Les époux modèles
Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch
Publié le 20 août 2010 à 18:00 dans Culture
Mots-clés : Jeannette Vermeersch, Maurice Thorez

Les forces de l’oubli sont implacables : elles ne laissent émerger du passé qu’un nombre infime de personnages publics dont les vertus sont exaltées sans nuances, ou les vices exposés à la réprobation réitérée des générations qui se succèdent.
Essayez, par exemple, dans un repas de post-baby-boomers, de lancer “J’ai lu Maurice et Jeannette, d’Annette Wieviorka : c’est un bouquin formidable…” Si, par extraordinaire, cette proposition de converser hors de la glose sur l’affaire Woerth-Bettencourt ou des déboires de l’équipe de France en Afrique du Sud suscitait quelque intérêt parmi les convives, il vous faudra faire un sérieux effort de pédagogie de table. Non, il ne s’agit pas d’un roman qui aurait été porté à l’écran par Robert Guédiguian, encore moins d’une critique gastronomique d’un nouveau restaurant french cuisine à Londres, et définitivement pas d’un livre d’images destiné au jeune public.
[...]
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 25Juillet/Août 2010

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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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viaval dit
Cher Marek,
ce n’est pas la première fois que je suis pris en flagrant délit d’indulgence envers l’humanité en général et les mammifères dominants en particulier. Je m’entraîne pourtant à plus de discernement, mais je constate, une fois encore, être tombé dans le panneau de la fraternité coupable. Je n’en apprécie que davantage votre remarque, assurément judicieuse et vous en remercie. Coïncidence, j’ai regardé hier soir un film où l’un des protagonistes évoquait les deux compères dont il est question ici, les définissant ainsi : “Un monstre à petites moustaches à l’ouest et un monstre à grandes moustaches à l’est.”, ce qui confirme pleinement votre analyse.
Ce salon où l’on cause est décidément bien réconfortant.
Sincèrement vôtre.
ramonmercader dit
suite
je passe sur la signature du journalope
on pourrait aussi imaginer que le spectacle soit remarqué par la critique
tiens sa valeur éducative citoyenne et durable ( de lapin) ferait tilter l’organe voméronasal d’un conseiller du sinistre de la culture qui en toucherait un mot à son patron qui ……..
on en rendrait l’étude obligatoire aux lycéens
et puis aussi on le mettrait au programme du bac français
on l’infligerait sur toutes les chaines de téloche à une heure de grande écoute ( encore une satisfaction de pas avoir de téloche tiens )
ça ferait le même destin que “entre les murs”
toute le presse saluerait “l’oeuvre majeure” ” la vision humaniste” ” le plaidoyer social”
si on me rétribue correctement je peut vous écrire la plupart des articles
et à la question “ramon vous ne respectez donc rien” je peut répondre -apaisé- “non ma belle . je ne respecte rien “
ramonmercader dit
“maurice et jeanette” ça fait un peu intitulé de numéro transformiste transgenre
on pourrait imaginer que le spectacle se déroule (par exemple) à la maison pour tous d’ hénin-liétard
qu’il soit annoncé dans la “voix du nord” en ces termes :
maurice et jeanette
bientot chez nous un époustouflant spectacle de transformisme à la fois gay et lesbien léger et éducatif ( jamais oublier la dimension éducative )qui montre les démélées d’un couple en butte ( houlà trop de mots nouveaux ; le lectorat va avoir du mal à suivre surtout celui des corons . c’est plus zola mais sait on jamais…..)avec la cécité de l’administration ; il est maurice et veut se marier avec jean qui changer d’état civil . entretemps maurice a eu la même idée et devient mauricette
finalement nos héros pourront compter sur l’ouverture d’esprit d’un deus ex machina ( les gamines prépubères des fillatures vont être largées ….tant pis on continue ) sous les traits de bertrand delanoë
à suivre
marek dit
à Viaval,
Cher ami,
Je partage absolument votre point de vue.
A ce détail près: le pacte Hitler-Staline n’a pu être dénoncé par les dirigeants communistes pour la bonne raison qu’il n’était précisément pas ‘contre nature’, comme vous l’écrivez!
