Les Iraniens otages d’eux-mêmes
Nucléaire : premier signe de fermeté internationale
Publié le 07 décembre 2009 à 13:26 dans Monde
Mots-clés : Iran, Mahmoud Ahmadinejad

Natanz, Iran
Mahmoud Ahmadinejad n’en a pas cru ses oreilles. Le 24 novembre, en descendant de l’avion qui l’amenait au Venezuela, le président iranien – qui a pourtant ses habitudes à Caracas – a été accueilli au son de l’hymne de l’Iran impérial. Difficile de savoir qui, du chef de la fanfare vénézuélienne ou d’Ahmadinejad, était à ce moment-là le plus malheureux. Mais si les fausses notes du Venezuela sont, au pire, embarrassantes pour le régime, la petite musique qui monte ces derniers jours de l’AIEA peut se révéler beaucoup plus dangereuse : pour la première fois depuis plus de trois ans, le conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique vient de condamner l’Iran pour avoir dissimulé le site nucléaire de Qom. Pire, la Chine et la Russie, qui ont longtemps mis de l’eau dans le vin des Occidentaux, ont adopté cette résolution. De là à voter des sanctions au Conseil de Sécurité, le chemin reste long, mais un peu moins qu’il y a quelques semaines.
De toute évidence, Téhéran a été pris de court par la position de Moscou et de Pékin. En juin dernier, les Iraniens ont tendu un piège sophistiqué à la communauté internationale: ils ont demandé à l’AIEA de leur fournir de l’uranium enrichi à 20% pour un usage médical, puisqu’ils en ont le droit en tant que signataires du Traité de Non Prolifération. Sachant parfaitement que dans le climat de méfiance qu’il a volontairement instauré, les Occidentaux ne pourraient pas accepter sa demande, l’Iran tablait sur leur refus pour s’octroyer le droit d’augmenter le niveau d’enrichissement de 4% à 20%, tout en se présentant comme la victime. Sauf que les Américains n’ont pas mordu à l’hameçon. Il y a deux mois, au début du cycle actuel des négociations, l’AIEA a présenté un protocole élaboré par Washington : la Russie et la France enrichiront l’uranium iranien si Téhéran leur transfère les trois quarts des stocks d’uranium qu’elle enrichit illégalement.
Dans un premier temps, ébranlés par la découverte de leur centre nucléaire de Qom, les Iraniens n’ont pas fermé la porte, nourrissant ainsi une vague d’optimisme. À peine trois semaines après cette reprise de contact entre l’Iran et le groupe de six (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne), l’atmosphère a changé. Dans le courant du mois de novembre, les protagonistes, y compris Mohamed el-Baradei, le directeur sortant de l’Agence, ont admis que l’Iran ne cherchait pas une solution mais un prétexte pour poursuivre son propre programme nucléaire.
Même dans ce contexte, on a du mal à comprendre pourquoi Téhéran a proclamé son intention de construire dix sites supplémentaires d’enrichissement d’uranium. Non seulement la réalisation d’un tel projet est longue et difficile, mais les deux centres déjà connus et (à Natanz et à Qom) ont été construits clandestinement, et leur existence a été révélée par les services de renseignements occidentaux en 2002 et 2009. En réaction à cette provocation, même la Chine et la Russie se sont vues contraintes de voter avec les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et l’Angleterre, ce qui constitue un échec important pour la diplomatie iranienne.
Pourquoi le régime est-il prêt à payer un prix si élevé pour une fanfaronnade inutile, voire contre-productive pour le programme lui-même ? Probablement parce qu’il estime que sa propre survie est menacée, non pas par une hypothétique frappe aérienne ou d’éventuelles sanctions, mais par une opposition qui pourrait endosser, en prime, le fait de laisser l’opposition endosser le rôle de défenseur du projet nucléaire.
