Les trains ratés de Ségolène
Drame en zéro acte (mais beaucoup de scènes)
Publié le 20 novembre 2009 à 14:43 dans Politique
Mots-clés : Parti socialiste, Ségolène Royal, Vincent Peillon

Il ne suffit pas de détester Ségolène Royal. Encore faut-il savoir pourquoi. Le vrai pourquoi, s’entend. Pas l’épidermique, ni le politique. Pour tout dire, nous pensons que les gens qui apprécient son style ou partagent ses opinions ont encore plus de raisons que quiconque d’être furieux contre elle. C’est quand même eux qu’elle a grugés le plus raide.
Le divorce à l’italienne avec Vincent Peillon, savamment mis en scène et pré-vendu aux médias à la manière du mariage de Tony Parker et Eva Longoria, est en effet le énième épisode d’un soap en apparence assez traditionnel dans son écriture (la petite nana sortie de nulle part qui à la fin triomphe des gros méchants, genre Erin Brokovitch), mais en réalité son scénario est résolument moderne. On est plus près de Twin Peaks que de Plus belle la vie : on n’y comprendra rien si on oublie que tout ce qui se passe d’important n’est pas montré à l’écran. Non pas parce qu’il y a dissimulation – ce qui en politique est un non-événement – mais parce que ce qui est crucial, c’est ce qui n’est pas advenu.
Ce qui n’est pas advenu, c’est essentiellement une chose : le divorce de Ségolène d’avec un parti qui n’a jamais vraiment voulu d’elle. A deux cents occasions, elle a dit et redit que le parti était usé, sclérosé, fossilisé. On peut partager ce constat, ou pas. Mais, en partant du postulat que Ségolène croit à ce qu’elle dit, on est bien obligé de se demander ce qu’elle fiche encore là-dedans. Ce constat de mort clinique de la gauche social-démocrate dans sa forme-parti du moment n’a en soi rien de neuf, d’autres l’ont fait avant elle. Parier sur la mort du parti a toujours fait partie de la vie d’un parti, et plus spécialement de ce parti. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le PCF à Tours en 1920 après la Révolution d’Octobre. C’est ainsi que les socialistes qui refusaient la guerre d’Algérie ont fondé le PSU. Quant au plus illustre des socialistes français du XXe siècle, c’est essentiellement à l’extérieur du PS qu’il a fait sa vie politique : François Mitterrand n’a rejoint la grande famille socialiste qu’à l’occasion du Congrès d’Epinay, pour en devenir illico le chef. Avant d’arriver à ses fins, le maire de Château-Chinon avait navigué dans une myriade de micro-partis ou de clubs centre-gauche fauchés, mais qui présentaient tous le même avantage: c’était lui le chef, charbonnier est maître chez soi !
Oui, pour sauver la social-démocratie dénoncée par icelle comme grabataire, l’électrochoquer, la transcender, la ressusciter, Ségolène aurait dû sortir du PS, préliminaire obligé à toute velléité de reconquista. Elle a eu de multiples occasions pour le faire, et par le haut. Elle pouvait quitter le parti après la présidentielle, où l’appareil a tout fait pour lui savonner la planche –l’histoire entière de ce complot florentin reste à écrire, mais bon, on a des yeux pour voir. Elle aurait pu claquer la porte après les journées des dupes à Reims. Elle pouvait aussi tirer sa révérence après les palinodies de commission de récolement. Elle aurait même pu, à la limite, s’appuyer sur la bérézina des européennes pour tenter une OPA plus ou moins amicale sur le nouvel électorat vert qui, massivement, correspond au noyau dur de celui qui fut le sien à la présidentielle. Mais bon, elle ne l’a pas fait. Et comme elle ne nous a pas confessé pourquoi, et que Françoise Degois n’est plus sur France Inter pour nous l’expliquer, il ne nous reste plus donc qu’à conjecturer
Si on penche pour une vision analytique, on dira que Ségolène n’a pas franchi le Rubicon (à l’envers, de fait) parce qu’il lui est insupportable de conceptualiser que le parti institutionnel voire intermédiaire, le parti des conseillers généraux madrés et des jeunes chargés de mission à lunettes Mikli la rejette, ne l’aime pas.
