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Libye : ni BHL, ni Munich

Ce conflit n’est juste pas le nôtre

Publié le 12 avril 2011 à 17:42 dans Monde

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photo : FightBack

Pas facile de faire entendre une voix qui ne donne ni dans le trémolo martial béhachélien ni dans le chuchotis de couard autarcique, autrement dit une voix qui ose admettre qu’elle ne parle pas au nom de la Raison, de la Morale et du Progrès réunis, mais qui pour autant ne rechigne pas à prendre parti.

Prendre parti dans un conflit qui n’est pas le nôtre, cela suppose une certaine pudeur et un certain style, cela suppose surtout de savoir qui nous sommes, quelles sont nos valeurs et quelle est notre cohérence, une question d’identité en somme, n’ayons pas peur des gros mots. Kadhafi n’est-il donc un dictateur que depuis le début de ce mois ? N’avait-il participé à aucun attentat ni jamais emprisonné aucun opposant du temps où il était reçu, et avec tous les honneurs, en France ? Il ne s’agit pas ici de protéger des civils affolés et des insurgés désorganisés − mais au sein desquels des hommes remarquables existent puisque BHL les a remarqués −, de les soustraire à la folie meurtrière de fous surarmés soutenant le Fou suprême, il ne s’agit pas de laisser tout un peuple mourir sous les balles d’un clan mafieux, il s’agit de comprendre qu’il s’agit là d’une guerre civile, que les « milices » qui soutiennent Kadhafi font partie du peuple libyen, qu’on le veuille ou non, et que ceux qui veulent le renverser ne sont pas nécessairement, par ce simple projet, des démocrates modérés propres sur eux. Le principe des frappes aériennes exclusives est donc au mieux un mensonge, au pire une illusion.

Une fois de plus cependant, sans pudeur et sans style, l’universalisme occidental, drapé dans ses principes intangibles mais n’intervenant jamais que là où ses intérêts économiques sont en péril, vient faire la leçon, comme s’il lui revenait de droit de stopper net, en tous lieux, le sang et les larmes.

Alors, aider à renverser Kadhafi, pourquoi pas, mais pour aider qui ? L’idée que tout peuple soit épris de liberté est une belle idée, mais le fait qu’il puisse devenir républicain ou démocrate parce qu’il s’est libéré de l’oppression n’est qu’une croyance occidentale, voire un leurre savamment entretenu. Il ne suffit pas de renverser les tyrans, il faut encore que le peuple qui y parvient en fasse une histoire personnelle, qu’à travers les mythes, les exploits et les faits ordinaires de sa révolte, il conquière son propre destin, et de massacres en réconciliations, s’arme pour la suite. Il y a diverses façons d’aider celui qui est en train d’écrire son propre récit, mais lui tenir la main en jouant les matamores est une lourde responsabilité qui peut conduire ensuite aux troubles identitaires, au suivisme comme à la rancœur.

Il est pas interdit d’entendre ceux qui, parmi les révoltés libyens, refusent l’aide occidentale ; il n’est pas inutile de comprendre le positionnement de la Ligue arabe ; il n’est pas scandaleux d’écouter l’Allemagne dont la logique n’est pas moins économiste que ceux qui, aujourd’hui, se font les hérauts de ce peuple-là, tout en détournant les yeux d’autres qui, ailleurs, sont tout aussi à feu et à sang. C’est la cohérence qui nous sauvera des pièges conjoints de l’ingérence emphatique et de la faiblesse munichoise. Nous ne sommes pas la source de tous les maux comme tant de professionnels du ressentiment voudraient nous le faire croire, mais nous ne sommes pas davantage la résolution inespérée du moindre conflit.

Comment devenir une voix singulière qui ne serait le porte-parole d’aucune faction ni d’aucun empire, être sans crainte un recours opportun, savoir sans honte se tenir en retrait ? La meilleure façon de trouver sa place est encore de n’avoir plus peur de tenir son rang. Embarrassées et irrésolues, la France comme l’Europe ne savent plus qui elles sont, et de ce fait alternent la frilosité et l’emportement, n’hésitant plus qu’entre deux versions, deux pôles qui les nient : tantôt conglomérats de communautés monades, tantôt championnes de l’universalisme abstrait.

Quand donc mènerons-nous à bien notre propre révolution ?

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  • 18 April 2011 à 15h22

    sausage dit

    Excellent article qui témoigne véritablement du recul de son auteur. Les choses sont peut-être, pour lui, bien moins claires que pour nombre de personnes. J’ai pourtant la conviction qu’il est plus proche de la réalité que tout ce que j’entends ailleurs.
    Il n’est rien qui me fatigue plus que l’incohérence et son brouhaha.

    Ce n’est pas une question de convictions mais avant tout d’honnêteté.

