Liberté pour les ennemis de la Liberté ! | Causeur

Liberté pour les ennemis de la Liberté !

Non à l’interdiction des listes Dieudonné

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 04 mai 2009 / Société

Jean-Marie Le Pen a raison. Vous avez bien lu. Alors que l’Elysée étudierait la possibilité de faire interdire par la justice les “listes antisionistes” concoctées par son ami Dieudonné pour les élections européennes, le patron du Front national a déclaré : “Les inconvénients de la censure sont plus graves que ceux de la liberté.” Au risque de servir sur un plateau à ceux qui aimeraient me faire pendre bien plus que les deux mots de ma main nécessaires à l’opération, je le répète : je suis d’accord avec Le Pen. Sur la conclusion en tout cas. Face à un Dieudonné, interdire ne sert plus à rien. Il faut l’affronter. À mots nus.

Je l’admets, le cas n’est pas simple. Interrogé sur Radio J, Claude Guéant a sobrement résumé le problème : “Peut-on se présenter aux élections avec un programme ouvertement antisémite ?”

La réponse semble s’imposer d’elle-même. Les “inconvénients de la liberté” sont évidents. La perspective d’un Dieudonné crachant librement sa haine d’Israël, sans doute devant quelques salles surchauffées, qui donneront, l’espace de la campagne, l’illusion qu’il dispose de puissantes divisions, est une perspective déplaisante. Il suffit de citer les propos de l’un de ses coéquipiers, le gracieux Yahia Gouasmi, pour se faire une idée de l’épreuve qui nous attend. Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne, le 24 avril, M. Gouasmi expliquait : “À chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. À chaque chose qui divise une nature humaine, il y a derrière un sionisme. C’est ce que nous croyons. Et c’est ce que nous allons démontrer.” Au terme de la campagne, il sera acquis, pour des milliers et, par la magie des médias, pour des millions de personnes, que l’on peut proférer de telles insanités et briguer les suffrages des électeurs. Comment les prohibera-t-on dans les salles de classe ?

Tout cela est vrai, mais Le Pen a raison : l’interdiction serait encore pire. À supposer d’ailleurs qu’elle soit prononcée. On peut imaginer qu’un tribunal juge que le “Parti antisioniste” est en parfaite conformité avec nos lois – lesquelles doivent bien avoir quelque chose à faire avec nos valeurs. L’antisionisme, qui a déjà cours des salles des profs aux cours de récré en passant par pas mal de rédactions, ferait ainsi son entrée en majesté dans le consensus républicain. Et moi, qu’il dissimule ou non de l’antisémitisme, l’antisionisme, ça ne me plaît pas. Parce qu’enfin, comme disait le Général, il faut vouloir les conséquences de ce que l’on veut. Concrètement, être “antisioniste”, cela signifie que l’on souhaite soit la disparition d’Israël en tant qu’Etat juif, soit la disparition des Juifs de l’ensemble de la Palestine mandataire. Dans les deux cas, on a le droit de trouver ça moyen. Bref, je n’aimerais pas que la justice de mon pays dise “antisémitisme non, antisionisme oui”, ce qui reviendrait à délivrer un permis de haïr Israël.

Il est vrai que le risque paraît faible, nos joyeux lurons ne prenant guère de précautions pour cacher que leur obsession israélienne est une obsession juive. Il est assez clair qu’ils la souhaitent ardemment cette interdiction, et ce seul fait devrait faire réfléchir tous ceux qui sont partis, sabre au clair et “heures les plus sombres de notre histoire” en bandoulière. Invité à commenter l’intervention de Guéant, Alain Soral, le troisième homme de cette aimable troupe, a répondu : “L’Etat se soumet au lobby sioniste.” Les mots sont peut-être pesés au trébuchet, mais on connaît la chanson.

Et pourtant, je n’en démords pas : Le Pen a raison. Supposons que les listes antisionistes soient interdites de scrutin par la justice pour cause d’antisémitisme avéré. Premier résultat, cela renforcera la conviction déjà fort répandue dans certains milieux que les juifs sont puissants, qu’ils tiennent les médias et la politique, jouissent de protections exorbitantes et que ces privilèges sont la première cause des malheurs du monde. Quant à tous ceux, bien plus nombreux, qui suivent ces polémiques de loin avec un agacement croissant, ils penseront paresseusement qu’après tout, “les juifs exagèrent et qu’on ne peut rien dire sur Israël sans être traité d’antisémite”.

