Les primaires socialistes, ou le suicide tranquille
L’UMP a bien tort de vouloir les empêcher…
Publié le 21 juin 2011 à 9:00 dans Politique
Mots-clés : Jean-François Copé, primaires, PS

photo : carlobusi (Flickr)
Ils ne sont pas très bons joueurs, à l’UMP. Plus les primaires socialistes s’approchent, plus ils s’énervent. Jean-François Copé, qui fait toujours dans la mesure, parle d’un « gigantesque fichage politique » en préparation et de « parodie d’élection ». Soudain très soucieux du droit des citoyens, il s’inquiète pour les agents municipaux et les présidents d’associations qui bouderaient ces primaires dans les villes sous dictature socialiste, c’est à dire presque toutes en France puisqu’on connaît les brillants résultats de la droite aux dernières élections municipales.
Il est étrange que Copé ne voie pas à quel point les socialistes ont rendu service à la droite en construisant eux-mêmes, ironie suprême, avec une application et une obstination suicidaires le piège à cons qui est en train de se refermer sur eux. On se souvient sans doute que les plus lucides d’entre eux, au moment où DSK était au firmament des sondages, suggéraient mezzo voce que peut-être, étant donné la popularité du président du FMI et néanmoins candidat putatif, qu’il était préférable d’éviter ce parcours du combattant qui laisserait nécessairement des traces.
C’est peu de le dire. Etranger à toute tradition politique française, le principe même des primaires est un formidable aveu d’impuissance pour un parti dépourvu de projet alternatif et dont les militants rêvent de devenir permanents ou élus locaux en s’inscrivant dans le sillage de tel ou tel éléphant.
En théorie, un militant, c’est quelqu’un qui paie sa cotisation afin d’avoir le droit de faire des choses aussi gratifiantes que se lever tôt le dimanche matin pour aller tracter sur des marchés et se coucher tard en semaine pour assister à des réunions pas toujours passionnantes. À l’occasion, c’est aussi présider un bureau de vote installé dans une classe d’école primaire et souvent déserté par les électeurs, ce qui laisse le temps, toutes les deux heures, d’écrire mélancoliquement le taux de participation à la craie sur un tableau noir, et de méditer avec un fort sentiment de déréliction sur la manière dont meurent les démocraties.
Mais s’il fait tout cela, c’est parce qu’il y croit, qu’il est associé, d’une manière ou d’une autre, à l’élaboration d’un programme qu’il veut défendre et qu’il adhère sincèrement à des valeurs, toujours prêt à mouiller sa chemise pour elles malgré les inévitables désillusions de ce genre de combat. En tout cas, c’était comme ça avant.
Les primaires, et en particulier celles du PS, achèvent de discréditer cette fonction des partis d’antan, en évacuant les militants au profit des électeurs, tous étant invités à choisir le candidat d’un parti qui n’est pas le leur, aux seules conditions de signer une vague déclaration de principe sur l’adhésion aux valeurs de la gauche et de s’acquitter d’une somme symbolique. Autrement dit, la voix du militant engagé ne vaut pas plus que celle du péquin de l’autre bord qui va décider, si l’envie lui prend, d’influer sur le résultat.
Prenez l’exemple de votre serviteur qui n’est pas socialiste. Il est évident que j’irai voter aux primaires du Parti socialiste et que je le ferai dans l’intérêt de mon propre camp : en l’occurrence le Front de gauche, désormais représenté officiellement par Jean-Luc Mélenchon puisque ce dernier a été investi ce dimanche par 60 % des militants PCF (et seulement les militants PCF…).
Je peux même dire quel sera mon choix, dans ces primaires : celui du socialiste le plus à gauche. Parce que si, par un improbable malheur, Jean-Luc Mélenchon n’accédait pas au second tour, je veux que le report de nos voix sur le socialiste qualifié se fasse le mieux possible. Inutile de vous dire que s’il s’était agi de DSK, il aurait pratiquement fallu, mes camarades et moi, qu’on nous amène au bureau de vote sous la menace d’une arme.
À l’inverse, un partisan de l’UMP aura tout intérêt à voter pour Manuel Valls, par exemple, car il se dira assez justement que Valls est une manière de Sarkozy vaguement teinté de social-libéralisme, qu’il ne mobilisera pas ou peu la gauche autour de son nom et que l’électeur préfère toujours l’original à la copie.
Vraiment, Jean-François Copé n’a aucune raison de s’inquiéter pour ces primaires qui sont, au contraire, un handicap de plus pour la gauche.
En revanche, puisqu’on parle de militants, on peut lui conseiller de s’interroger sur l’hémorragie d’adhérents que connaît sa propre formation, notamment depuis qu’il en a pris la tête. Un défaut de projet, peut-être ?
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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leroidec dit
Article intéressant et pertinent. Je signale à J. Leroy qu’on dit “mezza voce”.
morsang dit
les participations à causeur sont toujours brillantes mais manquent trop souvent d’un peu d’humour dans le cas de cet article à propos de la fameuse ” primaire”on est heureux de pouvoir sourire un peu.
