Mai 1968 ou le vide en héritage
Les acteurs de Mai détestent la France, à l’exception de quelques symboles utilisables
Nous sommes les héritiers de Mai 1968. C’est indubitable. Mais nous ne nous sommes plus que cela. Ceux qui, comme moi, sont nés après 1970, n’ont reçu en héritage que ce que leur a légué la génération précédente, celle qui avait une vingtaine d’années lors des réjouissances printanières où tant de gens ont cru voir une révolution. Et cet héritage est bien pauvre : il consiste en une propension juvénile à la déploration et à la dénonciation publique, en une confiance illimitée et aveugle en la jeunesse et en soi, en une détestation de principe de l’autorité et en un rejet haineux du passé.
“Du passé faisons table rase”, disait l’Internationale, Mai 1968 et ses petits soldats lyriques l’ont fait, en braillant : “Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.”
Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est assez réussi : plus un élève qui ne sache qui est Danton ou Marat, plus un élève qui sache distinguer une église romane d’un lavoir, plus un élève qui sache même qui furent Lénine et Mao. Les élèves font désormais le même usage de l’histoire que celui de leurs ainés : l’histoire n’est bonne qu’à proposer les ébauches imparfaites de notre modernité
Il était frappant, lors du mouvement anti-CPE, d’observer le mimétisme des enfants et voire des petits enfants des “révolutionnaires” de Mai, qui n’avaient qu’une idée en tête, répéter Mai.
Il serait intéressant, en ces temps de commémoration lyrique, de soumettre les jeunes générations à une petite épreuve. Elle consisterait à leur faire lire les slogans inscrits sur les murs des rues et des universités en 1968 et à leur demander ce qu’ils en comprennent. On se rendrait alors compte qu’ils n’y comprennent rien, ni le sens, ni, plus grave, l’humour souvent référentiel (notamment des citations de Saint-Augustin, Napoléon, Ambrose Bierce, Alphonse Allais, etc.)
Enfants gâtés de l’histoire, ils furent la première génération depuis la nuit des temps qui ne connut pas la guerre, ni même sa menace – tandis que la génération précédente avait encore connu la guerre d’Algérie –, ils furent la dernière génération à connaître une telle prospérité et ce qui l’accompagnait, à savoir des carrières nombreuses et brillantes possibles à une époque où tout se développait et s’élargissait : les entreprises, les universités, les Grandes Ecoles, etc. Ajoutons qu’ils ne connurent pas, dans leur jeunesse, la psychose sexuelle induite par l’apparition du SIDA.
Gâtés par l’histoire, ils le furent aussi par l’instruction. Les premiers, ils reçurent si nombreux une excellente formation classique (latin, grec, littérature classique, une belle langue française, etc.) et les derniers, ils reçurent l’héritage populaire de nos provinces, ses langues (dialectes français, occitan, breton, basque, alsacien, gascon, etc.) et ses traditions.
Comme tous les enfants gâtés, ils ont détruit ce qu’ils avaient reçu, ce que l’histoire avait conservé si longtemps, ces langues, ces traditions et cet enseignement hérité des jésuites et généralisé par la République. Ils remplacèrent tout cela par leurs caprices, par leurs fantasmes et par la seule mémoire de leur jeunesse.
Ma génération est la première à n’avoir rien reçu : ni langue régionale (le fameux patois dont le patrimoine est parfois éminent, si on parvient à se souvenir des troubadours – ce que font les Italiens et les Catalans, mais pas nous) ; ni formation classique (les classes de latin et grec ont fermé presque partout, en dépit de la défense menée par leurs ainés, telle Mme Jacqueline Worms de Romilly) ; ni même, et c’est plus grave, culture nationale : nos élèves ignorent presque tout de l’histoire de France, de sa littérature classique et leur maîtrise du français est confuse et laxiste, conforme au fond aux seules exigences qu’on a fait peser sur eux et qui se résument à l’expression de soi (à la place de l’expression tout cours).
Bartabas rappelait récemment le péché de la génération 1968 par ces mots : “Ce que la génération qui m’a précédé – celle de 68 – a oublié d’assumer : la transmission du savoir.”
