Les idées fisc de l’UMP
Copé fait vivre le débat, et trembler son électorat
Publié le 08 février 2011 à 16:00 dans Économie
Mots-clés : bouclier fiscal, fisc, Impôts, Jean-François Copé, Jérôme Chartier, Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand

Oublions l’affaire Alliot-Marie. Oublions les cantonales « tour de chauffe ». Oublions la jacquerie des magistrats. Oublions tout ça. Et amusons-nous avec l’UMP. Oui, le parti dirigé dorénavant par Jean-François Copé, et de main de maître, s’il vous plaît -pas comme cet emmanché de Xavier Bertrand, qui ne «savait pas faire vivre le débat». Aujourd’hui, ça fuse rue la Boétie. Et il faut vraiment qu’une polémique tunisienne ravageuse secoue Fillon IV pour qu’on oublie qu’au siège du parti, les idées se ramassent à la pelle. À tel point que l’adhérent de base, voire le député lambda est un peu à la ramasse.
Prenons l’exemple de la fiscalité. Chantier dit prioritaire pour 2011, grande réforme annoncée par Nicolas Sarkozy pour la fin du printemps, autant dire qu’il reste quelques mois aux audacieux pour se hausser du col et montrer au chef qu’ils ont des idées qui mériteraient bien un petit secrétariat d’Etat, si ce n’est maintenant, pour après 2012 quand même. Alors chacun des prétendants y va de ses rapports sur la convergence franco-allemande, de ses interviews sur l’indispensable rigueur budgétaire, de ses déclarations « plus sévère que moi avec les fonctionnaires, même pas en rêve thatchérien ça existe ».
Seulement voilà : à supposer qu’il y ait une orthodoxie financière de droite, on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment suivie. Premier à faire n’importe quoi, Jérôme Chartier. Député UMP du Val d’Oise, membre assidu de la commission des Finances, il se tartine de la fiscalité en vain depuis des années. Il sort il y a trois semaines un rapport qui préconise ni plus ni moins que la taxation des plus-values lors de la revente d’une résidence principale, dès que la valeur de celle-ci dépasse 1,2 million d’euros, (actuellement, cette plus-value n’est pas taxée). Evidemment, Chartier avait oublié de prévenir Matignon, l’Elysée, Bercy et si ça se trouve l’UMP de son idée géniale. En vertu de quoi le taxeur c’est fait taxer de gauchiste par l’ensemble des députés de droite. Ainsi que par la totalité des notaires, marchands de biens, agents immobiliers qui ont tous hurlé à la solution simpliste, voire au retour des dessous de table si cette disposition devait voir le jour. Tous contempteurs qui n’ont pas pris la peine d’aller plus loin dans la lecture du fameux rapport. Dommage pour eux, car notre « gauchiste » suggère dans le même texte un sérieux allégement de l’ISF et son confinement aux patrimoines de plus de 4 millions d’euros.
Mais cette première salve a montré au moins une chose : la droite est à l’ouest, elle ne sait même plus trop comment servir sa clientèle électorale traditionnelle, celle qui déteste les impôts et a applaudi comme à un concert de Johnny lors de la création du bouclier fiscal. « Déjà qu’à cause des roms on a perdu les cathos, si maintenant on tape les proprios, plus personne ne va plus voter pour nous », soupirait, à l’Assemblée la semaine dernière, un député de droite revenu de tout.
Un spleen fiscal des godillots qui n’est pas près de s’éteindre : en pleine polémique interne sur le cas Chartier, l’UMP a remis le couvert en insistant sur l’augmentation nécessaire de la TVA (Copé, même pas peur), puis sur la nécessaire création d’une TVA sociale pour alléger les charges des entreprises (Jean Arthuis, une obsession personnelle). Point d’orgue, François Baroin, le ministre du Budget, a annoncé une révision constitutionnelle pour inscrire dans la loi fondamentale française la « règle d’or ». Un truc aux pouvoirs magiques qui grossièrement prévoit que dorénavant les budgets devront être présentés à l’équilibre sous peine de ne pas pouvoir être votés. Genre, puisque je ne sais guère être vertueux et que les crises se multiplient, autant se lier les pattes plutôt que de garder un poil de souveraineté ou de marge de manœuvre budgétaire (on parle la là des nano-pouvoirs que Bruxelles et Francfort ne nous avaient pas encore confisqués).
