Royaume-Uni: So British, la charia? | Causeur

Royaume-Uni: So British, la charia?

La peur panique de l’islamophobie a ouvert la voie aux islamistes

Auteur

Ana Pouvreau et Mark Porter
A. Pouvreau, consultante en géopolitique. M. Porter, journaliste britannique

Publié le 23 mars 2017 / Monde

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Le plus multiculturel des pays européens est celui de toutes les tentations intégristes: impunité pour l'excision, reconnaissance du droit coranique, dérives répétées dans l'enseignement privé. La peur panique de l'islamophobie a ouvert la voie aux islamistes.

Tower Hamlets, Londres, 24 avril 2016. Plus de la moitié de la population de ce borough londonien est musulmane. Photo: Q. SAKAMAKI/REDUX-REA

>> Cet article a été publié dans le numéro de Causeur du mois de juin 2016.

Soucieux d’expier les brutalités de la colonisation, le Royaume-Uni découvre aujourd’hui que, dans sa quête d’une société multiculturelle idéale, il est devenu le terrain de prédilection de l’entrisme islamiste.

Mais tandis que les travaillistes sont enlisés dans leurs affaires d’antisémitisme, chez les Tories, depuis un an, on joue la carte du sursaut national face à la menace islamiste, et les mea culpa de l’establishment sont de mise.

Peu après l’assassinat, revendiqué par l’EI, de 30 touristes britanniques en Tunisie le 26 juin 2015, David Cameron dénonce « le poison de l’islamisme radical ». Il reconnaît publiquement que les autorités n’avaient pas pris la pleine mesure de la situation et annonce, dans la foulée, la mise au point d’une stratégie nationale pour combattre l’extrémisme (Counter-Extremism Srategy).

« Le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme »

Dans un discours mémorable du 20 juillet 2015, le Premier ministre pointe la municipalité de Tower Hamlets : « Dans une atmosphère où les responsables craignaient de prendre les mesures qui s’imposaient de peur d’être accusés de racisme […] la corruption au niveau politique avait atteint des proportions épiques et les électeurs étaient soumis à des intimidations. » L’ancien maire travailliste Lutfur Rahman, un Britannique d’origine bangladaise, avait été contraint de démissionner à la suite d’une enquête ayant révélé, en plus de ses pratiques corrompues et de ses connivences avec la pègre, qu’il avait été élu grâce à l’aide financière du Forum islamique de l’Europe (Islamic Forum of Europe, IFE), une organisation fondamentaliste affichant ouvertement son objectif de création d’un État islamique au Royaume-Uni.

Déjà, en 2014, on avait appris qu’à Rotherham, ville connue pour être sous l’emprise conjointe de groupes criminels et d’extrémistes islamistes, un gang d’origine pakistanaise avait perpétré, entre 1997 et 2013, des abus sexuels et des viols sur plus de 1 400 enfants, avec la complicité des services de police et de nombreux politiciens (300 personnes sont mises en cause). La ministre de l’Intérieur Theresa May déplorait alors que « le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme aient contribué à couvrir ces crimes pendant de si longues années ».

De même, Cameron se dit aujourd’hui « dégoûté » par les mutilations sexuelles des femmes – en particulier l’excision –, imposées par des familles musulmanes à 4 000 fillettes et femmes sur le territoire national en 2014. Une loi de 1985 interdit ces pratiques, mais personne n’a jamais été poursuivi pour de tels faits. Le Premier ministre est également préoccupé par les crimes d’honneur et les violences perpétrées sur les femmes au nom de la charia. Entre 2010 et 2015, les autorités britanniques ont eu connaissance de 11 000 cas !

Cette apparente prise de conscience remettra peut-être à l’ordre du jour une proposition de loi déposée à deux reprises, en 2012 et 2014, à la Chambre des lords, par la baronne Caroline Cox, pour assurer la suprématie du droit britannique sur la loi islamique. On peut espérer également que la campagne « Une loi unique pour tous » (« One Law for All »), en faveur de l’abolition de la centaine de cours de justice islamiques qui fonctionnent actuellement au Royaume-Uni, soit un jour relancée. En 2014, une circulaire du barreau (la Law Society) communiquait à tous les avocats du pays des recommandations qui leur permettraient de rédiger « des testaments compatibles avec la charia », selon lesquelles, par exemple, la femme n’a droit qu’à la moitié des parts prévues pour un homme (sic).

Finance islamique

Il est cependant peu probable que le Premier ministre conservateur renonce à son ambition de faire de Londres la première place financière islamique parmi les pays non musulmans. En 2013, il considérait que la City devait être en mesure de rivaliser avec Dubai en tant que centre financier charia-compatible.

