Lettre ouverte aux Marseillais
Qu’avons-nous fait de notre ville?
Publié le 14 mars 2011 à 19:03 dans Société

Chers tous,
Il y a environ 2600 ans, des Grecs venus de Phocée débarquèrent sur les rives du Lacydon et y fondèrent un comptoir commercial. Une cinquantaine d’années plus tard1, les Phocéens qui fuyaient l’invasion des perses de Cyrus II vinrent se réfugier dans leur colonie et, de simple relais commercial, Marseille devint une ville.
Marseille c’est la métropole – la cité-mère –d’Agde, d’Antibes, de Hyère, de Nice et d’Aléria, c’est l’alliée de Rome et la concurrente de Carthage, la première ville de France et l’un des plus importants ports antiques de Méditerranée occidentale. C’est aussi la ville d’Euthymènes qui explora les côtes africaines au-delà des colonnes d’Hercule et celle de Pythéas qui remonta jusqu’au Groenland et s’approcha du cercle polaire. Marseille c’est encore la ville par laquelle la vigne2, la religion chrétienne et l’écriture sont arrivées en Gaulle ; c’est de cette même ville que Strabon disait qu’« il n’y en a pas dont les lois soient meilleures »3.
Notre ville ce sont des siècles d’histoire au cours desquels elle a prospéré de son commerce, de son ouverture sur le monde et de l’esprit d’entreprise des Marseillais. Elle a survécu à César, aux Wisigoths, aux Ostrogoth, aux Francs, aux Sarrasins, aux Vikings, aux Catalans, à la peste, à Charles Quint et aux nazis. Cette ville fière et rebelle, jalouse de son indépendance, rien n’avait jamais réussi à la réduire au silence.
Qu’avons-nous fait de notre ville ?
Là où les canons du fort Saint-Nicolas4 ont échoué à nous mater, l’Etat centralisateur a fini par nous réduire à une dépendance honteuse. Là où, pendant plus de deux millénaires, Marseille fut cet extraordinaire creuset où tout les peuples de la Méditerranée vivaient en bonne intelligence, les grands ensembles des quartiers nord et les « politiques sociales » de l’Etat ont réussi à nous diviser comme nous ne l’avons jamais été. Là où le gouvernement de la cité faisait l’admiration de Strabon, nous avons laissé proliférer une classe politique corrompue qui chaque jour nous ridiculise aux yeux de ceux qui savent encore que Marseille existe. Là, enfin, où notre ville est née – le port – nous avons laissé s’installer des organisations mafieuses qui chaque année réduisent un peu plus à néant l’instrument de notre prospérité pendant des siècles. Il est inutile que je vous donne des noms, des chiffres et des faits : vous les connaissez tous, et mieux que la Cour des comptes.
Aujourd’hui, on veut nous vendre un « forum mondial de l’eau », « Marseille-Provence capitale européenne de la culture » et – encore ! – du football avec l’Euro 2016. C’est ça Marseille ? Une ville subventionnée ? Une ville qui n’a rien d’autre à espérer de l’avenir que les emplois public des chantiers d’Euromed et des allocations-chômage ? Nous en sommes donc là ?
Il y avait, quand j’étais gamin un T-shirt proclamant : « il y a deux sortes de gens au monde : les Marseillais et ceux qui rêvent de l’être ». J’appartiens à cette première catégorie et j’y appartiendrai toujours. Nom de Dieu ! J’aime cette ville ! J’y suis né, j’y ai grandi et je ne l’ai quitté, la mort dans l’âme, que pour trouver un job décent. J’aime Marseille. J’aime ses quartiers du cours Julien à Endoume en passant par la Pointe rouge, j’aime ses calanques, la grande bleue, le mistral, les navettes de Saint-Victor, la Bonne Mère et jusqu’au nouveau « Féri-Bôate » mais surtout et par-dessus tout, j’aime les Marseillais. J’aime les Marseillais parce qu’ils ont en eux cette gentillesse naturelle qui laisse croire aux Parisiens qu’ils sont « superficiels ». Je les aime parce malgré leurs grandes gueules et leurs fanfaronnades, ils s’écartent encore pour laisser passer les poussettes et aident les aveugles à traverser les rues. Et je les aime, enfin, parce que pour peu qu’on les laisse faire, ils sont capables de tout et en particulier du meilleur.
Alors je ne sais pas pour vous mais moi, voir Marseille dans cet état, ça me met en rage. Je ne supporte plus les dockers et les grutiers du port, les taxis, les éboueurs, les petits réseaux et cette caste politique qui a érigé la corruption et le clientélisme en art de vivre. Je ne peux plus souffrir de voir nos minos obligés de choisir entre quitter leur ville ou pointer à Pôle Emploi en ne vivant plus qu’au travers de l’OM. Réveillons-nous ! La mondialisation ? C’est nous qui l’avons pratiquement inventée et pour une ville comme Marseille, c’est une bénédiction. Récupérons notre port, débarrassons-nous des politiciens corrompus et reprenons notre destin en main. Marseille n’est rien sans les Marseillais ; la sauver du déclin, c’est à nous de le faire et à personne d’autre.
