Les sorcières de Budapest
Qui a peur de Victor Orban ?
Publié le 11 janvier 2012 à 9:30 dans Monde
Mots-clés : Hongrie, loi fondamentale, Victor Orban

Victor Orban. Photo : OECD.
Les enfants désœuvrés s’amusent parfois à se faire peur en s’imaginant que leur ours en peluche les regarde d’un drôle d’air ou que le caniche de la voisine va se transformer en tigre pour les croquer tout crus.
C’est un peu l’impression que donnent, ces jours-ci, certains médias dans le traitement de « l’affaire hongroise ». Que s’est-il passé, pour émouvoir à ce point les bonnes âmes ? L’entrée en vigueur, le 1er janvier, de la Loi fondamentale de la Hongrie. Une constitution qui, à en croire l’Association européenne pour la défense des droits de l’homme, serait « contraire aux valeurs fondamentales de l’Union européenne » et mettrait en danger « la démocratie et l’Etat de droit en Hongrie ».
Des attaques qui laissent pantois mais révèlent deux choses : la pression démesurée du politiquement correct, et le peu de cas que font ses promoteurs de la souveraineté démocratique des Etats. La nouvelle loi fondamentale hongroise, adoptée par la coalition du Fidesz de Victor Orban et de l’Union civique hongroise malgré l’opposition de la gauche et de l’extrême droite, apparaît pourtant conforme aux critères les plus exigeants du constitutionnalisme libéral.
Conformément aux formes requises par la précédente constitution, le texte a en effet été adopté en février 2011 par les deux tiers de l’Assemblée nationale après consultation des 8 millions d’électeurs Hongrois, auxquels avait été envoyé un questionnaire relatif aux points essentiels de la future constitution. En somme, il s’agit d’une manière intéressante de combiner démocratie directe et démocratie représentative, puisque plus de 11 % des électeurs ont pris la peine de renvoyer les questionnaires.
Si l’on entre dans le vif du sujet, quels sont les principaux reproches faits à cette loi fondamentale ? Menacer l’équilibre des pouvoirs et réduire les compétences de la cour constitutionnelle. Deux arguments qui, au vu des textes, laissent songeur.
Tout d’abord, l’équilibre des pouvoirs semble largement assuré par les immenses prérogatives que détient l’Assemblée nationale, prérogatives qui feraient pâlir de jalousie les parlementaires français, y compris après la révision du 23 juillet 2008, censée rééquilibrer la Ve république. En vertu de l’article premier de la nouvelle Constitution, l’Assemblée nationale hongroise, « principal organe de représentation populaire », adopte et amende la Loi fondamentale, les lois, le budget, élit le président de la République et le ministre-président, la Cour constitutionnelle, le président de la Curie, le Procureur général, le Commissaire aux droits fondamentaux et le président de la Cour des Comptes d’État, vote la confiance au gouvernement, etc.
Second reproche, la réduction des pouvoirs de la cour constitutionnelle. Et second étonnement, l’article 24 de la loi fondamentale attribuant à ladite cour des compétences extrêmement larges et diversifiées – très supérieures à celle de notre Conseil Constitutionnel, dont on reconnaît pourtant qu’il est devenu le gardien privilégié de l’État de droit.
Dans ce cas, pourquoi tant de haine ? Si les bonnes âmes, de Washington à Bruxelles et à Strasbourg, se déchaînent contre les sorcières de Budapest, de toute évidence, ce n’est pas pour des motifs juridiques sérieux mais pour un ensemble de (mauvaises) raisons politiques.
Ainsi, la nouvelle loi fondamentale serait « contraire aux valeurs fondamentales de l’Union européenne », notamment parce que son article II dispose que « La dignité humaine est inviolable. Tout être humain a droit à la vie et à la dignité humaine, il convient de défendre la vie de l’embryon depuis la conception », ou encore, un article IV, qui après avoir mentionné le « droit à la liberté et à la sécurité personnelle », évoque l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle qui, toujours selon la Commission de Venise, « ne se conforme pas aux normes européennes en matière de droits de l’homme ».
Or, derrière ces arguties, ce sont d’autres éléments qui dérangent les gardiens autoproclamés des Valeurs : la volonté clairement affichée de s’inscrire dans une histoire, une continuité culturelle, spirituelle et religieuse, en un mot, de revendiquer une véritable identité nationale, insoluble dans le melting-pot de la nouvelle Europe ou de la mondialisation heureuse. Qu’est-ce donc que cette « fierté hongroise » qui les conduit à proclamer dans la constitution que leur « roi Saint Etienne, il y a mille ans, a placé l’État hongrois sur des fondations solides et a fait de (leur) patrie une part de l’Europe chrétienne », sinon une manifestation quasi pathologique de nationalisme, c’est-à-dire un refus scandaleux de se fondre dans le grand tout ?
