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Lettre à l’Ecole avant son assassinat

Etre achevée par Luc Châtel : quelle fin !

Publié le 04 juin 2010 à 6:30 dans Politique

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Tableau

Cette fois-ci, vois-tu, je crois que tu vas mourir. Vraiment.

J’aurais espéré pour toi une fin digne de ton épopée. Après tout, en moins d’un demi-siècle, tu as réussi l’exploit d’alphabétiser une population, de lui donner une culture commune, de l’émanciper. Mais on n’aime plus tellement ce mot. Et pourtant, ce fut bien d’émancipation qu’il s’agit. Marianne a oublié qu’elle te devait son unité, que c’est grâce à toi qu’elle a brisé les ethno-régionalismes qui ressurgissent aujourd’hui, bons petits chevaux de Troie de l’Union Européenne, elle-même faux-nez de la mondialisation malheureuse.

J’avais espéré quelque chose comme un sursaut désespéré, une de ces belles fins qui permettent de mourir dans la légende : Fort-Alamo, Fort-Chabrol ou Camerone. Tu parles… On va t’achever comme une chienne et l’on n’entendra même pas tes couinements entre la clameur des stades sud-africains, les soubresauts géopolitiques au Proche-Orient et le lent naufrage de notre vieil Etat-providence pour satisfaire à quelques agences de notations paranoïaques et incompétentes.

Non, tu n’auras pas le droit à une fin de ce genre. Quand on a essayé de te tuer, par exemple en 1968 ou en 1984 (en 84, c’est toi qui as ouvert les hostilités mais tu étais déjà tellement affaiblie que c’était la manière d’appliquer les vieux préceptes chers à Napoléon ou à Foch, “la meilleure défense c’est l’attaque”), en 1989 ou en 1997, cela avait encore de la gueule. Des maoïstes deleuziens dans la pulsion, des curés qui voulaient prendre leur revanche sur Jules Ferry en ameutant la France moisie, des trotskystes bourdivins ayant infiltré l’appareil d’état et pour finir Allègre, revenu à la manœuvre, dans l’outrance haineuse et la démagogie populiste et pédagogiste.

Tu étais attaquée, oui, mais c’était frontal. On te faisait mettre un genou à terre mais il y avait encore quelque chose d’un combat pour des valeurs, des enjeux de civilisation, des visions contradictoires de la France. Tu as perdu à chaque fois, ou presque. Tu sais qu’on ne t’aime pas, qu’on ne t’a jamais aimée. Une certaine droite s’est toujours demandée qui tu étais au juste, pour échapper à toutes les aliénations, celles des religions comme celles des marchés. Tu n’avais pas besoin d’être rentable, quelle honte ! Et il y avait des instituteurs pour classe unique de neuf élèves en Lozère et des professeurs de lettres classiques qui apprenaient le grec à cinq Arabes dans une ZEP.

Une certaine gauche non plus ne t’aimait pas. Tu étais trop élitiste, trop coercitive. Tu bridais les spontanéités, tu étais l’héritière d’une culture bourgeoise, tu te moquais de ce qui se passait dans la rue. En un mot, tu reproduisais.

Mais là, ma belle, tu as vu qui va te donner le coup de grâce ?

Ma pauvre vieille Ecole, liquidée par un comptable

Luc Chatel. Tu ne seras pas tuée par un titan de la Réaction ou un géant du Gauchisme, non tu vas être abattue par un comptable. D’ailleurs, tu es devenue si peu importante qu’il ne s’occupe même pas que de toi, qui fut pourtant le beau souci de tant de ministres, puisqu’il est aussi porte-parole du gouvernement.

Un comptable, je te dis : la preuve c’est lui qui a annoncé après la grève du 27 mai pour les retraites que la mobilisation avait été “peu suivie”. Fillon l’a recadré le lendemain parce que Fillon sait quand même qu’il n’y a pas que les chiffres dans la vie, que Fillon est encore un peu, oh si peu, un homme politique. Les hommes politiques, vois-tu, quand ils s’occupaient de toi, ils savaient que tu ne te résumais pas à quelques graphiques dressés par des gestionnaires qui feraient les mêmes dans une multinationale, un bordel ou une épicerie.

Luc Chatel, je le verrais bien jouer un des bourreaux de Joseph K à la fin du Procès, tu te souviens ?: “Mais l’un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge ; l’autre lui enfonça le couteau dans le cœur et l’y retourna deux fois. Les yeux mourants, K vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue.
- Comme un chien ! dit-il et c’est comme si la honte dût lui survivre.”

Les messieurs en question, en ce qui te concerne, ils ont scellé ton cas dans une réunion qui aurait dû rester confidentielle et dont la presse s’est fait l’écho. À moins que cela n’ait été un ballon d’essai pour voir tes réactions. Si c’est le cas, ils n’ont pas de quoi s’inquiéter, les messieurs de Luc Chatel. Tes syndicats qui te cogèrent incestueusement depuis des décennies avec le ministère et qui ne sont plus que des fournisseurs d’assurance-mutation ont parlé d’une voix inaudible dans un vide sidéral.

