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Leonard Cohen est-il un voleur ?

Un escroc démasqué par les pages culture du Figaro !

Publié le 01 décembre 2008 à 7:00 dans Médias

Depuis des siècles, les pages Culture du Figaro sont un repère de trissotins centre-gauche, uniquement obsédés de prouver à leurs confrères du Monde et de Télérama qu’on peut à la fois être salarié par Dassault et faire de la résistance citoyenne au quotidien.

Pour ceux qui ont la chance de ne jamais les avoir ouvertes, c’est le genre d’endroit où les Dardenne sont toujours bouleversants, Buren toujours dérangeant et Boulez toujours séminal.

Vous voyez le genre ? Logiquement, quand un garçon comme moi ouvre lesdites pages, plus rien ne devrait l’étonner, et encore moins l’indisposer. Il sait à l’avance qu’aucune niaiserie, aucune tartufferie, aucune bourdieuserie ne lui sera épargnée. Hum. Ça c’est la théorie. On se croit à l’abri, mais manque de bol, y a toujours un paltoquet un peu plus hargneux que la moyenne de ses camarades pour vous faire regretter le bon vieux temps des soufflets et des duels de presse.

Et c’est précisément ce qui m’est arrivé mardi dernier, à la lecture du compte-rendu signé Olivier Nuc de la série de concerts que Leonard Cohen vient de donner à l’Olympia. Le problème n’est bien sûr pas que ce garçon écrive « Cohen revient aujourd’hui sans rien avoir de neuf à proposer. Son dernier album en date, Ten New Songs, est sorti en 2001, et on ne peut pas dire qu’il ait autant marqué les esprits que ses autres disques ». Après tout, personne n’est obligé d’aimer les bons disques, et c’est le droit le plus absolu d’Olivier Nuc de penser que Leonard Cohen est définitivement un has-been, contrairement par exemple à Bertrand Cantat, dont il célébrait le come-back quelques jours plus tôt dans les mêmes colonnes en expliquant sans rire que Gagnants-Perdants était “une superbe ballade aux accents breliens”. Cantat un nouveau Brel et Cohen un vieux ringard, pourquoi pas ? Encore une fois, là n’est pas le problème (sauf peut-être pour les malheureux qui vont dîner chez Olivier Nuc et doivent subir poliment toute la musique qu’il aime, sous peine d’être obligés de s’intéresser à sa conversation).

Non, le vrai problème avec Olivier Nuc, c’est la suite de l’article, quand il nous fait part de ses considérations économiques et sociales sur le prix des billets, ce qui est fort compassionnel, vu qu’il n’a pas, lui, payé sa place. On imagine que l’auteur a dû être bon élève, car ses considérations sont une sorte de dissert’ en trois parties.

Tout d’abord, Olivier Nuc dresse le constat, forcément accablant : “Pour assister à l’un de ces trois concerts, il fallait débourser une somme rondelette, comprise entre 95 et 161 €.” Jusque-là, rien à dire, on est dans le factuel comme on dit dans la grande presse. D’ailleurs, je dois l’avouer, moi aussi, j’ai trouvé ça un peu chérot. Moins cher quand même que le 6 pièces-cuisine de mes rêves place Furstenberg et la Bentley Arnage qui va avec, mais bon, un peu cher quand même

Mais c’est l’analyse, forcément lumineuse, de notre guérillero figaresque, qui a libéré en moi des pulsions agressives dont tous mes amis savent pourtant qu’elles sont plutôt rares : “Reprendre la route pour donner des concerts constitue un des plus sûrs moyens de faire une bonne opération financière pour un musicien, alors que les disques ne se vendent plus.” Un musicien qui veut gagner de l’argent, quelle horreur ! Au Figaro, on ne transige pas avec le règne de l’argent. (Enfin j’imagine qu’Olivier Nuc écrirait plutôt “avec le règne de l’argent-roi”, c’est plus stylé.)

Et enfin vient la conclusion forcément éleveuse de débat : “Difficile de ne pas se souvenir, pourtant, que le même homme chanta au festival de l’île de Wight en 1970, et qu’il était tête d’affiche de la Fête de l’Humanité quatre ans plus tard. Dans ces années-là, Cohen incarnait une certaine alternative au modèle dominant. Le voir ainsi rattrapé par le marché et considéré comme une valeur marchande a quelque chose de gênant.”

Franchement, lecteurs chéris, comment garder son sang-froid dans des circonstances aussi criminogènes ?

