Les raisons d’un boycott

Un film israélien voit sa distribution retardée

Publié le 10 juillet 2010 à 6:00 dans Culture

A 5 heures de Paris

Quel coup de pub pour le jeune réalisateur Léon Prudovsky ! Premier long-métrage,À 5 heures de Paris, et premières polémiques !

Mais pouvait-il deviner que sa comédie romantique, véritable hymne à Paris et à la culture populaire française dont le conflit israélo-palestinien est totalement absent, allait être victime d’un boycott mené par le réseau de distribution Utopia lors de sa sortie en France le 23 juin dernier ? Certainement pas.

Comment ne pas être surpris face à l’injustice de ce boycott et surtout face aux arguments développés par la fondatrice du réseau de distribution Utopia, Mme Anne-Marie Faucon, dans sa lettre adressée aux professionnels du cinéma1 ?

Une censure qui ne dit pas son nom

N’osant ni évoquer le mot “boycott”, ni encore moins celui de “censure”, sans doute à cause de ses connotations despotiques, elle définit le refus de programmer À 5 heures de Paris comme “un geste symbolique” qui répond à l’arraisonnement meurtrier de la flottille pro-palestinienne par Tsahal le 31 mai dernier. La sempiternelle conscience morale est alors invoquée ! Déprogrammer À 5 heures de Paris pour condamner Israël revient à accomplir son devoir de citoyen !

Faut-il rappeler à Mme Faucon que Léon Prudovsky n’est pas responsable de la stratégie des forces armées israélienne qui ont lancé l’opération d’arraisonnement de la flottille désormais mondialement célèbre ?

Mais s’agit-il simplement dans le cas d’À 5 heures de Paris d’une prise d’otage médiatique due à l’actualité d’Israël, pays du jeune réalisateur ? Sans doute, mais pas seulement.

En fait, la coïncidence de calendrier entre l’assaut de la flottille et la date de sortie du film sert plutôt de couverture pour cacher le véritable reproche adressé au cinéaste.

S’il y a une chose à propos de laquelle Léon Prudovsky est bien responsable, c’est le sujet de son film. À 5 heures de Paris n’est pas un film engagé, n’est pas un film pacifiste et encore moins un film antisioniste.

Il a donc peu de chance de plaire au réseau de distribution Utopia, proche des associations anticapitalistes et qui se targue de programmer de nombreux films israéliens et palestiniens engagés.

Pour Mme Faucon, la relation amoureuse qui se noue à travers un jeu de séduction plein de charme et de délicatesse, entre Yigal, le chauffeur de taxi divorcé et Lina, la très séduisante professeur de piano de son fils, est une preuve d’indécence comparée à la souffrance des palestiniens dans la bande de Gaza. A ses yeux, l’inadéquation du film romantique et de la tragique réalité est condamnable.

De quoi Léon Prudovsky est-il donc coupable ?

D’avoir tenté de briser le lien tautologique qui enferme Israël dans le conflit israélo-palestinien. D’avoir fait exister Israël en tant qu’entité séparée, peuplée d’individus qui s’aiment, qui se trompent et qui se séparent. A travers l’histoire de Yigal et Lina, à travers l’amour qui les unit, le réalisateur véhicule une autre facette d’Israël et l’intègre au monde commun.

Ce film n’a pas pris pour sujet des thèmes exclusifs liés au contexte politique ô combien polémique ou bien en rapport avec les rites et les mœurs des communautés religieuses, mais bien des thèmes inclusifs, comme l’amour et la musique, à travers lesquels tout le monde peut se projeter et s’identifier aux personnages qui les incarnent.

Coupable de non-engagement…

Les films non-engagés ne méritent pas d’exister pour Mme Faucon.

A croire que l’art n’acquiert ses lettres de noblesses qu’en traitant le réel, plutôt qu’en le sublimant dans une création où l’artiste expose sa vision subjective d’un monde.

Léon Prudovsky a déserté les lieux des combats pour séjourner dans le monde de l’art. C’est son droit en tant que cinéaste, citoyen et être humain. Mais visiblement, ce n’est pas l’avis de Mme Faucon.

Au-delà de l’instrumentalisation du film pour condamner la politique d’Israël, il y a une volonté indéniable de contester le droit d’appartenir à une même communauté humaine.

Ce n’est ni en raison des évènements, ni à cause de la nationalité du réalisateur, mais bien en raison du thème trop universel, trop humain que ce film a été boycotté.

Si À 5 heures de Paris avait été un film engagé, comme les aime le réseau Utopia, il n’aurait jamais été boycotté, flottille ou pas flottille. Preuve en est, la diffusion de “Rachel”, un film documentaire à charge contre Israël, à sa place.

L’enquête menée par la réalisatrice, Simone Bitton, sur les circonstances de la mort d’une jeune militante pacifiste américaine, Rachel Corrie, convient parfaitement au réseau de distribution. Enfin un film engagé qui a le mérité de “participer au débat démocratique” se réjouit la fondatrice d’Utopia. Voilà une drôle conception du débat !

Il faudrait qu’on explique comment ce réquisitoire, sous-tendu par la vision manichéenne entre bourreaux israéliens d’un côté et victimes palestiniennes et humanitaires de l’autre, peut favoriser l’expression de la pluralité de points de vue propre à un débat authentique.

Il faut savoir que la mort de cette militante écrasée en 2003 par un bulldozer israélien, a été instrumentalisée par la propagande antisioniste pour diaboliser Israël. La manipulation des clichés a permis de faire croire que Rachel se tenait devant la maison d’un Palestinien alors qu’elle se tenait dans une tranchée afin de protéger l’un des dizaines de tunnels d’infiltration d’armes, creusés pendant la Deuxième Intifada, qui reliaient l’Egypte à la bande de gaza et par où transitaient armes et militants destinés à la lutte anti-israélienne.