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L'auteur
Georges Kaplan est libéral.
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quadpater dit
lisa et Agatha : je ne suis pas allé voir, mais il n’y a a priori aucune raison pour que cette fresque ait été retirée.
En effet l’AGRIF avait protesté auprès de l’AP-HM, le diradj leur a répondu que les aumôniers hospitaliers n’avaient rien trouvé d’offensant et que la fresque représentait bien le “caractère inter-religieux qui fait partie de l’identité de la Ville de Marseille et donc de l’Hôpital de la Timone” (sic). Voilà. Hop ! Affaire classée !
lisa dit
Les aumôniers chrétiens tendent la joue gauche.
Si interreligieux veut dire remplacement d’un église par une mosquée…
C’est comme dans la restauration scolaire alors, une religion chasse l’autre !
Pierre Jolibert dit
Soyons pédant :
Strabon parle plus exactement des constitutions aristocratiques ; les lois de Marseille sont les plus excellentes parmi les régimes aristocratiques. Mais peut-être Strabon préférait-il en général les aristocraties.
Maurau :
je crois que le Midi était structurellement condamné à se déchirer, et à rester le Midi de quelque chose et à n’être le centre de rien.
Et entre autres parce que Marseille (légende ?) s’est adressée au roi de France jusqu’au XVIIIème siècle en tant que comte de Provence. On sent bien que le comté de Provence était forcément pour elle terre étrangère.
L'Ours dit
Ce qui est incroyable quand on y repense, c’est que la blague de Coluche sur la première ville arabe traversée par le Paris-Dakar remonte à une trentaine d’année! Je suis contre l’islam, pas contre les arabes, mais si dans une contrée avec une identité on dépasse une portion congrue, cette contrée n’existe plus. Bien ou mal, c’est factuel! On dit d’un pays qui a une âme, qu’il est « habité ». Justement « habité » est le mot, habité différemment ce pays est différent.
lisa dit
C’est vrai, parfois on ne se sent plus chez soi !
L'Ours dit
Ah! Je ne voulais pas mettre de message car l’article n’abordait pas un des pans essentiels de cette perte de la belle Marseille.
Alain Briens vient de combler ce trou béant avec Renaud Camus.
Ne descendez pas la Cane-cane-canebière, elle n’existe plus!
lisa dit
Le porte clé en illustration me fait penser à la fresque de l’Hopital de La Timonne qui avait choqué certains en 2008 (la Bonne Mère était représentée en Mosquée), existe t-elle encore ?
Agata dit
Je ne sais pas, Lisa, attendons de voir si quelqu’un connaît la réponse.
Alain Briens dit
Article émouvant, poignant, qui n’a comme défaut que de laisser supposer que la face sombre de Marseille remonte à 1945. Disons qu’avant, les défauts marseillais, dans la mesure où ils participaient du charme de la ville, étaient plus tolérables…mais Marseille était déjà crasseuse, corrompue et violente avant que le CNR cher à M. Hessel ne donne la concession du port à une organisation mafieuse bien connue…et comment pousser un cri de colère sur le devenir de la ville sans évoquer aussi le “Grand Remplacement” de Renaud Camus qui a installé Mohammed à la place de Marius dans tant de quartiers de la cité, l’éloignant irrévocablement de Pagnol ?
Impat1 dit
Merci Expat, (7h37) ces mesures sont excellentes pour la démocratie sociale. Mais je crois que l’une d’entre elles existait déjà dans certains Etats: en Arkansas, dès les années 80, les Teamsters devaient renouveler chaque année, par vote du personnel, leur présence majoritaire les autorisant à négocier.
quadpater dit
“Marseille a survécu aux Sarrasins”
Euh… si vous voulez, mais 1000 ans après on constate qu’ils sont toujours là. Même qu’ils mettent une sacrée pagaille.
lisa dit
J’aurais dû vous adresser mon commentaire de 15h25….
quadpater dit
lisa :
“Le porte clé en illustration me fait penser à la fresque de l’Hopital de La Timonne qui avait choqué certains en 2008”
Ne dites pas des trucs comme ça. Quand je ne suis pas au courant (en l’occurrence c’était le cas) je me renseigne un peu et ça me déprime.
Dans le même ordre d’idées l’Huma rappelait en 99 qu’à Marseille vivaient plus de Comoriens qu’à Moroni. Depuis je pense qu’ils doivent être plus nombreux ici que dans tout l’archipel.