En réalité, le vrai scandale est dans l’ingérence, absolument injustifiée, dans les affaires internes d’un État membre de l’Union, et plus précisément, dans l’acte le plus étroitement liée à l’essence de la souveraineté, l’élaboration de la norme fondamentale destinée à « constituer » la société, à y organiser les rapports sociaux et à y définir les pouvoirs. La principale caractéristique d’une constitution est d’être inconditionnelle, c’est-à-dire, de n’être soumise à personne, sinon à la seule volonté du souverain.
Cette ingérence moralisatrice porte ainsi une grave atteinte à la souveraineté du peuple hongrois qui, en donnant à la coalition dirigée par Victor Orban une majorité des deux tiers, l’avait expressément autorisé à établir cette nouvelle Loi fondamentale, et à ainsi sortir du vide juridique où se trouvait le pays depuis la chute du régime communiste. En présupposant qu’un peuple n’est pas suffisamment adulte pour gérer ses propres affaires, c’est au principe démocratique lui-même que la chasse aux sorcières de Budapest porte atteinte.
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L'auteur
Frédéric Rouvillois est né en 1964. Il est professeur de droit public à l’université Paris Descartes, où il enseigne le droit constitutionnel et s’intéresse tout particulièrement à l’histoire des idées et des mentalités. Après avoir travaillé sur l’utopie et l’idée de progrès (L’invention du progrès, CNRS éditions, 2010), il a publié une Histoire de la politesse (2006), une Histoire du snobisme (2008) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (élu par la rédaction du magazine Lire Meilleur livre d’histoire littéraire de l’année 2011).
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Fiorino dit
En tout cas j’invite tous les républicains (mais il y en a?) à écouter Frédéric Rouvillois, pour qui la Révolution française et la matrice de tous le totalitarisme du XX siècle. En plus pour un type qui se plaint du politiquement correct il a eu droit à une interview bien complaisante.
http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaftyfM.html
Saul dit
Bibi,
je pense que vous m’avez mal compris, ou feignez de mal comprendre…. ma remarque était sur les amalgames douteux qui accompagnaient ce rappel sur l’antisémitisme en Hongrie tant sur l’auteur que sur un commentateur de ce fil sur qui on jetait la suspicion d’une certaine complaisance.
libre à vous de ne pas le voir mais c’était assez flagrant., typique d’une technique de trollage…
Saul dit
après sur Shlomo Sand, vous connaissez mon opinion pour en avoir déja discuté : à mon sens un dentiste n’est pas qualifié suffisament pour parler de chirurgie cardiaque, ce qui est le cas de Sand
kacyj dit
Pas d’accord Saul, c’est tout juste un arracheur de dents
Saul dit
Ah ça je ne pourrais pas dire Kacyj.
je sais juste que son domaine est l’histoire du cinoche européen, un truc comme ça…un peu faible comme spécialité pour pondre une thèse sur l’origine d’un peuple. mais je ne pourrais pas dire si dans son domaine il est bon ou pas.
j’avais lu son bouquin, et franchement sa méthodologie restait vraiment à désirer…il déduit que, il pense que etc mais ne démontre et ni ne prouve, ce qui est quand même assez emmerdant (lui même l’avait reconnu)
Fiorino dit
@ Saul
Le trollage c’est ce que vous faites en utilisant différents pseudos dont “ligure” apparu hier, vous oubliez un peu vite que le style et la façon de s’adresser aux autres c’est un signature. Quand à l’antisémitisme, ça me paraît evident qu’ils s’en foutent quand il vient de l’extrême droite ou des cathos hongrois. A la limite c’est un droit.
Bibi dit
Saul,
Ma remarque concernait un point de détail que je considère pas-du-tout négligeable.
Saul dit
mais ce n’est pas de cela que je parlais Bibi…(et je ne suis évidemment pas “Ligure” :-D )
Fiorino dit
Mais bien sûr :-) et ce qui un nouveau causeur qui connaît déjà tout de moi.
kacyj dit
Fiorino,
Les juifs sont suffisamment emmerdés, et ce depuis longtemps, par différents groupes, pays, idéologies, … pour que l’on cherche à ramener le débat sur cette question. Comme l’a souligné Bibi sur l’autre fil, l’antisémitisme hongrois n’est pas un cas singulier. Il est un parmi d’autres. Bref, pour reprendre une expression de Mangouste, “vous me cassez les gonades”, avec ce qui semble chez vous obsessionnel.
