Législatives: pour se relever, la droite doit regarder vers la droite | Causeur

Législatives: pour se relever, la droite doit regarder vers la droite

Une tribune de Jacques Bichot

Auteur

Jacques Bichot
Economiste.

Publié le 16 mai 2017 / Politique

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Pour se relever de son échec à la présidentielle et entamer sa nécessaire recomposition en vue des législatives, la droite doit explorer de nouvelles frontières... à droite.

Laurent Wauquiez et Eric Ciotti à l'Assemblée nationale, mai 2016. SIPA. 00758400_000024

La vie politique française est structurée depuis assez longtemps par l’existence d’un bouc émissaire : le Front national (FN). Tout ce qui émane de lui est a priori suspect. Il constitue le baudet sur lequel crier haro est un signe de respectabilité, d’appartenance à la société des bien-pensants. Voter Marine Le Pen est proclamé, par les meneurs ou les suiveurs de ce pogrom électoral et idéologique, comme étant une infamie.

Jean-Marie Le Pen, qui cherchait non pas à gouverner, mais à provoquer, offrait avec plaisir des verges à tous les pères fouettards de la politique – et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Mais ce jeu sadomasochiste a pris fin avec l’arrivée de sa fille à la présidence du mouvement. Le père était ravi de faire braire les ânes ; la fille voulait présider la République française : c’est une tout autre affaire. Ceux qui continuent à lui administrer des volées de bois vert sont en retard d’une génération. Ses orientations – évitons de parler de programmes, comme le font à tort tous les candidats parce que c’est le mot à la mode – visent à conduire son pays sur un chemin très différent de celui qu’il a suivi jusqu’alors.

Trop longtemps gouvernés par « la Droiche »

Ce chemin était-il bon ? Au vu de la situation du pays, tant sur les plan sociétal et international que sur le plan économique, il est difficile de s’en convaincre. Certes, nous ne supportons pas une chape de plomb, mais l’édredon de plumes sous lequel nous étouffons ne vaut guère mieux. Tout ce qui sort du politiquement correct est poursuivi par la police de la pensée ; les lois et règlements inutiles ou néfastes s’amoncellent, excepté dans les domaines où il faudrait protéger les citoyens contre l’indélicatesse de certains hommes d’affaires qui ne reculent devant rien pour faire du fric aux dépens de la qualité de la vie. L’Union européenne s’est empâtée au point de crouler sous son propre poids en écrasant ses membres. Le crime et la délinquance font l’objet de traitements dramatiquement inefficaces, et l’accueil sélectif des étrangers (il ne saurait s’agir d’accueil inconditionnel, si la France veut rester la France) se caractérise par l’absence d’organisation efficace.

Nous pourrions allonger à plaisir la liste de ce qui ne fonctionne pas correctement depuis que notre pays est gouverné par ce qu’Alain Madelin appelait « la Droiche », et que le FN nommait « UMPS ». Les deux partis de gouvernement se rejoignent largement : incompétence pour ce qui est de légiférer et de gouverner peu et bien ; ouverture à presque tout ce qui peut contribuer à déstructurer les mentalités individuelles et collectives. Quant au FN, il fait des propositions aberrantes, comme la sortie de l’euro et le retour à la retraite à 60 ans. De plus, il semble qu’il reste en son sein quelques personnalités ayant des nostalgies vichystes. Au vu d’un tel constat, nous sommes mal partis. Pourtant la « petite fille espérance », comme disait Péguy, n’est jamais bien loin. Comment la faire rentrer dans le jeu ?

Une politique forte mais raisonnable

L’effondrement du PS et de LR lui ouvre une petite porte. Certes, Macron est parvenu à s’y engouffrer le premier et à la verrouiller. Lui et son équipe appliqueront la formule que Claudel plaçait sur les lèvres d’un personnage du Soulier de satin : « Du nouveau, encore un coup, qui soit exactement semblable à l’ancien ». Il absorbe donc les membres du centre et de la droite classique qui sont à la recherche d’un maroquin ou d’un siège de parlementaire qui leur permette de continuer à pratiquer leur passe-temps favori : « tout changer pour que rien ne change », selon la formule de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Mais il existe une autre possibilité.

Il existe en effet des hommes politiques de droite auxquels le vent du large ne fait pas peur. Les uns sont chez LR, les autres sont dans la mouvance de Dupont-Aignan ou de Philippe de Villiers, d’autres encore militent au FN, et quelques-uns sont non-inscrits. Leur union, dans un cadre ad hoc, permettrait d’aborder les élections législatives dans des conditions propres à recomposer le paysage politique français. Une véritable droite pourrait enfin proposer des solutions innovantes et notamment houspiller les organes européens jusqu’à obtenir bien des choses, par exemple : l’unification des règles fiscales applicables aux entreprises ; une réduction drastique des règlements dont l’utilité principale est de justifier le maintien en fonction de nombreux bureaucrates ; une politique migratoire raisonnable.

La France au tournant

Elle pourrait de même, au niveau français, réaliser l’indispensable réforme systémique de notre protection sociale usée jusqu’à la corde et rafistolée en dépit du bon sens ; libérer les entreprises de divers carcans qui les handicapent et freinent dramatiquement la création d’emplois ; travailler à l’amélioration de l’efficacité des services publics, ce qui permettra de réduire progressivement la dépense publique sans diminuer, bien au contraire, la qualité du service rendu aux citoyens ; remettre debout notre système scolaire en voie de déliquescence ; donner à nos armées les moyens de leurs missions ; faire enfin preuve de sérieux en matière de lutte contre le crime et la délinquance, etc. Il existe suffisamment de points d’accord entre les bons éléments du FN – il y a quelques exclusions à prononcer – et ceux de la droite classique pour permettre une gouvernance efficace.