À cette fin, lors de la neuvième réunion du Forum économique islamique mondial – le « Davos musulman » – à Londres, en mars 2013, il lançait (comme avait voulu le faire, dès 2009, en France, Christine Lagarde) une obligation publique islamique (sukuk) pour un montant de 200 millions de livres sterling. La Bourse de Londres a mis au point un index financier pour le marché islamique (Islamic Market Index). Et il y a trois ans, plus d’une vingtaine de banques telles que l’Islamic Bank of Britain offraient déjà des produits financiers « islamiquement corrects ». Côté travailliste, le Daily Mail a révélé, en 2016, que l’ancien Premier ministre Tony Blair avait gagné, pendant des années, plusieurs dizaines de millions de livres sterling grâce aux pétromonarchies du Golfe, en usant de son statut d’envoyé spécial pour le Moyen-Orient.

À l’assaut de l’enseignement

Depuis les réformes radicales de Tony Blair dans l’Éducation nationale, des établissements scolaires peuvent être complètement autonomes à l’égard des pouvoirs publics. Leur fonctionnement, leurs méthodes et leurs programmes sont aux mains de « conseils des gouverneurs », formés par des parents d’élèves, des enseignants et des organisations caritatives. En 2010, les autorités ont découvert que, grâce à cette faille majeure, une quarantaine d’écoles coraniques appartenant au réseau des Clubs et écoles des étudiants saoudiens au Royaume-Uni et en Irlande enseignaient aux élèves du primaire le programme scolaire en vigueur en Arabie saoudite, antisémitisme et homophobie inclus. Puis, en 2014, le scandale dit du « cheval de Troie », à Birmingham, montrait l’existence d’une véritable stratégie d’islamisation des établissements scolaires comptant une majorité d’élèves musulmans.

Le prosélytisme islamique dans les universités – y compris les plus prestigieuses – est également inquiétant. Les associations universitaires musulmanes (islamic societies), financées par l’Arabie saoudite œuvrant sous la houlette de leur fédération nationale, travaillent à propager les idées de califat et de rejet de la démocratie – ainsi qu’à ostraciser les étudiantes. Plus grave, ces associations tentent d’avoir la mainmise sur les départements dédiés à la recherche sur le Moyen-Orient et la Méditerranée, et d’en écarter toute recherche sur Israël. Ce faisant, elles s’assurent que les diplômés contribueront, à long terme, à l’élaboration d’une politique étrangère qui leur sera favorable.

Sans surprise, les associations musulmanes ont violemment réagi à ces révélations, en évoquant une chasse aux sorcières et en agitant le spectre de l’islamophobie.

Déjà en 2006, dans son ouvrage-phare Londonistan1, la journaliste Melanie Phillips considérait que rien ne semblait pouvoir détourner le cours de « la marche somnambulique » des Britanniques vers une islamisation certaine du pays. On pense à George Orwell, qui écrivait en 1944 dans sa « London Letter » : « Pour évaluer à sa juste mesure le danger du fascisme, la gauche aurait dû reconnaître ses propres défauts, ce qui se serait avéré trop douloureux. C’est ainsi que l’ensemble du phénomène fut ignoré ou mal interprété, avec des effets désastreux. » Nul ne sait, pour l’heure, si les Britanniques auront la force morale nécessaire pour sauver leur société d’un désastre annoncé.

  1. Melanie Phillips, Londonistan – How Britain has created a terror state within, Gibson Square, Londres, 2006.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Mars 2017 à 20h08

      Alex Z dit

      Juifs, chrétiens, athées, bouddhistes, etc… On est foutus !
      Allah va prendre le pouvoir TOT OU TARD sur nos démocraties européennes, trop empêtrées dans leur politiquement correct, leur peur de l’islamophobie, leur antiracisme primaire. L’immigration qui ira toujours croissant, la natalité galopante pour les populations issues de l’étranger, et la natalité quasi nulle des indigènes, nos bons sentiments, notre ouverture et en même temps notre incapacité à projeter le présent dans l’avenir, notre absence de vision à moyen et long terme, tout cela sont des signes prévisibles de la fin de notre civilisation occidentale, au moins dans cette partie du monde.
      Il n’y aurait qu’une guerre civile (et) (ou) étrangère, qui pourrait arrêter ce qui est devenu inéluctable.
      Mais là encore, il faudra attendre que l’ennemi la déclenche. Quand il s’agit de guerre, par tradition, on préfère que ce soit les autres qui viennent nous la faire. “Messieurs les anglais tirez les premiers”
      Je ne vois pas Dupond Durand Dupuis Martin prendre l’initiative de démarrer une guerre civile. Comme en 40, là aussi, ce sera au bon vouloir de l’ennemi. Nous, nous attendrons l’invasion. Comme toujours.

      • 25 Mars 2017 à 8h56

        RAMUNCHO dit

        Je n’aurai pas su si bien dire, totalement d’accord avec vous.