Depuis les élections de juin, l’opposition a habillement récupéré des symboles majeurs de la Révolution islamique, à commencer par la couleur “vert islam” devenue – qui l’eût cru ? – presque subversive. Aujourd’hui, le mouvement vert et Moussavi s’emparent de la question nucléaire dont le régime, imprudemment, a fait le symbole de l’honneur national. Pendant la campagne, Moussavi a repris à son compte la formule chère à Ahmadinejad : “Le nucléaire est notre droit”. Aujourd’hui, il essaie de le doubler sur ce terrain, le privant ainsi d’un de ses meilleurs atouts.
Le raidissement des positions iraniennes révèle donc, plus qu’un changement dans la politique nucléaire de l’Iran, les énormes tensions au sein d’un régime en panne de légitimité qui voit la légitimité de l’atome – soigneusement cultivée comme une stratégie de pouvoir extérieur et intérieur – lui échapper au profit de ses adversaires. Avant de menacer qui que ce soit dans la région, la bombe iranienne pourrait bien, à terme, faire exploser la Révolution islamique elle-même.
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L'auteur
Gil Mihaely est historien et journaliste.
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Averell dit
A Eric Si le premier courrier de “Dragonfire” (12 déc. à 0 h 13) propose une réflexion géopolitique, son deuxième courrier (même jour à 0 h 23) annule ce que propose le précédant courrier. C’est une suite de lieux communs ramassés ici et là et raboutés, avec des points de suspension pour jouer le mystère et paraître intelligent. Il se pourrait que ce beau pseudonyme – “Dragonfire”, il faut le faire ! – ne soit que l’un des avatars de Vishnu. A vérifier.
Averell dit
A Eric
Israël exutoire utilisé par des régimes corrompus, la chose n’est pas nouvelle ; il en va ainsi depuis la création de cet Etat. Les Arabes qui n’ont pour tout fonds de commerce que la victimisation ont trouvé en ce pays une “explication” à leur incurie, à leur peu de poids dans l’économie mondiale, poids qui serait tout bonnement nul sans le pétrole. Israël exutoire à tant de frustrations comme le Juif le fut chez nous… et le reste, un peu plus discrètement pour l’heure mais pas pour longtemps…
A vous lire on pourrait penser que l’Etat d’Israël va manquer d’alliés inconditionnels pour la première fois dans son histoire. N’ayez crainte, il en a l’habitude ; il lui est arrivé d’être encore plus isolé qu’à présent . Autre courrier suit.
Eric dit
@ Dragonfire
Votre grille de lecture est intéressante sur la question de l’instrumentalisation d’Israel par les régimes autoritaires de la région: les Saoud , les jordaniens, les Egyptiens sont bien content d’utiliser Israel comme gardien militaire de l’équilibre stratégique entre pays MUSULMANS dans la région (on l’a bien vu au Liban et à Gaza) et surtout comme défouloir pour leurs populations victimes de la corruption de leurs régimes.
@Averell
“Qui s’y frotte s’y pique”, certes mais l’Etat hébreu commence à manquer sérieusement d’alliés inconditionnels (même la Turquie prend ses distances, le Likoud et cie en sont à contourner la Maison-blanche et à espérer que les fondamentalistes chrétiens reviennent en force au Congrès lors des prochaines mid-term pour peser de nouveau à DC. Il fut un temps où Israel pouvait se targuer d’amitiés régionales, ce n’est pas dans son intérêt d’être isolé dans la région et d’être percue comme une excroissance US.
Averell dit
@Dragonfire
Je connais votre radotage, le vieux fond de sauce, et j’étais certain de le provoquer en écrivant ce que j’ai écrit. Je ne me donnerai pas la peine de le décortiquer, je vous crois très bête.
dragonfire dit
Et c’est ainsi qu’Israël est devenu un paria….Hyper-armé et très dangereux non seulement pour ses voisins immédiats qui lui sont plus ou moins alliés mais pour les USA, l’Europe et la Russie.
