La guerre au Mali n’est pas notre Vietnam
Drones vs. attentats suicides : qui sont les plus grands criminels ?
Publié le 04 février 2013 à 9:00 dans Monde
Mots-clés : Islam, Mali, Opération serval

Il faut se faire une raison : la guerre chevaleresque, celle où les protagonistes se combattent sans merci, mais avec respect mutuel, fait désormais partie des légendes historiques illustrées par des œuvres littéraires grandioses mais surannées. La guerre ne fut jamais uniquement une affaire de gentlemen, pas plus que le simple affrontement d’ignobles salopards. Il y eut des hommes d’honneur dans la Wehrmacht nazie, et des pillards, violeurs et assassins dans les armées alliées. À la symétrie des forces correspondait une équivalence de la qualité morale d’ensemble des forces engagées (cela ne vaut pas, bien sûr, pour les hauts responsables politiques et militaires).
Dans nos modernes guerres, dites asymétriques, où des Etats développés et technologiquement avancés affrontent des entités non-étatiques ne disposant que d’un armement primitif, voire artisanal, il en va tout autrement. Le « faible » ne cherche pas à vaincre militairement l’adversaire, mais à ôter au « fort » la légitimité politique et morale de poursuivre son combat. Cette stratégie avait déjà été celle qui permit au général nord-Vietnamien Vo Nguyen Giap de venir à bout de la super-puissance américaine en 1975 : les offensives nord-vietnamiennes de la fin de la guerre, très coûteuses en vies humaines pour les assaillants, ne visaient pas des objectifs stratégiques majeurs imprenables, mais à tuer le maximum de soldats américains pour démoraliser l’arrière. Le taux des pertes nord-vietnamiennes était dix fois plus élevé que celui de l’US Army, mais cette dernière dut plier bagage en catastrophe, car la société américaine ne supportait plus de voir chaque jour à la télévision des avions remplis de cercueils décharger leur macabre cargaison. C’était la version terrestre de la tactique des kamikazés1 utilisée par le Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, la propagande communiste, relayée par les organisations pacifistes en Occident, se déchaînait pour dénoncer les crimes commis contre la population civile par le corps expéditionnaire US. Bien souvent, ces « crimes de guerres » étaient de la pure et simple invention, ou le résultat de tactique délibérée des militaires nord-vietnamiens d’agresser leurs ennemis à partir de zones densément peuplées.
Mais il s’agissait encore de l’affrontement d’armées dites régulières, et d’Etats rationnels capables de régler un conflit de manière classique (cessez-le-feu, armistice, négociations et traité de paix). Une amnistie générale était régulièrement incluse dans les accords de paix.
L’incrimination systématique de l’ennemi, et son assimilation aux grands criminels politico-militaires du XXe siècle n’était pas encore devenue un élément central de la rhétorique guerrière et une arme décisive dans un champ de bataille mondialisé, où l’opinion publique des pays démocratiques est objet de toutes les sollicitations.
À la différence des guerres post-coloniales, le conflit en cours entre les islamistes radicaux et les démocraties occidentales et leurs alliés n’est pas destiné à trouver une issue classique, comme celle décrite ci-dessus. Les jihadistes de toutes obédiences ne poursuivent aucun autre objectif ultime que l’établissement d’un califat mondial. Ils entendent l’imposer non seulement au Dar al Islam, les terres considérées par eux comme terre d’Islam, mais également au Dar al Harb, le territoire de la guerre, dominé par les infidèles, mais où les minorités musulmanes sont, à leurs yeux, l’avant-garde de l’islamisation future de ces pays. L’irréalisme de ce projet n’empêche pas ceux qui le portent de croire dur comme fer à son avènement inéluctable. Il ne peut donc pas s’établir entre les protagonistes de compromis westphalien assurant, pour un temps indéterminé, la paix et la prospérité des régions concernées.
Du côté occidental, il n’est plus tabou d’affirmer que le but ultime de la guerre est l’éradication (en langage clair, l’anéantissement) des terroristes jihadistes, comme l’a déclaré Jean-Yves Le Drian au début de l’opération Serval au Mali.
Dans cette lutte contre les groupes armés islamistes radicaux, une arme s’est révélée redoutablement efficace depuis sa généralisation en 2008 : les drones dotés de missiles capables d’atteindre un objectif de taille limitée avec une très grande précision (frappes chirurgicales), et dont l’utilisation présente zéro risque pour le militaire chargé de guider l’engin à partir d’une base située en Floride ou au Nevada. Elle a permis l’élimination ciblée de chefs jihadistes au Pakistan, en Somalie et au Yémen, ainsi que d’unités combattantes de talibans en Afghanistan. C’est l’exact inverse de l’arme préférée des terroristes islamiques, l’attentat suicide : elle cible l’ennemi repéré, identifié et lui seul. Elle ne met pas en danger la vie de celui à qui on ordonne de l’utiliser. L’attentat suicide, modèle islamique, tue à coup sûr celui qui le perpètre, vise essentiellement des civils innocents, et exceptionnellement des forces armées ennemies.
