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M. Peillon, que cache votre « morale laïque » ?

L’idéologie officielle n’a pas sa place à l’école

Publié le 03 septembre 2012 à 17:30 dans Politique

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M. Peillon affirme dans un entretien au JDD vouloir redresser « intellectuellement et moralement » la France par l’enseignement d’une morale laïque à l’école. Reconnaître le manque d’éducation de plus en plus problématique des jeunes générations est évidemment salutaire. Le problème est de savoir si c’est à l’école de s’en charger, et surtout sous la forme d’une « morale laïque », nul ne sachant ce que recouvre cette expression.

Au premier abord, quiconque devrait frémir lorsqu’il entend un ministre de l’éducation nationale prétendre vouloir « redresser moralement » le pays. Devrait frémir l’historien des régimes totalitaires, qui a une bonne conscience de ce qu’implique la prise en charge de la morale par les pouvoirs publics. Devrait frémir l’historien des idées, qui sait que nul n’a encore réussi à définir ce que pourrait être une morale « laïque » sans idéologie sous-jacente. D’où une inquiétude certaine…

Il est dans l’air du temps de proposer des systèmes éthiques laïcs, républicains et universalistes. Il s’agit de poursuivre l’entreprise des philosophes des Lumières, Rousseau en tête, qui proposèrent une « religion naturelle » ou « religion civile », comprenant des « propositions irréductibles » (il y a un Dieu, il faut faire le bien ) qui pourraient rassembler les hommes au-delà de leurs divergences. Une idée qui se poursuivra jusqu’au calendrier révolutionnaire de 1793, privé de toute référence religieuse.
La « morale laïque » recouvre surtout la volonté de réduire encore plus les convictions de la sphère privée, notamment religieuses. Si effectivement, comme le dit Peillon, « la bataille que doit mener l’école est aussi une bataille des valeurs », c’est que l’État est clairement en guerre contre des religions vues comme des idéologies dogmatiques et des vecteurs d’extrémismes.

En lisant de plus près les propos de Vincent Peillon, on découvre les idées anticapitalistes qui portent sa « morale laïque ». Lorsqu’il affirme vouloir inculquer aux enfants « la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… », c’est à partir du dogme socialiste qu’il pense, car aucun libéral n’avouerait accorder le statut de valeur à l’argent ou à l’égoïsme. Nul n’est hors de tout système dogmatique, et celui de Peillon est la religion civile et universaliste qui, bien qu’invisible, ne constitue pas moins une certaine forme de religiosité. Et représente à ce titre une vision du monde spécifique, qui s’imposera dorénavant à tous nos enfants.

Cette nouvelle religion voit dans l’universalité prétendue de la République et de ses valeurs le nouveau lieu du sacré. Un sacré que l’on vénérera dans les écoles de la même façon que les enfants du XIXème apprenaient la morale thomiste dans les manuels. L’« humanisme transcendantal » de Luc Ferry en est la bonne illustration. Une morale de manuel, voilà donc ce que propose le pouvoir socialiste pour résoudre les grands conflits internes de ce pays.

« Le monde est plein de valeurs chrétiennes devenues folles », disait G-K Chesterton. Sans présumer de la folie des propositions de Vincent Peillon, il est évident qu’elles sont les descendantes directes du christianisme. Luc Ferry le reconnaît, lorsqu’il affirme que la modernité n’a découvert aucune nouvelle morale, mais a simplement produit une « laïcisation des valeurs traditionnelles du christianisme ». Aussi voit-on la charité chrétienne devenir « fraternité », ou la commune filiation à Dieu se muer en « égalité ». On s’interrogera sur la consistance d’une valeur prétendue universelle, arrachée, comme dit Peillon « de tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ». Il n’y a en effet de transcendance – donc d’universalisme – qu’incarné afin de pouvoir réellement le mettre en oeuvre, dans sa famille, avec ses proches et ses concitoyens.

Prions donc Vincent Peillon de ne pas verser dans une laïcité d’opposition et de donner aux écoliers des armes pour mieux choisir entre différentes visions du monde. Pas pour en subir une.

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  • 4 Septembre 2012 à 19h02

    Raman dit

    Ce qu’il faudrait vraiment enseigner à l’école (particulièrement ici, au Québec), c’est l’histoire de la laïcité. Rappeler pourquoi, plus d’un siècle plus tard, cette politique dû être implantée. Rappeler qu’il ne s’agit ni d’une religion athée (!!!), ni d’une coquetterie intellectuelle, mais bien de la seule solution sociale à la coexistence pacifique de religions qui s’entre-conchient jusqu’aux plus profond de leurs textes sacrés. Voilà un cours qui serait utile aujourd’hui. Et si un jour ça vient, peut-être que M. Hoch pourrait retourner sur les bancs d’écoliers quelques heures pour y apprendre ce qui semble lui échapper ici.

