Les Saoudiens pourraient déstabiliser le Liban avec les réfugiés syriens | Causeur

Les Saoudiens pourraient déstabiliser le Liban avec les réfugiés syriens

Entretien avec Olivier Hanne

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 08 novembre 2016 / Monde

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aoun arabie saoudite syrie

Michel Aoun. Sipa. Numéro de reportage : AP21969724_000053.

Daoud Boughezala. L’Arabie Saoudite a-t-elle vraiment lâché du lest au Liban ou compte-t-elle sur le retour de Saad  Hariri à la tête du gouvernement pour faire valoir ses intérêts ?

Olivier Hanne.1 Le général Aoun était le candidat du Hezbollah, et indirectement du régime syrien et de Téhéran. Mais comme il est fin politique, il a nommé Premier ministre Saad Hariri, le chef de file des sunnites pro-saoudiens. Il n’empêche que l’Arabie Saoudite a complètement perdu la main sur l’élection présidentielle. Or Ryad ne peut laisser le Liban lui échapper financièrement et géopolitiquement. D’autant que l’Arabie Saoudite a perdu sur tous les terrains : en Syrie,  au Yémen,  face à Daech, etc. Au Liban, signe que l’Arabie saoudite a perdu pied, le contrat Donas a été suspendu il y a un an. C’était un contrat à trois de deux milliards d’achat d’armes françaises que les Saoudiens avaient signé avec le Liban. Lorsque l’Arabie saoudite a vu que l’élection présidentielle libanaise pouvait lui échapper, elle a préféré se retirer et annuler le contrat Donas. Cela envoie des signaux de faiblesse à toute la région, d’autant plus que, sur le plan intérieur, dans le royaume, le wahhabisme ne paraît plus qu’une façade depuis une dizaine d’années.

C’est-à-dire ?

Le système saoudien n’est plus qu’une dynastie sans rien derrière. Or, sans le wahhabisme, qui en constituait l’ADN, le régime saoudien est sinon condamné, du moins très menacé. Toute une série de mouvements populaires pro-Daech s’est déclenchée en Arabie Saoudite, y compris chez des officiers de l’armée de l’air ! L’Arabie Saoudite est confrontée à un problème d’identité car elle n’est de toute évidence plus capable d’incarner l’orthodoxie rigoriste sunnite. A l’avenir, l’Arabie va-t-elle utiliser une capacité de nuisance plutôt qu’une capacité pacificatrice au Liban ? Tout dépendra du contexte général.

Un des éléments du contexte régional est l’afflux de réfugiés syriens, notamment au Liban où ils dépassent le million. Représentent-ils aussi un danger djihadiste pour le Liban, voire l’Europe ?

Une grande partie des réfugiés syriens au Liban entretient des liens familiaux, religieux et militaires avec les rebelles syriens sunnites en Syrie que l’Arabie Saoudite pourrait très bien utiliser pour déstabiliser le Liban ou contraindre le général président Aoun à remettre en cause son alliance avec le Hezbollah.

Ceci dit, ces réfugiés ne représentent pas un réel danger pour l’Europe. Il y a peu de chances pour qu’ils aient des velléités d’action en France car leur objectif premier est de faire tomber le régime Assad. Même s’il y a forcément quelques daechistes parmi ces réfugiés, l’écrasante majorité soutient l’Armée syrienne libre ou Fatah Al-Cham, qui a formellement rompu ses liens avec Al-Qaïda. D’autant plus que ce sont essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, les jeunes hommes étant restés combattre en Syrie contre Assad.

Un front syrien dans lequel est activement impliqué le Hezbollah, aux côtés du régime Assad. Son allié Michel Aoun a été élu président grâce à un compromis entre les différentes forces politoc-confessionnelles. Sera-t-il vraiment un président fort ?

Il y a une différence entre le Michel Aoun de 1986-1988 qui déclarait la guerre à la Syrie et le Michel Aoun d’aujourd’hui. Depuis son retour d’exil en 2005, Aoun a été marqué par dix ans de vie politique au Liban, de rouerie et de compromissions politiques. D’autant plus qu’au Liban, il est devenu difficile depuis le Pacte national de 1943 et les présidences des années 1950 d’incarner un président fort. Aoun aura énormément de mal à dominer la situation, l’exécutif sera dans les mains de Saad Hariri, ce qui peut calmer l’Arabie Saoudite. Mais le régime syrien étant très certainement le futur vainqueur en Syrie, le Hezbollah va devenir la force politique et sociale dominante au Liban malgré les énormes pertes qu’il a subies en Syrie. Pour le président Aoun, tout va se jouer en fonction de l’évolution du rapport avec Israël. Si le statu quo se maintient sans réaction d’Israël face au retour de puissance du Hezbollah, Aoun pourra jouer un rôle d’arbitre sans avoir de réel pouvoir. En revanche, si Israël intervient au Sud-Liban le pays explose à nouveau, les factions se recréeront, la haine contre Aoun grandira.

Quels sont les scénarios qui s’offrent à la France dans son action au Proche-Orient ? Soutenir le clan Hezbollah-Aoun, et donc les chiites, ou Saad Hariri et l’Arabie Saoudite ?