D’ailleurs, à défaut de pouvoir hic et nunc briser net la clavicule d’Olivier Nuc d’un gracieux coup de nunchaku (c’était mon “modèle dominant” d’expression à moi dans ces regrettées années 70), ma première réaction, en lisant cette daube insane, fut d’ordre fantasmatique. J’imaginais l’excellent Ivan Rioufol débarquant furibard dans le bureau d’Olivier Nuc, lui donnant sans plus d’explications la fessée déculottée devant tous ses petits camarades des pages Culture et l’obligeant ensuite à recopier mille fois sur son écran : “Le mot marché n’est pas une injure dans les colonnes du Figaro !”

Ça a suffi à me calmer, un peu. Mais le parti du bon goût n’est pas quitte. Il crie vengeance pour Leonard. Il veut du sang. Désormais Olivier Troudunuc et toutes les autres lavettes citoyennes de sa rubrique – sont classés dans mon rayon “ennemis personnels” quelque part entre la Halde et Rue89. Vous aurez bientôt de leurs nouvelles.

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  • 2 December 2008 à 0h36

    Nina dit

    Faut être tout de même maso pour lire encore Telerama…

    http://www.sefronia.com/album/leonard_cohen/songs_of_leonard_cohen.htm

    Il en parle bien sur ce lien de Leonard Cohen…Il a que ça à foutre, il est prof !

  • 1 December 2008 à 22h18

    Nexus dit

    J’imagine qu’Olivier Nuc est payé en tickets de concerts de djembe, à moins que son travail d’éclaireur de la Culture ne soit rattrapé par le marché et considéré comme une valeur marchande. Ça aurait quelque chose de gênant je trouve …

  • 1 December 2008 à 22h18

    Zigomar dit

    Magnifique article ! Merci Marc !

  • 1 December 2008 à 18h52

    Ludovic Lefebvre dit

    Même combat pour Jean Lefebvre.

  • 1 December 2008 à 18h47

    dom dit

    Oui Monsieur Franchouillard, et en plus il a la même voix que l’acteur français qui double Steve McQueen et Patrick Mac Gohan (le prisonnier), voici encore un scandale qui plongerait tout honnête homme dans la crainte et l’inquiétude !

  • 1 December 2008 à 17h03

    Docteur John Wayne dit

    C’est son vrai nom Nuc, ça fait barre de céréales non ?

  • 1 December 2008 à 16h57

    Evelyne Haendel dit

    Merci à Hélène… je suis allée le voir pour la première fois de ma vie à Montréal en Juin et je me suis offerte le pure bonheur de le revoir à Bruxelles, il y a un mois! j’ai fait provision… 20 ans de bonheur même pas au prix du champagne… que les envieux aillent à Disneyland! Cela leur fera un bon sujet de conversation!

  • 1 December 2008 à 13h44

    Robert Marchenoir dit

    A la lecture de ce billet, je m’aperçois que les anciens gauchistes repentis sont des gens assez fréquentables.

    A condition d’avoir totalement abjuré leur religion, bien entendu.

  • 1 December 2008 à 13h33

    M le Franchouillard dit

    Yvan Rioufol… Rioufol. A chaque fois ce patronyme me plonge dans la crainte et l’inquiétude. Rioufol, c’est un nom effrayant. Prononcez-le tranquillement. C’est impossible. Un peu comme Eric Le Boucher…

  • 1 December 2008 à 13h19

    Oppossum dit

    Finalement l’article serait donc acceptable dans les colonnes de Libé ?
    Quelle facilité dans l’indignation.

  • 1 December 2008 à 12h11

    Cyril dit

    Drôle ces journalistes qui (sur)vivent d’aides de l’Etat, et qui viennent critiquer ceux qui gagnent leur vie en travaillant… Ils peuvent cependant se rassurer : ils ne seront pas rattrapés, eux, par le marché. Ils n’ont aucune valeur marchande.

    Avant on reconnaissait un journaliste à la carte de presse coincée dans son chapeau… aujourd’hui, c’est à sa langue marron…

  • 1 December 2008 à 12h00

    caplan dit

    Juste un mot : Merci pour ce billet ! Comment un médiocre scribouillard comme Nuc ose-t-il dire du mal d’un génie chancelant — et ruiné — comme Léonard Cohen ??? C’est comme Marie Colmant qui traitait Philip Roth d’écrivain “surcoté”…

  • 1 December 2008 à 10h40

    Pirée dit

    A propos du Gud, je me souviens d’un mur couvert de graffiti s’en réclamant. L’un d’eux était intéressant : “Ni Dieu ni maître, un guide”.
    Les anarchistes apprécieront.
    Qui a pu concevoir, au début des années 2000, un amalgame aussi perfide? Pas un oligophrène. Le graffiteur n’a pas pu trouver ça tout seul. Un membre du GUD…
    D’où l’inspiration est-elle venue? De la police? Il y avait à l’époque un feuilleton télévisé intitulé “Les Brigades du Tigre”. Trop rétro.
    Alors? Au sein de quelle organisation hait-on à ce point les fils spirituels de Bakounine?
    Je me perds en conjectures.