  • 4 Septembre 2012 à 11h43

    L'Ours dit

    Jacques de Guillebon,

    pour moi, l’argent n’est pas un gros mot et n’est pas non plus synonyme d’égoïsme.  

    • 4 Septembre 2012 à 15h14

      Jacques de Guillebon dit

      Pour moi, si.
      On fait quoi maintenant ?

      • 4 Septembre 2012 à 18h50

        JeanBart dit

        On défouraille sur divan ce gros problème ! La lecture des évangiles est également souveraine.

  • 4 Septembre 2012 à 11h22

    respublica dit

    “Morale Laïque” et un oxymore de plus, avec concept
    foireux à la cléf.

    A mourrir de rire.

  • 4 Septembre 2012 à 8h58

    D.F. dit

    “La franc-maçonnerie est la religion de la République.” Vincent Peillon

    • 4 Septembre 2012 à 10h16

      luculus69 dit

      il (s) le pensent surement..lui et les autre FM du gouvernement (car maintenant ils sont largement majoritaire !! manque plus que le Pervers de NY) mais quand même il a pas dit ca?…

  • 4 Septembre 2012 à 8h49

    luculus69 dit

    il a pas finit sa phrase le “branquignole Paillon” il fallait lire “la morale laiique socialiste”…Je vous le dit nous allons devenir la “République Démocratique Francaise”…Ah Nom de Dieu…quelle bande de cons que ces gens là….Au fait tout va bien Sa Normalitude 1er..a bien dormi !!

  • 4 Septembre 2012 à 5h10

    Alex73 dit

    Si le dogmatisme socialiste a conduit a la dictature, le dogmatisme libéral conduit a la guerre civile… Conséquence logique de l’égoïsme… La vie en société, qui est la seule possible pour l’homme, n’est possible que lorsque les individus ont en commun un certain nombre de valeurs… Et il faut bien que quelqu’un les enseigne ces valeurs communes, elles n’ont rien d’inné… Bien sur, il serait préférable que ce soient les parents qui s’en chargent, mais l’on voit bien qu’aujourd’hui en France de nombreux parents en sont incapables… Des lors, le seul recours possible est l’Etat via l’éducation nationale…   

  • 4 Septembre 2012 à 0h06

    Boomer dit

    Je cite :
    « Lorsqu’il affirme vouloir inculquer aux enfants « la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… », c’est à partir du dogme socialiste qu’il pense, car aucun libéral n’avouerait accorder le statut de valeur à l’argent ou à l’égoïsme. »

    Par esprit de contradiction je vous propose l’essai d’une moraliste célèbre :
    « La vertu d’égoïsme », par Ayn Rand Coll. Bibliothèque classique de la liberté, éd. Les Belles Lettres, 2008, 168 p. 

    • 4 Septembre 2012 à 14h39

      Alpin dit

      @Boomer,

      Je vous suggère ,ainsi qu’à toute personne voulant se stimuler la réflexion et comparer à plus d’un siècle de distance deux appels au souci-absolu de soi de lire:

      “L’Unique et sa propriété”

      De Max Stirner ,source majeure de l’anarchisme individualiste.

      “Nihil novi sub sole” ???!