Je te le répète, tu n’intéresses plus personne ou plus exactement tu n’es plus qu’une variable d’ajustement comme une autre dans le grand abaissement national et l’acceptation de la paupérisation programmée de l’Occident.

Tu sais ce qui a été décidé, pour t’achever ? Eh bien, aux cinquante mille postes supprimés depuis 2007, on va ajouter à ton cercueil les clous suivants :

  1. L’augmentation des effectifs dans chaque classe ce qui signifie, surtout dans les zones sensibles où l’on sait ce que requiert d’attention chaque élève, encore plus de chances pour les plus faibles d’échouer.
  2. La disparition progressive de la scolarisation à partir de deux ans et à terme de la maternelle alors que cet enseignement était une exception française souvent citée en exemple pour son utilité sociale et pédagogique.
  3. Le remplacement des titulaires par des contractuels : l’étudiant en Histoire pourra toujours faire des maths et l’élève qui a raté pour la deuxième fois son BTS d’action commerciale viendra enseigner la philo. Ils seront de surcroit payés avec un lance-pierre.
  4. Et pour finir, last but not least, la disparition des assistants étrangers pour les langues vivantes qui venaient épauler des profs déjà obligés d’essayer de faire parler trente élèves au moins une fois par cours, ce qui relevait de la mission impossible.

Ce que l’on veut te faire subir, vois-tu, ressemble par sa violence destructrice, au plan d’austérité imposé à la Grèce. Au moins les Grecs ont-il eu une réaction d’orgueil et continuent-ils de résister et de tenter des barouds d’honneur.

Pour toi, rien. Absolument rien.

Relire La Guerre des Boutons

Quand j’ai appris que tu allais mourir, ce n’est pas Péguy que j’ai relu. C’est La Guerre des boutons. On devrait tous relire, enfin ceux qui t’ont aimée malgré tout, ce “roman de la douzième année.”. C’est une épopée gauloise et rieuse où s’affrontent deux bandes d’enfants appartenant à des villages rivaux dans la France rurale du début du siècle. Elle est placée sous le double patronage d’Homère et Rabelais. Et, à la nostalgie de l’enfance, maintenant que ta mort est certaine, j’ai éprouvé de manière beaucoup plus poignante encore la nostalgie de cette France disparue, manière d’Arcadie laïque et républicaine, parsemée d’écoles communales où l’apprentissage de la liberté, de l’égalité et de la fraternité n’était pas un vain mot. Ah, ils avaient le sens du devoir tes hussards noirs ! Louis Pergaud, instituteur, trouva la mort à la tête de sa section, du côté de Marchéville, dans la Meuse, le 4 avril 1915. Moins d’un an après celle de Péguy, fauché dans la Brie, dans des conditions identiques.

Mais je te parle de choses dont tu ne dois même pas te souvenir, ma pauvre vieille. Je te parle de l’époque où tu étais l’honneur d’une grande nation et non le service public rabougri et castré d’un tout petit pays qui ne croit même plus en ses enfants.

Un petit pays avec des Luc Chatel partout pour faire les comptes.


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  • 9 June 2010 à 16h51

    robertbaroque dit

    Mon conseiller pédagogique nous envoie des courriels avec le mot propultion ,je crois que tout est dit !! C’est dans la partie sommitale qu’il faudrait supprimer des postes et non l’inverse. Quand à mes collègues qui passent leur temps à parler pédagogie , ils ne sont même plus capables d’enseigner les maths à des 6ans sans un fichier pokémonisé,quant à mes élèves ils sont encore capables d’écrire 25 lignes de la recherche du temps p sous ma dictée en ne faisant pratiquement pas d’erreurs mais ce sont tous des enfants d’enseignants de la vieille école .

  • 8 June 2010 à 22h18

    nadia comaneci dit

    Et encore moins la chute qui va avec !

  • 8 June 2010 à 22h17

    nadia comaneci dit

    BV, vous n’aurez pas les reins moldaves !

  • 8 June 2010 à 18h08

    Sophie dit

    Yes, j’ai reperdu 2 kg.

  • 8 June 2010 à 16h11

    BvB09 dit

    Rackam
    :-))))))

    Grangil
    vous me connaissez, j´ai de très bons prix sur les reins en Moldavie, les cheveux en Inde, coeur-poumon au Sud-Soudan (toutes les tailles).
    Pour les enseignants j´essaye la Finlande mais ils sont encore un peu chers.. . mais ils fonctionnent à l´huile de foie de morue un peu de renne séché et de la vodka, ce qui rend le coût d´entretien très raisonnable (100% dégrèvé au niveau du cerveau reptilien: aucune journée de perdue)

  • 8 June 2010 à 15h24

    rackam dit

    Grandgil,
    rien d’autre que la prime à la casse.

