Les époux modèles

Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch

Publié le 20 août 2010 à 18:00 dans Culture

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Maurice Thorez

Les forces de l’oubli sont implacables : elles ne laissent émerger du passé qu’un nombre infime de personnages publics dont les vertus sont exaltées sans nuances, ou les vices exposés à la réprobation réitérée des générations qui se succèdent.

Essayez, par exemple, dans un repas de post-baby-boomers, de lancer “J’ai lu Maurice et Jeannette, d’Annette Wieviorka : c’est un bouquin formidable…” Si, par extraordinaire, cette proposition de converser hors de la glose sur l’affaire Woerth-Bettencourt ou des déboires de l’équipe de France en Afrique du Sud suscitait quelque intérêt parmi les convives, il vous faudra faire un sérieux effort de pédagogie de table. Non, il ne s’agit pas d’un roman qui aurait été porté à l’écran par Robert Guédiguian, encore moins d’une critique gastronomique d’un nouveau restaurant french cuisine à Londres, et définitivement pas d’un livre d’images destiné au jeune public.

[...]

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  • 24 August 2010 à 0h42

    viaval dit

    Cher Marek,

    ce n’est pas la première fois que je suis pris en flagrant délit d’indulgence envers l’humanité en général et les mammifères dominants en particulier. Je m’entraîne pourtant à plus de discernement, mais je constate, une fois encore, être tombé dans le panneau de la fraternité coupable. Je n’en apprécie que davantage votre remarque, assurément judicieuse et vous en remercie. Coïncidence, j’ai regardé hier soir un film où l’un des protagonistes évoquait les deux compères dont il est question ici, les définissant ainsi : “Un monstre à petites moustaches à l’ouest et un monstre à grandes moustaches à l’est.”, ce qui confirme pleinement votre analyse.
    Ce salon où l’on cause est décidément bien réconfortant.
    Sincèrement vôtre.

  • 23 August 2010 à 23h08

    ramonmercader dit

    suite
    je passe sur la signature du journalope
    on pourrait aussi imaginer que le spectacle soit remarqué par la critique
    tiens sa valeur éducative citoyenne et durable ( de lapin) ferait tilter l’organe voméronasal d’un conseiller du sinistre de la culture qui en toucherait un mot à son patron qui ……..
    on en rendrait l’étude obligatoire aux lycéens
    et puis aussi on le mettrait au programme du bac français
    on l’infligerait sur toutes les chaines de téloche à une heure de grande écoute ( encore une satisfaction de pas avoir de téloche tiens )
    ça ferait le même destin que “entre les murs”
    toute le presse saluerait “l’oeuvre majeure” ” la vision humaniste” ” le plaidoyer social”
    si on me rétribue correctement je peut vous écrire la plupart des articles
    et à la question “ramon vous ne respectez donc rien” je peut répondre -apaisé- “non ma belle . je ne respecte rien “

  • 23 August 2010 à 22h57

    ramonmercader dit

    “maurice et jeanette” ça fait un peu intitulé de numéro transformiste transgenre
    on pourrait imaginer que le spectacle se déroule (par exemple) à la maison pour tous d’ hénin-liétard
    qu’il soit annoncé dans la “voix du nord” en ces termes :
    maurice et jeanette
    bientot chez nous un époustouflant spectacle de transformisme à la fois gay et lesbien léger et éducatif ( jamais oublier la dimension éducative )qui montre les démélées d’un couple en butte ( houlà trop de mots nouveaux ; le lectorat va avoir du mal à suivre surtout celui des corons . c’est plus zola mais sait on jamais…..)avec la cécité de l’administration ; il est maurice et veut se marier avec jean qui changer d’état civil . entretemps maurice a eu la même idée et devient mauricette
    finalement nos héros pourront compter sur l’ouverture d’esprit d’un deus ex machina ( les gamines prépubères des fillatures vont être largées ….tant pis on continue ) sous les traits de bertrand delanoë
    à suivre

  • 23 August 2010 à 16h46

    marek dit

    à Viaval,

    Cher ami,
    Je partage absolument votre point de vue.
    A ce détail près: le pacte Hitler-Staline n’a pu être dénoncé par les dirigeants communistes pour la bonne raison qu’il n’était précisément pas ‘contre nature’, comme vous l’écrivez!
    Bien à vous,
    Marek

  • 23 August 2010 à 16h18

    clappique dit

    Thorez vaut certes mieux qu’une reductio ad goulagum (ce qui n’est pas le cas de tous ses petits camarades, comme Marty), mais son rôle historique me semble un peu limité. Dans les années 1930 c’est Eugen Fried, l’oeil-de-Moscou en France, qui dirige le PCF. A partir de la mobilisation puis la désertion de Thorez c’est Duclos. Avec les débuts de la guerre froide Staline et Jdanov reprennent les choses en main. Que reste-t-il? Quelqu’un qui a été ministre pendant un an et demi.