  • 13 April 2011 à 11h27

    plevi dit

    ET SI ….?
    Et si cette intervention tonitruante en Libye, avec force images d’avion Rafale au décollage et force destruction par nos avions de char libyens, n’était avant tout qu’une grosse – je veux dire coûteuse – opération de marketing/communication au bénéfice de l’industrie française de l’armement ?
    Je ne peux m’empêcher de repenser à l’énorme échec que constitue pour EADS – donc, entre autres, nous – l’appel d’offre de l’armée US pour les avions ravitailleurs, et au quasi-échec de la vente de Rafale au Brésil et ailleurs.
    Je doute qu’il s’agisse exclusivement de cela, mais j’imagine parfaitement notre gouvernement tenter de faire d’une pierre plusieurs coups : relancer notre image de puissance militaire dans le monde, reprendre position sur le sol africain, et si possible, à plus brève échéance … relancer nos ventes?

    • 13 April 2011 à 12h04

      xray dit

      Je ne pense pas qu’une opération aérienne aussi peu exigeante techniquement (tout étant relatif …) soit un plus pour nos avions, car pour faire ce genre de job, n’importe quel chasseur, même pas forcément très récent, aurait fait l’affaire. Je ne dirais pas cela si nos avions avaient affronté et descendu moult chasseurs libyens, les surclassant en combat aérien, mais il semblerait que de tels affrontements n’ont pas eu lieu ou très rarement et cela aurait d’ailleurs posé la question du niveau de compétence des pilotes libyens comparés aux nôtres…

      • 13 April 2011 à 12h24

        plevi dit

        Je ne parlais d’exigences techniques. Sur cet aspect, nous sommes d’accord. Mais comment vendre le Rafale sans l’avoir seulement montré en opération ? Ce qui m’a frappé, dès le début de l’affaire libyenne, c’est l’empressement des médias de montrer des images de Rafale, si peu de temps après la remise en question par la présidente brésilienne Dilma Roussef, presque au lendemain de son entrée en fonctions, de la vente des Rafale au Brésil.
        Bien-sûr, tout ceci n’est peut-être qu’une coïncidence, qu’un hasard de calendrier … ou pas.

      • 13 April 2011 à 14h35

        Alpheratz51 dit

        Sans parler de vendre ou non, la France se classant toujours dans la 3 ou 4ème position mondiale, elle n’a pas trop de soucis à ce faire d’autant que son armement est considéré comme un des plus fiable ( tout cynisme bu).
        Je crois plutôt qu’une armée ne peut savoir ce qu’elle vaut que dans le cadre d’un combat réel.
        Les exercices de champs de manœuvre, quand bien même seraient-ils les plus proches de la réalité, ne tiendrons jamais compte de manière précise de deux facteurs incontournables :
        la logistique d’approvisionnement ( rechanges, carburants, nourriture, munitions etc…) et l’humain ( peur et stress) devant le réel. Des centaines d’ordinateurs, tournent jour et nuit dans les services des stats et des  spécialistes de l’IHEDN.

    • 13 April 2011 à 15h15

      xray dit

      De toute façon le marché des avions de combat relève de considérations de haute politique dans lesquelles les qualités intrinsèques des avions restent au second plan. Dès lors , quelles qu’aient été les capacités démontrées par nos appareils en Libye, les décisions d’achat n’en dépendent guère. Reste comme je le disais dans mon précédent message, la démonstration d’une capacité politique qui ne peut laisser indifférent, un peu comme l’avaient fait les anglais, à une toute autre échelle et dans un contexte totalement différent sans doute, dans la guerre des Malouines;

    • 13 April 2011 à 15h17

      nadia comaneci dit

      Politique intérieure française ou opération commerciale, la défense des Lybiens a bien peu à voir avec notre engagement.
      Hague et Juppé trépignent ? Il est bien temps. Que tout cela est donc mal monté.

      • 15 April 2011 à 10h51

        isa dit

        Avez-vous vu le journal de la deux du 14 ?
        avec Bhl, fier comme un bar tabac, nous expliquant, du haut de son allure de baroudeur mal rasé (poitrail à l’air, quand même), toute la guerre en Libye, voire la géopolitique mondiale.

  • 13 April 2011 à 10h10

    xray dit

    Vos réflexions sont tout ce qu’il y a de plus pertinentes, mais même si notre décision de nous mêler des affaires libyennes est critiquable à divers titres et sous divers angles, je diverge de votre analyse sur deux points:
    Tout d’abord, je ne pense pas que ce soient des intérêts mercantiles qui aient piloté cette décision, Khadafi n’ayant jamais me semble-t-il fait le chantage au pétrole vis à vis des occidentaux. Il avait trop besoin de pouvoir écouler tranquillement sa production.
    Ensuite et surtout, si une telle ingérence armée dans les affaires d’un pays pouvait donner à réfléchir à des Mugabe et autres Castro, ce serait me semble-t-il une bonne chose, même si le réalisme fait que d’autres dictatures ( Chine, Corée, Vietnam, etc,… la liste est longue) peuvent continuer à oppresser tranquillement sans avoir à redouter que nous leur tapions dessus.

