Les juifs doivent rester en France | Causeur

Les juifs doivent rester en France

Nous sommes tous dans la même barque

Auteur

Pierre Jova

Pierre Jova
Journaliste, spécialiste de l'actualité internationale et de géopolitique...

Publié le 23 janvier 2015 / Politique Religion

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La marche républicaine du 11 janvier fut une vibrante occasion d’unité nationale, malgré les inévitables tentatives de récupération politique et autre maladresses. Chez moi, cette mobilisation a guéri une vieille blessure personnelle.

Lorsque Mohamed Merah assassina, en mars 2012, des militaires et des écoliers juifs, ainsi que leur professeur, j’habitais Tel Aviv. Je connaissais à la fois l’aumônier catholique des parachutistes de Montauban pris pour cible, le Père Christian Venard, et des franco-israéliens proches des victimes de Toulouse. La communauté française en Israël était submergée d’émotion et de douleur. Peu après le drame, un rassemblement spontané s’organisa à Tel Aviv. Je m’y rendis, mais l’esprit était à la résignation et à la tristesse. Quelques voix chantèrent La Marseillaise, peu nombreuses, étouffées dans le silence. On m’expliqua : « Tu sais, on ne se sent plus en sécurité, cela ne sert plus à rien d’être Français. Les juifs doivent partir, venir en Israël. »

Les juifs doivent partir. Ce cri du cœur me fut pénible. Il ne m’était pas nouveau. Quiconque a vécu en Israël et discuté avec des Français ayant fait leur  alyah (montée en hébreu), leur émigration, s’expose à des discussions qui tiennent en quelques mots : la France est livrée à l’islamisme, à la délinquance, à l’antisémitisme, il n’y a plus d’avenir pour les juifs. En 2014, environ 7 000 Français ont fait leur Alyah. Le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, lui-même émigré de Moldavie, a osé se faire pressant, dimanche : « faites votre alyah, il n’y a aucune autre alternative ».

Sans ignorer que l’alyah peut être le fruit d’une décision mûrement réfléchie, notamment pour des motifs spirituels, elle ne saurait constituer la seule issue pour les Français juifs, face aux menaces qui pèsent sur eux. Tout comme des millions de Français se sont levés pour refuser la résignation, notre pays ne peut pas se résigner au sentiment d’abandon que vivent nos compatriotes juifs, et à la fatalité de leur départ.

La France abrite la troisième communauté juive mondiale, après les Etats-Unis et Israël. Elle est l’héritage vivant d’une longue et riche histoire. Elle est jalonnée de figures connues et moins connues, comme celle du Rabbi Salomon de Troyes, dit Rachi, exégète, poète et vigneron, ayant vécu en Champagne au XIe siècle, qui illumine un Moyen Âge dont on ne retient que les discriminations faites aux Juifs.

En août 1744, le roi Louis XV visite Metz, et tombe gravement malade. C’est une dysenterie, que les médecins de la Cour sont incapables de guérir. Les prières se multiplient dans le pays pour le souverain, tout particulier au sein de l’importante communauté juive de Metz. Celle-ci reçoit dans la prière que Louis XV vivra, et dépêche un de ses médecins, Isaïe Cervus Ullmann, qui sauve le roi.

En 1787, par l’Edit de tolérance, Louis XVI accorde l’état civil aux non-catholiques de France, protestants et Juifs. Il charge son ministre Malesherbes d’émanciper durablement ces derniers : « M. de Malesherbes, vous vous êtes déjà fait Protestant. Maintenant, je veux que vous vous fassiez Juif. Je vous demande de vous occuper d’eux. » La pleine égalité des droits aux juifs sera octroyée par la Révolution. En 1808, la communauté juive, organisée par Napoléon en consistoire, élabore une prière pour la République, toujours récitée le samedi matin et les jours de fête.

Le XIXe siècle est une période faste pour le judaïsme en France, à tel point que les juifs d’Allemagne forgent la célèbre formule : « Heureux comme Dieu en France ». En 1870, Gambetta accorde la citoyenneté aux juifs d’Algérie. Les victimes des pogroms en Europe orientale affluent à Paris.

Accusés d’incivisme avec l’affaire Dreyfus, les juifs de France font corps avec leur pays. Leur patriotisme pendant la Grande guerre parvient même à émouvoir Charles Maurras, pourfendeur de « l’anti-France juive et protestante ». Le chef de file de l’Action française est bouleversé par la lettre que lui adresse Pierre David, la veille de sa mort au champ d’honneur, en octobre 1915, où il lui explique son attachement à la France : « Une âpre joie se mêlera à mes dernières souffrances physiques et morales, en pensant que je les voue à la défense de la Patrie et à l’enrichissement du patrimoine moral de ma famille. »

Français depuis des siècles, les juifs ont prouvé qu’ils le sont également « par le sang versé », comme on le dit dans la Légion étrangère. Ils le sont enfin par communauté d’esprit. La France s’est forgée dans une culture judéo-chrétienne. C’est dans le Paris catholique que le peintre Marc Chagall a l’idée, pour dénoncer les persécutions nazies, de peindre en 1938 un Christ en croix revêtu du châle de prière juif, La Crucifixion blanche. C’est l’historien français Jules Isaac qui achève de convaincre le pape Jean XXIII de faire évoluer l’enseignement de l’Eglise catholique à l’égard du judaïsme.

