Lettre à un jeune écrivain | Causeur

Lettre à un jeune écrivain

Une saison en enfer

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 23 octobre 2016 / Culture

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Photo: George Hodan, publicdomainpictures.net

Cher confrère,

Vous êtes déçu, n’est-ce pas ? Ne le niez pas, je reconnais la mine défaite du jeune romancier, deux mois seulement après la parution de son livre. Septembre et octobre ont laissé sur votre visage les stigmates d’un âpre combat qui était perdu d’avance. Votre livre n’a recueilli aucune retombée dans la presse, vous étiez absent des listes de Prix d’automne et votre éditeur a fait une mise en place tellement ridicule que seul un spéléologue aurait été capable de dénicher un exemplaire dans une librairie. Transparence et amertume résument votre état d’esprit. On vous avait promis un lancement en fanfare, les médias conquis et ces files de lectrices déchaînées à votre apparition au Salon de Lamotte-Beuvron ou à la foire aux mots de Salers. Billets doux et petites culottes en guise d’offrandes. Suçons et gâteries dans les arrière-salles polyvalentes de province, tout un programme Chardonnien. L’unique lettre que vous ayez reçue provenait d’un professeur à la retraite qui maudissait votre syntaxe douteuse et votre style ampoulé.

Même votre famille ne vous a guère soutenu dans cette épreuve. De nos jours, dépenser vingt euros pour un roman n’est pas un geste anodin. Qu’est-ce qui a cloché dans votre stratégie de conquête ? Il est temps de se remettre en question. Vous n’allez pas être comme tous ces écrivains récidivistes qui, chaque année, pondent leurs misérables œuvres sans aucun retentissement, sans aucun tapage, sans aucun droit d’auteurs. La double peine : l’anonymat et la précarité. Vous ne croyez tout de même pas à ces âneries de « l’art pour l’art ». Vous êtes dépassé, mon garçon ! Un peu de nerf, nous ne sommes plus au XXème siècle lorsque la mère de Jacques Laurent lui prédisait un avenir radieux car il était français, parisien et de sexe masculin. Vous cumulez les tares.
Vous auriez été une femme, je ne dis pas, issu d’une minorité visible, encore mieux, victime d’un génocide ou, à la limite, de violences conjugales, bingo, votre cas aurait pu intéresser les masses téléphages et les annonceurs. Sur ce terreau fertile, quelques addictions (drogue, sexe, religion, etc…) auraient pu allègrement se greffer, de quoi nourrir votre personnalité, la consolider, alors là, je vous assurais les plateaux de Busnel, Hanouna et Ruquier. Mais non, vous préférez persister dans un jansénisme littéraire comme si les voies de garage vous attiraient inexorablement. Faites un effort, mon vieux, vos principes vous déshonorent.

En plus, vous vous inscrivez dans un courant complètement dépassé, les réprouvés des bibliothèques, c’est d’un pathétique. Vous n’êtes qu’un enfant triste. Et puis, parlons-en de vos références, Stendhal et Nimier, Dumas et Morand. Du périmé ! Tout pour faire fuir les professeurs, prescripteurs et intellos que la presse écrite écoute comme une pythie. On ne réveille pas un oracle qui dort. Et pourquoi pas Villon et Céline ? Suicidaire ! Vous avez entendu parler du « digital », du numérique, des réseaux sociaux, il serait temps de sortir de votre prison mentale. Quant à vos goûts personnels, le fromage de tête et les jupes écossaises, c’est d’un passéisme affligeant. Avez-vous pensé à vous faire déradicaliser ? Ouvrez-vous au monde, putain, confrontez-vous aux autres cultures, pratiquez l’entrisme communautaire, le véganisme, je ne sais pas moi, mélangez-vous sans quitter la Rive Gauche, diluez-vous sans tirer un trait sur vos vacances dans le Luberon, vendez votre âme au plus offrant en singeant la fraternité des Hommes. Si vous voulez vraiment réussir dans les lettres, je vous conseille de troquer vos modèles qui sentent la dix-septième chambre correctionnelle pour des auteurs plus « ouverts aux problématiques actuelles ». Au fait, vous n’avez jamais envisagé de changer de sexe ? Dommage, on tenait là un bon sujet. Vous êtes aussi sûr d’insister dans le roman, la fiction pure, l’histoire avec des personnages inventés, toutes ces vieilleries ? Parce que c’est un genre foutu comme la Vème République et les voitures à essence ! Les éditeurs préfèrent désormais que l’on écrive sur des gens déjà célèbres, si possible morts, simple question de décence, les lecteurs sont moins décontenancés. Oubliez aussi l’essai politique sur l’identité, le marché est saturé, un quarteron de factieux occupe le terrain. Primauté à ceux qui ont dégainé les premiers.

