Les stars, c’était mieux avant! | Causeur

Les stars, c’était mieux avant!

Jean-Pierre de Lucovich ouvre la boîte à souvenirs

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 05 novembre 2016 / Culture Médias

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Lucovich Souvenirs d'un infiltré dans le beau monde

Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin, SIPA_00515864_000001

Il y a des livres qui redonnent le sourire, une certaine foi dans l’Homme, celui qui porte évidemment le smoking, chez Castel de préférence ! La presse française se nourrit de catastrophisme, elle s’en délecte même au risque de frôler l’indigestion quotidienne. Chaînes d’info en continu et journaux télévisés perfusés à la misère, déversoirs sans fin d’une humanité bafouée, nous font l’effet d’une bière sans alcool. Ce banal musée des horreurs censé nous alerter sur la marche du monde, nous laisse de marbre, surtout à l’heure des repas. Pas de quoi lever les yeux de notre assiette. On s’habitue à tout, surtout au pire. Notre capacité d’indignation est en cale sèche depuis la fin des idéologies et la chute du pouvoir d’achat ! Comme s’il suffisait de ressasser tous nos malheurs pour qu’ils disparaissent, par miracle et enchantement. Le journalisme sentencieux et lacrymal demeure une espèce nuisible qui poursuit son long travail de déstabilisation de la société. Le lamento des éditos, cette autre forme de torture mentale, continue à nous désigner comme de sempiternels bourreaux. Et nos victimes sont, chaque jour, plus nombreuses et vindicatives.

Dans l’histoire, une autre presse plus joyeuse et moins délatrice, a habitué notre regard au beau, à l’étrange, au fantasque, au superflu, à l’indispensable accessoire, à l’éphémère qui brille, au vrai luxe sans faux-semblants. On ne louera jamais assez les vertus de l’inutile. Le chroniqueur mondain n’était pas encore le ramasse-crottes des « pipoles » à la botte de quelques maquignons. C’était un journaliste habile, élégant, inspiré, qui avait fait du beau monde son pré-carré. Jean-Pierre de Lucovich, ce prince de la nuit et de l’écrit, délivre enfin quelques souvenirs dans « People Bazaar » aux Editions Séguier (en librairie le 20 octobre). La bible des noctambules, le Who’s who du Gotha, le meilleur carnet d’adresses des années 1950-2000 ! Ce jet-seteur salarié prenait le Concorde comme d’autres s’entassent dans des trains de banlieue, ne voyait pas le jour durant plusieurs semaines et charmait les filles de bonne famille à la sortie des pensionnats. Ce précepteur des Trente Glorieuses était un guide plus instructif que Mao. Il savait tout faire : twister, conduire une Ferrari, boire sans choir et croire en son étoile.

A Châtellerault ou Pithiviers, on lisait ses chroniques enfumées avec l’impression d’être invité à cette « Party », de croiser Porfirio Rubirosa, d’apostropher José Luis de Vilallonga ou de papoter au bar avec Maurice Ronet. Notre province si insipide et si pétrie de bonnes manières, ressemblait alors à la piste du Studio 54 ou à un coucher de soleil sur Portofino. Cet honnête homme, capable d’écrire sérieusement sur des choses futiles, s’inscrit dans notre grande tradition des Mémorialistes. Ses souvenirs sont délicieux de sincérité et d’impertinence. Certains lui reprocheront un name-dropping compulsif, des jaloux qui n’ont rencontré dans leur vie que des médiocres. Jean-Pierre de Lucovich s’est reconverti ces dernières années en romancier talentueux. Il chasse les mystères dans les brumes de la collaboration (à lire absolument Occupe-toi d’Arletty !). Ce garçon à particule a traîné son regard d’aristo taquin dans les plus belles fêtes de la planète.

Il était missionné par Match, le Nouvel Observateur, Vogue Hommes, etc…Ce dandy des salles de rédaction pouvait parler chiffon avec un premier ministre, mécanique avec une call-girl et politique étrangère avec sa concierge. Rien à voir avec l’archétype du journaliste formaté et tout juste sevré. « Il y eut de tout à Paris-Match sauf des journalistes sortis d’une école de journalisme » lâche-t-il. Son passage sur l’art des notes de frais dans cet honorable magazine tient de la prestidigitation. Rentré à Match, époque Roger Thérond, en 1961, il a été de toutes les folles escapades. La Dolce Vita, c’était son pain quotidien. Défilent donc dans ce beau livre illustré des noms à faire chavirer le quidam : Raquel Welch, Claudia Cardinale, Martine Carol, Ursula Andress, Bernadette Lafont, les amis photographes Willy Rizzo et Claude Azoulay, les deux Pierre, Brasseur et Bénichou, Christian Millau, Louis Malle, Paul Gégauff, Christina Onassis, Orson Welles et les plus beaux mannequins du Swinging London. La liste des invités donne le tournis ! Entre le VIIIème arrondissement et les Hamptons, Jean-Pierre de Lucovich ne s’appesantit pas trop sur les périodes plus noires de sa vie. On vous le répète : élégant jusqu’au bout de la nuit.