    • 24 Mars 2017 à 18h34

      Terminator dit

      Cinquante ans de laxisme, ça se paye un jour ou l’autre…

    • 24 Mars 2017 à 16h53

      netrick dit

      En 1971, je visitais l’usine d’un sous-traitant à Birmingham, et noté la présence de très nombreux Pakistanais dans le personnel ouvrier. Alors que le chomage des Britanniques était élevé dans la région. Les dirigeants m’ont dit que ces Pakistanais n’étaient pas syndiqués et étaient sous-payés. D’ou de plus gros bénéfices pour l’entreprise. Je leur ai signalé qu’ils étaient tous musulmans et que cela allait leur retomber sur la gueule un jour. Ils se sont mis à rigoler en disant que ces Frenchies
      ne comprenaient rien aux affaires.

    • 24 Mars 2017 à 11h36

      Pol&Mic dit

      “Royaume-Uni: So British, la charia?” ……
      …… a t-on demandé (ou comparé)l’avis de la “British Rule” ??????
      ( va y avoir de la bagarre me semble t -il pour savoir qui a (ou aura) raison !)

    • 24 Mars 2017 à 10h24

      accenteur dit

      Theresa May avec une fermeté que nous envions – nous Français avec nos pleutres Poutou, Hamon, Mélenchon, Macron – a déclaré, que les islamistes ne pourraient jamais détruire leurs valeurs.
      “And hey for the honour of old England” !

      • 25 Mars 2017 à 11h33

        Laurence dit

        Vous vous leurrez.
        https://www.youtube.com/watch?v=xSso7JiJsCI

        Cette vidéo date pourtant T. May n’a pas changé d’un iota après l’attaque de jeudi en déclarant en gros rien à voir avec l’islam :
        The Prime Minister has said the “Islamist” attack on Parliament was not “Islamic” and Islam is a “great faith”. Speaking in Parliament, she also said the attack showed “the importance of all of our faiths working together, and recognising the values that we share”.

        Teresa May partagent bien les mêmes symptômes que nos valeureux politiciens.
        L’esprit de Winston Churchill est bel et bien mort.

    • 24 Mars 2017 à 10h07

      buddy dit

      Juste une précision : l’article a-t-il été publié avant l’attentat d’hier . En tous cas les évènements le rendent prémonitoire.

    • 23 Mars 2017 à 23h49

      Cracker causeur dit

      Voilà une photo intéressante prise pendant l’attentat de Londres :

      http://uploads.disquscdn.com/images/9619346459926ea268b2be7ff673e8aee2e3210d2ce768ee3dc89d39c33ec8d7.jpg

      • 24 Mars 2017 à 10h05

        buddy dit

        Cette photo qui interpelle vraiment aurait mérité quelques éclaircissements.

    • 23 Mars 2017 à 23h04

      Robinson dit

      L’argent en politique est déjà odieuse, en religion c’est encore plus.

    • 23 Mars 2017 à 18h43

      Armido dit

      Pas foutus, depuis des siècles, de trouver un autochtone comme roi, les angles retournent violemment vers le tribalisme facétieux. Nous n’avons pas mieux en France je vous rassure.

    • 23 Mars 2017 à 16h23

      Martini Henry dit

      Les commentaires s’envolent sous les ciseaux impavides du M. Homais de service de la modération en cet après-midi de lendemain d’attentat islamiste…
      C’est bien. Tranquilles, je disais. La soumission sans douleur. Un suppo et au lit. Ta gueule, le furieux! Soumis, comme tout le monde! Pas de vagues! Paris sera toujours Paris, comme chantait l’autre devant un parterre d’officiers nazis…
      https://www.youtube.com/watch?v=4E6sEetFfg0
      Il est minuit bonnes gens, dormez en paix…

    • 23 Mars 2017 à 16h05

      Sancho Pensum dit

      On se demande qui écrit les sous-titres à Causeur. Peur panique de l’islamophobie en Angleterre ? Que dalle ! Et l’article le montre assez clairement : c’est surtout l’appât du gain et la volonté de pouvoir qui sont à l’origine de la situation actuelle. Un tel fricote avec les islamistes pour être élu, ou s’enrichit grâce aux pétromonarchies. Tel autre rêve d’une City première place financière islamiste. Etc. On a évidemment les mêmes comportements en France, avec les ventes d’armes, le copinage avec le Qatar, voire dans certains cas, des arrangements avec les salafistes locaux pour l’emporter aux élections. Et ce n’est pas l’apanage de la gauche, loin s’en faut.
      http://www.valeursactuelles.com/politique/yvelines-le-president-du-departement-achete-des-voix-a-une-mosquee-salafiste-62160
      Donc bien tenté, le coup d’Orwell et de la gauche, mais à part les imbéciles, personne ne sera dupe.