Nous n’avons reçu que le narcissisme des enfants gâtés de l’histoire et leurs bons sentiments ; nous n’avons reçu aucun savoir, ni aucun savoir-faire. N’est-ce pas dès lors à notre génération de dresser le bilan de Mai 1968 et de l’œuvre de ses acteurs, plutôt qu’à celle qui déjà a suffisamment fait pour rendre abruties et incultes celles qui viendraient après ? Or, on n’entend qu’eux ! Depuis quarante ans, on n’entend qu’eux, comme si la France avait commencé avec leurs cris et leurs slogans ; ils pavanent tous ces jours-ci, comme des anciens combattants alors que ce sont de nouveaux rentiers. Les vrais résistants, qui devaient leur carrière à leur engagement, avaient de la pudeur et du courage, EUX.
La crise de l’identité française n’est pas difficile à expliquer. Depuis Mai 1968 et conformément au crédo de ses acteurs, la France est considérée comme le pays des droits de l’homme et n’est que cela.
Oubliées les mémoires provinciales qui permettent de comprendre que la France s’est constituée au gré d’une histoire diverse et complexe, une histoire dont la République n’est que le dernier chapitre ; oubliés les siècles sans démocratie où l’Europe admirait pourtant nos écrivains et nos savants et nos soldats ; oubliées ses racines chrétiennes, latines, grecques, germaines ; oubliés ses patois ; oubliée la langue scolaire qui, pourtant, souda la nation d’abord son élite, puis, l’école se développant (et la guerre mélangeant les gens de toutes les provinces), toutes les autres couches de la société.
Ce qui fait une nation, c’est une commune mémoire. Nous n’en avons plus. Rien n’est plus écœurant pour ceux de ma génération que d’entendre à longueur de journée le diagnostic de tous ces irresponsables qui, passées les journées de Mai, une fois arrivés aux affaires (ils y sont toujours), n’ont eu de cesse que de réaliser leurs fantasmes : l’enfant au centre (de tout), les vieilles lunes aux oubliettes (les souvenirs inutilisables symboliquement, les langues régionales (inutiles pour l’ascension sociale et trop liées au passé et à la campagne), les humanités (latin, grec et culture religieuse), toutes les formes (vestimentaires, linguistiques, la politesse, etc.) et la sélection).
Les fossoyeurs de la mémoire et des langues s’érigent, depuis quarante ans, en médecins de celles-ci, qui prennent leurs modèles là où la mémoire survit moins encore.
Les pays scandinaves, sans cesse donnés en exemple, sont malades plus encore que nous : leurs enfants n’y apprennent presque rien (l’anglais qu’ils parlent si bien, ils l’apprennent à la télévision où rien n’est doublé), ils se désintéressent de leur histoire – les départements de scandinave ancien sont désertés par les Danois et les Suédois (où d’ailleurs ils ont même tendance à fermer).
Mais ils ne sont pas nombreux et les sociétés sont assez homogènes et prospères, aussi l’identité nationale est-elle préservée – mais pour combien de temps et dans quelles conditions ?
Les acteurs de Mai détestent la France, ils n’en aiment que les quelques symboles utilisables : la Révolution française, la Résistance (et encore) et une partie de son patrimoine artistique et culinaire. Ceux-là (et certains de leurs disciples dociles des générations suivantes) invoquent dès qu’ils peuvent les autres périodes de notre histoire comme des repoussoirs dont les gens ne savent plus rien désormais de toute manière : l’Ancien Régime (dont on confond tous les rois et toutes époques), le Moyen Âge (dont on ignore tout et qu’on caricature sous les traits de l’Enfer de Dante, auteur aujourd’hui ignoré universellement), l’Empire (Napoléon est de plus en plus décrit comme un Hitler – selon une lecture anglo-saxonne), le Second Empire (dont on ne retient rien alors qu’il permit de moderniser le pays et de développer un grand nombre de nos régions, dont le Sud-Ouest), Vichy (la référence et le résumé de la France selon BHL, dans L’idéologie française qui fut la Bible de nombreux acteurs de Mai)…
Comment s’étonner que le résultat de leurs travaux politiques, sociaux et idéologiques soit une générale détestation de la France, de son passé, de son présent et de tout ce qui y est associé, qu’une partie de notre jeunesse aille au stade pour siffler son hymne national, qu’elle n’hésite pas à quitter le pays ou la langue française ?
Le sentiment national est nécessairement un sentiment particulier : c’est le sentiment d’appartenir à une histoire particulière, de participer à une aventure particulière, de parler une langue particulière et de vivre sous des lois particulières.
