Le 7 mars prochain doit s’ouvrir au Tribunal de Grande Instance de Paris une audience correctionnelle qui devrait durer cinq semaines. L’un des prévenus s’appelle Jacques Chirac ; il lui est notamment reproché la mise en place d’emplois fictifs à Paris. Avant même le début du procès, les grandes manœuvres ont commencé. Petite lapalissade en passant : les procès médiatiques ne se jouent pas seulement dans les prétoires mais aussi et surtout dans les médias.

Dans un premier temps, la défense a imaginé que l’instance serait plus tranquille si la victime des agissements présumés ne se présentait pas. Un protocole d’accord a donc été négocié avec la Ville de Paris au terme duquel, en contrepartie du paiement de la somme de 2,2 millions d’euros par Jacques Chirac (gracieusement sponsorisé pour partie par l’UMP), elle se désistait de sa constitution de partie civile. Bref pour parler clair, la Ville de Paris pratiquera la politique de la chaise vide.

Consciente sans doute qu’il serait impossible d’obtenir la même chose du Parquet ou du Tribunal, (nous ne sommes hélas pas au Liban!) la défense n’a d’autre choix, pour atteindre l’objectif du non-procès, que de tabler sur l’absence du principal intéressé.

Seulement cette stratégie se heurte à deux obstacles. Le premier est que Chirac a déclaré de façon constante qu’il souhaitait faire face à ses juges et le second, plus contraignant sans doute, est l’obligation faite au prévenu par le Code de procédure pénale de comparaitre personnellement.

Sans entrer dans les subtilités juridiques en la matière, disons qu’il est difficilement envisageable que le prévenu ne soit pas présent. Sans compter que cela ne serait guère apprécié des magistrats composant le Tribunal. Au final, pour se faire porter pâle, il faut avoir une excuse sérieuse, objective et non discutable, qui est le plus souvent de nature médicale.

C’est là qu’intervient l’offensive médiatique. Dans le JDD, l’opinion publique est préparée à une éventuelle inaptitude de Jacques Chirac. Le titre choisi, « Une grande lucidité…. et des absences », relate des anecdotes récentes sur le comportement de l’ancien Président. En creux se dessinent les contours de son état de santé.

Evidemment on sent une gêne à faire valoir que le Président aurait perdu la tête d’où un article alternant, selon les interlocuteurs, la description d’un homme tantôt concentré, présent, tantôt erratique. En somme, l’ancien Président est malade mais en pleine forme. Ou l’inverse.

L’important est d’instiller le doute et l’article y réussit à merveille par la narration d’une histoire assassine: Jacques Chirac assistant à un concert de piano et violon avec Anne-Sophie Mutter, grommelant, se levant de façon inopportune et demandant tout à trac et à haute voix « qui est cette Madame Moutarde ? ».

Face à l’impossibilité de réprimer un fou-rire, cet épisode s’imprime dans le cerveau du lecteur. Au mieux, le Président est atteint du syndrome du professeur Tournesol, au pire il est en train de régresser vers une enfance marquée par le Cluédo et son colonel Moutarde ?

Le Président Pauthe qui aura à connaitre de l’affaire est saisi d’effroi. Et si à l’audience le plus célèbre des prévenus le prenait à partie en lui demandant : « qui est ce Pol-Pot ? ».
Une première pierre a été ainsi lancée dans le jardin de la Justice. Car un simple doute, le jour de l’audience, sur l’état de santé de l’ancien Président pourrait susciter une mesure d’expertise et un renvoi…

Un deuxième pierre (eu égard à l’imagination foisonnante de la défense, je n’ose pas parler pas de « seconde ») a été projetée ce lundi matin par Me Jean Veil, réclamant l’ajournement sine die du procès au prétexte de la contestation par un tiers de la paix des braves conclue entre Jacques Chirac et Bertrand Delanoë. Laquelle pierre a fait aussitôt plouf : l’audience s’ouvrira bien le 7 mars.

Tout cela sera-t-il suffisant pour tuer le procès ? Je n’en mettrais pas ma main au feu. J’attends toujours l’arme fatale : poignard, poison ou chandelier ?
L’opération Cluédo vient de commencer.

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