Qui s’y frotte s’y pique. Certes. Mais mêmes ceux qui s’y frottent pas s’y piquent et c’est pas les suédois ou les américains qui vont me contredire!
Les britanniques en savent un bon bout!!! Eux qui ont tellement galéré avec…
De plus, l’histoire trés récente a démontrée qu’Israël ne respecte rien ni personne, encore moins les lois et coutumes internationales et je parle plus du droit humanitaire ou autre lois de la guerre…Il ne lui reste plus que les Arabes qui le défendent secrètement avec un acharnement d’autant incompréhensible qu’ils ne cessent de crier publiquement leur aversion pour ce régime…Etrange cet Orient!
dragonfire dit
L’Iran d’Ahmadinejad est un pays qui poursuit une politique pragmatique assez élaborée. Menacé sur ses flancs oriental et occidental par la présence d’armées étrangères et sur son front Sud par des régimes Arabes pro-américains, l’Iran n’a d’autre choix que de s’armer même avec une illusion d’optique…
L’alliance avec la Syrie et le Vénézuéla ainsi que le rapprochement avec la Corée du Nord, le Vénézuéla et le Soudan n’arrive pas à le prémunir contre le front interne ouvert par les occidentaux qui tentent de faire imploser ce pays de l’intérieur en usant de méthodes non conventionnelles et nouvelles.
Cependant, avec la Turquie, c’est le seul pays à avoir exploité la destruction de l’Irak et l’enbourbement des USA dans la région pour se faire une petite place au soleil.
Israël est totalement isolé et a perdu toute crédibilité même au sein d’une partie de son opinion interne. La faute à qui? A son gouvernement d’incompétents et de voyoux qui ont dévoyé ce que fut jadis un rêve..
GERARD dit
ERIC
Voyez vous les juifs ont une telle habitude de “l’improbable inoffensif”, qu’ils s’en méfient plus que de n’importe quoi.
Cela s’appelle l’expérience.
Averell dit
@ Eric
Israël, ce si petit pays (l’équivalent de deux départements français), est un pays qui s’efforce de survivre sans pour autant chercher à détruire des voisins qu’il aurait la capacité de détruire. Outre une armée conventionnelle d’élite, Israël possède des armes de destruction massive ; et, pour ma part, c’est bien ainsi. Qui se frotte à Israël s’y pique. Qui ne s’y frotte pas ne s’y pique pas.
J’en reviens à l’Iran. C’est une vieille intuition qui vaut ce qu’elle vaut, mais il me semble que c’est avec l’Iran qu’Israël et l’Occident finiront par nouer une alliance durable malgré toutes les difficultés présentes. L’Arabe est frustre. Il faut que nous nous en dégagions au plus vite. Le dialogue avec l’Iranien sera autrement plus fécond, je n’en doute pas. L’étude de l’histoire appuie certaines intuitions…
Eric dit
@ Gil Mihaely
On ne peut déterminer la fin d’un conflit avant son début certes mais tout de même.La supériorité conventionnelle d’Israel est acquis à plusieurs points de vue pour plus d’un siècle.Comme vous le dites, l’Iraq principal adversaire militaire a été détruit.Les mollah ont “prétorisé” les forces armées iraniennes avec la préeminence des Gardiens de la Révolution et des milices Basaaji. Vous dites sanctuariser un régime mais c’est d’abord un territoire, un pays, un Etat, une République parce que vous croyez au changement de régime? Est-ce à vous de définir les intérêts de l’Iran en tant qu’entité géopolitique? Il faudra peut-être que Tel Aviv modifie son propre comportement avant de chercher à dicter ceux de ses voisins
@Gerard et Rotil
Ahmadinejad parle, s’agit, dérape conscienseument pour faire hurler le monde entier mais que fait-il, rien. Ce monsieur n’a pas de pouvoir, c’est un Kalinine du pauvre.