La diabolisation de la guerre des drones est donc devenue une priorité des jihadistes, car elle leur cause des dommages considérables. Ils essaient donc de monter en épingle les inévitables « bavures » que même les armes les plus sophistiquées ne peuvent éviter, surtout lorsque les terroristes se terrent à dessein au milieu des populations civiles qui n’en peuvent mais. Chez nous, quelques idiots utiles, modèle Hessel, s’empressent de leur faire écho. L’attentat suicide ? C’est pour ces mêmes imbéciles le dernier recours du dominé désespéré, donc moralement moins condamnable que le drone diaboliquement techno. C’est un point de vue…
- On ne répétera jamais assez que kamikazé se prononce avec un é ouvert, comme karaté, et que ses objectifs étaient uniquement militaires, à la différence des commandos suicides jihadistes abusivement assimilés aux aviateurs japonais sacrifiés. ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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81Tyrol dit
“On ne répétera jamais assez que kamikazé se prononce avec un é ouvert, comme karaté, et que ses objectifs étaient uniquement militaires, à la différence des commandos suicides jihadistes abusivement assimilés aux aviateurs japonais sacrifiés.”
Hum. http://www.zen-occidental.net/articles1/baran1.html
Bibi dit
@kravi à 16h36
Ça ne va pas?! Traitement barbare aux barbares?
Peut mieux faire que dégrader ses normes morales pour atteindre son objectif!
C’est là qu’on voit l’hypocrisie des aisselles-compatibles.
a2lbd dit
En face des aisselles compatibles les deus adorants !
Quentin albert dit
Bibi, le double langage que vous mettez en évidence, à juste titre d’ailleurs, est également à l’oeuvre lorsque toutes les télés nous servent les reportages sur la “libération” des femmes maliennes qui peuvent enfin tomber le voile! Enlevez ce voile! Vous êtes libres maintenant! C’est ainsi que nous était présenté un instit malien qui s’adressait à des gamines couvertes d’un tchador.
Il m’avait semblé que ces mêmes médias étaient beaucoup plus tolérants quant à la signification de ce voile en France…
Bibi dit
En effet, et ce n’est pas qu’un double langage mais une pondération différentielle, autrement connue sous “deux-poids – deux-mesures”.
Je suppose qu’aucun reportage ne sera consacré à la nouvelle règle du Hamastan, obligeant les femmes de porter le “voile” à l’université.
Bibi dit
Vu les crottes de moucherons déposées, dois-je réviser mon estimation de 10h29 ?
Il faudrait tout de même que l’on soit en mesure de connaitre les nombres de victimes, des
terroristes islamistes armésmilitants et desnon-armésinnocents que ceux qui nous défendent ont fait. La guerre a des lois qu’il ne faut pas transgresser quand on est une armée régulière, aux ordres d’un appareil d’état démocratique!xray dit
@ Pirate :
Sauf votre respect, cher Pirate, si je vous rejoins sur l’essor des Khmers rouges en raison (entre autres) des bombardements US, je pense que vous avez tort sur le Laos, non pas quand vous dites que le Pathet Lao était une force militaire très faible, c’est exact, mais le pb était que le Laos, officiellement neutre et démilitarisé, était parcouru par des divisions entières de Nord-vietnamiens, au début pour descendre vers le Sud Vietnam par les réseaux de la piste Ho Chi Minh, puis par la suite et très clairement pour se rendre maître du Laos.
Je ne partage pas non plus votre conclusion quand vous dites que le capitalisme a gagné. Demandez aux opposants politiques et aux avocats en taule actuellement au Vietnam ce qu’ils en pensent….
pirate dit
D’une capitalisme et démocratie sont deux choses différentes, le capitalisme règne en maître en Chine, certainement pas la démocratie. Secundo c’est assez facile de refaire le Vietnam aujourd’hui mais le Laos comme le Cambodge étaient des zones de passages des VC et des nord vietnamiens, et tous les moyens possible ont été inventé pour en finir avec cette fameuse piste alors que le Triangle de Fer au dessus de Saïgon était déjà sérieusement bien pourvu en armes, en munitions en infrastructure. Si le Têt a totalement pris le commandement par surprise c’est parce qu’il n’y avait pas une piste, mais des pistes Ho Chi Minh. Mais pour le Laos l’installation et la prorogation du trafique d’héroïne à destination au départ du vietnam a non seulement favorisé le pourrissement de la situation politique locale, mais qui plus est à a eu des conséquence sanitaire bien réelle sur l’armée américaine elle même. 33.000 junkies quand même de retour du Vietnam… Mais c’est surtout la politique globale des Etats Unis qui a été inepte dans la conduite de cette guerre. La vietnamisation aurait dû intervenir largement plus tôt, la débauche de moyen était inutile, l’usage de défiolant en réalité contre productive politiquement et militairement, l’emploi d’un contingent gigantesque composé de gamins mal entrainés, en lieu et place de petites unités de guerrilla, une bêtise quasiment criminelle. Pendant que les SOG, les LURP, les SEAL, les Forces Spéciale, et les unités Delta faisaient un travail de fond bien réel, l’état major foirait tout ca en soutenant des gouvernements corrompus, en lancant des batailles de type Guerre 14 (voir l’épisode Hamburger Hill) en déplaçant des populations sédentaires et paysannes. D’ailleurs ca me rappel ce livre et ce film dont j’ai oublié le titre où un petit pays déclare la guerre aux Etats Unis parce que son roi a remarqué que chaque fois qu’un pays perd contre les USA ils s’en sort très bien après, aidé par les USA, comme le Japon et l’Allemagne, le petit roi vit dans un pas ruiné. Les ennuis commence quand le dit minuscule pays avec son armée féodale gagne…
pirate dit
ah ca y est je me souviens du bouquin et du film (1959) : la souris qui rugissait.
