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L’invité surprise

Rue89 / Causeur : douzième round sur Bayrou

Publié le 15 décembre 2011 à 18:00 dans Politique

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Photo : Pierre Meunié.

Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la “battle” sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Marc Cohen et Éric Dupin débattent de la candidature de François Bayrou.

Dans une France qui ne brille pas toujours par la qualité de son personnel politique, Bayrou est un paradoxe souvent exaspérant. Enfin disons qu’il m’exaspère moi. Ou pour être précis, ce qui m’exaspère, c’est que je l’aime bien. J’ai beau être un europhobe de gauche à sous-dominante populiste, je n’arrive pas à le considérer comme néfaste. Pourtant, je partais de loin : comme toute une génération formatée bon gré mal gré par les Guignols (les drôles, ceux de la grande époque de Delépine et de Reviens JPP, reviens), j’ai longtemps cru que c’était un neuneu UDF comme les autres. J’ai changé d’avis, comme beaucoup, avec la campagne de 2002, notamment, avec la fameuse gifle, donnée à un marmot pickpocket, et les explications clarissimes qui l’ont immédiatement accompagnée (« J’ai agi comme je l’aurais fait avec mes propres enfants »). Plus que dans tout autre exercice, dans une présidentielle, le style, c’est l’homme. Ce type-là avait de drôles de manières et de drôles d’arguments pour un supposé centriste ectoplasmique.

Bis repetita, en mieux, lors du scrutin de 2007 : on ne le rappellera jamais assez, donné à 8 % en décembre par les sondeurs, Bayrou avait fini l’élection avec 18, 5% des voix. Mordant à la fois sur les électorats putatifs de Sarkozy et Royal, mais aussi probablement sur celui de Le Pen, pas uniquement à cause de leur goût commun pour la belle langue, mais grâce à son image d’homme de la novation, de bougeur de lignes, voire de candidat anti-système. Et je connais maints chevènementistes de 2002 qui ont voté sans états d’âme pour cet européiste obsédé par la rigueur budgétaire, tant il est vrai qu’en contrepartie ce garçon avait l’air d’aimer son pays plus que son parti.

Bien sûr on me rétorquera que dans le même mouvement, Bayrou s’aime beaucoup lui-même. Mais c’est le contraire qui paraîtrait bizarre. Le pouvoir démesuré d’un président de la Vème République exige une ambition et un égo en rapport. C’est bien pour ça que je regrette la IVème et espère la VIème… En attendant ces jours meilleurs, Bayrou donne —comme Hollande et contrairement à Joly, Villepin ou Mélenchon- l’image d’un fou qui ne serait pas furieux, ce qui somme toute est rassurant.

Mais il n’y a pas qu’en psychologie que le Béarnais madré décroche un accessit : l’idéologie ne lui fait pas peur. Et pourtant, durant des lustres, la bataille d’idées a été aussi familière à un centriste qu’une pédale wah-wah à une harpiste. On reconnaissait le centriste à ce qu’il honnissait les idéologies qui nous ont fait tant de mal. Le fédéralisme européen, on l’aura compris, n’étant pas un choix idéologique mais le mouvement naturel du monde…

Or voici que Bayrou dynamite cette tradition : son slogan de campagne « Instruire et produire » est le plus idéologique qu’ait avancé un « grand » candidat depuis les temps révolus de la lutte des classes, le plus chargé de sens, on a presque envie de dire le moins marketing -à ceci près que le refus affiché du marketing, c’est toujours du marketing…

Au lieu de ressasser « Je vous l’avais bien dit, il y a cinq ans, pour la dette », ce qui aurait été légitime, mais vexant pour 81,5% des électeurs de 2007, notre Zébulon surgit là où on ne l’attendait vraiment pas (le patriotisme économique) et sur un thème que même les souverainistes et les antilibéraux jugeaient trop ringard pour eux (« Achetons français ! »). Du coup, de Mélenchon à Estrosi en passant par Hamon ou Le Pen, c’est à qui criera le plus fort qu’il y avait pensé le premier… Pensé, peut-être, mais c’est Bayrou qu’on a entendu, et on l’a entendu parce qu’il est le seul (avec le Che) à avoir mis les questions industrielles au centre de sa campagne : instruire et produire, on vous dit…

On notera au passage que cette OPA surprise sur le patriotisme, Bayrou n’a pu la réaliser que parce qu’il dispose d’un avantage comparatif par rapport aux autres candidats : sa solitude. Contrairement à Marine, Nicolas, François, ou Jean-Luc, Bayrou voyage léger, un atout de taille pour bouger vite et frapper fort. Pas de groupe parlementaire ? Vous n’êtes plus l’otage de vos députés et de leurs calculs électoraux qui ne sont pas forcément les vôtres. Mettez-vous à la place de Hollande, qui a vu ses sénateurs conjuguer toutes leurs forces sur le vote des étrangers, alors que le débat du moment portait sur la crise mondiale… Dans sa solitude, Bayrou est aussi immunisé contre les alliances pathogènes, genre Verts ou Nouveau Centre. En plus de ça, au Modem, on n’a pas de véritable organisation de jeunesse, tant mieux, ça évitera les campagnes d’affiches débiles comme savent si bien les faire MJS, FNJ ou Jeunes Pop. Bref, s’il vaut mieux être seul que mal accompagné, alors c’est bien parti pour lui, et les sondages flatteurs de ces jours-ci semblent le confirmer.

