Les mauvais comptes d’Alexandre
Pas de vigueur sans rigueur ?
Publié le 19 juillet 2010 à 18:01 dans Société
Mots-clés : France, François Fillon

Alexandre dirige un club de football professionnel. Il a été chargé par la maison-mère de mettre de l’ordre dans les finances. Alors, depuis qu’il est en place, il tente de chasser toutes les dépenses inutiles. Par exemple, l’an dernier, il a supprimé la corbeille de fruits qui était à disposition des joueurs dans le vestiaire les jours de matches et d’entraînements. Il n’a pas non plus racheté de costumes pour les recrues. Pour les déplacements, on pouvait avoir 14 joueurs en costard et les quatre autres en survêtement1. Ce n’était pas très classe mais Alexandre était content, lui. Il avait réussi à être rigoureux. Qu’importe si ces petites choses supprimées pouvaient influencer dans le mauvais sens la cohésion de l’équipe. Qu’importe si, du même coup, le club avait un classement moins honorable. Qu’importe si, enfin, ce moins bon classement faisait perdre des centaines de milliers d’euros, soit beaucoup plus que les économies ainsi engrangées.
Qu’importe en effet. Car Alexandre est persévérant. À la fin du printemps, il a réuni les clubs de supporteurs et il leur a annoncé que la politique tarifaire des abonnements allait subir un infléchissement. Les places qu’occupent les plus riches, les présidentielles, les tribunes d’honneur étaient bien assez chères. En revanche, les prix des « virages » où l’on trouve davantage les classes populaires et moyennes2, allaient, quant à eux, subir une augmentation. Quand les représentants des associations de supporteurs, qui font partie de la seconde catégorie, ont protesté, ont fait état de la crise, du mauvais classement de l’an dernier, de l’injustice de la mesure puis des risques qu’encourait le club sur une éventuelle chute des abonnements, Alexandre avait sa réponse toute faite : regardez nos voisins, comparez les prix, comparez nos stades, et vous verrez que nous avons encore de la marge. Bien entendu, Alexandre mentait. Les abonnements des clubs comparables, c’est à dire visant comme lui le milieu de tableau, n’étaient pas du tout à l’avantage du sien. Quant au stade, c’était oublier que les supporteurs l’avaient déjà payé avec leurs impôts locaux3 et qu’il était plutôt malhonnête de leur en faire payer l’addition une seconde fois.
Il vit rigueur, il boit rigueur, il mange rigueur
Mais cette augmentation du prix des abonnements pour tout le monde, sauf pour ceux qui partageaient avec lui la tribune présidentielle, ne suffisait pas à Alexandre. Il expliqua ainsi qu’il était possible d’économiser 30000 euros de frais de nettoyage et d’embauches de stadiers en fermant certains secteurs du stade pour les matches attirant le moins de spectateurs. Que cette fermeture empêchât beaucoup d’abonnés de longue date de conserver leur place et leurs amis avec lesquels ils aimaient se retrouver au stade ne gênait pas Alexandre. Cet argument, servi là encore par ces mauvais coucheurs des associations de supporteurs, il le rejeta d’un revers de la main, avec mépris. Non cela n’allait pas, d’après lui, empêcher beaucoup de spectateurs de reprendre leur carte et ainsi générer un manque à gagner cinq à dix fois plus important que l’économie en question alors même que le club sortait de trois saisons catastrophiques et qu’il procédait à une augmentation des tarifs. « Bande de nuls », aurait-il ajouté, s’il n’avait pas cette courtoisie qu’on rencontre souvent chez les ministres du budget. Le problème, c’est que l’avancement de la campagne d’abonnement lui donne tort 4.
Alexandre me fait penser à François. François est Premier ministre dans un pays d’Europe de l’ouest. Il pense rigueur, il vit rigueur, il boit rigueur, il mange rigueur. Quand il était petit, il rêvait sans doute d’être Antoine Pinay. Pourtant, il a passé tout son apprentissage de la vie politique avec Philippe, qui trouvait que cette rigueur aveugle avait des airs de Munich social. Et dans sa maison-mère à lui, il y avait aussi un conseiller, Henri, qui avait aussi travaillé avec Philippe et qui pensait pis que pendre de cette foutue rigueur. Qu’en définitive, elle était injuste, et inefficace parce qu’elle coûtait encore plus cher que les économies générées à la serpe. Avec François, mais aussi pour Jean-François, il fallait aussi regarder les voisins -notamment le plus grand d’entre eux, comparer avec eux. Mais, comme pour les abonnements d’Alexandre, la situation des voisins racontée par François et ses copains, c’était souvent des calembredaines, comme aurait dit Philippe.
Du coup, j’ai un peu plus d’indulgence pour Alexandre. Après tout, comment lui demander d’être plus compétent qu’un Premier ministre.