People Bazaar. Souvenirs d’un infiltré dans le beau monde 1950-2000 de Jean-Pierre de Lucovich. Editions Séguier.

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    • 6 Novembre 2016 à 0h38

      Wil dit

      Pas d’article sur le Goncourt sur Causeur encore?
      Ca va venir venir vite.
      On sait déjà ce que va dire Jérôme Leroy de toutes façons:”génial!” juste parce qu’il trouve comme moi que Leila Slimani est une bombe atomique et que même si elle écrivait en sms il la trouverait géniale en tant qu’artiste d’avant garde ou une connerie dans le genre,juste pour justifier son attirance pour elle.Ou un truc du genre la littérature ne peut pas lutter devant la beauté féminine.Après il fera semblant d’avoir lu le bouquin pour dire qu’elle est vraiment “bonne”.
      Leila Slimani le Goncourt,Yasmina Reza le Renaudeau,au cas où vous auriez pas compris les culs terreux de français,”les étrangers sont nos amis”.Ils ne sont pas plus talentueux que vous ou moi mais eux sont d’origines étrangère et en ce moment au Flore ou dans les restaus parisiens à la mode,ça vaut ticket d’entrée gratos.Il faut faire des exemples d’intégration pour attirer une dernière fois le vote communautaire à quelques mois des élections présidentielles ou le PS va se prendre la branlée magistrale de son existence.
      Je pense que Leila Slimani est un écrivain sincère malgré ses dents toutes blanches qui trahissent une adoration des médias et donc de soi même mais que là elle n’a pas été choisie pour son talent littéraire mais plus pour son physique et ses origines.
      Tant pis ou tant mieux pour elle.
      Magnifique mais littérairement insignifiante.
      Une de plus.au Suivant.

    • 6 Novembre 2016 à 0h12

      Wil dit

      P

    • 5 Novembre 2016 à 22h36

      Wil dit

      Je regrette qu’il n’y ait jamais sur Causeur d’article sérieux sur le monde de la musique.
      Je n’appelle pas sérieux les bobos parisiens critiques de musique qui ont tellement envie d’être les découvreurs des nouveaux Rolling Stones ou Beatles qu’ils prennent le premier groupe de minets de moins de 20 ans qui sait à peine jouer trois accords de guitare pour des génies.
      Je parle de gens qui connaissent la musique.Quelle soit classique ou moderne et l’investissement personnel que ça entraine quitte à rester dans l’anonymat même quand on est plus doué que les autres.
      La musique est un art et l’un des seuls universel.
      La musique est tellement universelle qu’ici même sur Causeur,la musique a fait par le passé que trois guignols dont je faisais partie,un samedi soir je crois, ont fait 1000 commentaires en une nuit juste à parler de musique.
      Selon la musique mérite mieux que ça.

      • 5 Novembre 2016 à 22h38

        Wil dit

        Selon moi la musique mérite mieux que ça.

      • 6 Novembre 2016 à 0h25

        Lector dit

        3 seulement vraiment ?! Ben un peu plus que ça. Yep en fait ça avait mis plus d’une semaine à atteindre les 1000 (avec Parseval en embuscade pour la millième); et c’était à l’initiative de qui “QRP” hein, l’ingrat ? Et puis bon t’avais pas été le plus assidu sur ce coup. C’est pas grave va, t’es pas l’seul à faire de la récup’.

        Tiens pour la peine :

        https://www.youtube.com/watch?v=u6d8eKvegLI

        • 6 Novembre 2016 à 2h48

          Wil dit

          Rhooo,Lector fallait laisser la légende se construire.Ca avait plus de gueule que ce que tu racontes.
          C’est dans la légende que l’Histoire s’écrit.
          Donc,ça y-est,t’a fini de faire la gueule et tu reviens sérieusement ou tu fais que passer parce que je remets cette sur le tapis et que t’a pas pu t’empêcher de rétablir la vérité?hahaha!
          Tu sais qu’avec moi,même si on s’engueule un jour sur un sujet on est pas obligé de se faire la gueule tout le temps….quitte à s’engueuler encore plus tard et de recommencer.
          On est sur internet,c’est pas la vie réelle.
          Content de te revoir Lector,A+;-)

        • 6 Novembre 2016 à 12h17

          Lector dit

          c’est heureux que tu l’aies compris mais cocasse que tu me le rappelles. Quant à “faire la gueule”, excuse hein, mais ce genre de réaction de cour de récréation n’a jamais été mon genre. Malgré l’incursion pokémon dans la réalité et autres détournements de celle-ci, la vie réelle, dont la mort et le deuil, impose encore sa loi. Et puis pour s’engueuler il faut parler la même langue. Aboyer c’est autre chose et mordre virtuellement ne laisse de marque que sur les psycho-mollets d’adolescents ou de personnes encore en quête d’identité. Alors que-de-la-gueule dans cet ultime salon de causeries… c’est le carnaval perpétuel… images stuck in your head.