Le cynique, lui y verra une histoire de cagnotte (une campagne, comme dirait une amie commune, ça se paye pas avec des saucisses). Une histoire de fédés qu’on peut peut-être garder ou gagner (il faut un appareil même si on le déteste, seul moyen de mettre les braves militants en rangs d’oignons pour aller faire le boulot). Il faudrait pas non plus négliger la noria de désirdaveniristes trépignants à placer qui aux cantonales, qui aux régionales, voire dans un cabinet de maire quelconque pour les moins doués. Quitter Solferino, ça commence forcément un peu comme un saut dans le vide. Pas sûr que même les plus vaillants y soient prêts. Pas sûr, par exemple qu’une Najat Belkacem ou une Delphine Batho restent ségolénistes très longtemps si ses perspectives immédiates d’ascension politique se transmutent en aller-simple pour une traversée du désert, exercice dont on ne sort grandi que quand on n’y laisse pas sa peau. À preuve Aurélie Filippetti, qui fut longtemps plus ségoléniste que Ségo avant de l’abandonner en rase campagne (des européennes), ce qui ne veut pas dire, qu’elle ne reviendra pas un jour, of course.
Enfin, on pourra opter pour une approche au ras des pâquerettes. Si Ségolène n’a pas été capable de quitter le parti pour mieux le reconquérir, c’est tout bêtement qu’elle n’en avait pas le cran, dirons pour rester poli quand on parle d’une dame.
N’est pas Mitterrand qui veut. Si ma tante en avait, on l’appellerait Tonton.










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Saul dit
Rackam,
“J’étais royaliste avant Royal ”
plus royaliste que le roi ?
XD
a2lbd dit
Souris,
Non pas. Si par imbécile vous entendez une personne décrivant une vision de la réalité dans laquelle vous ou moi ne nous retrouvons pas alors oui.
Si vous prenez la définition plus standard correspondant à quelqu’un”un dénué de toute capacité réflexive…certes non.
Bayrou et Royal sont doués d’intelligence. Visiblement ils ne peuvent la partager avec vous, et avec nombre de nos concitoyens.
souris donc dit
a2lbd , bref, ce que vous décrivez s’appelle l’entêtement de l’imbécillité, inutile d’enjoliver.
pirate dit
Bayrou a quelque chose à la fois de rassurant, de la bonne droite proche de la terre, catho bon teint, un genre proto gaulliste, et cette image qu’il s’est donné de pourfendeur du sarkozysme, iconoclaste de sa propre classe politique en habit orange. Il est là son charisme. Et plus Sarkozy dans ses excès inquiétra, plus il augmentera son potentiel. Mais il a un gros, gros défaut, il sent le passé, il rappel la gouvernance “père de famille” d’un Pompidou ou d’un Giscard, même si finalement ces deux là étaiten beaucoup moins “père de famille” ,droite molle, que le laisse entendre l’imaginaire collectif. Royal fait dans l’outsider improbable, la survivante, en France on aime ça : Mittérand, Chirac, l’américain, ont tous eu cette image de loser flamboyant. Et puis elle est une femme, dans cette classe politique machiste, n’en déplaise c’est un plus, la fille Lepen l’a bien compris, même si à mon sens celle ci a autant de rapport avec la féminité qu’un Rottweiler.
a2lbd dit
Charisme késako ?
Personnellement je perçois autant de charisme chez Bayrou que chez Royal.
rackam dit
Ferveur populaire pour Bayrou?
Où ça? Chez les éleveurs de chevaux du Béarn?
Si ferveur il y a c’est pour ce centre introuvable, le fond de commerce qui est le sien.
Alors que Ségolène, elle, a une cote personnelle, quelles que soient les “idées” qu’elle promeut. Elle a un charisme perso qui fait mortellement défaut au navarrais.
a2lbd dit
Fervents soutiens de Ségolène Royal ?
Oui et non. Bayrou et elle ont in handicap de taille :leur incapacité à monétiser en soutiens politiques la ferveur populaire qu’ils génèrent.
Mitterrand, Chirac, Giscard n’étaient pas des hommes populaires. En revanche ils disposaient de relais politique important à travers des leaders d’opinion acquis à leur cause.
Cela va manquer terriblement à Royal au moment décisif, ainsi qu’à Bayrou…
Quand bien même elle remporte les primaires, elle se vautrera pour atteindre la dernière marche.
nadia comaneci dit
Elle croit en son étoile, c’est le moins qu’on puisse dire, avec une constance qui force l’admiration, mais là je crains qu’elle ne finisse par lasser même ses plus fervents soutiens, hormis Têtu bien sûr qui sera le dernier s’il le faut. Cela dit, il y a du Mitterrand, du Chirac , voire du Sarkozy dans cette femme là, à certains moment de leur épopée, ils étaient les seuls à y croire encore…
rackam dit
a2lbd,
vous me rassurez, je vous inquiète:
J’étais royaliste avant Royal, je le reste après, elle n’y est pour rien.
