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Ma France à moi

Contribution adamantine au débat sur l’identité nationale

Publié le 3 novembre 2009 à 10h23 221 réactionsImprimer

diams

En ce moment, vous le savez chers compatriotes, c’est le grand débat sur l’identité nationale, organisé pour nous par le ministre. M. Besson avait sans doute peur qu’on s’ennuie en attendant de pouvoir siffler l’équipe de France au cours du match retour de barrage contre l’Eire, il nous a trouvé pour patienter une activité d’éveil : débat collectif sur l’identité nationale. “C’est quoi, pour vous, concrètement, au jour d’aujourd’hui, être français ?” Ainsi interpellé, nous voici bientôt, dociles administrés, qui nous penchons sur nos copies pour répondre comme il se doit un truc à la fois cool et original au ministre. “Ma France à moi, c koi ?”
 
C’est sympatoche comme débat, il y en aura à coup sûr pour tous et pour tous les goûts, la France n’est pas le pays des mille fromages pour rien. Dans le lot, il y en a quelques uns qui sont battus, débattus et rebattus. Il faut que chacun parle, et soit bien consulté jusqu’au bout pour que ça fermente. Après, un bureaucrate fera une synthèse, je lui souhaite bon courage. Espérons que le produit fini ne sera pas trop fade. Mais vu la quantité de harissa, de piment antillais, et pourquoi pas d’épices du Sichuan que d’aucuns veulent y introduire, j’en doute.

Est-ce qu’on nous dira après dans le poste ce que devra être notre identité toute  neuve et métissée, fruit de milliers de débats citoyens, et approuvée par le ministre? La France, cette ex-grande nation industrielle qui ne produit plus rien, peut-être pourra-t-elle au moins produire ex nihilo sa propre identité. Comme c’est hype et moderne, très américain au fond, s’inventer soi-même, à coup de débat citoyen, sa propre identité. L’identité reçue du fond des âges, c’était bon pour nos vieux pères, ces aliénés. L’identité nationale, y’a pas de raison, c’est comme l’orientation ou même l’identité sexuelles, choisi, pas imposé. Je fais ce que je veux avec ma France. Peut-être, in fine, pour rendre tout cela plus proche des gens, un projet de loi sera-t-il adopté pour nous expliquer à tous “c’est quoi, concrètement, être Français aujourd’hui”. Et on devra se le tenir pour dit, puisque c’est nous qu’on l’aura choisie notre France à nous…
 
À ce propos, chacun se souvient certainement de la contribution prophétique de l’immense artiste française qu’est Diam’s à ce débat sur l’identité nationale, contribution qui a provoqué il y a quelques années un vif enthousiasme et des cris d’admiration jusque dans les plus hautes sphères de notre vieille nation. Ainsi Ségolène Royal, après avoir affirmé qu’elle n’aimait rien tant que la musique, déclarait, au cours du journal de la France profonde présenté par Jean-Pierre Pernaud sur TF1 à la mi-journée, préférer Diam’s à Piaf parce que la première “dit beaucoup de choses sur ma France à moi”, et aussi parce qu’elle “s’est engagée pour la citoyenneté”, et qu’elle “transmet des valeurs”, alors que la seconde, cette distraite, se contentait de chanter divinement.
 
Rappelons pour le plaisir des sens et pour celui de notre intelligence, et aussi pour féconder notre déjà riche débat identitaire, une petite partie seulement de ce que ce sont ce “beaucoup de choses” sur “ma France à moi” que nous apprenait alors Diam’s, et ce que sont aussi ces chouettes valeurs qu’elle nous transmettait alors:
 
“Ma France à moi, c’est pas la leur, celle qui vote extrême,
Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM,
Celle qui s’croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes,
Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante.
Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes,
Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l’hospice,
Non, ma France à moi c’est pas la leur qui fête le Beaujolais,
Et qui prétend s’être fait baiser par l’arrivée des immigrés,
Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d’être ouverte,
Cette France hypocrite qui est peut être sous ma fenêtre,
Celle qui pense que la police a toujours bien fait son travail,
Celle qui se gratte les couilles à table en regardant Laurent Gerra,
Non, c’est pas ma France à moi, cette France profonde…
Alors peut être qu’on dérange mais nos valeurs vaincront…
Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse,
Ma France à moi leur tiendra tête, jusqu’à ce qu’ils nous respectent.”

 
Depuis 2007 Diam’s a fait des émules. Car voilà qu’un ami me fait parvenir une contribution anonyme à la manière de Diam’s, et adressée à la grande prophétesse elle-même, à notre beau débat sur l’identité nationale.
 
“C’est vrai, Diam’s, t’as raison, moi le vieux beauf,
Qui regarde Julie Lescaut, et l’été fait du pédalof,

Je te l’écris

Ma France à moi, c’est pas la tienne, celle des jeunes qui s’aiment,
Celle qui bannit les vieux, anticlassique sur la FM,
Celle qui s’croit à Vegas, celle qui jamais ne débande,
Celle qui vénère Dieudo et fait de la France sa prébende,
Celle qui s’gave d’Virgin 17 et de coca-cola,
Qui chante le bled et crèverait pour rester là.
Non, ma France à moi c’est pas la tienne qui fête l’Aïd,
Et qui ne cesse de gémir malgré ses airs de caïd,
Celle qui dénonce le racisme mais qui toujours sort couverte,
Cette France qui joue la proscrite et parade sous ma fenêtre,
Celle qui pense que les keufs c’est tous des enculés,
Celle qui se gratte les couilles à table en regardant ses couilles,
Non, c’est pas ma France à moi, cette France du cybermonde,
Alors peut-être qu’on te dérange, excuse-moi d’être là
Depuis quelques siècles parfois…
Et si on est des souchiens, alors à la niche la vieillesse,
Ma France à moi baissera la tête, jusqu’à ce…”

 
La contribution au débat s’arrête là, brutalement, sans un mot d’explication, je sais, c’est pas très citoyen comme façon de procéder.
 
Mais au fait, Ségolène Royal pense-t-elle que cet anonyme contributeur « transmet des valeurs » aussi bien que Diam’s en transmettait elle-même en 2007 ? Et ces éventuelles valeurs doivent-elles être constitutives de notre nouvelle identité en gestation ? Personnellement, mon attachement à la République m’amène à penser que non. Cet affreux anonyme ne devrait pas avoir voix au chapitre. Qu’il se taise à jamais. Son laïus est infâme, et parfaitement antifrançais.
 
Mais si l’on en juge par l’accueil triomphal réservé naguère à Diam’s par Ségolène Royal, et par le public aussi d’ailleurs, je dirais qu’il ne faut préjuger de rien.
 
D’ailleurs, les préjugés, c’est mal, c’est pas national.

L'auteur

Florentin Piffard

Florentin Piffard est modernologue.

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