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Les infortunes d’un mot

De Marcel Aymé à Hugo Chavez

Publié le 21 novembre 2010 à 12:00 dans Culture

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Hotel du Nord

Tout cela n’est pas très sérieux. Voilà un mot, “populisme”, dont les médias dominants se servent pour qualifier aussi bien Sarah Palin qu’Hugo Chavez alors que, si la première devenait présidente des Etats-Unis, il est probable qu’elle enverrait illico presto la CIA organiser un putsch, assassiner le leader bolivarien et plus si affinités. On pourra toujours parler de rivalité mimétique entre populistes, qu’on me permette, pour une fois, de douter de la pertinence de la grille de lecture girardienne.

En France, les mêmes médias emploient désormais cet adjectif − qu’ils connotent forcément de manière péjorative − pour Le Pen père et fille d’une part et pour Mélenchon de l’autre. Or, à moins de faire de “populiste” le synonyme de “bon orateur”, trouver quelque chose de commun entre le Front national et le Front de gauche relève de la mauvaise foi, ou plus exactement de cette foi très post-moderne (Furet est passé par ici) que tout désir de changement de société s’appuyant sur le peuple finit nécessairement en totalitarisme, ce qui disqualifie tout discours de transformation.

Le mot “populisme”, comme “patrie” et, ces temps-ci, “laïcité”, est la victime d’un grand hold-up sémantique effectué par une droite dure, conservatrice et parfois ethniciste sur des notions qui appartenaient auparavant à la gauche et constituaient même l’ADN de la République et des mouvements d’émancipation.

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  • 21 November 2010 à 23h42

    hathorique dit

    “Le mot « populisme », comme « patrie » et, ces temps-ci, « laïcité », est la victime d’un grand hold-up sémantique effectué par une droite dure, conservatrice et parfois ethniciste sur des notions qui appartenaient auparavant à la gauche et constituaient même l’ADN de la République et des mouvements d’émancipation.”

    Cher Jérôme Leroy ” qui appartenaient auparavant à la gauche”
    ce sont là des considérations boutiquières assez partisanes, ces notions n’appartiennent pas qu’à la gauche qui les a dévoyées en trahissant ceux au nom desquels justement elle avait la charge de les préserver.
    Il n’y a pas eu de hold-up sémantique mais un abandon de ces valeurs surtout celle de la “laïcité” par ceux là même qui devraient en porter haut le flambeau.
    l’A.D.N de la République n’a pas été que de gauche ou alors nous serions hémiplégique .
    puisque vous évoquez la patrie, l’un des premiers résistants à être fusillé lors la dernière guerre fut un homme de la droite chrétienne, un royaliste le comte Honoré d’Estienne d’Orves, ce qui est rarement dit.
    je rajouterai, si vous le permettez, dans votre panthéon des écrivains du 19° eux aussi scandaleusement oubliés, Jules Vallès pour sa trilogie de Jacques Vintgras et son fidèle ami Hector Mallot cantonné au roman pour enfants.

    Bien à vous

  • 21 November 2010 à 13h16

    Impat1 dit

    Fort intéressant article, en particulier par son aspect historique sur le mot “populisme”.
    Deux remarques, en première lecture. D’abord un étonnement, celui de ne pas trouver le mot “démagogie”. Il me semble que ce qui lie avant tout les populistes entre eux est la démagogie. N’est-ce pas le point commun, s’il y en a un, entre Mélanchon et Marine Le Pen ? Même si le premier est sans doute un démagogue plus sincère, la seconde un démagogue plus calculateur. Quoiqu’il en soit la frontière entre les deux mots, comme entre les deux maux, paraît bien ténue.
    L’autre remarque est une émotion que tous vont partager: revoit Arletty et Jouvet sur les quais du canal St-Martin. Bien que “Hôtel du Nord” soit un film plus populaire que populiste, merci Jérôme Leroy d’avoir saisi le prétexte pour nous faire revivre cette “atmosphère”.

  • 21 November 2010 à 12h32

    Pierre Jolibert dit

    Très bon article, et passionnant.
    «calibrées par les classes moyennes et pour les classes moyennes » : Bravo.
    Le People’s party dit en 1892 : «des travailleurs importés font pression sur les salaires» ; c’est vrai que c’est vrai que c’est difficile à classer, le populisme.