Reste à savoir jusqu’où montera la petite bête Bayrou. Pour passer d’un score héroïque à un vote utile, c’est-à-dire victorieux, il faudrait qu’il atomise Marine Le Pen dans les semaines à venir puis qu’il élimine soit Sarkozy soit Hollande au premier tour, et enfin qu’il réédite l’exploit au second tour avec celui des deux favoris qui aura survécu au premier. Franchement, Bayrou en est-il capable ? En vrai, je n’en sais rien. Mais s’il ne l’est pas, il est condamné à être un excellent candidat antisystème, le diable présentable qui sortira de sa boite tous les cinq ans pour faire peur aux petits enfants et aux « grands » partis.

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  • 17 December 2011 à 5h30

    pasquinel dit

    Eh bien moi , je voterai encore pour lui pour la 3° fois , en ne doutant pas que l’inflexion sur la production à relocaliser fasse tache d’huile et se retrouve sur son positionnement européen et immigrationniste …
    Bien dit dans cet article ” bayrou n’est pas prisionnier d’un systeme”

    A plus …

  • 16 December 2011 à 17h28

    Mangouste1 dit

    Malgré le concert de quolibets qui précède, j’ai bien envie de défendre l’ami Bayrou. Si tous les reproches qui lui sont faits ici ont un fond de vérité, il a lui, contrairement à beaucoup d’autres, refusé d’aller recevoir sa gamelle pour continuer le combat pour des idées qui lui semblent bonnes. Je trouve que ça impose le respect.

  • 16 December 2011 à 17h25

    Marie dit

    @Circé
    c’est vrai que son discours est loin d’être enchanteur! Ulysse aurait poursuivit son chemin …

  • 16 December 2011 à 8h12

    Circé dit

    Instruire? Il a été ministre de l´éducation nationale, si mes souvenirs sont bons. A-t-il laissé quelque chose d´impérissable? Il a fait comme tous ceux qui veulent rester à ce poste plus de quelques mois: rien.
    Son positionnement idéologique? quelqu´un peut-il me dire ce que pense Bayrou à part le fameux “ni droit ni gauche” qui lui tient de programme depuis des lustres.
    La belle langue? Si quelqu´un a déjà vibré à un discours de Bayrou, chapeau. Il fait moins de fautes de grammaire et de syntaxe que les autres mais quelle platitude! 

  • 16 December 2011 à 7h52

    Fiorino dit

    Pas envie de lire l’article, non pas à cause de Marc Cohen mais enfin Bayrou est gavant. Il n’a pas été chopé sur une voiture allemande alors qu’ils nous bassine avec “acheter français”?

  • 15 December 2011 à 23h13

    robespierre dit

    Instruire et Produire !

    Chapeau. Efficace et simple. Il avait aussi prononcer le fameux : “si nous pensons tous la même chose, alors c’est que nous ne pensons plus rien”.

  • 15 December 2011 à 20h11

    laborie dit

    C’est pas avec un programme “produire et éduquer” qu’il va sauver la France, c’est pas Jeanne d’Arc. Si les électeurs y croient c’est qu’ils sont toujours aussi nazes…..

  • 15 December 2011 à 19h02

    Marie dit

    @Florence
    Ils nous promettent tous un programme pour janvier! il va y avoir de la lecture et relecture à faire!Sortez vos stabilos!

    • 15 December 2011 à 19h12

      isa dit

      Pourtant il a eu du temps, les quelques années qui viennent de passer Bayrou pour conçevoir un programme!

      • 15 December 2011 à 19h14

        Marie dit

        comme le PS d’ailleurs non?

      • 15 December 2011 à 19h19

        isa dit

        Le pS? Z’ont eu du boulot! Dire non, sauf pour les p…, à tout ce qui était proposé par le gouvernement, faut pas croire, ça occupe!

      • 15 December 2011 à 20h13

        eclair dit

        @marie
        Comme l’UMP aussi non?
        Parce qu’on dirait que les propositions qu’ils font sont en contradiction avec ce qu’ils ont faient depuis 5 ans.
        Non? 

  • 15 December 2011 à 18h47

    Florence dit

    Comme le dit Amerotke, M. Bayrou n’a pas fait merveille à l’Educ Nat quand il en était ministre.
    Quant à produire, j’attends pour Bayrou comme pour les autres des propositions concrètes et efficaces pour simplifier la bonne marche des entreprises. Si on arrêtait de leur mettre des bâtons dans les roues à chaque instant, ce serait déjà beau.

  • 15 December 2011 à 18h42

    Marie dit

    @Amerotke
    Excellent!

  • 15 December 2011 à 18h39

    Amerotke dit

    “Instruire et produire”
    Que voilà une belle maxime.
    Instruire ? que ne l’a-t-il fait pendant son passage à l’Education nationale où il a cogéré le système avec les syndicats. Voir le résultat actuel de connaissance du français parlé ou écrit des écoliers de l’époque Bayrou et de ceux qui ont suivi ne plaide pas pour lui redonner le manche
    Produire ? C’est le péché mignon de tous les politiques sortis de l’université et/ou de l’ENA et qui n’ont JAMAIS mis les pieds dans une entreprise de se mêler de ce type de problèmes. Pendant son passage au ministère, Mr Bayrou a collaboré à l’étouffement progressif des entreprises avec taxes, lois, charges de toutes sortes. Il en a peut-être fait la liste et se propose de les abolir. S’il peut en réciter le liste, alors j’examinerai sa candidature avec plus de bienveillance

  • 15 December 2011 à 18h30

    isa dit

    Vous ne savez pas?

    On devrait commencer à ouvrir les paris avec quelques bouteilles de champ ( et du bon!);

    Déjà, j’engage un ruinart blanc de blanc qu’il ne sera pas au deuxième tour, lâne du Béarn.

    • 15 December 2011 à 20h19

      laborie dit

      Un  Cristal de Roederer ou un Pol Roger Winston Churchill non?