  • 12 April 2011 à 19h16

    Jesse Darvas dit

    Il faudrait mettre a l’amende systématiquement ceux qui abusent sans vergogne du terme de “Munich”. Des connaissances même rudimentaires en histoire suffisent a montrer le caractère grotesque et indécent de 99% des usages actuels de cet adjectif.
    Une question qu’il aurait été intéressant de poser a BHL: ou était-il quand son ami Sarkozy vendait des Rafale et des centrales nucléaires a Kadhafi? Et une dernière pour la soif: que pense-t-il de la médiation de l’UA, rejetée par les insurgés?

    • 12 April 2011 à 19h27

      isa dit

      En réalité il ne lui a rien vendu, il s’est juste fait ridiculiser, et bien bien…Raison de sa “vengeance”?
      Je suis totalement d’accord avec l’auteur de l’article, étant en rage depuis le début de cette ingérence dans une guerre civile où on risque fort de se retrouver avec des islamistes au pouvoir à la place d’un fou (cf; Iran où nous nous étions empressés de “sauver” et protéger à grans frais ce sanguinaire de Khomeiny à Neauphles-le-château, suite de la politique pro-arabe du Quai d’Orsay, le shah n’étant pas un fou, lui).

      Depuis qu’il a engagé cette guerre sur un coup de tête et certainement pour suivre Obama qui n’avait pas envie de se mettre en première ligne, je suis écoeurée.

      • 12 April 2011 à 19h47

        pirate dit

        Encore l’Iran… les effrayés de l’Islam nous ressorte toujours le même couplet.^Pour la Tunisie, l’Egypte, et maintenant la Lybie… or non seulement ces pays n’ont rien à voir formellement, leur rapport à l’Islam ne sont pas les mêmes, les structures musulmanes sur place ne se ressemblent pas, mais qui plus est la révolution iranienne repose sur plusieurs spécificité, dont un clergé déjà puissant et un shah soutenu et protégé par l’occident et la Savak, mais haï par ses couches populaires. Qui plus est c’est sur la menace supposé de l’islam radical qu’on a maintenu Ben Ali ou Moubarak… et eux disparu ont s’aperçoit de quoi ? Bah justement, de rien. Quand à Khadafi il y a 20 ans que cela aurait dû déjà bougé, mais on attendait qu’il se tire une balle dans le pieds. la chose faite on se rend compte que ce n’est pas forcément simple de faire la guerre a un type que le monde entier a enrichi et armé pour des raisons variables.

    • 12 April 2011 à 19h40

      pirate dit

      BHL est un mythe, une posture, une invention de lui-même. Il a totalement raté la révolution tunisienne et egyptienne, il suffisait de le voir “expliquer” le phénomène. Rien que le mot “facebook” ou “twitter” dans sa bouche se sentent autant à leur place qu’une casquette de rappeur posé de travers sur ses beaux cheveux bruns. Alors il essaye d’attraper le coche de celle de la Lybie, la proie est si “facile”. Mais on sait bien que derrière ça, il y a les intérêts économique et pétrolier de ses amis. BHL, l’homme qui explique l’Amérique profonde depuis sa voiture avec chauffeur. La simple évocation de ce pitre démontre le désolement de la culture française dans son ensemble.

  • 12 April 2011 à 19h13

    skardanelli dit

    “…mais n’intervenant jamais que là où ses intérêts économiques sont en péril…”
    Et ajoutons avec BHL : que là où on est sûr de l’emporter.
    A vaincre sans péril…

    • 12 April 2011 à 19h28

      isa dit

      Rien n’a l’air moins sûr.
      Maintenant Juppé s’énerve parce que l’Otan ne bombarderait pas assez…

      • 12 April 2011 à 19h33

        skardanelli dit

        Nos rafales sont tombés en carafe ?

  • 12 April 2011 à 18h19

    rail6588 dit

    Au lieu de se mêler des guerres civiles des autres,nos gouvernants feraient mieux de s’inquiéter de celle qui monte en France

  • 12 April 2011 à 17h54

    SPQR dit

    La relativité des points de vue est telle que même la position du y dans Libye puisse être sujette à divergences au point d’avoir référencé l’article avec les deux mots clefs ;) !

    • 12 April 2011 à 17h57

      SPQR dit

      D’ailleurs, on pourrait même discuter de celle du “i”, pourquoi sous couvert d’exotisme mettre l’accent sur le grec…

      Voilà… il faut savoir mettre le point sur le bon i de temps en temps!

  • 12 April 2011 à 17h48

    say yes dit

    En parlant d’identité de la France, vous avez entendu parler de la Société des Nations?