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L'auteur
David Desgouilles est attaché d'administration.
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Yul dit
@lorymequa
“quand au SMIC, pour votre gouverne, il est à 8,86 EU brut.”
je parlais du smic net, qui est à 6 et des poussières, vu que pour votre salaire actuel est payé sans charges.
expat dit
@ Meunniez-Tudor : c’est un plaisir de lire le plombier, il ne nous manque que Antonius L.
Meunniez-Tudor dit
@ Lory et Yul
Une sieste, une bonne douche bien fraîche et un bon verre – après, ça devrait passer…
Surtout ne vous relisez pas, ça vous mettrait trop mal en point ;-)
Expat a raison. Je suis certain que mettant de coté les invectives, vous arriveriez à communiquer.
@ Expat & Rocardo
Moins un compliment est mérité, plus il fait plaisir ;-) Je vous remercie pour votre incompréhensible enthousiasme. Il a son reciproque chez moi, je vous assure.
@ Rocardo
Guaino ? Vous m’avez obligé de vérifier qui est ce personnage. Pensez-vous sérieusement qu’un gaulliste, conseiller spécial et plume du Président de la République aurait besoin d’un Plombier ? Libéral de surcoit ? Que voulez-vous qu’il en fasse ? … Ne me le dites surtout pas, par politesse ;-)
En ce qui concerne ma nationalité, je suis Plombier pur porc, vivant en général au pays des Plombier mais nomade. Le Plombier éternel errant , en quelque sorte
Pour ce qui est des élections, leur résultat n’est pas pour me déplaire, faute de mieux ;-) Entre un malade qui se dit conservateur et un chasse-pêche bon vivant qui se dit libéral, le choix est vite fait ;-)
expat dit
@ lory : je suis d’accord. Et je peux vous dire que j’ai suffisamment lu Yul pour savoir qu’il a un vrai fond. Essayez de le trouver, vous verrez que j’ai raison.
expat dit
Rackam oui sors damn spot sors !! (Hamlet)
rackam dit
expat,
j’ai un peu trié ton post où tu écris “excusez-moi je suis sortie me terrasser pour déjeuner avec un ami. ”
Ça donne “un ami n’ayant terrassée, je suis sortie déjeuner”.
Pendant qu’il se recoiffait?
Je crois que je vais sortit un peu moi aussi.
lorymequa dit
Expat,
Désolé de vous importuner par ma dispute avec Yul. Je le déplore autant que vous, ce n’est pas très glorieux pour aucun de nous deux.
Ce que je ne saurais jamais, que ce soit avec Yul ou avec d’autres, quelle est la part d’incompréhension de part et d’autre. Si sur le fond nous pourrions nous retrouver.
Air dit
@ Expat
J’ai lu entre les lignes.
1) j’ai beau habité dans un pays où l’anglais est langue officielle, je suis encore loin de pouvoir écrire fluently sur mon CV!!
2) L’article est intéressant de ce que j’ai pu en comprendre, merci pour le lien.
expat dit
“c’est” bien sur.
expat dit
Non lory, autant pour moi, vous avez raison je viens de chercher c’et 8,86 brut. Je pense que mon chiffre était chargé. (c’est à dire le coût pour l’employeur).
expat dit
@ lory : je peux me tromper, mais je pense que le SMIC (à 39 heures) est plutôt à 11 euros et quelques brut.
lorymequa dit
Yul,
“dans ce cas vous m’expliquerez pourquoi vous en êtes réduit à travailler au black en vous faisant, selon votre propre sentiment, exploiter, même si payé au double du smic et sans charges”
Où vous avez lu que j’en étais réduit à travailler au black?
Je suis libre, à l’égal de de Florence Aubenas d’aller voir ce qui se passe ailleurs. D’autant plus que c’est tout à côté. Comme je n’ai pas pris de distance avec mon milieu et que je suis un bosseur, je me fait embaucher quand je veux. Même par une vieille connaissance, qui trouve tout à fait normal d’appliquer ce traitement.
Exploité, je ne l’ai pas écrit pour ce qui me concerne.
Quand au SMIC, pour votre gouverne, il est à 8,86 EU brut. Vous lirez ailleurs la définition de cette humiliation. Votre ignorance du sujet ne m’étonne pas.
expat dit
Yul, Lory, et si on arrêtait de jeter des insultes ? je ne lis même pas vos postes – Meunniez-Tudor : revenez !
Rocardo : Yes !
expat dit
@ Meunniez-Tudor : merci, excusez-moi je suis sortie me terrasser pour déjeuner avec un ami. Quand il fait beau à Paris, il faut en profiter ! J’espère que vous allez bien, vous m’avez manqué ces derniers temps (et je pense ne pas être la seule).