Suivre Causeur :     

Liberté pour les ennemis de la Liberté !

Non à l’interdiction des listes Dieudonné

Publié le 04 mai 2009 à 13:24 dans Société

Jean-Marie Le Pen a raison. Vous avez bien lu. Alors que l’Elysée étudierait la possibilité de faire interdire par la justice les “listes antisionistes” concoctées par son ami Dieudonné pour les élections européennes, le patron du Front national a déclaré : “Les inconvénients de la censure sont plus graves que ceux de la liberté.” Au risque de servir sur un plateau à ceux qui aimeraient me faire pendre bien plus que les deux mots de ma main nécessaires à l’opération, je le répète : je suis d’accord avec Le Pen. Sur la conclusion en tout cas. Face à un Dieudonné, interdire ne sert plus à rien. Il faut l’affronter. À mots nus.

Je l’admets, le cas n’est pas simple. Interrogé sur Radio J, Claude Guéant a sobrement résumé le problème : “Peut-on se présenter aux élections avec un programme ouvertement antisémite ?”

La réponse semble s’imposer d’elle-même. Les “inconvénients de la liberté” sont évidents. La perspective d’un Dieudonné crachant librement sa haine d’Israël, sans doute devant quelques salles surchauffées, qui donneront, l’espace de la campagne, l’illusion qu’il dispose de puissantes divisions, est une perspective déplaisante. Il suffit de citer les propos de l’un de ses coéquipiers, le gracieux Yahia Gouasmi, pour se faire une idée de l’épreuve qui nous attend. Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne, le 24 avril, M. Gouasmi expliquait : “À chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. À chaque chose qui divise une nature humaine, il y a derrière un sionisme. C’est ce que nous croyons. Et c’est ce que nous allons démontrer.” Au terme de la campagne, il sera acquis, pour des milliers et, par la magie des médias, pour des millions de personnes, que l’on peut proférer de telles insanités et briguer les suffrages des électeurs. Comment les prohibera-t-on dans les salles de classe ?

Tout cela est vrai, mais Le Pen a raison : l’interdiction serait encore pire. À supposer d’ailleurs qu’elle soit prononcée. On peut imaginer qu’un tribunal juge que le “Parti antisioniste” est en parfaite conformité avec nos lois – lesquelles doivent bien avoir quelque chose à faire avec nos valeurs. L’antisionisme, qui a déjà cours des salles des profs aux cours de récré en passant par pas mal de rédactions, ferait ainsi son entrée en majesté dans le consensus républicain. Et moi, qu’il dissimule ou non de l’antisémitisme, l’antisionisme, ça ne me plaît pas. Parce qu’enfin, comme disait le Général, il faut vouloir les conséquences de ce que l’on veut. Concrètement, être “antisioniste”, cela signifie que l’on souhaite soit la disparition d’Israël en tant qu’Etat juif, soit la disparition des Juifs de l’ensemble de la Palestine mandataire. Dans les deux cas, on a le droit de trouver ça moyen. Bref, je n’aimerais pas que la justice de mon pays dise “antisémitisme non, antisionisme oui”, ce qui reviendrait à délivrer un permis de haïr Israël.

Il est vrai que le risque paraît faible, nos joyeux lurons ne prenant guère de précautions pour cacher que leur obsession israélienne est une obsession juive. Il est assez clair qu’ils la souhaitent ardemment cette interdiction, et ce seul fait devrait faire réfléchir tous ceux qui sont partis, sabre au clair et “heures les plus sombres de notre histoire” en bandoulière. Invité à commenter l’intervention de Guéant, Alain Soral, le troisième homme de cette aimable troupe, a répondu : “L’Etat se soumet au lobby sioniste.” Les mots sont peut-être pesés au trébuchet, mais on connaît la chanson.

Et pourtant, je n’en démords pas : Le Pen a raison. Supposons que les listes antisionistes soient interdites de scrutin par la justice pour cause d’antisémitisme avéré. Premier résultat, cela renforcera la conviction déjà fort répandue dans certains milieux que les juifs sont puissants, qu’ils tiennent les médias et la politique, jouissent de protections exorbitantes et que ces privilèges sont la première cause des malheurs du monde. Quant à tous ceux, bien plus nombreux, qui suivent ces polémiques de loin avec un agacement croissant, ils penseront paresseusement qu’après tout, “les juifs exagèrent et qu’on ne peut rien dire sur Israël sans être traité d’antisémite”.

J’imagine par avance les commentaires furibonds de ceux qui auront compris ce texte sans l’avoir lu. Que les autres ne se méprennent pas, je ne prône nullement le laissez-faire face à l’antisémitisme/antisionisme. Mais la question n’est pas seulement tactique, elle est existentielle pour nous tous, nous les Français civilisés comme disait l’autre. Déléguer à un tribunal, fût-il habilité à juger en notre nom, le soin de faire mordre la poussière à Dieudonné, c’est déserter le champ de bataille. Ne répliquons pas à la redoutable conjonction du ressentiment et de la sottise par une guérilla judiciaire, battons-nous avec nos armes à nous, l’intelligence et l’humour. Soyons plus drôles et plus malins qu’eux – c’est quand même pas difficile, merde ! Dieudonné et ses amis nous attaquent sur notre terrain, celui de la liberté. En leur interdisant le combat, c’est nous qui le perdrons.

