Pas de bon libéralisme sans protectionnisme | Causeur

Pas de bon libéralisme sans protectionnisme

Entretien avec Natacha Polony

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 30 décembre 2016 / Politique

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Les Français aspirent à plus de liberté et moins de bureaucratie. En ce sens, ils sont plutôt libéraux. Mais ils veulent aussi que l'Etat les protège du marché mondialisé, ce que Fillon aurait tort de négliger.

Natacha Polony.

Causeur. Manifestement, la victoire de François Fillon à la primaire des Républicains invalide votre lecture des aspirations populaires, puisque l’ancien Premier ministre, plébiscité par le peuple de droite, entend libéraliser l’économie, alors que vous appelez à la réguler…

Natacha Polony. Distinguons deux choses. Le comité Orwell critique le modèle libéral et la financiarisation du capitalisme ayant abouti à la crise de 2008. Cette évolution funeste est une conséquence de l’arrêt de l’arrimage du dollar sur l’or, décidé par les États-Unis en 1971 et mettant fin à l’équilibre de Bretton Woods. Cela a mis en place un capitalisme qui ne sert plus à alimenter l’économie mais à produire du capital. Or cette dérive n’a rien à voir avec ce qu’on appelle « libéralisme » en France et qui est simplement la sortie d’une inflation bureaucratique en train d’étouffer les entreprises. Les enquêtes qualitatives sur les aspirations des Français disent d’ailleurs toutes la même chose : les gens réclament un assouplissement du marché du travail, la fin de certaines normes trop contraignantes, la baisse des charges sociales, etc. Mais si les citoyens aspirent à plus de liberté et de responsabilité, ils veulent aussi des frontières pour permettre aux États de les protéger et de résister au pouvoir des multinationales.

Le moins qu’on puisse dire est que Fillon n’a pas fait campagne sur le thème de la protection sociale. Comment expliquez-vous son succès ?

Il a bénéficié de la détestation que les électeurs pouvaient avoir de ce qu’ils appellent le « système », c’est-à-dire cette façon des médias de leur dire pour qui il faut voter et de désigner à l’avance les candidats du second tour ainsi que le vainqueur. Fillon n’avait rien d’un candidat médiatique, son apparence et son côté « vieille France » déplaisaient profondément aux médias. À mesure que Juppé et les médias le caricaturaient, il conquérait des électeurs !

Peut-être sa fibre thatchérienne a-t-elle séduit des millions de Français las des excès de l’étatisme : 60 % des revenus sont des revenus de transfert dans notre pays, c’est énorme !

Nous cumulons les inconvénients d’une économie administrée et ceux du système libéral. Au fond, l’inflation bureaucratique n’est que la conséquence de la perte progressive de pouvoir de l’État. Un État qui produit de la norme pour essayer de se faire croire qu’il existe mais qui a en fait renoncé à exister, à aider les Français et à projeter notre industrie et notre agriculture dans le monde. Ce qui me fait un peu peur dans le discours de Fillon, c’est qu’à aucun moment il n’articule explicitement liberté et protection. La libéralisation du marché intérieur ne peut marcher que dans un contexte protectionniste. Dans le système actuel de l’organisation des flux de capitaux en Europe, on risque un choc social majeur alors que le creusement des inégalités qui frappe les sociétés britannique et allemande nous avait jusqu’à présent été épargné.

À vous lire, la paupérisation des sociétés occidentales expliquerait en grande partie la montée du vote extrême. Or, en France, l’électeur FN n’est pas toujours une victime de la crise. Il exprime avant tout un rejet de l’immigration.

Facteurs économiques et facteurs culturels se mélangent. Bien sûr que l’insécurité culturelle se développe mais cette angoisse est aussi liée à l’imposition du multiculturalisme par le discours dominant. Les intérêts idéologiques des gentils multiculturalistes rencontrent de manière tout à fait opportune les intérêts des groupes multinationaux qui ne vivent que de la destruction des États-nations et de l’atomisation des individus. Le discours consistant à dire aux Français « vous pouvez devenir minoritaires chez vous, et vu les gens qui arrivent, vous serez minoritaires puisqu’ils n’adopteront pas votre culture » nous amène vers une montée des tensions et de la colère populaire…

Concédez que le facteur islamique complique encore un peu plus les choses.

Au siècle dernier, l’immigration européenne

[...]

  • causeur.#41.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 41 - Décembre 2016

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    • 1 Janvier 2017 à 22h19

      steed59 dit

      Malinodra, pour ma part je suis très fan de Tatcher et ma remarque sur la Chine et la Russie c’est évidemment de l’ironie

