pleurer. J’ai vraiment de la peine pour les racistes, snif, snif,…
          Ha ha ha ha !

        • 16 Mars 2017 à 21h50

          scarlet dit

          Sancho: Ce dont on en a tous marre, ce sont des islamistes et de leurs soutiens inconditionnels, comme vous. De tous ces crétins qui nous rabâchent à longueur de journée que seuls les étrangers auraient le droit de faire valoir leur culture en France. Si vous vous sentez concerné, c’est normal!

    • 16 Mars 2017 à 14h32

      Robert39 dit

      Je note que le titre de l’entretien aurait pu être tiré d’un entretien de Jean-Marie Cassandre il y a 40 ans. No pasaran siempre.

    • 16 Mars 2017 à 13h53

      Habemousse dit

      « Sauf que si ils veulent consommer comme nous ils ne veulent pas pour autant devenir comme nous. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’un processus qui pourrait assez vite devenir ingérable…… D’autant que nous avons pris le parti d’organiser notre désarmement sur tous les plans, pas seulement militaire, mais plus encore intellectuel et moral. »  

      Sous le carcan d’une idéologie qui participe grandement à cet anéantissement et qui n’est jamais pointée expressément du doigt.

       Il me semble que votre démonstration se noie dans un discours abstrait, qui nuit à la force de son constat en multipliant les pistes de notre malheur. Heureusement, l’avant dernier paragraphe redresse la barre. 

    • 16 Mars 2017 à 12h45

      rolberg dit

      Le déclin de la démocratie fait le bonheur des religions, fondamentalement multinationales. Mais la religion c’est bon parce que c’est bon. Comme le capitalisme, le communisme…