L’Histoire, même constat, trop de monde sur le coup, et puis quoi faire ? Les secrets d’alcôve, les rues, les stations de métro ou les repas des chefs d’état, en somme, tous les grands thèmes ont été abordés. Un essai sur le bonheur ou la spiritualité, pareil, trop de marchands de béatitudes sur ce segment encombré. Et si vous pensiez à arrêter d’écrire définitivement. Il paraît que les services à la personne recrutent en ce moment. Au moins, vous serez utile à quelqu’un.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Octobre 2016 à 0h40

      Warboi dit

      Caricature aigre, méchamment réac et pourtant tellement dans l’air du temps zemmourien, qui sent son petit mâle blanc raté qui met son manque de talent et de succès (les deux ne sont pas forcément pacsés, mais chez Morales qui écrit toujours le même article, si) sur le dos d’un vague complot de méchants progressistes (?). On parie combien qu’il a son petit compte facebook le ténébreux, le veuf, l’inconsolé ? Personne ne lui demande de changer de sexe, mais de hobby…

    • 23 Octobre 2016 à 21h12

      Singe bleu dit

      Moralès qui joue les grands et sages aînés avec rien moins que Rimbaud, Moralès n’a pas peur du ridicule qui flingue, il serait déjà ratiboisé.

      • 23 Octobre 2016 à 21h48

        Jérôme Leroy dit

        Monsieur Morales publie des livres. Et des livres qu’on aime pas seulement à Causeur. Monsieur Morales (sans accent) vous offense par son talent? Il ne faut donc pas le lire. Ecrivez, et économisez, pour le compte d’auteur.

    • 23 Octobre 2016 à 19h43

      adg dit

      Ahaha.. Monsieur , je ne dis jamais Monsieur, mais là, Monsieur Morales, j’adoooooore…Merci pour la pinte de bon rire.. Tu serais pas un peu anar toi?..

    • 23 Octobre 2016 à 12h47

      Schlemihl dit

      Le public veut du nouveau , ou ouvrage qui soit une révolution littéraire ! Abordez des thèmes neufs : l’ érotisme , l’ homosexualité , le crime , la drogue , la spiritualité des religions d’ extrême orient …. Ayez soin de montrer votre souci écologique , votre aversion pour les beaufs , votre dégoût de la société de consommation , faites l ‘ éloge des peuples dits primitifs de la forêt vierge , évoquez un paradis naturel , le dernier bien sur , c’est toujours le dernier . Soyez anti libéral , anti mondialiste , inutile d’ être précis là dessus , le sens de ces mots n’a aucune importance . Condamnez l’ impérialisme culturel , méprisez les USA , haïssez Israël , ayez un casier judiciaire , soyez vert , si possible végétarien , illettré , hussard dans certains salons loubard dans d’autres …. Usez d’ un style original , qui frappe et surprend : parlez du soleil qui darde ses rayons , de l’amant qui boit la bouche de l’ être aimé , employez des mots étrangers , faites des phrases sans verbes , évoquez Céline , c’est bon genre . Revenez de Gaza ou vous avez soutenu l’anti impérialisme , ou de San Francisco ( je parle des gays bien sur , pas de Stanford ) , ou du Donbass ou vous avez soutenu les guerriers du Héros moderne , Vladimir le Grand , ou de Corée du nord , ce sera plus original . Citez Su Tzun , le bushido , Trotski ( il est inutile de savoir quelque chose là dessus ) , soyez anti raciste , défendez la pureté de la race chez les peuples amazoniens , déplorez la lutte fratricide entre Sémites , enfin reconnaissez le surnaturel quand il se présente .

      A ces conditions vous réussirez dans la bonne société . 

    • 23 Octobre 2016 à 11h37

      André Plougardel dit

      Par ce matin frais de novembre je suis allé ramasser des noix tombées au pied l’arbre.J’aime fouler l’herbe fraîche,humide de la nuit,en prenant soin de ne pas écraser les précieuses noix cachées sous des tas de feuilles pourries.J’aime l’automne,sa brume et ses pourritures.L’air sec et froid me font un bien à l’âme.J’aime ce ciel,ses nuages noirs qui courent vers on ne sait où,comme affolés.J’aime l’automne et ses couleurs.La vie qui s’ensommeille.Je suis bien.

