Les Parisiennes sont de retour | Causeur

Les Parisiennes sont de retour

Sortie en DVD d’un film culte des années yéyés

Auteur

Vincent Roussel
est cinéphile. Il tient le blog Le journal cinéma du docteur Orlof

Publié le 13 novembre 2016 / Culture

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Les parisiennes Catherine Deneuve Johnny Hallyday

Catherine Deneuve et Johnny Hallyday, dans "Les parisiennes" (photo : Sipa. 00390722_000017)

Même si le film à sketches est une invention presque aussi vieille que le cinéma (exemplairement, Intolérance de Griffith) et qu’on peut en voir au cours des années 50 (Adorables créatures de Christian-Jaque), c’est vraiment au cours des années 60 que la mode bat son plein, que ce soit en Italie ou en France. L’avantage de ce type de films, que l’on pourrait apparenter à des recueils de nouvelles en littérature, c’est qu’il permet d’aligner un grand nombre de vedettes au générique et de pouvoir ainsi concurrencer les mastodontes venus d’Hollywood. Les vedettes peuvent être des cinéastes comme ce fut le cas lorsque des producteurs malins profitèrent de l’aura de la « nouvelle vague » pour regrouper ces auteurs vedettes le temps d’un film (Paris vu par…, Les Sept péchés capitaux, Rogopag un peu plus tard). Dans le cas des Parisiennes, il s’agit avant tout d’aligner de nombreux comédiens célèbres ou en passe de le devenir (Catherine Deneuve) mais aussi de surfer sur le succès des yéyés.

Le film est assez curieux dans la mesure où, en dépit d’un fil conducteur extrêmement ténu (faire le portrait de quatre « parisiennes »), il ne possède pas de réelle unité de ton et de contenu. Les deux premiers sketches sont résolument des comédies reposant sur l’abattage des comédiens (Darry Cowl, Jean Poiret) et sur des quiproquos de théâtre de boulevard. Le troisième est d’une tonalité plus grave tandis que le dernier est un véritable véhicule pour Johnny Halliday. De la même manière, les divers segments du film font cohabiter l’ancienne génération (Marc Allégret, réalisateur du dernier sketch) et la nouvelle (Vadim est l’auteur du scénario de l’épisode Sophie).

Une comédie menée tambour battant

Plus généralement, Les Parisiennes n’évite pas totalement l’écueil de nombreux films à sketches : celui de l’hétérogénéité. Du coup, les segments sont inégaux. Celui de Jacques Poitrenaud est curieusement le meilleur. Il s’agit d’une comédie sans doute pas d’une folle originalité, une jeune chanteuse rencontre un riche impresario américain sans rien connaître de ses activités et finit par avoir rendez-vous avec celui-ci après l’avoir embarqué dans un tas d’aventures, mais elle est menée tambour battant. Au scénario, il y a Jean-Loup Dabadie et même s’il débutait alors, on remarque une certaine qualité d’écriture. Et le film vaut surtout pour le jeu du couple vedette. Dany Saval est survoltée et imprime un tempo endiablé au récit tandis que le génial Darry Cowl joue parfaitement sur le contretemps, la maladresse et la distance amusée. Comme le cinéaste parvient à être au diapason de ses comédiens, on passe un agréable moment et on ne s’ennuie pas.

Michel Boisrond se révèle moins doué pour le deuxième sketch où une femme mariée (Dany Robin) se trouve fort vexée qu’un ancien amant (Christian Marquand) ait dénigré son tempérament au lit. Pour se venger, elle le séduit avant de le laisser tomber après l’avoir brillamment démenti. Le résultat est assez bancal. Si le film bénéficie de la présence de Jean Poiret, toujours impeccable, il devient un peu plus quelconque lorsqu’il confronte la belle Dany Robin au falot Christian Marquand. Le ressort narratif relève de la plus banale des pièces de boulevard et si le film ne présente qu’un intérêt limité, il n’est pas désagréable et vaut surtout pour Poiret.

 La rencontre d’une Catherine Deneuve, sainte-nitouche, et de « l’idole des jeunes » Johnny Hallyday.