  • 1 December 2008 à 10h39

    Didier Goux dit

    Oui, enfin, bon : vous défendez Leonard Cohen parce que c’est votre grand-père, c’est tout. Sinon, on voit bien que vous vous en battriez l’oeil.

    Didier Nuc

  • 1 December 2008 à 10h08

    chinasky dit

    il est à combien le prix du demi au Flore ?

  • 1 December 2008 à 9h27

    GPS dit

    Les pages Culture du Figaro ne sauraient être le repère des trissotins de centre gauche : les suiveurs ne peuvent fournir aucun repère, puisqu’ils se repèrent ailleurs (au Monde et à Télérama, c’est dire). Repaire conviendrait mieux.

    Mais on n’oubliera pas de sitôt la transformation hilarante, il y a quelques années, du Figaro en plate-forme de mobilisation des intermittents-du-spectacle-en-lutte.

    Les journalistes du Figaro, à l’exception de quelques rubriques, se pensent (oui, oui) souvent comme très “à gauche” de leur lectorat. Leur point d’honneur, mais je ne sais si le mot convient, consiste à être plus avancés que lui. (Mais ce n’est pas toujours vérifié au Littéraire, et plus discret pour les concerts et l’opéra.)

    Le même phénomène se retrouve, plus massif et plus désolant, dans la fiction de télévision, notamment à TF1, où, téléfilm après téléfilm, série après série, les coups pleuvent dru sur les petits patrons, l’hydre fasciste, le monstre raciste, l’immondice sexiste, l’épouvantail homophobe, l’obscurantisme catholique et la vilenie anti-jeune. Il y aurait une étude à faire là-dessus. Un jour, peut-être.

  • 1 December 2008 à 9h19

    robespierre dit

    méchant et terriblement drôle. Ouaf !

    PS à MC : mon nunchaku anti-Occident et anti-Gud, je l’avais fabriquait moi-même et toi camarade ?

  • 1 December 2008 à 9h15

    helene dit

    moi, quand j’écoute cohen, je me fous de savoir si c’est ringard, has been et autres tralala… j’écoute. c’est tout. c’est mon choix.
    je suis montee de bordeaux pour cet olympia. j’ai trouvé que c’était pas donné, mais je n’étais pas obligée d’y aller. et puis, j’ai rudement bien fait d’y aller, parce que c’était magique. ca va me faire 10 ans de reves. soit 10 euros par an…. franchement ca les valait bien. et ne me dites pas que cohen est un voleur….vous ne seriez qu’un menteur à mes yeux, un diffamateur, un mesquin….
    et puis de toute façon, en France, qd c’est beau ca dérange…. alors si vous etes dérangés, ben passez votre chemin…. c’est le plus simple….
    helene

  • 1 December 2008 à 9h01

    FélixRenédeSessandre dit

    N’est-ce pas le Figaro qui titrait:

    “Les inégalités sociales de mortalité par cancer augmentent en France”, plutôt que “Le cancer recule chez nos lecteurs”?

    A part ça, une chose que j’avais déjà remarqué (pour le nouvel obs): le fait d’appartenir à la gauche bien-pensante dispense d’aller recueillir des informations:
    Ten new songs n’est pas le dernier album de Leonard Cohen, c’est Dear heather, beaucoup plus récent.

    Quant à Leonard Cohen, s’il est obligé de revenir sur scène, c’est parce qu’il a été volé par sa manager.
    Et effectivement, les tournées rapportent plus que les disques, en raison des téléchargements gratuit. Gratuit comme la lecture du Figaro online. Que va faire Nuc s’il est frappé par la dureté du marché? Distribuer des tracts?

  • 1 December 2008 à 8h03

    ramon mercader dit

    rioufol débarquant dans le bureau de troudunuc ?
    c’est pas plutot une convoc dans le sien ,de bureau?
    mais bon ,l’imaginer forcer le chroniquer à écrire 100fois “le mot marché n’est pas un gros mot dans les colonnes du figaro” ,c’est bien trouvé .
    à propos des rédacteurs des pages cultures ,il y avait dans l’abominable site nommé lorganemagazine ,un articulet retraçant les 40choses à faire absolument avant de mourir ,et dans icelles ,on mettait en scène une pigiste aux pages cultures (du monde hélas ,mais tout se vaut) ,savoureux .