      André Plougardel militant FN

    • 23 Octobre 2016 à 11h32

      André Plougardel dit

      Le vent froid et glacial tentait vainement par rafale de percer mon vieux cuir fripé.De gros nuages sombres et funestes couraient dans le crépuscule,poussés par le vent.Ils se précipitaient l’un derrière l’autre,comme pris de panique,comme fous,poussés par un monstre invisible vers on ne sait où.J’étais seul,au milieu de nul part.J’avançais tant bien que mal dans le sol boueux.Mes bottes restaient collées.Difficile de mettre un pied devant l’autre.Mais j’étais décidé à venir au rendez vous.Je devais donner la preuve que marcher dans la gadoue est pour moi chose commune pour ne pas dire banale.
      Après avoir marché dans la boue tel le paysan venu constater son blé en herbe et pour s’assurer que la récolte sera bonne,j’ai eu cette impression glaçante que le vent s’était calmé, adouci soudainement.Un silence sépulcral pesait désormais sur cette campagne, sur ces champs labourés dont la vue s’éteignait à l’horizon.Comme par enchantement,tel un entracte de pièce de théâtre jouée par un personnage fantastique et génial,la fureur des éléments avaient disparu.Elle avait fait place maintenant à un silence au cours duquel quelque chose d’extraordinaire était attendue.Le temps s’était étiré à l’infini comme cette terre labourée,que les pluies de la veille avait rendue boueuse.J’avais le sentiment étrange d’être pris dans une mécanique surréaliste qui m’échappait,dont je n’avais pas les leviers.Puis,un bruit sourd,un bruit lourd se levait,montait crescendo tout autour de moi.J’étais cerné.Je me mis à regarder aux alentours, à la recherche d’une échappatoire.Finalement,haut dans le ciel ou plus bas je ne sais plus exactement à quelle altitude,quelque chose comme un vol d’oiseaux se dessinait,se rapprochait.Le vent avait chassé les nuages.Le ciel était d’une clarté sans égal.Un ciel des premiers temps.

      • 23 Octobre 2016 à 11h33

        André Plougardel dit

        Aucun souffle ,aucun nuage.C’était quelque chose qui ressemblait à des gigantesques V.Il y en avait des centaines ,il y en avait des milliers.Les formes géométriques se rapprochaient.Une nuée immense,incommensurable d’oies sauvages passait assombrissait le ciel.Des oies énormes aux dimensions fantastiques.Les premières fendaient l’air et assuraient aux autres un peu moins de résistance.L’une d’elle était chevauchée par un Monsieur.Sans doute un grand Monsieur.Un géant.Au fur et à mesure on pouvait distinguer sa silhouette droite et austère.La silhouette d’un gars venu dire un dernier adieu à cette terre qu’il aimait sans doute.La terre du Loir et Cher.Je compris alors la chose inoffensive.Une sensation de bien être me prenait.J’étais bien.Comme bien d’autres avant lui,il était désormais soulagé,délivré.
        Je regardais ce quatorze juillet celeste un peu particulier s’éloigner avec la certitude cette fois que la récolte sera bonne.

        Un paysan du Loir et Cher

        • 23 Octobre 2016 à 11h41

          GigiLamourauzoo dit

          Quand on écoute trop du Delpech! Le Nobel l’année prochaine, Dédé,promis.

    • 23 Octobre 2016 à 11h14

      Habemousse dit

      « …vendez votre âme au plus offrant en singeant la fraternité des Hommes. »

       Joli !

       Flattez, flattez et surtout ne vous trompez pas de rive.

      Cela dit, même si on sent pointer l’amertume, votre article est bien écrit ; à défaut du Médicis vous aurez le Causeur : écrire un bon article dans une bonne revue vous permet de lâcher vos mots sur le circuit de la presse même si pour le moment vous conduisez le mulet et pas la monoplace officielle.

      Vous n’êtes pas loin de la piste. Et puis nous vivons une époque formidable : tout le monde ou presque est génial !

      Ca se publie !  

    • 23 Octobre 2016 à 8h52

      GigiLamourauzoo dit

      Autoportrait? Mr Morales,je préférais votre article sur Tinto Brass (je ne sais pourquoi?)
      Permettez que j’pete un hublot!

    • 23 Octobre 2016 à 7h42

      alain delon dit

      Cet article est-il dédié à Jérôme Leroy ou à Bob Dylan?

      • 23 Octobre 2016 à 11h17

        André Plougardel dit

        Non, à André Plougardel ,militant FN , chômeur ,SDF