      • 4 Septembre 2012 à 18h04

        Boomer dit

        C’est vrai !  Je l’avais oublié celui-la…

  • 3 Septembre 2012 à 22h25

    GHMD dit

    Pour ma part, je suis résolument pour la morale à l’école. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a concrètement plus que deux ou trois endroits, en France, où l’on peut causer aux jeunes réunis : à l’école ou à la mosquée et sans doute à la synagogue, mais cela concerne peu de monde.
    Les églises chrétiennes sont parterre et la famille est détruite, le père ayant perdu tout rôle autre que biologique (excusez-moi , chères soeurs, mais je pense que c’est important, mais c’est aussi un autre débat).
    Quelle morale ? Pour moi c’est simple : celle de Martel et Morisse, par exemple, éditée en 1914 sur la base de programme de 1909. Les auteurs sont professeurs aux écoles primaires supérieures de Rouen et Angers.
    Ci-après les titres des 35 chapitres du cours de 1ère année :
    - Objet de la morale;
    - La dignité humaine;
    - Discernement instinctif du bien et du mal;
    - La conscience;
    - L’éducation à la conscience;
    - L’honneur;
    - La dignité morale;
    - La liberté et la responsabilité;
    - Le gouvernement de soi-même;
    - Les habitudes;
    - Comment on gouverne ses habitudes;
    - Influence de l’habitude sur nos qualités et nos défauts;
    - Le paresseux, le laborieux, l’imprévoyant, l’économe;
    - L’intempérant, le tempérant;
    - Le lâche, le courageux (pardon pour tous ces masculins…on est en 1914);
    - Le courage physique;
    - Le courage moral;
    - le héros (qu’on ne me dise pas que cela est dépassé, il y en a plein les jeux vidéos…);
    - La connaissance de soi-même;
    - L’égoïsme;
    - Les sentiments qui divisent les hommes;
    - La bonté;
    - L’affection entre amis;
    - L’amitié et la vertu;
    - La politesse;
    - La politesse et la bonté;
    - La générosité;
    - la générosité et la raison;
    - Le désintéressement;
    - La société;
    - La solidarité;
    - La famille, ce que l’individu lui doit;
    - La nation; ce que l’individu lui doit;
    - Les devoirs de l’enfant dans la famille;
    - et chapitre 35, les devoirs de l’enfant à l’école.
    Le tout en 178 pages. Il y a aussi un programme de 2ème année en 220 pages et un programme de 3ème année en 147 pages, avec, au chapitre XXVI, le fondement moral de la démocratie….
    Tout cela est d’évidence, n’a rien avoir avec une quelconque religion, avec une quelconque politique marxiste ou libérale. Confucius aurait pu l’écrire. Finalement, on cite Socrate au dernier chapitre.
    Que l’on ne nous dise pas que tous ces principes hérités de l’expérience humaine de millénaires accumulés seraient mis en échec par les imbécilités de nos fugaces idéologies .
    Il faut enseigner la morale à l’école.

  • 3 Septembre 2012 à 19h57

    thiers dit

    Un bon ragout:pourle rire,le clown Melenchon qui met Lafontaine a la sauce marxiste,pour l’ambiance,le president Faux-cul 1er et le heros Hayrault qui trinquent a la vertu Normalité en memoire de Bouvard et Peccuchet; beaucoup de Rousseau pour le college,un peu de Kant pour les grandes classes,une pincée de Nietsche a manier comme une epice , et le divin Marquis tout rejouit de cette perspective. (a propos de religion laique,Marcel Gauchet en pointe 2:le fascisme nazi et le” leninisme bolchevique”;tout un programme,monsieur Peillon!)

  • 3 Septembre 2012 à 19h10

    AlexM59 dit

    Pour comprendre la “morale laïque” de V. Peillon, il faut lire la biographie qu’il a consacrée à Ferdinand Buisson (1841-1932, prix Nobel de la paix 1927) : Une religion pour la République, La foi laïque de Ferdinand Buisson, Seuil, 2010. Voir quelques extraites et l’analyse de textes de Buisson à http://bibnum.hypotheses.org/340

  • 3 Septembre 2012 à 18h10

    luculus69 dit

    les trucs a ne jamais faire lorsque on forme un gouvernement mettre:
    -un medecin a la santé..
    -un flic a l’interieur
    -un diplomate (ou un Fabius) aux affaires étrangeres,
    - un prof a l’EN
    - une indépendantiste a la Justice
    -un syndicaliste aux “ttravail”
    -et enfin un “Marxiste énarque” a la Presidence…
    Si vous faites cela..rien que cela..ben on a une chance..mais là c’est rappé il me semble.

  • 3 Septembre 2012 à 18h07

    PHOENIX_NOIR dit

    Inculquer la morale aux enfants, très bien, mais qui l’inculquera aux parents ?

    A supposer qu’on puisse inculquer quoique ce soit aux enfants au sein de l’école d’aujourd’hui (la première valeur à défendre devrait nécessairement être l’autorité), cela ne résisterait pas à une immersion de quelques mois dans le monde réel des adultes.

  • 3 Septembre 2012 à 17h53

    L'Ours dit

    Je n’étais pas d’accord avec vous avant de lire l’article et en le commençant. Une morale qui ne convoque pas la religion, sans la critiquer d’autant qu’elle serait souvent d’accord, existe bien, l’illustration ci-dessus le démontre.
    Mais quand j’ai lu votre retranscription de la vision de Peillon voulant inculquer: “« la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… »,”, alors là je crie: au secours et vous rejoins tout de go.

    • 4 Septembre 2012 à 11h26

      Jacques de Guillebon dit

      Ah, tiens, moi c’est l’inverse. C’est lorsque j’ai lu cette déclaration de Peillon que j’ai commencé d’adhérer à sa morale.