J’imagine par avance les commentaires furibonds de ceux qui auront compris ce texte sans l’avoir lu. Que les autres ne se méprennent pas, je ne prône nullement le laissez-faire face à l’antisémitisme/antisionisme. Mais la question n’est pas seulement tactique, elle est existentielle pour nous tous, nous les Français civilisés comme disait l’autre. Déléguer à un tribunal, fût-il habilité à juger en notre nom, le soin de faire mordre la poussière à Dieudonné, c’est déserter le champ de bataille. Ne répliquons pas à la redoutable conjonction du ressentiment et de la sottise par une guérilla judiciaire, battons-nous avec nos armes à nous, l’intelligence et l’humour. Soyons plus drôles et plus malins qu’eux – c’est quand même pas difficile, merde ! Dieudonné et ses amis nous attaquent sur notre terrain, celui de la liberté. En leur interdisant le combat, c’est nous qui le perdrons.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 11 Mai 2009 à 0h50

      Alice dit

      xly, je n’ai pas parlé de racisme. J’aime trop Zemmour pour lancer de type d’invective. D’ailleurs, vous n’avez pas tort.

    • 11 Mai 2009 à 0h45

      xly dit

      @Alice

      Je pense que vous avez compris que “l’aristocrate” dans cette affaire ne joue qu’un rôle secondaire. La morale de l’histoire c’est qu’une communauté qui pratique la lecture depuis longtemps acquière et accumule de la culture qu’ils soient moines (mais il ne se reproduisent pas ) , aristocrates ou bourgeois.

      Est-ce un propos raciste que de dire que certaines communautés disposent d’un bagage culturel, physique, athlétique, artistique… supérieur à d’autres ?

    • 11 Mai 2009 à 0h38

      Alice dit

      Oui, xly, mais Elisabeth Levy vous répondrait que le camp du bien, aujourd’hui, ça suffit ! Mon cher papa (protestations) disait que les idées, c’était dangereux, et que c’était à ça qu’on les reconnaissait. Il comptait sur la République pour les tempérer.

    • 11 Mai 2009 à 0h34

      xly dit

      (suite)

      Comme exemple de cette curiosité de la nature humaine qui fait que des brillants personnages peuvent épouser des causes stupides ou iniques, les intellectuels français de l’après-guerre qui (presque) tous pratiquaient une dévotion servile à l’égarde Staline, de ses pompes et de ses oeuvres.

    • 11 Mai 2009 à 0h24

      Alice dit

      xly, les aristocrates, j’en sais quelque chose, ne s’intéressaient qu’exceptionnellement à la culture. et dans les temps plus anciens, encore moins. Ce sont les bourgeois qui se sont cultivés, et c’est eux qui ont développé la culture. Bien sûr, il y a eu de grandes exceptions.

    • 11 Mai 2009 à 0h19

      xly dit

      àAlice

      Je suis d’accord pour les moines, mais à l’époque de ces propos , Simone n’aurait pas pu se marier avec un moine.

    • 11 Mai 2009 à 0h15

      xly dit

      @Alice

      Soral, très fort, très doué, j’en conviens, mais je rencontre tous les jours, sans doute comme vous, des êtres extrêmement brillants au plan intellectuel ou professionnel qui ont quelque par en eux une fêlure qui les rend imprévisibles. Comme un vase, de très belle facture, mais qui ayant une invisible fêlure le rend inapproprié pour un usage tout bête contenir de l’eau.

      J’ai lu Soral, bien avant son “engagement”, c’était un provocateur spirituel , mais son côté “dragueur compulsif” était pénible et me laisse à penser qu’il a quelques comptes à régler avec ses géniteurs.

    • 11 Mai 2009 à 0h12

      Alice dit

      xly : «Si tu ne peux pas te marier avec un juif, marie-toi avec un aristocrate – Pourquoi papa ? Parce que eux comme nous savent lire depuis plus de cinq cents ans”.»
      Mais dites-moi, les moines ont su lire bien avant les aristocrates. Vous êtes sûr de votre citation ? Simone, ce n’est pas son genre, de dire des bêtises.
      xly, vous vous enfoncez.
      Et puis ça me fait penser qu’il y a quelques années, j’étais allée voir une conférence-débat, où il y avait Soral. La salle lui était vraiment hostile. Eh bien, ça ne l’a pas du tout ému. Il a dit tout ce qu’il avait à dire, malgré les menaces. J’avoue que je l’avais trouvé un peu inquiétant, mais vachement courageux. Pas comme vous, xly

    • 11 Mai 2009 à 0h07

      nadia comaneci dit

      Drag domn Mandon (il est temps de vous enseigner quelques rudiments de la lingua romana qui vous seront bien utiles avant de poser votre tente sur les terres mouvantes du delta. Le paysan lipovène est de nature gracieuse mais rarement polyglotte).
      J’ai sans doute gardé d’une adolescence un peu niaise mais pas si lointaine l’amour des poètes faciles et des chanteurs engagés. Je plaide coupable mais ne les renie pas, je leur dois des émois d’une grande douceur. Bien différente est mon lien avec Londres, j’avais demandé Moscou, la République bonne fille m’a envoyée chez les Brits… Je fais contre mauvaise fortune bon coeur et mon miel au passage.