Tout à leur lyrisme, les acteurs de Mai, ont décidé de renoncer au particulier pour embrasser l’universel : la France n’est plus que la patrie des droits de l’homme, l’expérience française, libérée de son lourd héritage historique, n’est qu’une promesse de justice sans cesse trahie – une bonne raison de redescendre sans cesse dans la rue commémorer Mai.
Aucune nation ne peut se nourrir que d’universel et chaque fois qu’une nation s’est pensée comme universelle, encore que cette pensée ne fut alors jamais qu’un horizon, cela se traduisit par des guerres et de l’expansion. La colonisation en fut un symptôme : si la France est universelle, pourquoi devait-on en priver les peuples ?
Il est évident qu’on ne restaurera pas l’identité nationale en se contentant d’expulser sans grand discernement un maximum d’étrangers et qu’on n’enseignera pas l’amour de la France et de sa langue (voire de ses langues) par un catéchisme scolaire vidé de toute mémoire et des coupes du monde.
La France est un pays fort de traditions savantes, linguistiques, historiques et universitaires riches et nombreuses. C’est un pays au patrimoine inépuisable mais menacé, par l’indifférence (on détruit de plus en plus d’églises et les châteaux sont massacrés les uns après les autres par de funestes transformations ou, tout simplement, la ruine).
Les acteurs de Mai détestent tant l’héritage qu’ils considèrent qu’on ne le taxe jamais suffisamment, qu’on ne l’entrave jamais suffisamment, car rien n’est plus inique que l’héritage. Je m’étonne souvent qu’ils n’aient pas encore envisagé d’égaliser les patrimoines génétiques (les héritages biologiques)… mais soyons patients : leur passion de l’égalité et leur haine de l’héritage les y conduiront un jour.
Les acteurs de Mai ont oublié une chose importante : tout héritage s’accompagne de dettes ; les premiers, ils ont joui de l’héritage en ignorant les dettes, à commencer par celle qu’on contracte en recevant tout héritage : celui de le transmettre à la génération suivante. Cette dette est une dette laissée non seulement par ceux qui nous ont précédés, mais aussi et surtout qui nous lie à ceux qui viennent et à qui nous devons confier mémoire et savoir car ils sont l’avenir.
Que transmettront ceux de ma génération et ceux de la génération suivante ? On ne fait pas une nation et une histoire avec de la bonne conscience et quelques symboles réconfortants. La nation se bâtit dans les mémoires et dans la langue, pas sur le pavé à hurler des slogans ineptes – les mêmes depuis trente ans (les seules chansons que les plus jeunes partagent avec les plus vieux sont ces chants fort laids des manifestations…).
Ceux qui ont acquis leur rente en jetant des pavés voudraient qu’on les admire d’avoir joui sans partage de leurs privilèges pendant tant de temps en cherchant à nous faire verser une larme émue sur leurs faits d’arme. Ce n’est plus odieux, c’est obscène.
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L'auteur
Cyril de Pins est professeur agrégé de philosophie.
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AVERELL dit
Lettre du 11 mai 2008 à Cyril de Pins (en réponse au texte mis en ligne le 20 avril 2008 : “Mai 68 ou le vide en héritage”) : “J’ai lu avec attention votre dénonciation, une dénonciation pleine de découragement. La première impression que j’ai retirée de cette lecture est que vous semblez accablé d’être exclu de l’histoire (et vous pouvez mettre une majuscule au mot si vous le désirez), un sentiment qu’il m’arrive d’éprouver mais qu’il faut affronter et s’efforcer de réduire. Nous sommes inscrits dans l’histoire, dans une époque particulière, aussi sûrement que nous sommes mortels. Prenez appui sur votre découragement pour mieux l’enjamber. La philosophie peut vous être d’un très grand secours.
C’est curieux, votre malaise m’évoque celui d’un personnage de roman attachant entre tous, Gilles, héros du grand roman de Drieu la Rochelle, un roman qui m’a beaucoup aidé lorsque j’avais vingt ans, dans les années 1970. Vous semblez éprouver un même malaise, vous êtes à quai et regardez passer l’histoire, un sentiment parfaitement illusoire. On ne fait pas nécessairement l’histoire en se plaçant derrière une mitrailleuse – vous vous souvenez, Gilles s’engage dans la Guerre Civile d’Espagne pour échapper à son malaise.
