L’effronté qui écrit pendant que Rome brûle
Nabe : autofiction et autodérision
Publié le 08 février 2010 à 6:00 dans Culture

Marc-Edouard Nabe.
Qu’il paraît loin le temps où Marc-Edouard Nabe arpentait les plateaux de télévision tiré à quatre épingles, arborant le style Brasillach, nœud pap’ et lunettes rondes de rigueur. À la sortie de son livre-scud Au régal des vermines en 1988, le jeune homme de vingt-six ans avait fait une entrée fracassante sur la scène médiatico-littéraire en provoquant l’ire des bien-pensants1. Se disant volontiers “très raciste”, Alain Zannini n’épargnait personne : c’est le monde entier qu’il aspergeait de sa bile encrée, à grands coups de saillies célino-rebatesques ! Face à son procureur d’un soir lui demandant s’il était antisémite, Nabe avait brillamment ironisé : “Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat, Maître Ben Cohen Solal de Schwartzenfeld !”
Vingt-sept livres plus tard, après nous avoir fait voyager aux confins de l’Orient, sur les traces de Saint-Jean à Patmos ou dans les palais présidentiels du raïs irakien, Nabe devenu quinquagénaire pose ses valises en plein Paris. Viré par un éditeur reconverti dans la pharmaceutique2, il publie seul un pavé de près de 700 pages. À tout seigneur tout honneur : avouons que l’autoédition de Zannini par Nabe3 sert l’autofiction.
Car, comme les précédents Nabe, L’homme qui arrêta d’écrire est un “roman” autofictionnel largement marqué du sceau de son auteur. Fait d’un bloc, sans division en chapitres, cette odyssée urbaine se lit d’une traite. On déambule avec l’auteur dans l’univers déréalisé du Paris post-moderne, ville-monde où tout réel semble aboli. C’est toute l’originalité du vingt-huitième livre que de dépasser le stade des formules assassines et autres méchancetés savamment distillées (“il est tellement pédé qu’on en oublie qu’il est noir”, “Pascale Clarke, quand on la voit, ça donne raison à tous les programmateurs qui ont préféré n’utiliser que sa voix”) pour proposer une critique radicale de l’époque.
Nabe s’y révèle étonnant de profondeur, comme si l’arrêt – momentané – de l’écriture avait aiguisé sa lucidité. Lui que l’on avait quitté dans les méandres de l’Orient, perdu dans l’alcôve d’une fille naturelle de Saddam ou en pleines considérations mystico-érotiques4 se fait médecin légiste des temps modernes. Il y a du Philippe Muray dans ce contempteur de la post-modernité triomphante où la dérision a supplanté l’humour, le “t’chat” sur Meetic la séduction, et les écrans d’ordinateur le papier soyeux des livres d’autrefois. L’ère du “Grand Spectacle décadent et décomplexé” rappelle le festivisme murayen ou le Baudrillard de La Transparence du mal, qui décelait un ‘processus viral d’indistinction” au cœur de la post-modernité. A l’heure de la fin des grands récits, la jeunesse dorée ne se bat plus pour une cause ou un grand sujet qui la transcende : le prolétariat, la révolution, la religion et la littérature font figure de mythes surannés. Nabe dépeint sans amertume cette jeunesse qui ne lit plus mais se contente de surfer entre deux réseaux, qui a abandonné la passion du vivre pour celle du spectacle, et pour qui l’art se confond avec la sous-culture publicitaire.
En jeune vieux revendiqué, Zannini aime sourire de cette bande d’étudiants attardés qui n’ont jamais entendu parler de Dante mais savent tout du dernier iPod. Ayant posé sa plume, il peut se prélasser dans les bars et boîtes branchés à écouter les discours convenus de pseudo-artistes se sentant si bien dans leur époque. À vingt-cinq ans, il les aurait sans doute – littérairement – assassinés. À cinquante, Nabe prend plaisir à contempler ce vide frivole, ces beautés féminines asexuées qui préfèrent les plaisirs virtuels au sexe.
Décidément, l’érotisme n’est plus ce qu’il était : même la “boîte à touze” transpire la baise mécanique entre couples-consommateurs. Je te passe ma femme, tu me prêtes la tienne… L’échangisme nouvelle génération marque la fin de l’échange gratuit. C’est Mauss qu’on assassine ! Degré zéro de l’érotisme, symbole d’un monde où la jouissance est obligatoire mais l’improvisation interdite. Nabe vitupère la marchandisation des corps, notant au passage le génie de la post-modernité qui a inventé l’orgie puritaine (tu me regardes m’exhiber mais défense de me toucher !).
