Luc Chatel, un flic à la maternelle ?
Le plan Vigicancre ne sert à rien
Publié le 19 octobre 2011 à 9:31 dans PolitiqueSociété
Mots-clés : École, Luc Chatel, maternelle

Photo : bouffonduroi.over-blog.fr
« Rien à signaler », « À risque », « À haut risque ». C’est à se demander si Luc Chatel n’est pas devenu complètement accro à la série américaine 24h chrono pour nommer ainsi les trois catégories dans lesquelles les enfants de la dernière section de maternelle pourraient se voir classer.
Luc Chatel, en agent spécial de la lutte contre l’hécatombe scolaire, aurait trouvé dans Jack Bauer, son frère d’arme. La maternelle, véritable zone à haut risque, nécessiterait donc la mise en application d’une sorte de plan Vigicancre qui préviendrait, grâce à une surveillance accrue, les déficiences nocives d’élèves à problèmes potentiels.
Classé dans la catégorie « à haut risque », le bout’chou de cinq ans serait comme un produit radioactif qu’il faudrait manipuler avec précaution vêtu d’une combinaison blanche de protection et d’un casque respiratoire afin de limiter au maximum le risque d’exposition à une éventuelle contamination. Les psys des écoles ont intérêt à avoir en réserve une kyrielle de crayons de couleur et de gros paquets de feuilles blanches, vu le nombre d’enfants traumatisés par la peur de l’échec qui vont leur dessiner les divers cauchemars qui assaillent leurs imaginaires angoissés.
Or, cette opération commando est en réalité une opération de camouflage destinée à cacher la déconfiture du système éducatif à l’école primaire. Monopoliser ainsi l’attention sur l’évaluation en maternelle est une façon de faire diversion afin d’éviter d’affronter le problème que pose la qualité des programmes, où la place consacrée à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul est sans cesse réduite par l’importance inconsidérée accordée à des disciplines secondaires comme la biologie et inappropriées comme l’informatique.
Alors, comme toute fausse bonne idée, la trouvaille de l’évaluation en maternelle pour prévenir l’échec programmé à l’école primaire désarme l’esprit critique en esquivant la question de la dévaluation des objectifs de l’école républicaine qui, chaque année, repousse au niveau supérieur la transmission des bases qu’elle est incapable d’enseigner au bon niveau. C’est à l’université maintenant de donner des cours de rattrapage !
L’absurdité du système revient donc à évaluer les maternels au lieu de les materner et à materner les primaires au lieu de les évaluer. Zéro!
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L'auteur
Isabelle Marchandier est membre de la rédaction de Causeur.
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Florence dit
Guenièvre
parfaitement d’accord avec vous sur les livrets de compétences. Je souscris à l’ensemble de ce que vous écrivez, notamment sur le caractère déshumanisant de la grille ( le grill ?).
J’ajoute que je trouve qu’il y a là quelque chose de totalitaire.
Guenièvre dit
D’accord avec cet article et avec Isa et Florence .
Je ne sais pas exactement en quoi consiste ce nouveau « fichage » mais en général je n’aime pas toutes ces nouvelles méthodes d’évaluation . Déjà je trouvais que, sous une apparente efficacité et objectivité , les « livrets de compétences étaient beaucoup plus traumatisants que n’importe quel « jugement » émis par un enseignant :
découper en tranches de saucisson les activités et les comportements des êtres humains et en particulier celles de très jeunes enfants me semble extrêmement réducteur et déshumanisant. Toutes ces batteries de tests, d’évaluations, de bilans, chargés de cibler ce que les élèves sont ou ce qu’ils doivent être, ont une prétention scientifique qui est accablante pour beaucoup de parents et d’enfants. Parés de cette prétendue neutralité les résultats des tests ont, aux yeux de certains, une légitimité beaucoup plus grande qu’une appréciation générale du maître et ils sont d’autant plus entièrement imputés à l’élève que la qualité première à acquérir est l’autonomie.