Pourquoi accorder tant d’importance à Mai 68 ? Peut-être que les médias en parlent trop, en France tout au moins, ce qui vous irrite. Je le comprends. J’ai été irrité par les manifestations du bicentenaire de la Révolution française. D’abord parce que la réflexion sur cette Révolution n’est pas devenue pour autant plus volontaire, plus critique ; on s’est contenté d’intensifier la propagande. Il est vrai que la France a de plus en plus besoin de se rassurer, de se faire passer pour l’exemple, les autres pays devant se tenir devant elle comme les écoliers d’antan devant leurs instituteurs – une remarque qui n’ôte rien au respect que j’ai pour les instituteurs d’hier et d’aujourd’hui. En 1989, Madame Tatcher a eu entre autres mérites celui de rappeler que la France en faisait beaucoup, peut-être un peu trop, que l’Angleterre avait fait sa révolution, plus discrètement mais non moins efficacement, un siècle auparavant, en 1688, avec “The Glorious Revolution”. Quoi qu’il en soit – j’en reviens à Mai 68 – il me semble que vous vous énervez contre des événements qui ne furent qu’une réaction en quelque sorte mécanique contre des blocages politiques et sociaux dans une société qui entrait pleinement dans la société de consommation. Ça bloque mais ça pousse, ça pousse mais ça bloque, et ça finit par péter, comment le dire autrement ? Il n’y a pas à trop s’énerver là-dessus. Et ce n’est pas Mai 68 en soit qui est détestable mais le conformisme dans lequel se sont avachis ses acteurs et ses héritiers, certains d’entre eux.
Il est assez peu question de la France en Espagne où je vis depuis une quinzaine d’années. Ici, il est bien plus souvent question de l’Argentine et du Brésil (où l‘espagnol est à présent la deuxième langue après le portugais), du Venezuela et de la Colombie, de Cuba bien sûr et du Mexique, du Maroc qui est à nos portes et où l’Espagne à elle aussi une vieille histoire (Rif, Ifni, Sahara) et des Etats-Unis où l’espagnol est devenu la deuxième langue (Floride et Californie, New York aussi). Et je pourrais citer bien d’autres pays qui, par l’histoire et l’immigration récente, très récente, sont devenus des sujets d’importance dans ce pays. Votre malaise, que je respecte, peut être atténué par un départ prolongé. Le recul amplifie tout naturellement la vision, c’est simple et je ne vous apprends rien. De même que la liberté se fonde aussi dans la pratique de plusieurs langues, dans l’espace d’une langue à une autre. Celui qui ne parle que sa langue y est en quelque sorte enfermé. Mais, une fois encore, je ne vous apprends rien. Il m’importe que mes enfants soient au moins parfaitement trilingues ; je le dis sans ostentation ; c’est une part du legs que je veux leur offrir. Et puisque nous aimons pareillement les langues, permettez-moi de poursuivre. Les langues régionales restent en Espagne bien vivantes. Il est vrai que des langues ont disparu ; vous n’entendez plus guère l’aragonés ou l’asturiano ; mais, outre l’immense castellano, vous voyagez dans ce pays en goûtant la sonorité de trois langues nullement résiduelles, de langues vivantes et vivaces : l’euskara, le catalán et le gallego. J’habite dans une province d’Espagne qui est entrée dans l’aire de la Castille lors de la Reconquista conduite par Alfonso X el Sabio, pour passer à la couronne d’Aragon en 1296 et revenir à la Castille en 1304. A peu de kilomètres de chez moi commence l’aire catalane et ses nuances : valenciano, mallorquin, etc. Cette aire s’étire jusqu’aux Pyrénées (et même un peu au-delà) sur près de six cents kilomètres. Vous pouvez également pratiquer le catalan aux Baléares, îles qui bénéficient d’un climat exceptionnel, et en Andorre où le catalan est la seule langue officielle. Andorre est par ailleurs un paradis fiscal dont l’un des coprinces est le président de la République française. Poursuivons notre promenade en Espagne. Vous pouvez y pratiquer l’euskara qui reste plus vigoureux qu’en France, et, à l’ouest, le gallego, une belle langue qui mêle espagnol et portugais. C’est la langue de la grande Rosalía de Castro ; et il est probable qu’Alfonso X el Sabio rédigea une partie de son œuvre dans cette langue. Donc, vous trouverez en Espagne trois langues en bonne santé à côté d’une langue qui, par le nombre de locuteurs, est l’une des premières langues du monde. Par ailleurs le catalan est plus parlé que le danois et aussi parlé que le suédois. Et c’est une langue superbe qui a donné l’une des plus riches littératures d’Europe.
