Macron n’est pour rien dans la crise des Républicains | Causeur

Macron n’est pour rien dans la crise des Républicains

Ils se sont torpillés tout seuls

Auteur

Christophe Boutin

Christophe Boutin
est professeur de droit public à l'université de Caen.

Publié le 26 mai 2017 / Politique

Mots-clés : , , ,

Gérald Darmanin et Bruno Le Maire sur le perron de l'Elysée, mai 2017. SIPA. AP22054527_000013

La droite française, c’est-à dire ici les élus des Républicains ou leurs soutiens, éditoriaux ou non, montre à l’envie, déclarations après articles, une incompréhension profonde de la situation présente ou, pire, une volonté de ne pas comprendre – ou de ne pas permettre de comprendre – en évitant avant tout de poser et de se poser les questions qui importent.

Depuis longtemps, la droite n’est plus la droite

Elle se demande par exemple comment des élus affiliés aux Républicains, et non des moindres, sont maintenant ministres d’Emmanuel Macron. Et de s’interroger sur les ambitions personnelles, et de parler de trahison. Mais la vraie question n’est absolument pas là. La vraie question est de savoir comment et pourquoi des gens, issus de la gauche pour certains, arrivistes forcenés pour d’autres – les deux n’étant d’ailleurs pas incompatibles -, n’ayant en tout cas, pour tous, absolument aucun élément d’une culture de droite, ont pu devenir un jour des élus des Républicains. Pourquoi leur a-t-on abandonné volontairement mairies ou circonscriptions ? Comment ont-ils pu faire parti des « happy few » chargés censément de concrétiser les voeux du peuple de droite ? Quelles raisons, ou plutôt quels réseaux, les ont amenés à ces postes ? Et comment éviter de se tromper aussi lourdement une fois prochaine ? Voilà quelles sont les seules vraies questions à se poser sur ce point.

>> A lire aussi: «NKM n’est plus moralement légitime à représenter LR»

Deuxième aspect des choses, le prétendu machiavélisme macronien. En invitant des membres des Républicains (on préfèrera cette formule à celle d’élus de droite) à la table du gouvernement, Emmanuel Macron aurait, avec une infinie subtilité, fracturé ce parti, voire la droite. Mais il ne faut pas confondre ici l’effet et la cause. Si Emmanuel Macron a pu attirer ces élus, c’est parce que la fracture au sein du parti (et/ou au sein de la droite) existait déjà, une fracture diagnostiquée depuis bien longtemps par Zemmour ou Buisson, pour ne parler que de ceux-là. Si le machiavélisme est de voir des évidences et d’utiliser les failles béantes de ses rivaux, on conviendra que la stratégie politique est finalement bien simple. Mais on n’a rien voulu voir, persuadé que l’électeur, après quelques coups de gueule, reviendrait finalement voter pour le candidat maison…

Les législatives ne s’annoncent pas mieux que la présidentielle

La troisième question est d’ailleurs de savoir si Les Républicains peuvent limiter les dégâts prévisibles pour les législatives à venir. On aurait tendance à penser que c’est le cas, de manière automatique, grâce au mode de scrutin. En effet, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription favorise traditionnellement les « sortants », c’est-à-dire les élus déjà installés dans leur fief – des élus Républicains déjà minoritaires à l’échelle nationale puisque nous avions une majorité de gauche à l’Assemblée nationale. Mais on peut ici relativiser cet effet en se posant d’autres questions.

>> A lire aussi: Pour se relever, la droite doit regarder vers la droite

Celle, d’abord, d’un autre effet électoral, l’ombre portée de la présidentielle sur les législatives, cet effet d’entraînement qui conduit aux fameuses « vagues ». Or on retrouve, et même chez des électeurs des Républicains – moins chez les élus, mais cela se comprend ! – l’antienne selon laquelle il faudrait donner au président nouvellement élu des chances de mener sa politique.

Car voter Républicains pourquoi pas, mais pour quels candidats ? Ces fameux « sortants », entraînés dans la chute de leur candidat, ont dans leur écrasante majorité appelé à voter Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle. Ils passent aux yeux des électeurs, au mieux pour des « losers », au pire pour des traîtres, et cela quand, à droite comme à gauche, on constate une réelle volonté de changer les têtes. Peu motivant.

Le génie macronien n’existe pas

Bien sûr, certaines têtes des Républicains ont changé et de nouveaux se sont présentés. Mais les investitures ont été, en grande partie, accordées après la victoire à la primaire de François Fillon. Alors que l’on pensait à un raz-de-marée de son parti aux législatives… Et puisque les dés étaient jetés, puisque raz-de-marée il devait y avoir, puisqu’on ne courait pas vraiment de risques et qu’un âne pourrait être élu sous l’étiquette des Républicains, on a joyeusement renoué avec la bonne vieille règle du favoritisme, investissant çà et là des candidats désavoués par leur base électorale locale.

Regardons donc les faits. Et concluons que l’état des Républicains ne doit rien à une prétendue stratégie machiavélienne d’Emmanuel Macron. Incapacité à définir un corpus ; ouverture d’un parti dit « de droite » à des personnalités centristes, voire de gauche ; népotisme ; jeux de réseaux plus ou moins occultes ; jeux d’appareils entre des barons ne représentant souvent qu’eux-mêmes ; opposition de plus en plus irréconciliable entre les décisions des élus et les voeux des électeurs. Le président élu n’y est pour rien. Et ce sont autant de questions que ce parti devra bien un jour se poser au lieu de décliner toute responsabilité quant à sa situation actuelle en se prétendant victime d’un tacticien de génie.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Mai 2017 à 0h40

      L’Imprécateur dit

      Bien sûr que Macron n’est (presque) pour rien dans la crise que semble traverser Les Républicains. C’est qu’il y a dans leurs rangs, et ce depuis le Pénélopegate suffisamment de faux-culs pour souffler sur les braises de la discorde.
      Cf: “Lettre ouverte aux enfoirés”, http://www.imprecateur.com/435010647

    • 28 Mai 2017 à 20h34

      gerard jourdain dit

      Fillon a perdu par le manque de soutien de son parti ;
      Macron en fait la démo. Ferrand à les mêmes problèmes que Fillon, et pourtant , ça va passer…
      LA DROITE LA PLUS BÊTE DU MONDE.!!

