Les Innocents brûlent les planches | Causeur

Les Innocents brûlent les planches

Tournée rock de l’année !

Auteur

Sébastien Bataille

Sébastien Bataille
est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat : Coups de tête (Ed. Carpentier, 2015). Ancien collaborateur de Rolling Stone, il a contribué à la rédaction du Nouveau Dictionnaire du Rock (Robert Laffont, 2014) et vient de publier Jean-Louis Murat : coups de tête (Carpentier, 2015).

Publié le 06 novembre 2016 / Culture

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jp nataf innocents

Concert des Innocents. Sipa. Numéro de reportage : 00717748_000020.

Ce 15 octobre, le public du Théâtre de Caudry (Hauts-de-France) – dont j’étais – a eu la chance d’entendre des chansons pleines d’esprit chagriné, de mélodies sorties d’hivers sans fourrure, mais aussi la phrase de la saison culturelle, proférée par JP Nataf, le chanteur déglingo des Innocents : « Il y a eu le siècle Bruant, puis il y a eu le siècle Bruel. » Difficile de faire plus exquis.

Pourtant, tout avait mal plutôt mal commencé : pour assister à un concert dont Les Inrockuptibles (dits Les Inrocks, c’est à dire la négation du rock) sont partenaires, il vaut mieux éviter de se présenter comme contributeur de Causeur auprès du tourneur, puisque je reçois ce message quatre jours avant le show : « Après réception du contrat, le quota d’invits est trop petit pour accréditer la presse sur ce concert. » De l’ André Breton dans le texte…

Je me suis donc acquitté de mes 40 euros (25 + 15 en tarif réduit pour ma fille qui est un petit modèle à béquilles) pour avoir droit moi aussi de goûter au fruit défendu : le « Mandarine Tour » !

Arrivés devant les portes du Théâtre, nous faisons face à l’imposant service de sécurité (la France vit toujours à l’heure de l’état d’urgence, ne l’oublions pas) : un préposé à la vigilance communale armé d’une loupiote lui servant de torche antiterroriste nous demande de nous astreindre à une « inspection visuelle du sac » de ma fille de 11 ans. Ce seul agent de sécurité de l’établissement – d’une contenance de 500 places – a balayé pour la forme son faisceau de présomption introspectif sur les paquets de chips, nougats, figurines Pokémon et autres explosifs en vrac de l’intimité innocente. Les tourneurs ont réclamé l’an dernier à l’État un fonds de soutien de 50 millions d’euros « à moyen terme » suite aux attentats du Bataclan pour compenser les pertes et renforcer la sécurité… Un an après, on sent bien la différence sur le sac des fillettes, en effet.

Heureusement, au-delà de ces égarements improbables, il restera le spectacle fou à lier que le duo a livré, sans filet (ni musiciens additionnels, ni effet de manche) autre que celui, garni, de ses tubes intemporels : « Jodie », « Colore », « Un monde parfait », « L’autre Finistère », « Un homme extraordinaire », etc. En deux chansons d’introduction – une nouvelle et une ancienne – Les Innocents opèrent un voyage dans le temps étalé sur deux siècles, ce que souligne le groupe pour obtenir l’adhésion chaleureuse de la salle. Pour figurer ce franchissement périlleux entre les époques, JP Nataf gratifie l’audience d’un grand écart latéral. L’art de l’ellipse est une question de souplesse.

Les deux complices naviguent ensuite habilement dans leur histoire chahutée – le groupe a connu une coupure prolongée au tournant du siècle – où la musique se conjugue en partitions élémentaires de l’excellence pop-rock, ces « philharmonies martiennes » chères aux Innos. Quand Louise Attaque nous emmène au vent fétide (Cf le consternant et chevrotant – et bien nommé – album Anomalie), Les Innocents accostent l’île de Félicité pop, laissant loin derrière eux la semi-concurrence et portant seuls désormais le flambeau du folk-rock classieux d’envergure internationale, pour ne pas dire la flamme beatlenesque made un France.

Ils ont d’ailleurs bien innocemment remporté le trophée de l’Album rock de l’année aux dernières Victoires de la Musique, titre non usurpé quand on les voit sur scène ! Capables d’évoquer tour à tour les Blues Brothers dans les moments survoltés et Simon & Garfunkel dans les temps calmes, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain obtiennent deux standing ovation en mouillant la chemise et la guitare électro-acoustique, en deux heures de temps passées comme une seule à l’applaudimètre. Aux innocents les mains pleines… de reconnaissance !

Nouvel album des Innocents : Mandarine

Actuellement en tournée dans toute la France.