Vous vous plaignez de la disparition des langues régionales, en France. Je ne sais qui incriminer et, d’abord, faut-il incriminer ? Mes ancêtres qui “montèrent” à Paris au début du XIXème siècle ne parlaient pas le français, la langue d’oïl, ils venaient du plateau des Millevaches, la région la plus isolée du Limousin. La langue qu’ils parlaient n’était autre que celle des troubadours, des premiers troubadours et de nombre de leurs successeurs, une langue qui fut celle de Richard 1er d’Angleterre, dit Cœur de Lion, une langue que lui avait léguée sa mère, Aliénor d’Aquitaine. Il ne m’aurait pas déplu que mes ancêtres m’aient transmis cette belle langue, il ne m’aurait pas déplu que le limousin ait résonné sous le toit familial. Mais ces émigrés de l’intérieur voulurent s’intégrer au plus vite et ils oublièrent leur langue qui devait être un peu méprisée à Paris.
Je relis votre lettre et je me dis que vous faites vraiment trop grand cas de Mai 68 que je vois comme un épiphénomène, au sens médical du mot : “Symptôme accessoire qui se surajoute aux symptômes essentiels.” Un lecteur de votre texte avance que la Deuxième Guerre mondiale et les guerres de décolonisations qui s’en sont suivies (Indochine et Algérie) sont des événements centraux, plus centraux que Mai 68, et je ne puis qu’aller dans son sens. Vous décrivez un état de fait qui mérite de l’attention, car il me semble que vous n’êtes pas de ceux qui cultivent le pessimisme comme on cultive une plante rare (de fait devenue très commune ; il y a aujourd’hui peu de pessimistes intelligents et beaucoup de pessimistes de mode) ou qui tirent des rentes du pessimisme – il est pessimiste parce qu’il est lucide, alors écoutons-le ! Vous circonscrivez Mai 68 à lui-même. Vous faites d’une transcendance une immanence – comme si Mai 68 procédait de lui-même ! Quant au tintamarre médiatique, je le redis, je comprends votre irritation mais ne soyez pas inquiet, il se limite à l’Hexagone et peut-être même au premier périphérique. Dites-vous que ces commémorations permettront peut-être d’affiner certaines analyses, de comprendre par exemple que l’une des figures les plus remarquables d’alors fut le préfet de police de Paris, Maurice Grimaud. A ce propos je recommande ses deux ouvrages : “Je ne suis pas né en mai 68. Souvenirs et carnets 1934-1992” (Editions Tallandier, 2007) et “En mai, fais ce qu’il te plaît” (Editions Stock, 1977).
Jean von Roesgen dit
Finalement, je sais ce qui me dérange dans cet article, après avoir lu les commentaires et les prises de positions de l’auteur: Je me demande si je ne préfère pas le vide après un héritage évacué au creux d’un héritage-décor auquel je n’arrive pas à adhérer de l’intérieur. Distinguer connaître la richesse du patrimoine religieux et latin de croire, c’est comme ma grande tante qui se justifie devant la messe télévisée: “Il faut regarder cela comme un grand opéra.” Un décorum creux.
Régis dit
à l’inverse du blogger précédent, je ne trouve pas le texte particulièrement intéressant.
Venant d’un linguiste, je suis même assez interloqué de certaines choses:
-des assertions sur les langues “mortes” ou régionales, qui, toute déférence gardée envers les “classiques” et toute considération prise sur le multi-linguisme, manquent cruellement de précisions contextuelles.
-l’usage impropre du terme “identité nationale”. C’est un non-sens.
-plus loin dans les commentaires, l’auteur parle d’une “idéologie” imprégnant la formation des maîtres. On n’a pas dû côtoyer les mêmes. Dans celui que je connais, on ne parle que de pédagogie et de méthodologie. J’irai même jusqu’à émettre l’idée (dangereuse?) que l’éducation est idéologique et politique par essence; et on l’associe à tort à des courants de pensées qui la traversent. Pire, on fini par nous vendre du “réac” ou du “progressiste” comme labels de qualité.