  • 8 June 2010 à 15h10

    Grandgil dit

    Qu’est-ce que vous préconisez pour la révision des 5000 kilomètres ? Et trouvez-vous des pièces de rechange facilement ?

  • 8 June 2010 à 12h37

    BvB09 dit

    Merci pour le lien Alpin
    où l´on voit que les francais ne croient pas au le capitalisme (autre sondage) , mais souhaite la concurrence, l´évaluation et l´indépendance des écoles.
    Cela ressemble à une condamnation massive du système actuel à laquelle je souscris.
    je ne veux pas d´un systéme où les enseignants me disent que je n´ai pas à être aussi exigeant pour mes enfants que pour ma voiture.
    Un comble quand on pense que je n´ai jamais passé 1 heure dans un atelier de mécanique alors que j´ai passé 12 ans à l´école.

  • 8 June 2010 à 11h50

    Alpin dit

  • 8 June 2010 à 8h35

    Souris donc dit

    Sophie, j’ai un truc : le trompe-l’œil. Suffit d’acheter des fringues 2 tailles au-dessus, ça flotte, on parait mince dedans, question d’optique.

    Rackam, nan, nan, nan : pas plus déréglée que nous dans la cabine d’essayage avec l’éclairage glauque en lumière rasante sur la peau d’orange blafarde quand on cherche le maillot de bain au sortir de l’hiver et qu’on renonce en disant que le vieux fera bien l’affaire un an de plus. Ils ont quoi dans la tête, ces commerçants ? Vendre ou faire fuir ?

  • 8 June 2010 à 8h18

    rackam dit

    Je m’en doutais, ma webcam est déréglée, chacune voit Mimile à sa porte.

  • 8 June 2010 à 7h23

    Souris donc dit

    Attendez, les filles, le short : Coq Sportif en satin bleu roi. Sans commentaire.

  • 8 June 2010 à 1h21

    Sophie dit

    Des soquettes blanches avec un short?

    Quelle horreur!

    Pourquoi pas des bas 3/4 avec un bermuda????

    Nadia, rentrez au plus vite sur le continent!

  • 8 June 2010 à 1h02

    nadia comaneci dit

    Souris, ce n’est pas tellement le short qui pose problème.
    Ce sont les soquettes blanches, les mocassins Bata et les pieds posés sur le bureau en plein dans le champ de la webcam.
    Sans parler du torse velu comme un gorille et de la casquette “Y’a pas écrit la poste”.

  • 7 June 2010 à 23h41

    Sophie dit

    @ Emilie

    Je viens de recevoir un coup de fil de ma soeur. Elle a un môme en 1ière primaire (= 6 ans) et l’institutrice l’a convoquée pour des difficultés en lecture.

    Pendant 20 minutes, cette brave instit a déclamé son laïus sur les les parents démissionnaires sans jamais évoquer le cas précis du gamin. De guerre lasse, ma soeur a demandé : “Bon, moi, je ne suis pas démissionnaire, qu’est ce que je fais pour Erard?”

    Réponse : (Je vous jure que c’est vrai) “Ha? Vous vous intéressez à notre école? Vous pourriez tenir un stand à la Fancy-Fair?”

  • 7 June 2010 à 23h20

    Sophie dit

    Rackam, n’écoutez pas Souris. Comme elle est fort jolie, mince, bronzée et sportive, elle s’imagine qu’elle peut donner des leçons à tout le monde.

    Je vous connais. Ne changez RIEN.

    Par contre, j’ai 4,5 kg à perdre. Vous auriez un truc, Souris?

  • 7 June 2010 à 22h58

    Souris donc dit

    Oui, la webcam est allumée, on voit TOUT !
    Allons-y, Rackam. Bon, vous avez mis le short, c’est bien. Alors une deux, une deux, en petites foulées, hop, hop, hop !
    + salle de gym : bodybuilding, fini les rondeurs disgracieuses. Comment ça, les appareils chromés on se croirait chez le dentiste ?
    Haltérophilie, boxe, foot, sports de combat : l’embarras du choix, on commence demain,
    comme dit Meunniez.

    Souris, global design.

  • 7 June 2010 à 21h33

    rackam dit

    BvB,
    quelles rondeurs? J’ai laissé ma webcam allumée?

  • 7 June 2010 à 21h31

    bvb09 dit

    Rackam
    Votre post de 19.51
    Je vous envie vos “rondeurs” (n´y voyez aucune déclaration) et je plussoie…
    C´est tellement évident.

  • 7 June 2010 à 20h06

    rackam dit

    Emilie,
    heureuse êtes-vous de l’ignorer.
    Continuez!
    Si vous insistez je me montrerai plus précis, mais à vos risques.
    Nietzsche préconisait de vivre dangereusement mais il ne connaissait pas l’animal…