Bien à vous,
Marek
clappique dit
Thorez vaut certes mieux qu’une reductio ad goulagum (ce qui n’est pas le cas de tous ses petits camarades, comme Marty), mais son rôle historique me semble un peu limité. Dans les années 1930 c’est Eugen Fried, l’oeil-de-Moscou en France, qui dirige le PCF. A partir de la mobilisation puis la désertion de Thorez c’est Duclos. Avec les débuts de la guerre froide Staline et Jdanov reprennent les choses en main. Que reste-t-il? Quelqu’un qui a été ministre pendant un an et demi.
livia dit
Quand j’étais très petite, chez mes Grands Parents qui vivaient à Sannois (ex S.et O)petite ville rouge, sur les murs il y avait, et j’étais contente de déchiffrer ce que je ne comprenait pas à l’époque.
L I B E R E R MAURICE TOREZ !!!!!
viaval dit
Les raisons sont nombreuses qui expliquent la vitalité d’un personnage historique dans les livres et les mémoires. Napoléon, De Gaulle, etc. sont des filons qui alimentent, à l’envi, les révélations, les analyses, les “relectures”… J’en vois une, pour ma part, qui sous-tend les autres : c’est qu’ils ont modifié le cours de l’histoire d’un pays et sont associés, aux yeux d’un peuple, à son destin singulier : sans eux, les choses, assurément, auraient été différentes. Dans cette galerie, la figure de Thorez manque de « références » ; s’il n’avait pas été là, un autre se serait chargé de faire à peu près ce qu’il a fait, dans la mesure où ce qui importait, c’était l’appareil, le Parti et les consignes venues d’ailleurs. S’il avait contesté le pacte contre-nature de Staline avec les nazis, peut-être nous souviendrions-nous de cet homme autrement que comme l’exécutant zélé d’un parti aux intentions hégémoniques, au parcours aussi ordinaire que ses successeurs. La sympathie dont il semble bénéficier est-elle autre chose que de la nostalgie ? Celle qui enveloppe les êtres, les choses, les paysages et la façon de vivre d’une époque perdue et, parfois, regrettée ?
fatback dit
Luc Rosenzweig,
« défendre, contre toute évidence, la « paupérisation absolue » des ouvriers dans la France des Trente glorieuses »
Au-delà de la reductio ad goulagum, vous soulevez effectivement un point très juste sur les raisons de la déchéance du PCF : le décalage total entre la vision du monde à laquelle ils s’accrochaient envers et contre tout et ce que les gens ont vécu durant les 30 glorieuses.
Le malheur du PCF, c’est que le capitalisme a effectivement enrichi considérablement son électorat de base.
Montecristo dit
Si je puis me permettre, deux petites remarques :
1) Un très bon livre sur “Maurice et Jeannette” est, si je me souviens bien du titre (je n’ai pas ma bibliothèque sous les yeux), “Les enfants modèles” écrit par leur fils.
2) N’oublions pas non plus que Maurice Thorez a déserté (il n’y a pas d’autre mot) au début de la 2nde Guerre mondiale. Certes, c’était l’époque du pacte germano-soviétique et de “L’Humanité clandestine” (au début du conflit autorisée par les Allemands) qui engageait les Français à ne pas rejoindre De Gaulle et à ne pas se battre, je cite de mémoire, pour “ceux de la City”… Je sais l’opération Barbarossa les fera changer mais, pour le partage de la Pologne, il n’y a pas eu de problème.
Eric Dufour
funkarello1 dit
Encore que Guédiguian serait probablement très intéressé par un film sur Maurice et le PCF. Si en plus, il y a Jeannette, c’est encore mieux, parce que Ariane Ascaride pourra de nouveau sauver son film.
L'Ours dit
“Oui, Maurice Thorez a porté fièrement le titre de « premier stalinien de France » et s’est montré plus que réticent à répercuter, en France, les révélations de Nikita Khrouchtchev sur les crimes de Staline. ”
et
….”Mais au-delà de cet aveuglement,…”
Quand il y a réticence à répercuter, il n’y a pas aveuglement.
A moins que vous ne parliez de l’aveuglement qu’il y avait sur la gravité de ne pas répercuter.