nadia comaneci dit
Pas le temps de lire les coms, mais tout ce qui peut bouziller du terro me va, avec ou sans drône.
C’était ma minute Chuck Norris assumée.
kravi dit
C’est dommage, vous avez raté une nouvelle salve de vos amis contre cet Israël qu’ils veulent protéger de lui-même.
À part ça, Chuck, I agree.
nadia comaneci dit
Israël ??
Pourquoi Israël, l’article n’en parle pas ou ai-je mal lu ?
Misère, je suis maudite ))
Chuck et Rambo cher Kravi !
Eugène Lampiste dit
pourquoi seulment norris, nadia ?
je serais favorable à envoyer tous les expendables, moi.
Quentin albert dit
Tout ce qui peut bousiller ce que moi et mes copains je considère comme un terro, nuance.
Contrairement à ce que vous semblez croire, ou à ce qui vous arrange de croire, la notion de terroriste est éminemment mouvante et subjective.
Je ne vais pas revenir sur la nuance subtile terrorisme/terrorisme d’Etat.
Qui appelle encore aujourd’hui les combattants du FLN des terroristes?
Je pense qu’il faut combattre nos ennemis (encore faut-il savoir les définir et s’accorder sur leur qualité d’ennemis) mais ce que je trouve insupportable c’est cette façon de se donner bonne conscience, de se dédouanner en faisant de cette ennemi un terroriste, coupable, forcément coupable.
eclair dit
@quentin
moi.
des types qui pose des bombes tue des civils sont des terroristes.
C’est pas les pires les pires c’est les porteurs de valise! des crevures.
nadia comaneci dit
Oui oui, les islamodingos sont des terroristes, des coupables, des malades, pas de quartier, pas de scrupule !
Eugène Lampiste dit
et dormons tranquilles.
laborie dit
En short moulant battle dress, ça doit l’faire…
xray dit
Eh oui, la guerre du Vietnam fut un grand malheur. Mais un malheur bien plus grand pour le Vietnam, pour le Laos et pour le Cambodge fut que les Américains la perdirent…
pirate dit
si le cambodge et le Laos tombèrent aux mains de communistes ce fut en grande part à cause des américains. Le Paphet Lao comme le Khmer rouge étaient minoritaire et désorganisé, les Khmer contestant l’autorité de Norodam Sianouk alors qu’il était éminement populaire au Cambodge, sans la politique de bombardement au Cambodge, sans le débordement de la guerre au Laos, entre autre pour favoriser le trafique de drogue afin de disposer de fond pour une guerre clandestine, les Khmers n’auraient jamais recruté aussi massivement et le Paphet lao serait resté cette organisation clandestine et minable qu’elle était. D’ailleurs le Vietnam fait aujourd’hui du business avec les USA, et leurs nouveaux amis chinois, en clair la véritable victoire est du côté américain et capitaliste.
kravi dit
C’est instructif, la lecture des commentaires. Luc Rosenzweig écrit un article pour parler des guerres asymétriques dans le contexte présent de la lutte antiterroriste. Deux réactions me paraissent symptomatiques du climat actuel.
1 – Caton l’ancien y voit une défense inconditionnelle d’Israël alors que la seule référence indirecte à Israël est le mot Hessel. Comme quoi, on interprète ce que l’on veut de ce que l’on lit, surtout quand on peut faire un croche-pied au pays détesté.
2 – avec sa délicatesse coutumière, Pirate agonise le journaliste et les commentateurs d’accord avec son papier, et les contempteurs d’Israël en profitent pour glisser leurs attaques habituelles contre l’État-nation exécré.
L’imbécile regarde le doigt et l’idéologue regarde son petit livre rouge-vert-caca d’oie (au choix).
Il ne manque pas de sujets d’indignation de par le monde ; j’aimerais que l’on m’explique alors pourquoi Israël est le paratonnerre de toutes les foudres.
a2lbd dit
Ve pov Kravi,
En tout cas, le doigt de Luc Rosenzweig, vous l’avez dans l’oeil directement.
pirate dit
Et Kravi en effet nous fait la belle démonstration qu’il ne lit rien, ne comprends rien à rien, mais qu’il faut qu’il le dise. Splendide.Merci quand même de votre participation
kravi dit
agonit, bien sûr