Françoise est réalisé par Claude Barma , célèbre pour ses feuilletons : Belphégor, Les Rois maudits…, et marque une certaine rupture de ton. Nous sommes plus du côté d’un univers à la Sagan avec de riches oisifs à la vie sentimentale tumultueuse et marqués par un certain désarroi. Jacqueline (Françoise Brion), une parisienne aisée, accueille chez elle une amie revenue des Etats-Unis et bien décidée à rompre avec son amant. Mais vexée par l’aplomb avec lequel Jacqueline lui affirme que son amant est fidèle, Françoise (Françoise Arnoul) décide de séduire le play-boy. L’intrigue, il faut bien le dire, est cousue de fil blanc. Mais au-delà du désabusement des personnages, ce qui séduit ici est une fois de plus les comédiennes : l’élégance racée et un peu froide de la splendide Françoise Brion, la beauté pétillante et mutine de Françoise Arnoul.

Quant au dernier sketch, il met en scène la rencontre improbable d’une toute jeune Catherine Deneuve, sainte-nitouche qui ne supporte plus que ses camarades de classe la traitent comme une pimbêche et qui s’invente un amour passionnel avec un amant plus vieux, et de « l’idole des jeunes » Johnny Hallyday. Autant dire que le scénario de Vadim n’a aucun intérêt et qu’il est un simple prétexte pour que la rock star interprète deux titres de son album Salut les copains (Sam’di soir et, surtout, Retiens la nuit). C’est le vétéran Marc Allégret qui filme assez poussivement cette bluette fort désuète pour ne pas dire complètement ringarde. Mais j’imagine que pour les admirateurs de Johnny (désolé de ne pas en faire partie !), ce petit film se laissera regarder avec un certain attendrissement.

D’une manière générale, Les Parisiennes est une œuvre assez typique de ce que fut un certain « cinéma du samedi soir » français : de l’humour parfois égrillard mais toujours familial, un érotisme extrêmement désuet mais qui devait faire frissonner les adolescents de l’époque lorsqu’ils apercevaient fugacement un téton sous une chemise de nuit transparente (ici, c’est Françoise Arnoul et surtout Dany Saval qui s’y collent ; Catherine Deneuve restant – hélas- très chaste) et une certaine légèreté. En dépit de ses faiblesses, on hume dans ce film un certain air du temps, que ça soit la folie Bardot qui se ressent dans les coiffures de certains seconds rôles féminins ou encore les yéyés avec, outre Johnny, l’apparition remarquée d’Eddy Mitchell et de ses Chaussettes noires.

Nul doute que les nostalgiques y trouveront, à défaut du bonheur, de quoi sourire et de ressentir un petit pincement au cœur d’émotion…

 

Les Parisiennes (1962) de Jacques Poitrenaud, Michel Boisrond, Claude Barma, Marc Allégret avec Catherine Deneuve, Johnny Hallyday, Darry Cowl, Dany Saval, Dany Robin, Françoise Arnoul, Françoise Brion, Jean Poiret (LCJ éditions)

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    • 13 Novembre 2016 à 17h23

      clark gable dit

      Dés ses débuts la Deneuve a tourné n`importe quoi donc , moi qui pensais qu`elle ne faisait cela qu`actuellement
      Ceci dit le principal est de toucher un bon cachet , les médias et le grand public oubliant avec le temps les mauvais films des stars

      • 13 Novembre 2016 à 19h07

        alain delon dit

        Absolument cher Clark! Qui se rappelle aujourd’hui de votre immense second rôle dans “Le gendarme à Saint Tropez”? La postérité, cette ingrate, vous a préféré Jean Lefebvre. Et pourtant, quelle classe !

        • 13 Novembre 2016 à 20h50

          clark gable dit

          De son coté , Delon a préféré arréter depuis longtemps vu que son ciné est mort !
          Un sage l`Alain .

        • 14 Novembre 2016 à 7h01

          alain delon dit

          Il vous en prie. Effectvement, après une vie dédiée au cinéma, mon ami Melville m’a introduit dans la Police Nationale où j’ai fait mes classes.