Tout en méprisant Marx, Nabe a tout compris du fétichisme de la marchandise qui colonise les relations sociales jusqu’à faire de nous les esclaves de la “marchandisation globale”. Les nouvelles servitudes de l’homme blanc se font sur le signe de l’émancipation et de l’injonction à être libre. Dans ce monde transparent, la contestation se voit systématiquement récupérée par le système, les conspirationnistes servant d’idiot utiles d’un impérialisme qu’ils prétendent combattre.
Les élucubrations délirantes d’un apprenti complotiste pourfendeur du supposé complot judéo-maçonno-franc mac’ fournissent d’ailleurs les passages les plus hilarants du roman, et l’ironie mordante du Nabe narrateur est sans doute la meilleure réponse à ses détracteurs – dits – antiracistes.
Ceci dit, Nabe n’est pas Lukacs. Encore moins Clouscard. Le lecteur se félicite que Zannini n’ait pas remisé son style chevaleresque au placard. L’Homme qui arrêta d’écrire recèle de trouvailles romanesques, et entre deux aphorismes percutants (“l’humour n’est jamais loin de l’horreur en ce début de siècle”, “le chez soi immobile est remplacé par le dehors ambulant”), Nabe nous entraîne dans sa fantasmagorie habituelle. L’écrivain sevré n’hésite pas à faire ressusciter un libraire médiatique mort au sixième jour de son épopée, avant de se mettre en scène étreignant une jeune femme à la maison de l’Iran, se faisant ratonner par des flics issus de la diversité5 puis subissant un racket qui vire au jeu enfantin…
Là où tant d’auteurs germanopratins narrent les affres de leur dernière cure de désintoxication, Nabe redécouvre la vertu cathartique de l’écriture sur le mode de l’inversion. Celui qui renonce à l’écriture ne peut plus se soulager du nihilisme (de ses) contemporain(s). In fine, écrire ne revient qu’à refuser l’univers tel qu’il est pour en construire un autre.
Le précieux volume refermé, on se dit que toute la force du livre tient en cette belle formule : “dans la minablerie apparente de l’existence de tout vrai artiste, il faut savoir voir toute la lumière qu’elle recèle, qu’elle protège même”.
Et si c’était cela, la philosophie nabienne ?
- On se souvient de sa prestation remarquée sur le plateau de “Apostrophes” et des coups de poings décochés par un futur-ex conseiller culturel de l’Elysée à celui qui allait devenir l’écrivain français le plus détesté, pardon le plus doué de sa génération. ↩
- Nabe évoque le rachat en 2005 de la majorité des actions des Editions du Rocher par le groupe Privat, dont l’actionnaire principal n’est autre que la compagnie pharmaceutique Pierre Fabre. ↩
- Tiré à mille exemplaires puis réimprimé, L’Homme qui arrêta d’écrire est disponible sur marcedouardnabe.com (achat en ligne obligatoire). ↩
- Qui d’autre que Nabe oserait aujourd’hui écrire “Elle est belle, la salope”, en parlant d’une mosquée ottomane ou décrire le chapelet “clitoridien” d’un pope orthodoxe ? cf. Visage de Turc en pleurs (Gallimard, 1992) et Alain Zannini (M.E. Nabe, 2002). ↩
- Expression labellisée par la HALDE, le MRAP et Lilian Thuram. Que leurs noms soient sanctifiés. ↩
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L'auteur
Daoud Boughezala est rédacteur en chef adjoint de Causeur.
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Grandgil dit
Sacré Louis, je viens de voir votre réponse et votre deuxième com, beaucoup de fraîcheur et de prétentions post ados, c’est très mignon.
felix d dit
@Louis75
Si on le trouve encore, essayez tout de même “La Marseillaise d’Albert Ayler”.
Quelques dizaines de pages magnifiques.
Nabe, c’est connu , est un très subtil amateur de Jazz.
Ses pages sur Monk, Chet Baker, Billie…sont définitives.
Louis (aussi) dit
Quand j ‘ai vu étudiant à pipo, j’ai craint le pire. Quand j’ai vu le sujet mes craintes se sont renforcées. Quand j’ai lu l’article elle se sont vérifiées. Nabe traîne avec lui un cortège de médiocrités qui rejaillissent dès qu’on veut l’admirer. A part ça, je suis content de voir quelqu’un de pipo écrire dans Causeur, t’es en quelle année?