    • 1 Janvier 2017 à 18h12

      lafronde dit

      @Golvan
      Bienvenu est votre rappel des perdants de la mondialisation, décrits comme la France périphérique par G. Guilluy. Cette France exposée, du secteur marchand, naguère exportateur, aujourd’hui disparu ou en péril, lesté de charges sociale et d’un fiscalité non-compétitives. Car la mondialisation a sa logique, c’est la concurrence, et donc la compétitivité socio-fiscale entre les Etats. Ceux-ci ont le devoir de ne pas plomber leur secteur marchand, par une fiscalité pénalisante. Ce devoir nos gouvernements et nos parlementaires, parfois même nos élus régionaux, s’en sont dispensés. Pour se faire réélire, ils ont quasi-tous tout promis et étendu l’Etat-Providence, généralisé l’assistanat, qu’ils ont même internationalisé : France = Bureau d’Aide sociale de l’Afrique. Nos dirigeants “républicains” (du Front républicain) ont eu un discours et des actes démagogiques, dépensiers, étatistes pour se faire réélire. Mais dans l’U.E., à Bruxelles, ils ont tenu un discours et pris des engagements vertueux, sur les budgets à l’équilibre, et la compétitivité de l’économie. C’est ce double langage que les citoyens devraient sanctionner. Car il permet la réélection d’élus qui ont trompé leurs concitoyens, et qui ont ruiné leur pays.  En bref, c’est le politicien français qui a ruiné l’entreprise française, en prenant l’entrepreneur pour un idiot qui allait entreprendre sans profit pour lui-même, par pur patriotisme, et pour permettre au politicien de payer ses promesses électorales ! Or qui est le plus utile au pays ? Aux innombrables demandeurs d’emploi ? Le politicien démagogue, clientéliste ? Ou l’entrepreneur ? Tout travail mérite salaire, et entreprendre est un risque, qui doit être rémunéré, comme l’investissement d’ailleurs. Si l’on veut de l’emploi, l’entrepreneur, et l’investisseur son nécessaires. Chacun sait que le salaire croît avec l’investissement. Les inégalités, les chômeurs s’en fichent, ils veulent du travail, pas l’égalité des conditions dans la misère

    • 31 Décembre 2016 à 18h47

      Letchetchene dit

      En politique comme dans tous le pragmatisme est de rigueur 
      Je t’´achete ,tu m’achète ( des produits et autres) et si tu veux pas jouer le jeux je te mets des barrières douanières et toi aussi est bien j’irai acheté ailleurs et toi aussi  il y a par le monde toujours un pays à qui cela arrangera que nous n’achetions plus du pétrole chez  mouloud ainsi que du gaz  ( pourquoi plus au Russe ou au Venezuela ou au USA Trump  une personne que je préfère au roi d’Arabite(!) ou l’Emir du Katar (!) comme cela nous pourrons stopper les visas et une immigration galopante qui voudraient changer nos valeurs culturelles et notre histoire.
      Il faut juste quelqu’un qui ai des c……les au bon endroit.

    • 31 Décembre 2016 à 17h28

      Roturier dit

      Par quelle mystérieuse compétence Natacha P s’exprime sur de questions économiques et sociales ?
      Prof de lettres (stagiaire…), quelles en sont ses connaissances ? Ses diplômes, ses faits d’armes ?

      L’humble téléspectateur que je suis lui doit de souvenirs émus ; sa crinière flamboyante, ses plus belles épaules du PAF, le short sexy qu’elle porta un jour sur le plateau de Ruquier, avantageusement mis en valeur par un cadreur télé coquin…
      Mais la finance ? Bretton-Woods, mondialisation, capitalisme, la parité dollar-Renminbi ?

      Contraints et forcés on a depuis lurette pris l’habitude des saltimbanques qui nous inculquent le Bien et le Mal, profitant de leurs physiques avantageux et de leur renommées hors sujet pour pratiquer le mélange de genres voire le trafic d’influence sur tous les écrans, nous éclairer de ce qu’il faut dire, penser, voter.

      C’est au tour des profs d’école à présent ?

      • 31 Décembre 2016 à 18h35

        Letchetchene dit

        Excellent Roturier
        C’est vrai pour le short , car pour le reste , elle est devenue comme tout ces saltimbanques de la télé à donner des leçons à tous.
        Alors que reste t il de celle qui nous captivait dans l’émission O N P C et pas qu’avec sont short…..
        Rien ,zéro tout pour le capitaine et rien pour les matelots…..

      • 31 Décembre 2016 à 18h42

        steed59 dit

        Roturier, le niveau des débats économiques dans les médias est tellement lamentable – dites “libéralisme” et vous verrez ce qui arrivera – que finalement ce que dit Polony se laisse écouter, même si je ne suis pas franchement sur la même longueur d’onde. Elle fait partie de ceux qui semblent ne pas vouloir voir que les problèmes économiques de la France ne sont pas qu’à l’extérieur, ils sont AUSSI à l’intérieur. Mais que voulez-vous, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

        • 31 Décembre 2016 à 19h03

          Roturier dit

          Bien observé, steed59.

      • 1 Janvier 2017 à 21h36

        Malinamodra dit

        Ouais c’est mignon mais que je saches, Attali est polytechnicien , Minc est énarque, et puis on pourrait en citer une ribambelle.Le plus beau fleuron reste sans doute la déesse Royale de la Connitude pour qui un euro dépensé est un euro utile
        Et ne parlons pas des brillants économistes et tutti quanti!!
        Alors , il existe ailleurs des Roturiers de la pensée qui se sont mis des hauts-de-chausse mais SVP!!! Tace ut melius discas!
        Ecoutez les gens pour ce qu’ils disent et non pour ce qu’ils croient être et les vaches seront bien gardées!