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

680

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 10 May 2009 à 23h33

    xly dit

    Le “ressentiment” est un sentiment”qui très souvent alimente la haine. Il est d’autant plus difficile à combattre qu’il ne s’explique pas et qu’il ne se raisonne pas.

    Il me semble avoir entendu, il y a bien longtemps, Dieudonné se plaindre que les terribles souffrances du peuple noir, déporté avec les traites atlantiques et arabes, puis colonisé, puis enfin humilié par la ségrégation (Usa, Af du Sud), et aujourd’hui exploité et appauvri par la globalisation ne bénéficiaient pas des mêmes égards ni de la même compassion que celles du “petit peuple” juif. A partir de ce ressentiment, il n’y avait plus qu’à tirer sur la ficelle, imaginer qu’il y aun complot, et que ce complot est organisé par les juifs. Le pas est vite franchi, et le succès est assuré, car ce coup là a déjà marché.

    Dieudonné est peut-être un sous-produit des lois mémorielles qui ont germé en France. Comment peut-on vanter le modèle républicain français tout en le dynamitant avec des lois et des journées mémorielles, comme celle d’aujourd’hui, consacrée à l’esclavage qui ne va certainement pas contribuer à la fraternisation inter-raciale dans des villes réputées “négrières” comme Bordeaux et Nantes.

  • 10 May 2009 à 23h13

    Eden dit

    @xyl : l’envie d’exister même en propageant la haine.
    Dieudonné s’est planté et sa posture a été de s’enfoncer dans la haine afin de continuer à exister.
    Soral c’est la même chose. Il peut être considéré comme un intellectuel par certains…mais ne peut masquer éternellement l’imposture intellectuelle.
    Il n’arrive pas à faire face. C’est un mec en colère depuis la nuit des temps. Il oscille entre petite frappe et théorie minable pour continuer lui aussi d’exister.
    Ils n’ont pas compris ces mecs qu’ils sont déjà morts.

    Ils en referont des pirouettes dans le même style : ils tiennent un créneau inusable depuis des millénaires, ils auraient tort de s’en priver…

    Jalousie oui, imposture oui aussi et dégoût de soit…Voilà les ressorts de ces nullos.

  • 10 May 2009 à 23h10

    Saul dit

    Jésus : “tout est amour”
    Marx : “tout est capital”
    Freud : “tout est inconscient”
    Einstein : “Tout est…relatif”

  • 10 May 2009 à 23h04

    xly dit

    Et si le racisme n’existe pas d’où vient la haine dire “raciale”.

    De l’envie, de la jalousie, ce sentiment le plus répandu dans toutes les communautés humaines ? Le peuple juif est un bon candidat pour ce désir mimétique, il est tellement doué : Jésus, Marx, Freud, Einstein (j’en ai oublié un ou deux).

    Mais il y a aussi la haine dirigée vers des groupes considérés comme étant inférieurs. Je ne dirais pas lesquels, la Halde veille.

    Il y a la haine dirigée vers des supposés oppresseurs ou dominants. C’est cette haine de classe qui a fait fonctionner à plein la guillotine sous la Terreur et les massacres de “classe” sous les régimes totalitaires.

    Quels sont les ressorts de la haine de Dieudonné et de ses acolytes ? Leur a-t-on posé la question ?

  • 10 May 2009 à 22h59

    Saul dit

    ….parce que plus que 10 avant l’ apocalypse !

  • 10 May 2009 à 22h51

    xly dit

    ll est impossible de nos jours d’être raciste puisque il n’y a qu’une seule race humaine (c’est ce que l’on apprend à tous les écoliers de France).

    Alors pourquoi tant d’encre dépensée sur ce sujet pour rien !

  • 10 May 2009 à 22h40

    xly dit

    666 Attention l’Apocalypse approche

  • 10 May 2009 à 21h59

    Patrick Mandon dit

    On file vent arrière vers 700, le genre de chiffre rond dans lequel Justine a justement vu l’une de mes déviances honteuses.
    Nadia, Prévert, vraiment, vous émeut ? Ce poète sentimentaliste pour classe terminale ! Après Jean Ferrat, le chantre du programme commun sur fond de violon et l’interprète de l’inoubliable aragonnerie «La femme est l’avenir de l’hoooooooooomeu», je vais finir par vous trouver infréquentable. Pourtant, votre fantaisie sexuelle, votre goût proclamé pour la défunte Mittel Europa, vos origines et jusqu’à votre parfaite connaissance du Delta me confondaient (Eden me dirait que je suis en effet un con fondu). Je vous pardonnais même de paraître aimer Londres, ville qui ne mérite, à mes yeux, que de courts séjours, et surtout dans les années soixante-dix, lorsque existait encore un lieu nommé Marquee. Je sais, vous êtes trop jeune, mais ce ne sera pas toujours une excuse valable…

  • 10 May 2009 à 20h44

    Saul dit

    @ Nadia,
    oui c’ est vrai, j’ avais pas fait le rapprochement.