A bientôt peut-être en péniche
irreversible dit
@Louis75
Si je vous rejoins totalement dans votre approche de la langue célinienne, je vous comprends moins lorsque vous écrivez :
“J’ajoute : Monsieur Ouine est un roman extraordinaire. Au moins partageons nous la même admiration pour Bernanos.
D’accord sur Bloy, c’est un croyant, donc une truffe. Comme Nabe.”
Vous allez un peu vite en besogne sur Bloy. “C’est un croyant donc une truffe” est pour le moins radical et pas à la hauteur de votre développement sur la littérature et Céline. Si tous les écrivains “croyants” étaient des truffes, il faudrait d’urgence, à commencer par Bernanos, revoir nos modèles littéraires des siècles passés.
Louis75 dit
• Felix, Marquise et autres geeks nabiens.
Un bon papier sur Nabe, ah bon. Pas si mal, c’est vrai. Qui sent un peu le geek malgré tout. Qu’on s’intéresse à son travail ? Ben tien. Qu’on achète son livre aussi pendant que vous y êtes. A la rigueur si l’un d’entre vous me le prête, je veux bien me fader ce grand feu d’artillerie contre l’époque. Son travail, c’est mon argent, vous l’oubliez un peu vite.
Déjà, je n’aime pas la couverture. Grosse typo racoleuse, qui occupe tout l’espace, et le nom de l’auteur dans un corps aussi gros que le titre. Le mauvais goût par excellence. Je n’aime pas non plus le titre. On ne dira jamais assez le désastre du pronom relatif dans un titre. Même Ouest-France ne le fait plus. Ça fait amateur. Passons. Personnellement je me suis fadé presque tout Nabe, j’ai bien peur de ne pas avoir le courage de m’engouffrer à l’intérieur de cette enclume. Nabe critiquant l’époque, elle est bonne, on peut dire qu’il n’a pas choisi la facilité. Bien que Daoud s’emploie dans son billet à nous dire qu’il le fait lumineusement, ça me bouscule pas les systoles. Notre époque pulvérule bien trop d’elle-même des myriades de microparticules de merde à tous les étages. La mondialisation, sans doute.
Et là, vlan, on retombe sur… Céline. Parce que Nabe nous gonfle avec Céline depuis maintenant presque trente ans. Je devrais écrire, se gonfle. Nabe n’est pas Céline, point. Je préfère me retaper la trilogie. Quand on peut s’intéresser à un géant on ne perd pas son temps à virevolter autour d’un nain. C’est aussi simple.
Daoud est tout jeune. Et puis Science Pipo ne fabrique pas des affranchis. Il pense avoir trouvé son Céline. Qu’il embarque avec lui les naïfs, ensemble ils feront un bon voyage, mais sans moi. Nabe aurait pu parler d’autre chose que de son époque. Elle est moche, elle pue, elle est morte, et on n’a besoin de personne pour s’en apercevoir. Nabe n’est pas Rebatet non plus – qui était un maniaque de la concordance des temps. Il est trop tard pour Les Décombres II. C’est plutôt l’époque qui raconte Nabe. Je lui concède des éclairs étoiliques, ça et là, mais il est bien trop autocentré, écrasant de fatuité, et sa langue écrité si habile qu’elle soit continue de se fondre dans la camisole contemporaine. Il est, en somme, encore trop journaliste, ou victime de son époque, ce qui veut dire la même chose. Enfin, bonne lecture quand même
felix d dit
Un bon papier sur Nabe et voilà qu’on s’étripe ici sur Celine ! Hors sujet les jeunes!
S’il est un grand lecteur et admirateur de Louis Ferdinand, Nabe mérite d’abord qu’on s’intéresse à son travail à lui , depuis le “Régal” et “Nabe’s Dream” jusqu’à aujourd’hui…
Faut lire les jeunes!
Pas seulement com-men-ter!
Lire!
Marquise dit
Bah, ce Nabe a au moins le mérite d’avoir énervé l’immonde Morgan Sportès sur le plateau d’Apostrophe, et d’apprécier le regretté Barney Wilen. C’est déjà ça ! Comment, vous ne connaissez pas Barney Wilen ???
Louis75 dit
• Nadia.
Bises transmises. Bonne nuit.
Louis75 dit
• Grandgil.