    • 5 Novembre 2016 à 20h03

      mogul dit

      Quand on revoit aujourd’hui les photos du couple Alain Delon/Romy Schneider, Brad et Angelina peuvent aller se rhabiller. D’ailleurs, c’est ce qu’ils font…

    • 5 Novembre 2016 à 19h21

      Wil dit

      Cette photo me fait penser au jeu “cherchez l’erreur”.
      3 comédiens talentueux et une pute sans talent.

      • 5 Novembre 2016 à 20h05

        mogul dit

        Je suppose que c’est de Birkin dont tu parles.
        Franchement, tu ne peux pas dire ça… 

        • 5 Novembre 2016 à 20h36

          Wil dit

          Vas y énumère moi ses talents qu’on rigole.Je veux dire en dehors d’écarter les cuisses pour des types talentueux eux.

        • 5 Novembre 2016 à 20h40

          Wil dit

          Quoique Doillon,ça se discute en tant que type talentueux.j’arrive même pas à me souvenir d’un truc qu’il ait fait alors que j’ai une assez bonne culture cinématographique.Mais bon…chacun son truc il paraît.

        • 6 Novembre 2016 à 0h27

          Lector dit

          faut interdire le Birkini !

          et puis merde :

          https://www.youtube.com/watch?v=adbGT8Rg9OE

    • 5 Novembre 2016 à 16h14

      Ambrosius dit

      Magnifique époque sans mosquées (ou si peu) barbus, voilées, bukinisées et autres endjellabisés… j’ai bien peur qu’on ne la retrouve jamais… surtout lorsque je contemple ce que le travail de sape d’une clique de collabos a fait du pays.

    • 5 Novembre 2016 à 15h38

      Parménion dit

      Magnifique photo ! Mais saura-t-on jamais si cette soirée fut aussi belle que promet son image ? Relire Proust à ce sujet.

    • 5 Novembre 2016 à 15h18

      Patrick Mandon dit

      Cet article nécessaire, bienvenu, mine de rien, comme en passant, nous signale la terrible condition à laquelle nous sommes réduits, nous autres infortunés contemporains d’un pays naguère encore si aimable, peuplés d’êtres assez élégants pour s’autoriser à être superficiels. Cette talentueuse évocation d’une certaine mondanité, aujourd’hui disparue, nous permet de mesurer notre désarroi.
      À la suite de Thomas Morales, je recommande le récit de mémoire, dont Marcel Dalio fit la confidence à Jean-Pierre de Lucovitch (Mes Années folles, chez Lattès), ainsi que les brillants commentaires que ce dernier donna à Willy Rizzo, photographe de la belle période de Paris-Match, pour son livre Mes stars : L’Album secret de Willy Rizzo, chez Filipacchi.

      • 5 Novembre 2016 à 20h17

        mogul dit

        HS, mais Willy Rizzo n’avait il pas servi de modèle à Hergé pour créer le personnage de Walter Rizotto, le photographe de “Paris flash” ?

        • 5 Novembre 2016 à 20h50

          Patrick Mandon dit

          En effet, il est bien le modèle de ce personnage, que l’on trouve dans Les Bijoux de la Castafiore. Walter Rizzo prétendait même, que cette aventure de Tintin avait été inspirée à Hergé par un récit qu’il lui avait fait de l’un de ses reportages sur Maria Callas (à la fin des années cinquante, je crois). Maria Callas avait égaré l’un de ses bijoux.
          Nous sommes au début de l’aventure Paris-Match, telle qu’elle se développera pendant un demi-siècle. Un homme incarne ce grand magazine « dramatique » : Hervé Mille. Je vous recommande son livre
          Cinquante ans de presse parisienne ou La nuit du Strand. Mille était un mondain « populaire » : le modèle n’existe plus.

    • 5 Novembre 2016 à 14h40

      Pfloirat dit

      Paul Crauchet dans le fond (il s’apprête à embrasser Marie Laforêt, c’est bien elle, n’est-ce pas ?), qui fut compère de Delon dans (entre autres) “Le cercle Rouge” de Melville.

    • 5 Novembre 2016 à 14h29

      frs dit

      « Il y eut de tout à Paris-Match sauf des journalistes sortis d’une école de journalisme » … et des hommes politiques sortis de l’ ENA !