L’enfer fiscal selon Shriver | Causeur

L’enfer fiscal selon Shriver

Bienvenue dans la dictature du Trésor public

Auteur

Paulina Dalmayer

Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.

Publié le 10 juin 2017 / Culture

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Régulièrement accusée des pires arrières-pensées par la critique progressiste, la romancière américaine Lionel Shriver vient d'aggraver son cas avec "Les Mandible. Une famille 2029-2047", où des citoyens se rebellent contre la dictature du Trésor public.

Lionel Shriver. Crédit photo : NORMAND/Leextra via Leemage

Quand elle apparaît dans le salon de son hôtel parisien, chaussée d’une paire de bottes cavalières, en gros blouson de cuir et une épaisse natte couleur épi de blé sur les épaules, on a l’impression de se retrouver face à Fifi Brindacier. Malgré ses 59 ans, Lionel Shriver a l’air d’une enfant espiègle, qui ne prend pas très au sérieux le statut d’auteur de best-sellers dont elle jouit depuis la parution de Big Brother et Il faut qu’on parle de Kevin. Filiforme et sportive, diablement drôle, souvent abrasive dans ses propos, elle serait en outre le prototype vivant de Nollie, personnage de son dernier roman Les Mandible. Une famille 2029-2047, à qui on doit la sentence revigorante : « Transgresser une règle par jour éloigne le médecin plus sûrement qu’une putain de pomme. » C’est à prendre au pied de la lettre, vu que Nollie meurt à 103 ans, aux alentours de 2057, dans l’état séparatiste du Nevada où sa tribu s’exile pour échapper au totalitarisme fiscal du reste des États-Unis.

En effet, Les Mandible est une dystopie d’un genre nouveau, qu’on n’oserait qualifier de roman d’anticipation économique par peur que la fiction ne devienne réalité. Située dans un futur éloigné d’à peine treize ans de notre époque, il serait pourtant difficile de refuser à cette saga un lien avec la crise de 2008. « Nous n’avons pas défini ce qui s’est alors réellement passé, parce que probablement ce n’est pas vraiment fini », reconnaît Shriver. C’est ainsi qu’elle expédie ses lecteurs vers un avenir à la fois dangereusement délirant et étrangement familier. Que le président américain soit issu de la minorité hispanique – devenue entre-temps majorité –, ou que la Maison-Blanche communique en espagnol étonne moins que le prix d’une salade : 20 dollars la tête ! Et encore, les choses ne se passent pas si mal quand les dollars restent en circulation.

Ceux qui ont connu l’ex-bloc de l’Est savoureront les passages consacrés à la chasse au papier toilette, produit de luxe partout où l’économie se casse la figure

Transformée en camp de réfugiés, la ville de New York abrite sous des tentes ses propres habitants ruinés, affamés, sinon convertis de force à

[...]

Lionel Shriver, Les Mandible. Une famille 2029-2047, éditions Belfond, mai 2017.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 105 - Mai 2017

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    • 11 Juin 2017 à 13h30

      keg dit

      C’est bien connu l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions surtout quand c’est certains qui le peuple. L’enfer fiscal vous tient en ses tentacules, surtout si vous êtes impuissants….
      Il est aussi des enfers électoraux qui préparent lez fiscaux et ces deux là se tiennent par les couilles…

      http://wp.me/p4Im0Q-1Xk

    • 10 Juin 2017 à 15h29

      rupiema dit

      Il n’empêche que le roman n’est vraiment pas bon. Si vous cherchez de la littérature passez votre chemin. Et pour infos, le roman a reçu les éloges du New York Times; donc rebelle? mouais. D’ailleurs le père du personnage principal – une extension de l’auteure – rêvait d’y travailler.

    • 10 Juin 2017 à 13h11

      IMHO dit

      Quoique vaille ou ne vaille pas ce roman , ce sur quoi il se fonde ce sont le pratiques du fisc états-unien , non celles des états-européens .
      On peut énumérer pendant des heures , si on le désire , des cas de citoyens des Etats-Unis ruinés et incarcérés pour des manquements à des lois fiscales dont seuls quelques fonctionnaires connaissaient l’existence , on ne peut pas le faire en Europe, nulle part .
      Donc titre trompeur comme très souvent .

      • 10 Juin 2017 à 15h03

        Boomer dit

        IMHO devrait pourtant se rappeler des procès et des lourdes peines en matière fiscale imposés en Russie contre des adversaires politiques de Poutine.  Ne parlons même pas du menu fretin.  Et IMHO ne connait visiblement pas les lois fiscales britanniques assez sévères dans ce domaine, merci.  Et qu’en est-il de la Pologne?  Mais bof, tous ces pays ne font pas vraiment parti de l’Europe telle qu’il l’entend :  France, Allemagne et Benelux.

        Et même là, comment s’explique-t-il que l’ex-ministre Cahuzac ait été condamné en décembre dernier à trois années de prison ferme par un tribunal français?  Et bien d’autres que j’oublie qui ont subi une publicité moins spectaculaire.

        Concernant les États-Unis, IMHO illustre ici son ignorance de l’environnement fiscal de ce pays.   C’est incidemment un des rares pays qui propose un inventaire inégalé d’avocats fiscalistes adaptés à toutes les bourses.  

        J’ai hâte de voir la tête de IMHO quand il recevra un jour (qui s’en vient , n’en doutons pas…) un récépissé fiscal provenant du nouveau service des impôts centralisé européen, situé à Bruxelles dans le plus grand ensemble immobilier (à construire) de toute l’Europe..  Que du bonheur pour les futurs avocats fiscalistes européens.      

        • 10 Juin 2017 à 18h52

          IMHO dit

          1 La Russie n’est pas un état européen .
          Ou alors européen Canada Dry .

          2 Cahuzac a été condamné pour une fraude .
          Au Etats-Unis on est condamné pour une erreur .

          3 En Europe , la quasi totalité des contribuables n’a jamais à recourir aux services d’un avocat fiscaliste , un expert comptable
          leur suffit .