Dans l’intérêt du Liban, nous devrions soutenir Aoun quitte à accepter indirectement le Hezbollah qui est devenu une force sociale, une force de redistribution et de solidarité interconfessionnelle qui fait  aussi profiter de sa manne  des villages chrétiens. Mais dans l’intérêt propre de la France, nous pouvons cyniquement jouer la carte saoudienne. L’Arabie Saoudite se trouve aujourd’hui dans une telle situation d’isolement qu’elle est prête à tout pour avoir des alliés extérieurs. Nous devrions pouvoir monnayer notre soutien à Ryad. Cela peut nous être avantageux, et pas seulement aux niveaux financier et économique. On pourrait négocier avec l’Arabie Saoudite un partage de renseignements sur nos wahhabites en France : en échange de la protection du royaume contre les dangers extérieurs, on obtiendrait des informations sur l’identité et les projets des salafistes français. Encore faudrait-il que nos gouvernants concluent un deal extrêmement ferme avec l’Arabie saoudite. Nos politiques sont-ils capables d’une telle fermeté ? C’est une autre histoire.

  1. Olivier Hanne est agrégé et docteur en Histoire, islamologue et chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille.

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    • 8 Novembre 2016 à 19h33

      philgold dit

      Voir les syriens réfugiés se friter avec le Hezbollah quelle perspective enchanteresse. Chacun voit midi à sa porte et tant pis pour les oeufs.
      Données chiffrées depuis 1950 10 000 000 de musulmans sont morts suite aux conflits armés dans le monde dont 9 000 000 de la main d’autres musulmans.
      Pour mémoire seul 42 000 sont morts dans les conflits avec Israël origine et seule source des malheurs du monde.
      Wait and see.

      • 8 Novembre 2016 à 20h43

        AGF dit

        C’est parfait. Qu’ils peuplent le Paradis en espérant qu’ils y trouveront Aubervilliers , les Mureaux , Grenoble.Il faudrait qu’ils augmentent leur cadence de tirs et qu’ils améliorent leurs performances.Nous nous avons une réserve de 5 à 6 M qui n’aspirent qu’à gagner le Paradis. Il faudrait les y aider. Ce serait sans doute une action très charitable.

      • 10 Novembre 2016 à 7h58

        QUIDAM II dit

        J’espère que tout le monde comprendra l’ironie et l’humour absurde contenus dans votre dernière phrase…

      • 10 Novembre 2016 à 7h59

        QUIDAM II dit

        @ philgold   J’espère que tout le monde comprendra l’ironie, l’humour absurde et un rien désespéré,  contenus dans votre dernière phrase…

    • 8 Novembre 2016 à 14h36

      persee dit

      Moi , j’aimerais bien voir rappeler les CAUSES de la guerre du liban, ce serait utile, et le rôle des palestiniens dans l’histoire.

      • 8 Novembre 2016 à 16h04

        Chr martel dit

        trop de réfugiés palestinien…
        je me rappelle d’ une conversation, c’était aux émirat, avec un jeune libanais, de mon age, s qui m’avait fait un témoignage et une explication magistral.
        j’avais été totalement surpris car cela aller évidement totalement à l’encontre du discours officiel que tenaient les médias et dirigeants français. j’étais jeune et naïf à l’poque…

        • 8 Novembre 2016 à 18h49

          steed59 dit

          pour moi pareil, tous le libanais que j’ai rencontré – y compris chiite et sunnite – sont tous férocement anti-palestinien. Alors bon quand on vient me parler du hezbollah. Je me rappelle d’une femme chrétienne vivant dans le sud chiite disant : ” je ne leur pardonnerai jamais ce qu’ils nous ont fait”

        • 8 Novembre 2016 à 18h51

          steed59 dit

          j’ai même rencontré un tunisien qui avait cotoyé des palestiniens à tunis qui les détestait

      • 9 Novembre 2016 à 6h10

        philgold dit

        Les réfugiés palestiniens sont un cancer pour les pays qui les acceuillent dans des camps. La stratégie qui tend à les utiliser comme moyen pour les pays arabes de pourrir la situation dans le conflit avec Israël se retourne contre ces pays.
        Après la guerre de 1948-49 les réfugiés ont obtenu un statut unique et dérogatoire.
        Boutros Boutros Ghali, l’ancien ministre de Saddad et Secrétaire général de l’ONU, à la question pourquoi les palestiniens n’obtiennent pas la nationalité et ne sont pas intégrés dans les pays d’acceuil répond c’est “la volonté des arabes de créer une bombe atomique démographique contre Israël”.
        Wiki : “Contrairement au statut de réfugié donné depuis 1945 par l’ONU aux autres populations déplacées au cours de conflits dans le reste du monde, le statut de réfugiés palestiniens englobe non seulement l’ensemble des personnes qui résidaient en Palestine mandataire entre juin 1946 et mai 1948 et qui ont quitté leur région à la suite de la guerre de Palestine de 1948, mais comprend également leurs descendants.
        Leur nombre s’est ainsi multiplié par 7 en 65 ans. Le problème de ces réfugiés palestiniens se pose depuis plusieurs décennies, cette population n’ayant pas été absorbée dans la population des pays d’accueil et en l’absence de solution définitive au conflit israélo-arabe. Le « retour » de cette population sur des territoires aujourd’hui israéliens est revendiqué par les dirigeants palestiniens, tandis que les Israéliens le refusent dans leur grande majorité, craignant un déséquilibre démographique dans leur pays”.