Mais la force de cette femme me bluffe.
Seuls ceux qui ne doutent de rien parviennent à leurs fins…
a2lbd dit
Rackam,
Je vous rassure je ne suis pas séduit par la royal.
Elle aurait plutôt le don de me porter sur les nerfs. Mais je suis quand même assez admiratif de sa capacité à embobiner un bon nombre de nos concitoyens. C’est quand même fort !
rackam dit
a2lbd,
jusqu’à l’avant dernier paragraphe, j’aurais pu signer votre post.
Je l’ai d’ailleurs exprimé sur un autre fil, admiratif que j’étais de son passage chez Delahousse un soir récent.
A l’avant dernier bloc, je tique: elle s’est déjà échouée puis désensablée.
Au dernier bloc, je tremble: peur que vous ayez raison. Si ce n’était qu’une artiste, une interprète, mal à l’aise dans la composition… Chapeau quand même? Plutôt oui.
Par honnêteté, j’ajoute que je ne vois pas quelles circonstances hallucinantes pourraient me conduire à voter pour elle un jour.
Mais on peut avoir de l’estime pour ceux qui ne pensent pas comme vous, non?
Ah! non? Plus maintenant? seulement du copinage, dommage….
a2lbd dit
Quand bien même la royal est imprévisible,
Quand bien même elle dérape avec une régularité de métronome (notamment quand elle compare sa base de militants à un troupeau),
Quand bien même elle fait preuve d’une légèreté monstrueuse (big up Marie n’Diaye),
Quand bien même elle est incroyable d’auto satisfaction et d’égotisme exacerbé,
Quand bien même elle se plante dans ses choix et ne l’assume pas,
Elle reste, envers et contre tout, une personnalité politique séduisante. La force de son caractère est remarquable et certaines de ses intuitions et actions sont novatrices et non dénuées d’une certaine pertinence.
La royal navigue face au vent dans des eaux infestées de pirates et canoniers adverses, elle prend moult boulets mais jamais ne coule n’y n’est échouée.
Chapeau l’artiste !
Sophie dit
Pour Van Rompuy, vous n’avez pas fini de rire. Nous, on en est débarrassé!
Pour les initiés : http://www.youtube.com/watch?v=L6L5rs6cbHI
Le comédien est bourgmestre (maire), prof de flamand et député.
Bienvenue chez les mafs.
Sophie dit
Nadia, je suis la première à dire que la Belgique est un très petit pays, plutôt une vue de l’esprit, peuplé de petites gens à l’esprit étroit et heureusement adossé à une grande nation. Donc je suis pas près de frapper qui que ce soit. De toute façon, je ne suis pas fana de la fessée,sauf dans des circonstances très intimes qui ne regardent que moi et mon chéri, et que JL vous expliquera mieux que moi.
pirate dit
Non Jemrappel, le bot (la routine de modération) n’a aucun avis sur la question, si vous laissez trop de message ou si la discussion risque de tourner vinaigre avec votre aide, il “modère”, un pseudo doit être programmé et c’est tout, votre message passera, dans… eh bien un jour, quand le bot aura chagé de routine. C’est totalement inutile mais visiblement causeur ne s’en émeut pas.
nadia comaneci dit
Justement my Saul, c’est bien l’enjeu. Pour le moment, pas question. Les “grands” pays se neutralisent encore. Mais le jour viendra, comme dit Impat.
Saul dit
Nadia,
non, les autres rechigneront car il y aura la crainte d’ un désequilibre et d’ une préponderance d’ un des deux pays.
et là….
Impat dit
“Le jour où on mettra à la présidence un Allemand ou un Français, on ne sera pas loin des Etats Unis d’Europe.”
Je partage ce point de vue de Nadia. Et je pense que ce jour viendra assez rapidement.
L’Europe, sagement, agit toujours par montées en puissance progressives.
ramon mercader dit
@ tétardniçû
com de 17H31 du 20 nov
“le geste de thierry henry est typiquement sarkozyste……….”
c’en est trop !
t’as passé les bornes mon gaillard !
j’appelle la haldeu immédiatement !
comparer thierry henry à sarkozy………..
franchement…………
ramon mercader dit
heu le plus illustre des socialistes frankistanais du 20ième siècle………..
je sais pas
jean jaurès……….
léon blum………
non j’en vois pas d’autre