Ma grève à moi
Protester, d’accord, mais contre qui ?
Publié le 19 mars 2009 à 16:20 dans Économie
Mots-clés : Économie
J’ai le sentiment, peut-être fallacieux, d’être un Français comme un autre. Je ne bénéficie ni du bouclier fiscal, ni des allocations versées aux nécessiteux. J’ai fini par intégrer que nous étions dans une saleté de bon dieu de merde de crise en allant jeter un un œil sur l’état de mon PEA (plan d’épargne en actions) que de bonnes âmes m’avaient conseillé de souscrire comme “épargne de précaution”. Pour le cas où ce salopard d’Alzheimer viendrait me débusquer dans mes montagnes ou si l’un ou l’autre de mes enfants ou petits-enfants se trouvait dans une situation exigeant une aide d’urgence.
À la lecture des chiffres en bas de la colonne, il apparaît que j’ai intérêt à faire régulièrement des exercices d’entraînement mémoriel, et que mes descendants devront traverser ce monde de brutes sans filet, la bourse à papa s’étant notablement aplatie.
J’ai donc épargné plus pour gagner moins, alors que j’en étais resté à ce brave Guizot, suivant ses sages conseils pour m’enrichir grâce à mon travail et mon épargne.
Je suis donc furieux, et pourtant ne sais contre qui tourner ma colère. On m’invite, çà et là, à fustiger le libéralisme (surtout celui du genre ultra), à relire les œuvres de deux barbus qui font un come-back remarqué, à changer de voiture pour dépenser moins de carburant, à adhérer au NPA de Besancenot, à faire mon alyah1 (au moins, là-bas, on a d’autres problèmes plus préoccupants que ces minables histoires de pognon !).
Marx, j’ai déjà donné, le facteur me donne des boutons, ma bagnole me convient parfaitement, et le climat de Tel Aviv ne convient pas à mes poumons exigeant au moins 1000 mètres d’altitude pour se sentir à l’aise.
J’ai donc fait grève. Avec occupation des locaux, à savoir chez moi. Je n’ai parlé à personne, car si on en est là c’est la faute à personne.
Je remercie donc ceux qui sont descendus dans les rues de nos villes avec des idées bien arrêtées sur ce qu’il faut faire pour que mon PEA retrouve ses couleurs d’antan. J’ai comme l’impression qu’ils s’en fichent, mais je ne leur en veux pas.
- Au cas où certains lecteurs y auraient échappé jusque-là, alyah est un terme hébreu qui désigne l’émigration des juifs en Israël. EL. ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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kessler dit
et n’oubliez pas de fouiller sous les piles de draps et les matelas chez vos grands parents, après le 31 mars, les Blaise Pascal vous pourrez vous moucher dedans! à quoi bon mettre du fric de coté, dépensez! ça relance la consommation! achetez des livres, des tonnes de livres, ça ne vaut rien mais c’est tellement beau, comme sur la photo de l’ami Luc.
nadia comaneci dit
Je poursuis la longue complainte dite “du détenteur de PEA qui a fondu comme neige au soleil”… Quand j’ai ouvert le mien (janvier 2006, autant dire il y a un siècle), mon conseiller m’a dit, re-dit et re-redit ce qui semblait pourtant évident : “Attention, la bourse n’est pas une rente de situation, elle monte mais… elle descend aussi ! Vous devez vous y préparer et faire pour un temps une croix sur cet argent, sinon passez votre chemin et allez chez l’écureil ” . Ben voilà elle descend, la faute à je ne sais pas trop qui ou quoi, elle se refera un jour une santé… C’est la règle du jeu. Le beurre, l’argent du beurre et le sourire du banquier, c’est dans les contes pour enfants. Quant aux zozos qui braient dans les rues “chô chô chô, chômage raz le bol, ou des sous des sous, ou à bas la crise” dans des odeurs de merguez et de sudations fraternelles, je leur prescris un redoublement de la classe de maternelle supérieure… Aïe, j’avais oublié que le gros bataillon des grévistes était issu de cette respectable caste et donc auteurs de ces slogans débilissimes ! Misère !
GJ Edouard dit
Bravo pour oser dire cette vérité impossible à dire : les principales victimes de la crise – après les nouveaux chômeurs tout de même – sont les classes moyennes supérieures, détentrices de valeurs mobilières (PEA, PEE, actions, voire assurance-vie).
Perdre en une année la moitié de son épargne, voilà ce que vivent quelques centaines de milliers de ces “riches”. Et ils ne peuvent s’en plaindre pour deux raisons : d’abord parce que l’argent l’argent est tabou en France, et puis qui va supporter les lamentations du “pauvre” épargnant qui avait un million d’euros fin 2007 et n’en possède plus que 500.000?