    • 11 Mai 2009 à 0h03

      xly dit

      Si il n’y a pas de races, et donc par de justification au racisme, qu’est-ce qui fait la différence ? La sélection, comme pour les chevaux de course, les lévriers, les vaches laitières; l’apprentissage comme pour les sportifs de haut niveau et les animaux de cirques ; l’éducation pour les intellectuels, les musiciens, les artistes, les chercheurs; l’héritage comme pour les aristocrates, et ceux qui ont compris ce qui précède.

      Comme pour une balançoire qui balance de plus en plus fort, avec de moins en moins d’effort, chaque impulsion donnée à chaque nouvelle génération “d’éduqués” finit par leur confèrer, au bout de quelques siècles ou millénaires , une très sérieuse avance .

      Simone Veil raconte que son père lui avait dit :”Si tu ne peux pas te marier avec un juif, marie-toi avec un aristocrate – Pourquoi papa ? Parce que eux comme nous savent lire depuis plus de cinq cents ans”.

    • 11 Mai 2009 à 0h02

      Alice dit

      xly, ce que vous dites de Soral est profondément stupide. Vous ne le diriez pas devant lui, à moins que vous ne soyez vraiment très costaud. Dois-je préciser que je n’aime pas son anti sionisme ? Mais ce type est très doué, très fort. Ce n’est pas en réduisant son adversaire qu’on en triomphe (parole de mon papa). Vous me semblez plutôt borné. En face de Soral, vaudrait mieux envoyer L’Ours.

    • 10 Mai 2009 à 23h44

      xly dit

      666 La Bête Immonde est arrivé sur terre.

      Pour la petite histoire : pour les gentils français qui ont tissé les toiles de l’Apocalypse que l’on peut admirer à Angers, les affreux jojo de l’époque c’étaient les Anglais. Tempus mora !

    • 10 Mai 2009 à 23h42

      Saul dit

      Xly :
      vade retro XD
      chapeau ! je le visais aussi….

    • 10 Mai 2009 à 23h41

      Saul dit

      666 is no longer alone

    • 10 Mai 2009 à 23h40

      xly dit

      I got it

    • 10 Mai 2009 à 23h39

      xly dit

      Ca brule, ça brûle !!!

    • 10 Mai 2009 à 23h39

      Saul dit

      Xly :
      merci, mais ce n’ est pas de moi…un pote qui m’ avait raconté ça il y a fort longtemps

    • 10 Mai 2009 à 23h39

      xly dit

      Il y a beaucoup de très bons psys juifs, vous pourriez-pas en recommander un ou deux à Dieudonné/Soral ?

      Leur cas relève plus de la psychothérapie que du débat politique en 666 épisodes

    • 10 Mai 2009 à 23h36

      xly dit

      @Saul

      Très bon, surtout pour Einstein, père du relativisme triomphant à notre époque.

    • 10 Mai 2009 à 23h35

      Alice dit

      Eden gazon vieilli ; jaloux d’Einstein, je peux comprendre, mais jaloux de vous ? Vous êtes la preuve que l’intelligence n’est pas «d’origine communautaire».
      Le très cher Ours (qui m’a adressé un adorable message. Bises à mon Ours !) a décrit ailleurs le souci des parents juifs de donner à leurs enfants une bonne éducation, de les insérer par le mérite, par les études, dans la société. Je crois que c’est essentiel pour une minorité, les parents. D’autres minorités ne bénéficient pas de ce soin parental. Leurs enfants ne sont pas moins doués que les autres, mais ils ne sont pas poussés. En France, ce fut la même chose chez les paysans et dans les classes moyennes. Jusque dans les années quatre-vingt, en une génération, on passait de paysan à médecin. il paraît que le mouvement s’est ralenti. Enfin, quand on voit Arthur, on se dit que, même s’il a très bien réussi, ce n’est tout de même pas une référence d’intelligence !
      Alors, je ne suis pas si inculte que j’en ai l’air !