Les films engagés que diffusent le réseau Utopia ne sont donc engagés que dans un seul sens. Ils ne présentent les faits qu’à partir d’un seul angle de vue qui est loin d’être impartial. Ce qui importe à ce réseau de distribution, c’est finalement de renforcer la stigmatisation d’Israël à travers l’adéquation entre une actualité et un cinéma qui présente Israël comme un Etat belliciste et colonialiste, un Etat prêt à violer le droit international, à massacrer des civils palestiniens, à tuer des “humanitaires”… Et cela, dans l’unique but de mettre encore plus à dos l’opinion publique internationale de plus en plus judéophobe.

Mais tout est mal qui finit à peu près bien : le 14 juillet, il semblerait que les salles du réseau Utopia vont lever leur boycott et diffuser enfin le film de Leon Prudovsky.

  1. Lettre publiée sur le site de Mediapart

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  • 11 July 2010 à 23h37

    Rotil dit

  • 11 July 2010 à 21h26

    ramon mercader dit

    ( suite )
    le même état d’esprit voudrait que l’on se passionne pour le sort des guaranis celui des bosniaques (mais pas des serbes ! pouacre !)celui des georgiens ou des tchétchènes ( et pourtant c’est pas pareil hein ; les uns ont la malchance d’avoir un président con comme ses pieds qui attaque un poste frontière et les autres ont le manque de bol de faire passer un pipe line sur leur sol . t’avoueras que c’est dommage ) pour celui des oies sauvages (mais pas pour les vaches domestiques ainsi que l’a montré muray )ou pour quelques obscur meurtrier ( dans tous les sens du terme ) détenu dans un couloir de la mort d’un improbable texas (d’autres meurtriers détenus dans quelques démocraties moins éclairées n’auront pas l’heur d’éveiller notre intérêt)
    le deal pourrait être le suivant
    - soit se passionner pour toute la misère du monde ( être dieu en somme)
    - soit se préoccuper de ce qui me semble bon ( ma femme mes gosses mes agnats et cognats …voyez)
    sans coeur
    ben oui
    et comme dit candide à la fin du conte éponyme “il faut cultiver notre jardin”

  • 11 July 2010 à 21h18

    ramon mercader dit

    @ doseikon
    l’ami !
    camarade !
    frère !
    je vous comprend
    et même ; je vous approuve
    le conflit israël/palestine je n’en ai rien à cirer !
    rien de rien !
    et même ( soyons fous ) la palestine !
    je m’en torche dans les grandes largeurs !
    seule m’amuse non pas la minable petite tentative de censure d’une dame bien nommée mais son a priori qui lui fait rechercher l’intention dans le film
    cet a priori qui veut qu’on doive Habsolument montrer des palestoches malheureux et des juifs ricanants et triomphants
    cette revendication chougnassante et dégoulinante qui nous vérole l’espace public qui nous pompe le volume ( en plus de la maille dans le porte-monnaie car on ne le dira jamais assez le peuple palestoche est le plus subventionné au monde)qui nous gangrène l’entendement

  • 11 July 2010 à 21h09

    ramon mercader dit

    @souris donc
    ben non c’était pas ma cousine qui était satanique
    elle elle était éduc-nat
    c’est la gosse qui était satanique (sa m….) ce qui rend la chose encore plus savoureuse
    le satanisme assumé des adulescentes de banlieue chic confronté à la conviction religieuse des péquenots de l’est
    ceci dit dans l’ouest les péquenots sont religieux aussi
    on ne compte plus les églises/calvaires et enclos en bretagne
    mais se penser au centre de l’exorciste……..peut être qu’elle a eu peur de polanski………..

  • 11 July 2010 à 20h46

    Souris donc dit

    @ Ramon

    “elle se goinfre de goricité légale aux heures de grande écoute et pire……elle est adepte de marylin manson de lady gaga et de quelques autres”

    Gothique, votre cousine ? Le crucifix, l’ail et l’eau bénite, ça fait fuir le vampire.
    Le vampire : mangas, BD, jeux de rôle, jeux vidéo, ils sont entourés de vampires, normal que votre cousine se soit sentie mal.

  • 11 July 2010 à 20h14

    Dōseikon dit

    Nous assistons à une tempête dans un verre d’eau (mais démarrage au quart de tour du causeur ordinaire — la sclérotique rubiconde et l’indignation en bandoulière — quand il est soumis à son stimulus préféré : Israel/Palestine !)…

    En effet, parce que :
    1. Mme Faucon est in fine revenue sur sa décision ;
    2. mais aussi parce que des vexations semblables sont exercées probablement des dizaines de fois chaque jour sans que Causeur se sente obligé de pondre un article indigné !
    Faucon — à qui il reste de la rouerie à apprendre de l’employeur λ ou du proprio en recherche de locataire — a juste commis la sottise de dévoiler ses motivations.

    Mais enfin, l’une des petites idoles de la place ne clamait-elle pas : « Discriminer c’est choisir, discriminer c’est sélectionner, discriminer c’est la liberté. On a le droit de choisir avec qui on veut travailler. » ?
    (L’inénarrable Éric Zemmour bien sûr !)

  • 11 July 2010 à 18h36

    expat dit

    @ ramon : vous vous faites trop rare ici, j’ai bien ris. Et vos jeux de mots sont très différents de ceux de Rackam, mais aussi savoureux !