  • 10 May 2009 à 20h10

    nadia comaneci dit

    Hi Saul, j’ai trouvé les paroles, elles sont très touchantes, c’est un peu le cancre de Prévert (vous savez “il dit oui avec la tête mais il dit non avec le coeur”)… revu et corrigé !

  • 10 May 2009 à 19h50

    Saul dit

    Hello, Nadia,
    alors ce “petit Robert”, vous avez pu l’ écouter ?

  • 10 May 2009 à 19h21

    nadia comaneci dit

    Chère Alice… Mais moi non plus je ne vous déteste pas, à quoi bon détester d’ailleurs ? Il y a bien mieux à faire : Causer. Apportez-nous des arguments flamboyants que je m’efforcerai d’infirmer ou de confirmer avec la patience infinie de l’eau du Danube passant sous le pont de Mogosaia à Bucarest… Quoique vous avez raison, la rue Saint Guillaume n’est plus tout à fait ce qu’elle était… Avec vous, ça aurait été rock and roll !

  • 10 May 2009 à 17h23

    L’Ours dit

    Alice,
    je vous trouve très touchante avec votre père si présent alors qu’il n’est hélas plus de ce monde!
    Je me permets de m’adresser à vous de façon un peu impudique mais je ne puis le faire ailleurs qu’ici. J’espère aussi que vous me pardonnerez car je n’ai aucune autorité morale, amicale ou professionnelle pour le faire!
    Je voulais juste vous dire ceci:
    Souvent les enfants, ados mais aussi,contrairement à ce qu’on croit, les enfants bien plus âgés, se construisent en fonction de leurs parents. Souvent en opposition, souvent en conformité!
    Il faudrait réussir à être ni l’un ni l’autre, les vrais parents aimants ne désirant qu’une chose c’est que leur enfant devienne lui-même!

  • 10 May 2009 à 16h48

    Alice dit

    Nadia Com, inutile de me préciser que vous aviez lu Freud expliqué à ma fille, ça se voyait. D’ailleurs, vous avez aimé Pie XII expliqué par Costa Gravas, c’est pareil. Rue Saint-Guillaume, on m’avait bien dit que le niveau avait baissé. Quand vous ne vous contrôlez pas, ça se voit aussi. Nous deux, c’est pas trop ça, mais je n’arrive tout de même pas à vous détester. Alors que j’adore détester. J’aime les sentiments forts. Je n’ai pas fait Saint-Guillaume, au grand dam de mon cher papa. Je m’en veux encore. Je n’en guérirai jamais, jamais… Papa !

  • 10 May 2009 à 16h08

    L’Ours dit

    Michel, vous dîtes:
    “dans mon texte ci dessous lire racistes et non pas anti-racistes .”

    il était inutile de corriger, on avait compris car en ce moment, ça veut dire la même chose!

  • 10 May 2009 à 15h55

    Michel dit

    dans mon texte ci dessous lire racistes et non pas anti-racistes .
    Sorry ….

  • 10 May 2009 à 15h51

    Michel dit

    Par expérience je sais très bien que lorsque l’ on commence à débattre avec des “anti-sionistes pas anti- sémites ” très vite le masque tombe et au bout d’ un quart d’ heure ils n’ ont plus la même vigilance dans leurs propos et les vieux poncifs anti-juif refond surface …..
    Laissons tous ces gens débattre , laissons la justice intervenir quand des propos anti-raciste contreviendront aux lois en vigueur , laissons les peines d’ amendes et de prisons tomber , laissons la justice les ruiner ……..

  • 10 May 2009 à 14h24

    nadia comaneci dit

    Alice, pour nous autres jeunes filles, la figure paternelle est ô combien essentielle à la construction affective, mais elle ne doit pas devenir omniprésente. Votre incontournable “comme disait mon papa” nuit à votre argumentaire. Je le tiens de “Freud expliqué à ma fille”, c’est tout dire.

  • 10 May 2009 à 14h03

    Saul dit

    Alice :

    “Saul, ce n’est pas vous que Patrick a secoué, mais Antoninus quelque chose. Relisez mon petit message.”
    exact, mea culpa ; )

    “Vous, c’est moi qui vous ai secoué. ”
    ah bon ? où ça ? vraiment trop vantarde….ne jamais vendre….

    “Et je recommencerai”
    si ça vous chante…..ça ne me gène pas plus que ça.

    “Votre freudisme des cavernes, ça vous va bien.”
    XD là c’ est l’ hopital qui se fout de la charité….
    c’ est vous jouez les psycho à 2 balles, je n’ ai fait juste que vous montrer que l’ on pouvait faire pareil….

  • 10 May 2009 à 13h56

    Alice dit

    Saul, ce n’est pas vous que Patrick a secoué, mais Antoninus quelque chose. Relisez mon petit message.
    Vous, c’est moi qui vous ai secoué. Et je recommencerai. Votre freudisme des cavernes, ça vous va bien.