Non, vous ne m’avez pas lu. Pour preuve, à aucun moment je n’ai laissé entendre que la littérature excusait l’ignoble. Je ne sais pas où vous avez été cherché cette assertion dans mes interventions. En revanche, j’ai dit que nous pouvions essayer de comprendre, et, dans le cas de Céline, j’ai ajouté qu’« expliquer, c’est se perdre ». Pouvais-je faire plus simple ? Mais comprendre ne semble pas être votre fort. Vous aimeriez avoir plutôt un côté Saint Just (« Je ne juge pas, je tue. »), vous connaissez bien sûr ce dégénéré trancheur de cous.
Sûr que vous, vous ne risquez jamais l’empilage d’idées, ni le fatras ni l’absons, puisque la communication servile vous tient lieu d’expression – votre blog critiquoïde de faux rebelle en témoigne. Depuis votre première intervention sur ce fil, vous bavez péniblement, distribuant comme le loquedu que vous êtes des sentences de petit prof frustré. Votre blog, encore, montre bien qui de nous deux est éperdu de reconnaissance. J’aurais honte de m’étaler comme vous avez choisi de le faire. Je préfère de loin ma pathologie singulière à la vôtre, grégaire, bêleuse, grasse du bide, en tout point à la hauteur de notre époque formidable.
Y a bon salmigondis. Mais il faut le palais pour, de la papille discriminatoire. Vous êtes plutôt du genre à vous charger à l’entonnoir. Vous remplir d’une traite est à coup sûr l’une de vos obsession. Le goût contre la quantité, un classique. Il eût été un double signe d’intelligence de votre part que vous ne fantasmiez pas en me lisant ni ne me lisiez en fantasmant. Je participe à un fil, j’écris pas un billet sur Causeur ; je précipite des idées dans l’éphémère d’un lieu imposé, je n’écris pas une thèse, ni un essai ni un livre ; moins abruti de tautologie, vous eussiez pu en tenir compte, histoire de ne pas ramener votre hure de princesse hystérique comme un cadeau du divin dans une discussion qui ne vous demandait rien, sauf de vous y mêler vraiment, elle était là pour ça. Loupé, vieux. Votre baratin ex cathedra échoue ici sur un mur qui parle. Etonnant.
Qu’avez-vous contre l’affrontement ? Il est la moelle démocratique. Vous devez l’aimez vous la démocratie, non ?
Lisez Freud et ses affidés, vous sortirez du cercle animal. La pulsion n’est pas la bête, pas l’instinct, seulement l’enfant en chacun d’entre nous, un enfant sur le chemin de la compréhension de ses pulsions et de ses instincts. Nous sommes bien d’accord que le taf reste à faire.
En cadeau, un aphorisme de Céline, qui vous va comme le soleil à un cul de Brésilienne : « Le bonheur, c’est parler de rien. » Continuez dans le bonheur…
J’ajoute : Monsieur Ouine est un roman extraordinaire. Au moins partageons nous la même admiration pour Bernanos.
D’accord sur Bloy, c’est un croyant, donc une truffe. Comme Nabe.
Grandgil dit
Je vous ai lu, Louis, c’est un fatras sans nom, terriblement abscons. Un empilage d’idées sans queue ni tête qui me ferait presque penser qu’il tient de la pathologie. La littérature n’excuse jamais l’ignoble. A Céline ou Nabe, je préfère de loin Bernanos, qui reste aussi mal lu à son époque que maintenant. Et non Bloy qui sonne finalement creux.
Tout cela je l’ai déjà lu, entendu, c’est terriblement lassant cette justification par l’art, la littérature de pulsions mortifères, ou plutôt morticoles. Tout comme ce salmigondis sur le politiquement correct qui n’est qu’une que le symptôme d’une soif éperdue de reconnaissance que l’on sait impossible à étancher. Je m’en tiendrais là, tout affrontement serait sans fondement. Je le refuse, il n’a aucune légitimité à part la mesure d’un rapport de forces, cette société se basant encore sur le rapport de forces, et finalement notre animalité.
Nous ne sommes pas encore humains…
nadia comaneci dit
Louis est revenu et ça déménage enfin sur Causeur ! Merci d’avoir ouvert la fenêtre pour faire entrer l’air, la langue et surtout le style cher Louis, bise à ta femme juive (preuve s’il en était besoin que tu es un homme de goût) et à ton fils.
Louis75 dit
• Aldo.
Voyons, le point G n’existe pas.
maxime dit
Je me demande si Nabe n’a pas refait un livre, lui qui voulait arrêter d’écrire, afin de faire le remake du “voyage au bout de la nuit” de son idole.
Un remake d’aujourd’hui qui décrit avec une précision chirurgicale notre époque décadente.