En attendant, le grand soir fiscal n’est pas pour demain matin. J’imagine que dans les semaines à venir, les professeurs Nimbus de la droite qui innove, propose et a des idées vont encore y aller de leurs suggestions imparables. Au nom du sacro-saint débat positif dans la majorité. Avec à la clef un beau bordel, qui en prime ne profite pas à la gauche. Même pas à François Hollande, dont les seules propositions vraiment innovantes -que personne n’a lues- parlent aussi fiscalité.
Bref, la stratégie de l’UMP de jeté permanent de confettis laisse sceptique. Surtout quand on cause directement au portefeuille de l’électeur. Sous le portefeuille, c’est un petit cœur qui bat. Et n’aime pas trop palpiter à 15 mois de la présidentielle.
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L'auteur
Muriel Gremillet est journaliste, avec une obsession : la politique.
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pirate dit
” les aides sociales versées et surtout celles distribuées parfois sans discernement et sans aucune contrepartie pour l’intéret commun”
Ca c’est une question que j’entends souvent dans une bouche de droite. Mais, alors que j’ai un peu trop fréquenté à mon goût et bénéficier d’aide diverse je n’ai jamais, jamais entendu parlé d’aide sociale distribué sans discernement ou contrepartie. Bien au contraire, en matière d’aide social j’ai toujours vu des demandes astronomiques de papiers sous condition diverses et variés.
Et puis je rejoint enfin Pelo, une autre question se pose, pourquoi des gens qui profite du chômage, de la sécurité sociale, de la retraite, des congés payés, des aides diverses pour les vieux jours réclament TOUJOURS qu’on supprime aux autres les mêmes aides…
pelo dit
@ Livia
Je pense qu’on cherchant bien sur le Net, vous trouverez sans difficultés, tous les chiffres que vous souhaitez, sur les dépenses en matière de prestation sociale.
Sur l’intérêt de ces aides, je pense qu’il est extrêmement difficile de faire la part des choses, sauf si l’on s’abandonne à l’idéologie (de gauche, de droite ou d’ailleurs). La plupart de ces aides résultent surtout d’un choix politique et sont destinés à absorber les évolutions de la société (chomage, vieillesse, santé, logement, etc…).
On peut toujours s’amuser à en réduire certaines, ou à en améliorer la gestion pour d’autres, mais la recherche de gains substantiels signifierait l’abandon de pans entiers des prestations. Vous êtes prête à abandonner quoi : le remboursement de vos frais d’hopitaux, votre indemnisation chomage, l’aide vieillesse de vos vieux parents ?…
Sans compter que la modification des grands équilibres ne ferait souvent que déplacer le problème. Imaginons que l’on supprime l’APA, vos parents n’ont plus les moyens de payer aides ménagères à domicile, que faire ? Vous quittez votre boulot pour vivre auprès d’eux : chomage ! Vous les mettez en maison de retraite et vous payez : votre pouvoir d’achat net baisse, ralentissement de l’économie (sauf celle des maisons de retraite)… Etc.
livia dit
@ Pelo
Merci pour les infos, meme si ce sont tjr les memes qui circulent.
Une autre question se pose très peu abordée et il n’y a pas pas du tout d’enquete s (sérieuses) s’ y rapportant.
Est-ce que des gens( sérieux) auraient par hasard cherché à chiffrer le montant des dépenses qui concernent les aides sociales versées et surtout celles distribuées parfois sans discernement et sans aucune contrepartie pour l’intéret commun., et bien sur qui pèsent un certain poids sur tous ceux qui participent par leurs impots ?
pelo dit
@ Benjamin
“C’etait la suite d’une discussion dans un autre fil.”
Ah, ok, ok…
Aristote dit
@ jjacquesb
Les entreprises internationales, et cela va avec la taille, paient une large part de leurs impôts à l’étranger, il n’est pas évident de calculer une charge nette où le numérateur et le dénominateur correspondent à des périmètres cohérents.
Cela dit, vous avez certainement en partie raison.
La cause : un truc très simple, les grosses entreprises et les gros contribuables privés sont plus mobiles que les PME et les Français lambda. Qu’on le veuille ou non la limite de leur taxation effective, c’est la concurrence fiscale. In fine, l’augmentation de taxation requise pour financer une dépense publique hors de contrôle pèsera toujours sur les facteurs de production non mobiles, c’est-à-dire les plus pauvres. L’État obèse écrase les faibles.
Benjamin dit
@ Pelo
“Et je n’ai trouvé aucune trace dans ce fil, avant votre réaction, où Air parlerait d’un doublement de la dette…”
Il faut repeter tout deux fois pour que vous compreniez ? C’etait la suite d’une discussion dans un autre fil. D’ou le “encore une fois” alors qu’ici c’etait le debut de la discussion dans ce fil. C’est clair maintenant ?