Retrouvez aussi Les Innocents sur l’album hommage à Michel Delpech J’étais un ange (18 novembre 2016)

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Novembre 2016 à 18h24

      Sancho Pensum dit

      “pour assister à un concert dont Les Inrockuptibles (dits Les Inrocks, c’est à dire la négation du rock) sont partenaires, il vaut mieux éviter de se présenter comme contributeur de Causeur auprès du tourneur”
      Tu m’étonnes !
      Causeur n’arrête pas de pisser, chaque jour que Dieu fait, sur cette presse, coupable à ses yeux, de tous les maux de la terre.
      Tu voudrais pas aussi que Plenel te paie, en personne, un abonnement à Mediapart ?
      Pfff !
      D’ailleurs, il faudrait être “innocent” pour croire que le vrai sujet de l’article est ce groupe de musique. Le vrai sujet de l’article, c’est “je crache mon venin sur Les Inrochs”…

    • 7 Novembre 2016 à 22h02

      Loretta Strong dit

      Ok, les Innocents c’est “sympatoche”… Caubère, ok… Mesguisch… A quand Mimi Mathy, Mireille Darc, Bernard Ménez? bon, allez, serait-il possible de lire dans Causeur des papiers qui ne portent pas que sur la culture des années 80-90. Histoire de ne pas donner du grain à moudre à ceux qui accusent le journal d’être réactionnaire. Tous les artistes contemporains ne sont pas que des bien-pensants au service de la mondialisation, et il faudrait être un peu moins paresseux dans vos choix, c’est aussi comme cela qu’on vient à bout des évidences.

      • 8 Novembre 2016 à 12h15

        alain delon dit

        Je vous trouve dur en affaires avec Bernard Menez, on ne tire pas sur l’ambulance!

        “serait-il possible de lire dans Causeur des papiers qui ne portent pas que sur la culture des années 80-90″.
        C’est un peu comme si vous demandiez aux rédacteurs de Valeurs Actuelles d’écrire pour Technikart

    • 7 Novembre 2016 à 13h29

      edgreened dit

      Les innocents aux mains pleines. Peuvent toujours se foutre de la gueule de Bruel et du siècle, au niveau des droits Sacem ca doit pas se moucher avec le coude quand même..

    • 6 Novembre 2016 à 19h19

      Villaterne dit

      Il y a eu du talent dans la jeunesse des années 80 à l’instar de l’”affaire Luis Trio”.
      Ou en est-on aujourd’hui ? Bénabar ? Pouah !

      • 6 Novembre 2016 à 19h46

        Ibn Khaldun dit

        Il y a eu du talent dans la jeunesse des années 80 à l’instar de l’”affaire Luis Trio”.

        Je n’aurais pas dit mieux. 

        • 6 Novembre 2016 à 20h16

          alain delon dit

          Sans oublier Zouk Machine et NTM

        • 6 Novembre 2016 à 21h04

          Ibn Khaldun dit

          Vous mettez Zouk Machine sur le même pied d’égalité que NTM ?? Par ailleurs, NTM est totalement inconnu dans les années 80, ayant été formé vers la fin (1988). C’est le titre, “Le Monde de demain”, qui les fera connaître au public en 1991. 

        • 6 Novembre 2016 à 21h18

          Ibn Khaldun dit

          Correction :  Zouk Machine et NTM sur un pied d’égalité 

        • 6 Novembre 2016 à 21h25

          alain delon dit

          Connaissance encyclopédique, vous ne seriez pas Laurent Petitguillaume par hasard? ;)

        • 7 Novembre 2016 à 1h27

          Ibn Khaldun dit

          Ah, Laurent Petitguillaume. Je l’aimais bien sur M6 à une époque; et ce look typique de cette période

    • 6 Novembre 2016 à 19h08

      alain delon dit

      « Il y a eu le siècle Bruant, puis il y a eu le siècle Bruel. » Difficile de faire plus exquis. Surtout pour un cadavre

    • 6 Novembre 2016 à 17h00

      Ibn Khaldun dit

      • 6 Novembre 2016 à 18h26

        mogul dit

        C’était les débuts.
        Moi, je garde un petit faible pour celle là…

        • 6 Novembre 2016 à 19h44

          Ibn Khaldun dit

          Oui, les débuts effectivement. La période des années 90 reste intéressante également. 

    • 6 Novembre 2016 à 16h32

      mogul dit

      Je suis content de les revoir aussi, ces deux là.
      Depuis 30 ans ou presque, je n’ai rien entendu de mieux balancé et de plus stylé dans la pop française. Très au dessus du lot.