Si vous pensez que la Révolution Française était une partie de plaisir pour la joie et le bonheur du peuple, libre à vous. Il y a longtemps, au moins depuis Lycée que je suis revenu de cette image d’Épinal.
Je ne connais pas particulièrement FR mais vos associations d’idées sont plus que douteuses. Voici la liste de tous les auteurs ayant contribué à cet ouvrage collectif sur la Révolution. Que des fascistes à vous en croire!
Jacques Alibert – Pascale Auraix-Jonchière – Michaël Bar-Zvi – Henri Beausoleil – Christophe Boutin – Isabelle Brancourt – Jean-Pierre Brancourt – Bruno Centorame – Jean Charles-Roux – Pierre Chaunu – Stéphane Courtois – Marc Crapez – Dominique Decherf – Jean Des Cars – Ghislain de Diesbach – Jean Dumaine – Renaud Escande – Bernard Fixes – Alexandre Gady – Jean-Charles Gaffiot – Jean-François Galinier-Pallerola – Stéphane Giocanti – Pierre Glaudes – Jacques de Guillebon – Fabrice Hadjadj – Tancrède Josseran – Philippe Lavaux – Emmanuel Le Roy Ladurie – Xavier Martin – Frédéric Morgan – Alain Néry – Arnaud Odier – Paul-Augustin d’ Orcan – Dominique Paoli – Jean-Christian Petitfils – Jean-Michel Potin – Pierre-Emmanuel Prouvost d’Agostino – Frédéric Rouvillois – Jonathan Ruiz de Chastenet – Reynald Secher – Jean Sévillia – Renaud Silly – Rémi Soulié – Jean Tulard – Sarah Vajda – Jean de Viguerie – Gregory Woimbée
Fiorino dit
A propos de Frédéric Rouvillois pourfendeur du politiquement correct qui au passant nazifie la révolution française:
Un seul exemple : l’article de Frédéric Rouvillois, Saint-Just fasciste ?, informe jet dénonçant la violence de Saint-Just comme précurseur des leaders totalitaristes du dernier siècle. Un entretien télévisé symbolise parfaitement le caractère délétère de cet écrit. Le 27 février 2008, Frédéric Rouvillois est invité du journal télévisé de France 3 d’Ile-de-France pour présenter le Livre noir et son article. L’intervieweur, sans doute bon journaliste mais piètre historien, présente le livre comme présentant la Révolution et ses non-dits. Il tente de faire croire aux téléspectateurs qu’il y a « quelque chose qui a longtemps été occultée », voire « étouffée », comme si les historiens, jusqu’à nos jours, s’étaient entendus pour convenir : « ne parlons pas de cela ». M. Rouvillois confirme que la Révolution fut la « matrice des grands totalitarismes du vingtième siècle, pour diverses raisons ». Ces raisons sont assez floues, hors le fait qu’on tua beaucoup et de manière organisée. C’est d’ailleurs cette organisation des tueries que veulent révéler le journaliste et son invité, obsédés par le mot « planifié », qu’ils appliquent, par exemple, aux massacres de Septembre. Il suffit d’ouvrir n’importe quelle histoire de la Révolution pour apprécier que la chose est bien plus compliquée[4]. Le journaliste se surpasse, en avançant des perles comme « Hitler n’a rien inventé », le prouvant par une liste des sévices subies par les victimes de la Révolution, liste rappelant étrangement le catalogue d’un sadique. M. Rouvillois acquiesce et déplore une « humanité réduit à du quantitatif » sans que l’on sache bien de quelles quantités il parle. « Quantitatif » ? Etrange pour désigner une période qui, justement, fit entrer dans l’espace public un désir de qualité de vie, de qualité politique, de qualité démocratique rarement atteint dans la vie institutionnelle… Etrange, pour une période dont les vrais historiens étudient justement l’émergence et le triomphe d’un désir acharné, celui de vivre en qualité de citoyen[5]. Etrange, pour une période qui, par l’organisation d’une base politique structurée en territoires civiques (districts puis sections à Paris), tenta un début de démocratie directe par une mobilisation inédite des citoyens se réunissant pour écrire des pétitions, des adresses, des doléances, des remontrances, élevant ainsi un simple « état » de sujet en une « qualité » de citoyen actif[6]. Le journaliste prend ensuite Saint-Just comme exemple, Saint-Just présenté comme précurseur des fascistes. Il ajoute alors : « quand on lit des passages de ses écrits, ça fait froid dans le dos ». Passons sur le fait que les discours publiés de Saint-Just réchauffèrent bien plus de cœurs que le journal dudit journaliste qui, par ce jugement tiré de quelques extraits triés par l’auteur de l’article, fait froid dans le dos des téléspectateurs éclairés