Quant au “diagnostic” on préfère attendre.Et si ce pseudo vote réunissait quelques millions de participants? quel déferlement médiatique!
Il faudrait plutôt se rappeler ce qui s’est passé en Italie oû Prodi avait été “plébiscité” par le même processus ce qui ne l’a pas empéché d’échouer au bout de deux ans
,Je parierais moins sur l’échec des ” primaires” que sur la politique qui en sera issue
Naif dit
Question :
et si un candidat obscure sort de ces primaires, croyez vous que les socialistes le choisiront comme candidat unique ?
rail6588 dit
M. Jérôme Leroy , trouverez-vous ma question indiscrète ? Etes-vous le fils de Roland leroy,le dirigeant communiste de la grande époque?
Jérôme Leroy dit
Non, aucun lien de parenté. Et ce n’est pas indiscret, rail, juste un peu vexant: Roland Leroy a plutôt l’âge d’être mon grand père!:)
rail6588 dit
Vous n’avez que 38 ans d’écart, vous raccourcissez les générations.A part çà,je ne vous appréciais pas il y a qques temps,mais j’ai changé d’avis, j’aime bien vos articles incisifs!
rackam dit
Chez Leroy, ce ne sont pas les incisives qui gênent, mais le couteau qu’il a entre….
Marie dit
@Jerôme
Milles excuse pour avoir fait une confusion de prénom.
J”ai bien compris que c’était des militants dont vous parliez mais c’est comme dans tous les pans de la société que la disparition des personnes qui s’engagent est visible !Consensus mou au cas ou!
skardanelli dit
Oui, beau portrait du militant…
Jérôme Leroy dit
Marie, c’est Jérôme, pas Serge (ni Roland). Serge était je crois bien un metteur en scène de polars mort il n’y a pas longtemps.
Vous savez, et je remercie Guenièvre d’avoir cerné le problème et d’avoir vu que c’était “du vécu”, je ne compare pas les mérites respectifs du PS et de l’UMP ici, je m’interroge surtout sur la disparition du militant.
Mais ne vous inquiétez pas, j’ai quelques bourre-pifs en préparation, aussi, pour le parti unique présidentiel dans les semaines à venir… Surtout parce que vous n’êtes pas d’accord.
kacyj dit
Vous êtes sûr que ce n’est pas Maurice :)
Marie dit
@Serge Leroy
Ce matin fabius parlant de ce scrutin disait que cela démontrait à Copé combien le PS était démocrate…
Iakkhos dit
c’est tres bien tout ca mais il faut s’organiser …
pour quel candidat un électeur de droite peut il voter ?
quel serait le candidat qui aurait le moins de chances devant Nicolas Sarkozy ? tout en ayant une chance de passer grâce a nos votes …. :) héhéhé
François Hollande ? hum … un bon profile de vainqueur … tintine ? j’hésite …
Guenièvre dit
Le bon sens et la lucidité …avec un beau portrait du militant, j’oserai dire, d’antan . Même en politique nous sommes aujourd’hui dans l’ère de la consommation.
isa dit
Ah bon?
Ben, je vais aller voter S.Royale, c’est farpait.
Jérôme Leroy dit
Il faudra un jours, malgré tout, cesser de prendre Segolène Royal pour une idiote. Quelqu’un qui a très mal communiqué en 2007 sans doute,mais que des médias complaisants ont fait passer pour une idiote. Et le fameux Sourire de Ségolène de Muray, c’est l’arrangement posthume d’extraits de ses textes par son éditeur. Ségolène Royal est une fille de militaire, avec des valeurs catholiques. La seule chose dont je suis certain c’est qu’elle n’aurait pas laissé la France dans l’état de souffrance psychique(dixit le médiateur de la République qui est de l’UMP) où elle est et n’aurait pas laissé sur son mandat ces taches de sang intellectuelles que sont l’instrumentalisation régulière de groupes sur lesquels il convient de taper (immigrés, roms, “assistés”. La caricature, ça suffit. Ou alors je peux m’amuser aussi en disant que l’on a à la tpete de l’érat un VRP hableur avec gourmette qui est à la remorque de l’Otan (ah, ce n’est pas une caricature?).
lisa dit
C’est marrant, votre post est lui même une caricature, vous avez juste remplacé stigmatisation par instrumentalisation.
isa dit
C’est vrai, mais ça m’attendrit.
Elle, c’est une véritable méchante, vous avez déjà entendu Besnehard parler d’elle, maintenant?
Pour moi, vu son niveau d’incompétence et sa prétention inouïe (pire que l’autre, noubliez pas “nous irons vers d’AUTRES victoires), je pense que la situation serait pire.
M’enfin, ne tombons pas dans la politique fiction;
Pour les gens de droite qui veulent voter aux primaires, je pense que c’est le meilleur choix.
Quant à vous, J.Leroy, je ne vois vraiment quel est le candidat que vous pourriez trouver de gauche chez les socialistes. Mystère…