Les juifs sont étroitement associés à la France. Ils en sont l’âme, la conscience. Le pays qui les a émancipés doit continuer à leur assurer un avenir. La France est un diamant aux mille facettes. Si les Juifs la quittent, elle perd une de ses facettes. Comme tant de pays européens, vidés de leurs foyers juifs par l’histoire, amputés d’une partie de leur culture et de leur identité.

Français « gentils » ou juifs, nous sommes dans la même barque. Ce pays est nôtre. « Moi, je n’ai pas d’Israël », déplore le personnage houllebecquien de Soumission. A l’heure où le multiculturalisme vole en éclats, la République serait bien inspirée de se rappeler des mots de Clermont-Tonnerre, en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ». Car ce sont mes compatriotes comme les autres.

*Photo : LICHTFELD EREZ/SIPA. 00692901_000053.

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    • 20 Mars 2015 à 15h04

      ccourouve dit

      “ Les juifs doivent rester en France ”

      Sans double (voire triple, comme Benbassa) nationalité, de préférence. 

      • 20 Mars 2015 à 15h13

        Bibi dit

        C’est fini les jours où les juifs devaient obéir aux ordres des seigneurs. Désormais, chaque juif décide s’il reste, part, s’établit…
        En toute conformité avec la législation en vigueur, bien entendu.
         

    • 28 Janvier 2015 à 8h41

      kravi dit

      à Bibi, HS mais qui devrait te plaire, un bel article de François Rastier sur Heidegger.
      Autant j’admire Finkie et sa pensée claire sur l’état de la France, autant je ne parviens pas à m’expliquer sa dilection pour Arendt. [Ne parlons même pas de shalom arshav.]

    • 27 Janvier 2015 à 21h58

      Bibi dit

      Comme tout dévot nazi, l’auteur des lignes ci-dessous croyait que la culture occidentale (chrétienne) avait été judaïsée et, de ce fait, illégitime pour le juger.

      “Mais vous, 360 millions de mohamétans, avec lesquels j’ai eu un lien intérieur fort depuis les jours de mon association avec votre Grand Mufti de Jérusalem, vous, qui avez une plus grande vérité dans les sourates de votre Coran, c’est à vous que j’appelle pour me juger. Vous, enfants d’Allah, avez connaissance des juifs depuis bien plus longtemps et mieux que l’occident.”

      Écrit Adolf Eichmann dans un manuscrit autobiographique en 1956, cité par Bettina Stangneth (p. 227) dans “Eichmann Before Jerusalem”.

      L’Académicien devrait lire l’ouvrage et faire un usage un peu plus critique de ceux de l’amante de Heidegger qui s’est fait avoir par ce nazi itou.

      Quant aux autres apologistes des visées génocidaires de l’islamisme enfanté par le Mufti d’Hitler et ses collaborateurs (chiites compris) et disciples, l’ignorance ne jouera pas en leur faveur.

      • 27 Janvier 2015 à 22h04

        Schiczu dit

        ? mauvaise page ? Steed a derapé ?

        • 27 Janvier 2015 à 22h08

          steed59 dit

          Tout allait bien on parlait pinard
           

        • 27 Janvier 2015 à 22h20

          Schiczu dit

          Ah oui, certaines réaction à l’alcool sont un peu surprenant.
          Je me suis laissé dire qu’il y avait des projets de plantation de vigne dans le Negev. Vous savez où ça en est ?

        • 27 Janvier 2015 à 22h25

          steed59 dit

          Il a une dent contre le mufti. Cependant s’il devait poursuivre ainsi chaque antisémite de la terre, une vie ne lui suffirait pas
           

      • 27 Janvier 2015 à 23h01

        Bibi dit

        Vous devriez en avoir une encore plus longue que la mienne.

        • 27 Janvier 2015 à 23h32

          Bibi dit

          Hormis les dizaines de milliers de juifs, dont beaucoup d’enfants, ce salopard de Mufti a le sang de milliers d’arabes, musulmans et chrétiens, sur ses mains. Ainsi que sur celles de ses disciples européens et moyenorientaux.

          Ignorez à votre convenance ses amitiés et connivences. Admirez-le, pendant que vous y êtes, autruches.

        • 28 Janvier 2015 à 5h46

          steed59 dit

          On s’assoit, on respire un bon coup et on se détend. De toute façon il est mort et doit probablement rôtir en enfer
           

    • 27 Janvier 2015 à 21h35

      steed59 dit

      Un lien stp !!!! Vite vite vite !!!!!!

    • 27 Janvier 2015 à 19h21

      Bibi dit

      Pour revenir au sujet, je viens de recevoir un email d’un cousin londonien qui se rend à Paris voir la famille. Il vient de découvrir qu’une partie n’est plus là, mais à Netanya.

      • 27 Janvier 2015 à 21h42

        Patrick dit

        Ils ne lui avaient pas dit : “l’an prochain à Jérusalem” ?

        • 27 Janvier 2015 à 22h08

          Bibi dit

          Apparemment non, lui il y est pour 2 mois 3 à 4 fois/an.
          Ça vient de se produire.

      • 27 Janvier 2015 à 22h10

        steed59 dit

        Il se tient vachement bien au courant des évènements de sa famille lui ..

        • 27 Janvier 2015 à 23h51

          Bibi dit

          Il y a des familles qui pendant des lustres sont là, et tout d’un coup – ailleurs. Une constante bi-millénnaire chez nous.
          Seule nouveauté, relativement récente, préférence du foyer ancestral.