  • 22 August 2010 à 12h22

    livia dit

    Quand j’étais très petite, chez mes Grands Parents qui vivaient à Sannois (ex S.et O)petite ville rouge, sur les murs il y avait, et j’étais contente de déchiffrer ce que je ne comprenait pas à l’époque.
    L I B E R E R MAURICE TOREZ !!!!!

  • 22 August 2010 à 9h08

    viaval dit

    Les raisons sont nombreuses qui expliquent la vitalité d’un personnage historique dans les livres et les mémoires. Napoléon, De Gaulle, etc. sont des filons qui alimentent, à l’envi, les révélations, les analyses, les “relectures”… J’en vois une, pour ma part, qui sous-tend les autres : c’est qu’ils ont modifié le cours de l’histoire d’un pays et sont associés, aux yeux d’un peuple, à son destin singulier : sans eux, les choses, assurément, auraient été différentes. Dans cette galerie, la figure de Thorez manque de « références » ; s’il n’avait pas été là, un autre se serait chargé de faire à peu près ce qu’il a fait, dans la mesure où ce qui importait, c’était l’appareil, le Parti et les consignes venues d’ailleurs. S’il avait contesté le pacte contre-nature de Staline avec les nazis, peut-être nous souviendrions-nous de cet homme autrement que comme l’exécutant zélé d’un parti aux intentions hégémoniques, au parcours aussi ordinaire que ses successeurs. La sympathie dont il semble bénéficier est-elle autre chose que de la nostalgie ? Celle qui enveloppe les êtres, les choses, les paysages et la façon de vivre d’une époque perdue et, parfois, regrettée ?

  • 21 August 2010 à 10h35

    fatback dit

    Luc Rosenzweig,
    « défendre, contre toute évidence, la « paupérisation absolue » des ouvriers dans la France des Trente glorieuses »
    Au-delà de la reductio ad goulagum, vous soulevez effectivement un point très juste sur les raisons de la déchéance du PCF : le décalage total entre la vision du monde à laquelle ils s’accrochaient envers et contre tout et ce que les gens ont vécu durant les 30 glorieuses.
    Le malheur du PCF, c’est que le capitalisme a effectivement enrichi considérablement son électorat de base.

  • 21 August 2010 à 0h22

    Montecristo dit

    Si je puis me permettre, deux petites remarques :

    1) Un très bon livre sur “Maurice et Jeannette” est, si je me souviens bien du titre (je n’ai pas ma bibliothèque sous les yeux), “Les enfants modèles” écrit par leur fils.

    2) N’oublions pas non plus que Maurice Thorez a déserté (il n’y a pas d’autre mot) au début de la 2nde Guerre mondiale. Certes, c’était l’époque du pacte germano-soviétique et de “L’Humanité clandestine” (au début du conflit autorisée par les Allemands) qui engageait les Français à ne pas rejoindre De Gaulle et à ne pas se battre, je cite de mémoire, pour “ceux de la City”… Je sais l’opération Barbarossa les fera changer mais, pour le partage de la Pologne, il n’y a pas eu de problème.

    Eric Dufour

  • 20 August 2010 à 23h55

    funkarello1 dit

    Encore que Guédiguian serait probablement très intéressé par un film sur Maurice et le PCF. Si en plus, il y a Jeannette, c’est encore mieux, parce que Ariane Ascaride pourra de nouveau sauver son film.

  • 20 August 2010 à 18h19

    L'Ours dit

    “Oui, Maurice Thorez a porté fièrement le titre de « premier stalinien de France » et s’est montré plus que réticent à répercuter, en France, les révélations de Nikita Khrouchtchev sur les crimes de Staline. ”

    et

    ….”Mais au-delà de cet aveuglement,…”

    Quand il y a réticence à répercuter, il n’y a pas aveuglement.
    A moins que vous ne parliez de l’aveuglement qu’il y avait sur la gravité de ne pas répercuter.