Pour ceux qui veulent savoir à quoi ressemble un livret de compétences en maternelle cliquez sur « livret »
http://vetab.ac-montpellier.fr/IEN34-16/spip.php?article69
SPQR dit
Je n’avais jamais entendu cette expression “ la clef autour du cou“, isa. Référence au fait de devoir rentrer avant les (deux) parents à la maison? Bien triste image que cette expression!
isa dit
Oui, c’est cela SPQR, c’est eefectivement bien triste et concerne toute la classe moyenne.
Marie dit
@isa
“Mais je ne sais pas si votre maman a connu la génération des enfants “la clef autour du cou”.
Bien sûr que oui.
Jrockfalyn dit
Du score d’APGAR aux entretiens d’évaluations jusqu’aux trimestres de cotisations, la vie est une longue série de testings et de palmarès en tous genres… Alors qu’on place les phénix ici et les cancres là, plus rien d’illogique.
Marie dit
@isa
“Je parle très sérieusement, la détection précoce des enfants en difficulté est une calamité. je précise par exemple que la différence entre un enfant très doué mais renfermé et un enfant en grande difficulté n’est pas détectable’” ce n’est pas l’avis de ma mère qui était enseignante!
isa dit
Fort possible, Marie, que nous n’ayions pas le même avis sur la question.
Mais je ne sais pas si votre maman a connu la génération des enfants “la clef autour du cou”.
Marie dit
@kacyj
“Il faudrait peut-être aussi faire confiance à l’intelligence et aux compétences des enseignants. C’est sur ce principe que je fonde mes relations avec l’école de mes enfants et non sur ce que décrète les syndicat, ce qu’annone la FCPE, ce que déclare le ministre et surtout sur les cocktails molotov fabriqués par les journalistes (je fais allusion au Monde et non à votre article, Isabelle Marchandier)
” D’accord avec vous
isa
Des institts qui cassent des élèves j’en ai connu mes enfants en ont connus et çà existe toujours!
Les survalorisés est un leurre en effet ma belle fille qui est prof en LEP en connait aussi.
Il y avait dans le temps un distingo entre élèves capables de suirvre en enseignement secondaire et d’autres pas, on en faisait pas le foin actuel, certains ont ‘intelligence pour étudier d’autres l’ont manuels est un drame? oui quand ensiegnants et parents sont incapables de l’accepeter!
pirate dit
Ce n’est pas une question de drame, c’est une question de perception. les professions manuels sont globalement mal vu en France. Faut que ça se passe dans l’intellect sinon c’est sale, c’est pauvre, c’est la plèbe. Voilà à quoi on raccorde le manuel, et le fait d’avoir un élève manuel ou intellectuel ne change en réalité rien. Il faut s’adresser à son intelligence, et à sa façon d’appréhender le monde. A l’armée j’avais des classes hétérogène, d’un côté des étudiants, de l’autre des CAP de boulangeries. On peut très bien les faire évoluer ensemble si on comprend tant leur psychologie que la psychologie de groupe.
kacyj dit
A l’armée Pirate, l’hétérogénéité, si vous évoquez le temps de la conscription, s’observait essentiellement pour les 06/08/10, contingents pour lesquels les étudiants étaient fort nombreux et tiraient de l’avant. C’était un peu plus homogène pour les 12/02/04.
A l’armée, on pouvait tomber sur des titulaires de CAP plus vifs que des bac+5. Mais je ne vais pas dire que l’on peut en faire une loi statistique?
D’accord avec vous sur le mépris du manuel (et peut être bien du littéraire) à l’école.
isa dit
Mais c’est vrai Marie.
je dis juste que certains n’ont rien à faire en LEP, ils ont été très mal orientés, une des raisons a pû venir de leur sous évaluation par un maître ou des parents très très légers.
au dé^part, je disais simplement qu’il n’y a pas besoin de ce type d’évaluation à partir du primaire et qu’en maternelle, c’est beaucoup trop tôt.