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Les dandys dilettantes ne meurent jamais

Un roman chic et mélancolique de René Laporte

Publié le 09 juin 2012 à 9:05 dans Culture

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Boss du Dilettante – beau nom qui évoque autant une maison d’édition qu’un vin naturel, un art de vivre et un film de Pascal Thomas -, Dominique Gaultier n’en a toujours fait qu’à sa tête de pince-sans-rire. A ses débuts, au milieu des années 80, il publiait Bernard Frank et les regrettées Jambes d’Emilienne ne mènent à rien d’Alain Bonnand. Il y avait aussi Eric Holder et Marc-Edouard Nabe, Philippe Lacoche et Limonov : des découvertes et du soufre. Puis vint Anna Gavalda, refusée par Gallimard : jackpot. Détendu par le best-seller, Dominique Gaultier continua alors à révéler des auteurs et à faire revivre les oubliés talentueux : Jacques Perret, Jean-Pierre Martinet ou, dernièrement, René Laporte et son Hôtel de la solitude.

Dans une préface élégante, François Ouellet nous apprend qui était Laporte. Né en 1905 à Toulouse, il fut poète et romancier. Il obtint le prix Interallié en 1936. Ses amis s’appelaient, entre autres, André Breton, Aragon, Claude Roy ou Francis Ponge. Il les hébergea tous dans sa maison d’Antibes où il s’était replié sous l’Occupation. Pour le compte de la Résistance, il surveilla Radio Monte-Carlo contrôlée par les Allemands. Il meurt, renversé par une voiture, en 1954. Dans un roman, il écrivait : « Il paraît qu’on meurt jeune, dans ma famille. Dans la cinquantaine, en pleine activité. »
Hôtel de la solitude est de ces livres qui rompent avec la pesanteur du temps et les calibrages imposés. C’est léger, dandy, un enchantement de chaque page. Les phrases ont la grâce des volutes de fumée en terrasse d’un bar d’été : « Dès le premier soir, la porte poussée, il était devenu citoyen d’un autre monde. Il y avait maintenant cinq jours qu’il habitait là et qu’il prenait le même incroyable plaisir à se sentir absent. Qui viendrait le chercher ici ? Cette impression qu’il dépistait toutes les polices de l’univers, qu’il compliquait les enquêtes sentimentales de ses maîtresses, qu’il contrariait les perquisitions intéressées de ses amis, comme elle était agréable ! Elle emplissait béatement le creux vaste de sa torpeur. »

Nous sommes en 1942. Bavard, buveur et flâneur de la vie en territoire occupé, Jérôme Bourdaine se replie dans un vieil hôtel sur les hauteurs de Monte-Carlo. Choyé par le couple d’hôteliers, il goûte le charme suranné des lieux. A portée des lâchetés de l’époque, des fantômes pourraient surgir. Mais c’est un homme et une femme qui apparaissent, prennent leurs quartiers dans le vieil hôtel. La femme s’appelle Zoya. Elle devient pour Jérôme une obsession dissipant les brumes agréables de la solitude. Peu importe le mari, il aime sa voix slave et l’imagine très bien en robe du soir. Pour se souvenir, pour oublier, les sentiments vont se jouer à fleur de peau, les lèvres se mêler. L’amour, définitivement, est ce beau souci inutile, ultime fuite au cœur des heures troublées : « De nos jours, on disparaît sans laisser de traces, plus aisément que dans les siècles les plus obscurs. Nous vivons tous présentement dans des prisons incommunicables. Personne n’oserait imaginer que je me suis offert la liberté. »

Avec René Laporte, la liberté, c’est-à-dire la clé des champs de ruines, c’est aujourd’hui.

René Laporte, Hôtel de la solitude, Le Dilettante, 2012

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  • 9 Juin 2012 à 18h08

    isa dit

    Et ce Reich3 me rappelle furieusement quelqu’un…

    • 16 Juin 2012 à 14h41

      ReCH77 dit

      @ isa (bêêêle ?):
      On ne se connait pas. 

    • 17 Juin 2012 à 9h56

      ReCH77 dit

      @ isa(bêêêêle), mutin de panurge,

      Si mes lectures – ou mes commentaires – vous déplaisent ou vous irritent, dites-le franchement et assumez au lieu de jouer la potache en ligne Je ne souhaite pas faire intervenir la modération car je suis assez grand peux répondre aux imbéciles mais ne poussez pas trop quand même.
      Pigé ?
       
      René 

  • 9 Juin 2012 à 17h15

    ReCH77 dit

    L’extrait choisi donne furieusement envie de lire cet ‘Hôtel de la solitude’. 

    • 9 Juin 2012 à 17h20

      Jérôme Leroy dit

      Et vous ferez bien! En règle générale, on peut faire confiance à ALG, grand passeur sensible d’écrivains trop oubliés.

      • 10 Juin 2012 à 20h25

        ReCH77 dit

        Quand je viens sur Causeur, je commence toujours par les nouvelles recensions littéraires. Dans ces pages, je découvre des livres rares qui font que je ne désespère pas complètement du roman français et je retrouve les noms de ceux qui, souvent “infréquentables”, ont pratiqué la littérature buissonnière: Déon, Mohrt et notre Blondin, sans doute le grand styliste du demi-siècle (le XXe). Alors je me sens moins seul avec mon envie d’une littérature libre, mélancolique et/ou insolente.

  • 9 Juin 2012 à 15h38

    Dio Gêne dit

    La liberté c’est beau comme une journée ensoleillé ou l’on casserait son clavier avant de jeter son écran par la fenêtre pour aller à la rencontre d’une jolie femme ouverte et peu farouche!