      • 29 Mai 2017 à 4h19

        i-diogene dit

        Les faits ne sont pas comparables: Ferrand n’ est pas accusé d’ emplois fictifs, escroquerie en réunion, ni détournement de fonds publics..!^^

    • 27 Mai 2017 à 22h09

      lafronde dit

      Le diagnostic de l’auteur est pertinent. L’UMP puis LR n’avaient pas de cohérence idéologique. Or l’électeur doit savoir si il vote pour un candidat conservateur ou progressiste ! L’UDI est elle même progressiste, LR lui a cédé un tiers des sièges gagnables ! Délirant !

      Le vote légitimiste pour une majorité présidentielle est dangereux, car il donne le pouvoir à un inconnu, un pouvoir sans contrepouvoir.

      Or le projet progressiste de Macron l’a amené dénigrer la France à Alger, nier le Culture française, vouloir l’immigration de masse de “chances pour la France”

      Ce vote de consensus résigné légitime ce qui n’est pas légitime : le parti pris de la Presse audiovisuelle au profit de Macron.

      Les ingrédients de la mayonnaise Macron c’est : du patronal, mais pas de libéral, du progressiste, mais sans les principes républicains, du migrant mais pas de Patrie, des promesses sociales, mais pas de baisse des dépenses donc de la ponction fiscale.

      Si des citoyens veulent voter au Centre ou libéral ou républicains (rien à voir avec LR), essayez la vraie Société civile : Nous Citoyens, et 577 indépendants. Vous voterez pour vos convictions centristes sans donner les pleins pouvoirs à un inconnu inquiétant !

      • 28 Mai 2017 à 13h42

        IMHO dit

        Pas de droits-créances cette fois-ci ? Que pasa ?

      • 29 Mai 2017 à 4h36

        i-diogene dit

        Les idéologues sectaires sont de ânes bornés:

        La presse et les autres médias, n’ont pas autant de pouvoirs sur l’ électorat: on l’ a vu lors du Brexit ou de l’ élection de Trump..

        Le Pénélope gate n’ a pas autant d’incidence qu’on voudrait lui attribuer: Fillon avait descendu dans les sondages AVANT cette affaire..:

        - le choix entre un Fillon aux allures de croquemort qui vend de la crise pour serrer les ceintures et un Macron, dynamique, enthousiaste et porteur d’un projet ambitieux, l’ électorat a choisi..!

    • 27 Mai 2017 à 21h26

      solitude dit

      le délire continue . A nous de le faire savoir et de réagir . la “demodictature” est en route. Nous pouvons encore nous y opposer.

      https://ripostelaique.com/festival-interdit-aux-blanches-a-paris-resistance-republicaine-depose-plainte.html

    • 27 Mai 2017 à 19h19

      solitude dit

      http://www.breizh-info.com/2017/05/27/70497/loi-de-moralisation-licra-veut-rendre-ineligible-dissidents-politiques

      Loi de moralisation : la Licra veut rendre inéligible les dissidents politiques
      ..

      “Macron a demandé à François Bayrou, garde des Sceaux, de rédiger la loi de moralisation de la vie publique. La Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme) réclame que les personnes condamnées pour incitations à la haine raciale, pour racisme, antisémitisme, négationnisme ou discrimination, fassent l’objet d’une inéligibilité(…)

      La licra qui a poursuivi G. Bensoussan devant la 17° chambre en compagnie du CCIF des frères musulmans (un procès parfaitement ignoble qui a révolté tous ceux qui y ont assisté )

      Oser demander à Bayrou de rédiger la loi de moralisation de la vie publique!Lui qui, selon Corinne Lepage, a utilisé pendant des années des attachés parlementaires européens pour son parti du « Modem »

    • 27 Mai 2017 à 14h06

      Guenièvre dit

      Avec Macron c’est bien “la politique autrement” …Pour ceux qui en doutait voir la façon dont il s’y prend avec les syndicats :

      https://www.youtube.com/watch?v=1mMWoh-o9d0

      • 29 Mai 2017 à 4h54

        i-diogene dit

        … Au poker, on ne montre pas ses cartes avant l’ heure..

        Les syndicats sont illégitimes: ils ne représentent qu’à peine 8 % des salariés et se permettent de bloquer toute l’ activité économique pour conserver leurs privilèges..

        Macron va leur redonner la place qu’ils méritent: des parasites minoritaires qui prétendent imposer leurs diktats dans chaque entreprise au détriment du choix démocratique des salariés..!^^

    • 27 Mai 2017 à 13h18

      Caminho dit

      Macron a été élu grâce à une presse pourrie et une justice dévoyee. Prenons rendez vous : le boomerang est déjà lancé. 

    • 27 Mai 2017 à 12h59

      temoin40 dit

      Bien vu….
      Ce qui n’empêche pas le fait que Macron en a fait le constat et en a profité avant d’autres, et en particulier bien avant l’auteur de l’article!!!!!