LR n’ayant plus de leader, c’est à Marine Le Pen de prendre l’initiative de ce rapprochement. En dépit d’une fin de campagne calamiteuse, sa solidité face aux attaques souvent ignobles dont elle a fait l’objet, comme François Fillon, lui donne la possibilité de lancer cette opération de regroupement des patriotes. Son solide leadership donne une bonne garantie qu’elle saura, au sein du mouvement dont elle a transmis provisoirement la présidence, faire le nécessaire pour accueillir des hommes et des femmes de qualité, qui ne pensent pas exactement comme elle, mais qui sont prêts à travailler avec elle pour le redressement de leur patrie. Voudra-t-elle se lancer dans cette aventure ? Si elle ne le fait pas, pauvre France !

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    • 19 Mai 2017 à 17h10

      gerard jourdain dit

      il n’y a jamais eu de politique de droite en France.
      même avant guerre;
      pour une fois qu’un programme de vrai droite nous est proposé, patatra, le projet est mort né….

      la France n’aura jamais de gouvernant de vrai droite; c’est comme cela depuis Colbert.

    • 18 Mai 2017 à 16h57

      Gbaug dit

      La manœuvre actuelle d’Emmanuel Macron vise à créer une union assez large pour permettre d’aborder un plan de réformes nécessaires: c’est pour le moins curieux que soient à la manœuvre un P.M. à peu près inconnu sauf au Havre, un looser de la primaire de droite qui roulait pour lui et dont les dents rayent le parquet, et un sarkoziste qui a encore à prouver. Nul n’a intérêt à ce que cela rate et l’arrivée à l’Education et à la Santé de professionnels reconnus est plutôt encourageante. Donc à court terme, avec le secours des macronistes de la 25ème heure cela va bien démarrer.
      Mais dès les premières difficultés, il faudra bien une alternative: la gauche “à gauche toute” sort éreintée de 5 ans de hollandisme et croit au miracle en se réfugiant pour les plus raisonnables sous l’aile de Macron. Mais combien de ringards qui se laisseront manger par les folies mélanchoniennes. L’extrême droite s’est ridiculisée avec Marine Le Pen et ce clan nous pourrit la vie politique avec la complicité de la gauche depuis plus de 30 ans. IL ne reste donc que la vraie droite pour reprendre le flambeau, et sans l’arnaque que l’on a vue ce serait fait.
      Raison de plus pour faire avec les vrais “de droite” un vrai aggiormento en visant à séduire ceux qui ne vont au FN que par timidité de la Droite: la droite sans la marque de l’héritage Le Pen doit donc être une ambition. Allez Wauquiez, à vous!

      • 18 Mai 2017 à 17h02

        t hdo dit

        Toufriquet a pour but d’imposer les réformes “nécessaires” aux 1% de la population la plus friquée, qui n’en a pas encore et n’en aura jamais assez, au détriment de la majorité.

        C’est aussi le positionnement de Wauquiez, vous avez raison.

        Mais il ces empaffés seront bientôt reconnus pour ce qu’ils sont, ainsi que ceux qui, comme vous, les soutiennent par intérêt ou par bêtise.

    • 17 Mai 2017 à 23h04

      Renaud42 dit

      Le rafistolage du FN ça suffit. Il faut une nouvelle droite sociale et conservatrice qui ne traine pas des casseroles et des vieux briscards dégénérés par l’idéologie dominante.

      • 18 Mai 2017 à 9h12

        Hannibal-lecteur dit

        …et qui puisse voir revenir vers elle des tas de braves gens parti au FN sans grande conviction. Contrairement à la mode dominante, y compris sur Causeur, ce n’est pas les relents de Vichy sans cesse rappelés inutilement que je reproche au FN, c’est la débilité de ses solutions aux problèmes d’aujourd’hui, y compris vis-à-vis de l’immigration.

        • 18 Mai 2017 à 11h33

          Liamone dit

          Alors là Hannibal , je pense comme vous. Quand on a vu un négationniste occuper les fonctions de président du FN par intérim, nous n’étions pas choqués car nous ne sommes pas des perdreaux de l’année et nous savons pertinemment qui est avec le clan Le Pen et comment cela fonctionne. Lorsque l’on rassemble les héritiers de Pétain et qu’on défend les valeurs et les idéaux de ce même Pétain, on ne recrute pas des gaullistes avec les valeurs et les idéaux de la Résistance et de la Libération.

    • 17 Mai 2017 à 17h52

      keg dit

      On connaissait l’abordage qui consiste à se faire entraver par l’ennemi, qui par la peur structurelle atteint 44% des inscrits… Mais il ne demandait pas un sabordage. Le tableau dans l’article référencé fait apparaître le sabordage par les perdants de leurs perspectives d’avenir à venir.
      Ils y croient tellement qu’ils présentent des lampistes, en lieu et place des ténors-cadore (à pas plus de 22%, tout confondus).

      http://wp.me/p4Im0Q-1OH