Fiorino dit
Les responsables de la diffusion de ce livre, présenté dans tous les étalages, ne semblent pas choqués par la partialité inouïe des auteurs des articles le constituant. Frédéric Rouvillois, si sévère sur Saint-Just, est conseiller de la Fondation pour l’innovation politique, think-tank proche du parti politique conservateur l’UMP. Jean Charles-Roux signe dans le Livre noir un article au titre si éloquent sur le jeune Louis XVII, Passion et calvaire d’un enfant roi de France, éloquent car les mots « passion » et « calvaire » ne semblent guère appropriés à la recherche historique, surtout envers un enfant qui, justement, ne fut « roi de France » que dans l’esprit de gens ouvertement royalistes… Jean Charles-Roux, dont on peut lire par ailleurs ces lignes sur la mort de Louis XVI : « Je me demande si la cause de nos maux ne remonte pas à l’échafaud de Louis XVI a écrit Raymond Poincaré. (…) la cause de ces maux a été diagnostiquée comme étant la perte en France de tout pouvoir légitime, à la suite de l’exécution du Roi. A quoi s’ajoute un dérangement spirituel, dû à la relation contradictoire entre la constitution de la nation et son âme, clairement définie par le Général de Gaulle, quand il a dit : La République est laïque, mais la France est Catholique »[7]. M. Charles-Roux possède, dans une république démocratique qui, selon lui, a perdu « tout pouvoir légitime », le plus entier droit de penser cela. Ce que nous nions, c’est la possibilité pour lui de publier des articles clairement militants sans que le lecteur soit justement informé de ce militantisme.
http://www.lassaut.org/index.php?option=com_content&task=view&id=132
Fiorino dit
@ Mangouste
Je sais que vous êtes raisonable donc je m’adresse à vous. Qu’il y ait des gens qui s’en prennent à l’hongrie pour son virage catho-tradi je n’en doute pas, mais ce n’est pas le cas de l’UE. Je ne sais pas si vous le savez mais avant son entré dans l’UE ne Roumanie l’homosexualité était interdite, et la suppression de la loi homophobe n’était absolument pas un critère d’adhésion à l’UE (juste une résolution non contraignante du parlement), après bien sûr pour faire beau la Roumanie l’a supprimé, mais je pense que vous êtes vous aussi pour la suppression d’une telle loi. Quand à la phrase toute faite de Rackam sur le libéralisme sexuelle et économique qu’on a déjà entendu et qu’il répete comme un perroquet, la PAC est-elle un exemple de ce libéralisme???? Et pourtant c’est un gros budget de l’UE. Les sanctions ont du sens si elles sont efficaces. Déjà la France avait sanctionné en diminuant les aides aux pays de l’est pour leur soutient à la guerre in Irak. Du point de vue du droit cet article est bidon, car il ne prend pas en compte le droit européen et les traités signés par la Hongrie, et le simple fait que faire partie de l’UE ça suppose abbandoner une partie de sa souveranité. Et puis pour être souverain il faut se donner le moyens économiques ça toujours été le cas (mais aussi militaires). De plus la mauvaise fois est aussi du côté de certaines souveranistes qui s’en foutent du peuple hongrois, simplement sont toujours quoiqu’il arrive contre bruxelles. Mais souveranistes à deux balles car les gaullistes par exemple ne tombent pas dans le piège. Nda,Che, Méluche, Todd et les autres sont très siléncieux sur le sujet, je ne pense pas qu’un haut magistrat monégasque puisse vraiment rendre populaire le virage hongrois.
Fiorino dit
Pardon Méluche a vivement critiqué la liberté de la presse ne Hongrie comme quoi la hongrie c’est plus un piège pour le souveranistes qu’une chance.
http://lemediascope.fr/video-hongrie-%E2%80%93-liberte-de-la-presse-melenchon-reagit-sur-france-inter/