J.-Réal Bleau dit
Félicitations pour cette très lucide réflexion ! La mémoire d’un peuple le relie constamment à ses racines. Tuer la mémoire d’un peuple, dans le but d’effacer toutes les valeurs culturelles et religieuses qui composent son identité nationale, et par suite contribuent au bien commun mondial c’est en réalité un crime des plus détestables contre l’humanité. Puisse renaître la si belle et si riche culture française !
J.-Réal Bleau
Jean von Roesgen dit
Il est impossible sur ce site de revenir sur son écrit pour corriger les fautes les plus grossières??? Serai-je obligé de rester l’exemple type de ces cancres???
Jean von Roesgen dit
PS : en ce qui concerne l’anglais, rien ne vaut un séjour en immersion totale. Par ailleurs en ce qui concerne les langues on oublie un enseignement dénigré : la musique.
Parce qu’une langue ce n’est pas seulement une construction c’est aussi un rythme ….et mes pauvres professeurs qui, bien souvent , n’avaient jamais quitté le plancher gaulois, n’en savaient rien. Une langue de sont des yeux mais aussi des oreilles !
Juste un petit mot à Lo: (il n’est pas l’auteur de ce qui précède, mais il a apprécié ce PS qu’à écrit nemo) Est-ce que votre grand-mère n’avait pas sa manière de plonger dans le latin? J’espère qu’il y avait aussi la musique, et je suis sûr qu’elle y comprenait plus que ce que vous lui concédiez, juste pour rester à l’aise avec votre…
Finalement, je me demande, si tout ce discours autour de 68 ne peut pas se réduire à une question de peur de castration. Et qu’il ne faudrait pas que cette peur nous empêche des castrations symboliques (culturelles) condition sine qua non de tout discours, de tout langage, qu’il soit scientifique, religieux ou littéraire finalement.
J’aurai pu en parler autrement en parlant d’aliénation, tout aussi nécessaire pour devenir libre…
Ludovic-Lefebvre dit
Une Europe des nations, je ne suis pas contre. Je pense à l’inverse de vous, cher Pixel, que la République n’est qu’une erreur de parcours qui est entrain de montrer ses limites, Rousseau est gentil et penser que l’être humain n’a pas à être hiérarchisé est vrai dans l’absolu, mais pas dans le cadre d’une organisation sociétale. Oui, la démocratie montre chaque fois rapidement sa limite et s’autodétruit, je la sens en fin de règne et puis retrouver la pérennité dans le pouvoir, la défense du plus faible etc, quel gain de temps, possibilité d’aller à l’essentiel. Un homme formé à la politique et au pouvoir dès le plus jeune âge, n’ayant pas à tenir sa place par une élection, l’élégance du noble en substitution à l’avidité du bourgeois… n’est-ce pas plus souhaitable ?
Pour le droit divin, je vous rejoins, même si les valeurs catholiques incluaient une morale dans le pouvoir, nous pouvons faire autrement.
Je ne verrais pas de Roi en France de mon vivant et mille fois hélas, l’unité républicaine qui ne reconnaît pas de sexe, de religion, de race chère à E Lévy ou Finkielkraut a disparu, il n’y a d’autres solutions que de se joindre en lobbies de sexe, de race, de religion, d’exacerber la machine pleine de grains de sable jusqu’à ce que cette dernière ait grippé son dernier rouage. En d’autres termes, il nous faut devenir communautaristes jusque l’insupportable pour ne pas être en reste de droits, mais surtout pour pourrir une situation jusque la rendre ingérable et là alors : la République une et indivisible reverra le jour.
Pour Mai soixante-huit, je pense simplement que Field, Cohn-Bendit etc étaient trop laids pour baiser donc il leur a fallu un pouvoir rapide pour compenser, ce qui explique aussi le désir de liberté sexuel (comme s’il n’était pas présent avant) ! Soyons clair, quelle femme normale voudrait se réveiller à côté de Miller s’il n’était un “héros soixante-huitard” ? Ce n’est pas le prince charmant dont rêvent les petites filles.
Tout comme vous, j’aime aussi la provocation, le trait grossi pour mieux exposer, un peu d’humour bien à vous ;) !
pixel dit
Je suis républicain car je n’aime pas que la légitimité d’un pouvoir soit fondé sur une hypothèse: Dieu. La légitimité donné aux instances politiques dans une république bien qu’imparfaites se fonde sur le peuple qui a lui, tout le monde reconnait, une existence.