Depuis 50 ans que dure l’invasion c’est à se demander par quel miracle il y a encore des Africains en Afrique et des Blancs dans le sud de la France.
maurau dit
votre lapsus calami donne deux ailes à Marseille et une petite idée du traitement tout gaullien que vous regrettez pour votre ville.
En occitan j’aurai une critique à formuler envers Marseille; celle d’avoir joué Pise contre Gênes et Toulouse par goût de l’indépendance et d’avoir empêché cet axe Marseille-Toulouse qui aurait fait du sud de la France un eldorado (on a les regrets que l’on peut).
SPQR dit
Bel article pour cette belle ville de Marseille…
On nous a laissé croire que le TGV Paris-Marseille avait réglé le problème de la faible attractivité de la ville…
Sûrement le business y est-il pour beaucoup. En tout cas, le provençal émigré à Paris que je suis aussi se navre de la situation et, contrairement à Aznavour, ne trouve pas la misère moins triste au soleil !
isa dit
Je connais très peu Marseille, j’en suis désolée.
En revanche, j’ai suivi le C dans l’Air sur le sujet.
J’en suis restée interdite, un des invités a carrément dit que Montebourg ne devrait absolument pas s’y pointer, sinon il prenait le risque d’être assassiné.
Carrément.
Et il reste au PS où guérini est gaillardement défendu par Hamon et Aubry.
Pas que j’aime AM qui l’ouvre tout le temps sans jamais aller vraiment au bout de ses idées (moi qui l’attendait à la fin du mandat de Chirac avec des flics et menottes!) , qui est d’une prétention sans nom, mais c’est très grave de savoir que ces sous Républiques perdurent!
Bien une des raisons aussi (hs) de la continuité des aventures de la rue Myrrah avec Vaillant qui refuse toute intervention!
Un peu facile de mettre toujours tout sur le dos du gouvernement. Tous ces petits dictateurs font que l’on se demande où est passé la République.
Et moi qui ai cru une minute que Sarko s’attaquerait vraiment au mille-feuilles avarié!
Impat1 dit
En leur temps nous avons sauvé Air France et Renault qui présentaient les mêmes symptômes qu’aujourd’hui les services du port de Marseille et la SNCM, en les privatisant. Il est certain que la solution est là en tant qu’objectif final. Le problème réside dans la méthode et le délai.
Le même problème s’était posé pour le France, mais là il avait fallu se résoudre à tout arrêter, c’est à dire à le vendre.
expat dit
@ Impat : “Le même problème s’était posé pour le France, mais là il avait fallu se résoudre à tout arrêter, c’est à dire à le vendre.”
A qui ?
Impat1 dit
Expat, à la Norvège, qui l’a exploité avec deux fois moins de personnel (ce que refusait en France la…CGT en déclenchant des grèves) en le rebaptisant “Norway”.
expat dit
Tiens Georges – ta description de Marseille me fait penser à la Corse.
Et d’accord avec Impat at Agata – tu dois avoir des petites idées je pense ?
Suis-tu ce qui se passe dans l’état de Wisconsin ?
Impat1 dit
Expat, que se passe-t-il en Wisconsin ?
expat dit
Impat, le nouveau Governor (et le Sénat et le Chambre) ont éliminé le ‘collective bargaining’ des syndicats des fonctionnaires – ça veut dire que les syndicat doivent se faire ‘valider’ par vote chaque année et surtout surtout que les cotisations aux syndicatx ne seront plus prélevées des salaires (pour tous – si on appartient au syndicat ou pas) mais doivent être régler directement par le salarié.
C’est une révolution aux USA.
Tu peux lire plus là : http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704893604576200522251828538.html?mod=WSJ_Opinion_MIDDLETopOpinion
Agata dit
C’est aux Marseillais à le faire, mais ils ne le pourront que s’ils sont aidés par la Justice et par une partie du personnel politique en place ou à venir.
Il paraît qu’il reste quelques personnes probes à la mairie et dans les institutions locales, la tâche est rude pour elles, mais elles ont tout notre soutien.
Merci G Kaplan pour cet article, parler de leurs problèmes, c’est un premier pas pour les Marseillais, et j’ai été très heureuse aussi de voir la récente émission de la 5 ” C dans l’air” sur ce sujet. Si les journalistes marseillais présents sur le plateau ont parlé avec courage et conviction, je suis sûre néanmoins qu’ils se sont encore censurés, un peu comme vous et moi.
Joëlle
Impat1 dit
Bravo George Kaplan. Cette ode à Marseille, lorsqu’on a en tête ce que politiciens et syndicats ont fait de cette perle depuis des décennies, fait monter les larmes aux yeux. Sans attaquer nommément personne, vous pointez sans ambiguïté aucune les sources du mal. Je ne doute pas que vous n’ayez en tête quelques solutions, il me plairait beaucoup de les connaître.