Je suis en cours de lecture,.
Un truc aussi. Quelle plume Nabe en tout cas : un aigle !!
Aldo dit
Loi de Godwin, quand tu nous tiens…
Louis75 dit
• Grandgil.
S’il est une atttitude parmi toutes qui parle sans néanmoins ne jamais rien dire d’important, convenez que vous l’avez adoptée. Souvenez-vous du trait de Max Jacob (de mémoire) : « Seul ce qui est nommé existe. » Des noms, Monsieur, vous verrez, la matière n’en sera que plus vivante. On ne dit pas « […] beaucoup ci-dessous, c’est d’être judéophobe », mais on interpelle la bonne personne, surtout quand on parle de judéophobie. D’autre part, je n’ai pas du tout compris votre sortie sur le politiquement incorrect, d’autant que vous incitez « les gars », dont je suis, à l’être vraiment. Ça m’intéresse. De plus vous classifiez, et machin (pour celui-ci) se trouve « de droite extrême ». Mais qui es machin/celui-ci ? On aimerait savoir, cher nébuleux intervenant. Il est très désagréable et improductif de se sentir visé sans l’être. Je suis tenté de vous dire, par politesse, car poli je suis, que la notion même de politiquement correct et juste un attrape-gogo circonstanciel, qui blesse des cœurs, détruit des arbres et fait peur aux écureuils. En réalité, c’est moche votre façon de procéder, très faux derche. Quelque chose me dit que vous n’avez rien compris de ce qui a essayé de se dire ici, et encore moins de ce que j’ai essayé de dire sur Céline et les propriétés émancipatrices de sa langue. Je ne me sens pas du tout fan-club. La réflexion sur Nabe débouche invariablement sur Céline. Nabe se veut Céline, et il ne l’est pas littérairement. Nous parlions littérature, vous ne l’avez pas compris, très bien. Je pourrais pour ma part me lancer dans un échange passionné au sujet d’une bonne dizaine d’écrivains, et il ne faudrait pas me forcer pour en ajouter dix de plus. Je pense aussi que Manchette est totalement surévalué, c’est un écrivain pour journalistes, donc pour gauchistes de bases. Son apport à la littérature est nul. Ses livres illisibles. Chiants. Là encore les amusements d’une époque révolue. J’ai tout Manchette à la maison, il me tombe des mains. La Noire est très rapidement périssable. La faute à personne. On n’y trouve jamais une charge réelle contre la seule domination qui tue l’individu en le laissant vivant jusqu’à la mort, la langue, les mots. Céline s’est employé à définir le sens du combat. C’est quand même autre chose. Absalon de Faulkner brûle également tout sur son passage. Nabe, de son côté, malgré tout son talent, fait semblant, voilà ce que j’ai tenté de dire. Je m’en vais déposer un baiser dans le cou de ma femme juive, et jouer un petit moment avec mon fils, juif forcément. Je crois bien que je suis follement judéophile, en chair et en esprit. Souvenez-vous, nommez.
Grandgil dit
Nadia a tout à fait raison, si on se limitait à lire les héros, on ne lirait pas grand-monde, mais un anti-héros qui écrit n’est pas toujours un bon écrivain.
nadia comaneci dit
Au contraire, Louis, reviens. Les sites sur lesquels il est encore possible de citer Céline sans qu’il s’agisse d’une castafiore québéquoise ne sont pas si fréquents. Tu as tout à faire sur Causeur. Vraiment.
Gérard, si on se limitait à lire les héros, nos bibliothèques seraient bien chétives. Vous pourriez vivre sans… Aragon au hasard ? Il est loin d’être exemplaire, le fou d’Elsa.
Grandgil dit
Non Eirc, c’est une sorte de défouloir pour autistes.
Grandgil dit
Peut-on séparer l’homme Céline de son écriture ?
Bien sûr, mais pas dans ses pamphlets antisémites où sa haine de l’humanité avait trouvé un bouc-émissaire, les juifs.
Quant à Manchette, on peut lire son journal sans partager une seule de ses convictions et trouver qu’il a de la littérature un point de vue sans équivalent actuellement, loin devant Nabe.
Mais je dis ça je dis rien comme dirait l’autre car les infréquentables ont leur fan-club de disciples ayant abandonné tout esprit critique quant à leur idole, à laquelle il s’identifie, car ce sont souvent de sages et bons garçons bien dociles qui se rêvent en voyous balançant des énormités.
Eric G dit
Rassurez-moi, c’est un blog Skyrock ici ?