Je suis par ailleurs Déiste et pour un Dieu lare, c’est à dire pour une relation à Dieu qui reste dans la sphère privée pour ne pas s’encombrer de religions, institutions faites par les hommes avec comme rôle sous la monarchie de cautionner et justifier le pouvoir de droit divin. Ma mystique (c’est un peu celle du marxisme) m’incline à penser que l’Histoire à un sens , que la monarchie a été une étape , et que la république en est une autre. Et là où je diffère du marxisme c’est que je ne fait pas de spéculation sur sa finalité. L’Europe est le phénomène le plus interressant du moment qui va, a mon avis, dans le sens de l’Histoire. J’ai voté non au TCE parce qu’il n’était marqué nul part que le peuple est souverain, mais je suis pour ce regroupement des forces pour faire le poids dans le monde.
Voilà en gros ce que pense Pixel qui aime aussi provoquer.:)
Ludovic-Lefebvre dit
Pixel,
Je n’ai pas besoin de Soral, Althusser, Marx, ni même de Mauras pour penser, d’ailleurs mon point de vue différe de celui de Soral, notamment concernant l’Islam, le conflit israélo-palestinien, les USA, l’universalisme. A Part qu’il est napoléonien et que je suis plutôt féru de monarchie, c’est certainement Zemmour qui me rejoint le plus, car comme lui, je ne suis pas pour l’empire, mais pour le respect des cultures sur leur sol et croyant au principe d’ingérence. Je le rejoins sans aucun doute sur d’autres sujets.
Grand prêtre, c’est ainsi que vous l’avez ressenti, mais mon intention n’était pas celle que vous prétendez, j’étais effectivement pressé et me suis laissé emporter par le sujet.
Je ne confonds pas le petit ouvrier patriote qui espère une augmentation de salaire avec la saloperie maoïste qui fait de la propagande et du népotisme dans les médias, voilà tout et les diabolisations adventistes des religions laïcardes et libertaires ne prennent pas avec moi.
Délaissé, comme des dizaines de millions de gens, pas simplement comme Alain Soral et franchement lorsque l’on voit la télé, le cinéma, les best-sellers, c’est dur d’être fauché, mais sympathique d’en être exclu. Est-ce que j’aimerais beaucoup d’argent, de la reconnaissance ? Bien sûr et même beaucoup.
Est-ce que je voudrais être animateur télé, star télé réalité, acteur en France etc ?
Pour rien au monde.
Moi qui suis royaliste, suis effectivement beaucoup plus proche d’un gaulliste (formation maurassienne, normal), d’un ouvrier, d’un noble qu’une de ces brutes sans éducation, ni morale de l’UMP ou l’un de ses manipulateurs de pauvres en série du PS.
Il n’y a rien d’alambiqué là-dedans, il y a les gens qui aime la France et je ne suis pas sectaire et les autres, ce serait même manichéen à la limite, mais c’est la situation qui l’exige, pas ma personnalité.
Tentez autre chose, j’ai suffisamment de talons d’Achile (au moins deux, n’étant pas cul de jatte) et de défauts que vous allez y arriver et vous, vous pensez quoi, au fait, à part des remarques sur les commentaires des autres ?
pixel dit
Three Piglets
“Une alternative à la mondialisation” Là je pense que c’est se battre contre les éoliennes.
Les pays communistes sont morts de leur isolement et de leur singularité économique.
C’est une des grande leçon de l’Histoire.
Three piglets dit
Le petit est la dissidence, l’alternative à la mondialisation.
pixel dit
“Ce qui en sort” evidement. C’est incroyable l’effet Soral
Le nationalisme et le marxisme sont en train de faire un petit. Un peu comme des délaissés qui se rencontrent. .Je suis curieux de voir le petit.
pixel dit
Ludo-Lefebvre
Vous avez un esprit alambiqué et on a du mal à comprendre ce qui l’en sort.
pixel dit
Ludo-Lefebvre
“Pas le temps de babiller” et tout un discours derrière ça ressemble à une petite manip du genre je survole et profitez en car je suis rare.
Votre argumentation est à l’avenant avec des intimidations intellectuelles du genre” sur la dialectique essentialisme de 68″. Qu’est ce que ça veut dire? Ca me rappele les expressions de l’école Althusser aux heures glorieuses de l’après 68. Vous vous posez en remplaçant de ces maîtres soixanthuitard et vous utilisez les mêmes termes abscons dénués de sens pour cautionner votre autorité. Bref une attitude de grand prêtre.