Législatives au Royaume-Uni: le vent se lève face à Theresa May | Causeur

Législatives au Royaume-Uni: le vent se lève face à Theresa May

Les attaques de la gauche se multiplient

Auteur

Jeremy Stubbs
Président des Conservateurs britanniques de Paris.

Publié le 02 juin 2017 / Monde

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Le Premier ministre britannique Theresa May, juin 2017. SIPA. AP22060377_000001

Quand Theresa May, le 18 avril, annonce des élections au Parlement pour le 8 juin, elle a une avance de 24 points sur les travaillistes dans les sondages, augurant d’une victoire écrasante dans les urnes. Aujourd’hui, on ne sait plus où on en est. Seule certitude, cet écart s’est resserré. Mais les différentes enquêtes d’opinion donnent des résultats très divergents, allant de trois à quinze points d’écart entre conservateurs et travaillistes. C’est à y perdre son latin (comme le dirait Mme Vallaud-Belkacem). Quoi qu’il en soit, la perspective d’une augmentation salutaire de la majorité conservatrice au Parlement semble pour l’instant s’estomper. La nouvelle dame de fer a-t-elle perdu son pouvoir magique et du coup son sang-froid ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’elle a refusé de participer, mercredi 31 mai, à un débat télévisé avec les six autres chefs de parti, délégant à son ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, la rude tâche de défendre le gouvernement. Ses opposants, Jeremy Corbyn en tête, ont exploité ce refus, le stigmatisant comme le signe d’une abdication, comme le symptôme d’un manque de leadership précisément chez celle qui se prétendait seule capable à la fois de gouverner le pays et de négocier le Brexit.

Le coup de Trafalgar de Jeremy Corbyn

Les difficultés pour Theresa May ont commencé il y a deux semaines, lors du lancement du manifeste de son parti. Une proposition sur le financement des aides sociales pour les personnes âgées, suivie d’un cafouillage de communication, a laissé la porte ouverte à des attaques de la gauche qui, dans une atmosphère générale aussi imprévisible que celle du référendum d’il y a un an, ont fait mouche. Ajoutant une nouvelle mesure pour tempérer sa réforme, Theresa May a été accusée par ses adversaires – de manière injuste mais efficace – de faire ce que Margaret Thatcher a toujours refusé de faire : « a u-turn ». Comprenez, un revirement à 180°.

Dans ce contexte aussi étrange qu’un conte de Lewis Carroll, le maître anglais de la littérature du « nonsense », toute la question du Brexit est marginalisée par les médias et le public, pendant que Jeremy Corbyn, sans rien changer à sa politique ultra-gauchiste, commence à acquérir un petit capital de sympathie auprès de l’électorat. En principe, les leaders des deux partis principaux ne devaient pas participer personnellement au débat télévisé du 31, puisqu’ils avaient déjà, le soir du 29, subi à tour de rôle un grand oral cathodique devant un public invité, suivi d’un interrogatoire musclé de la part du doyen des inquisiteurs médiatiques de la BBC, Jeremy Paxman. Gonflé par ce mouvement en sa faveur, Jeremy Corbyn a décidé au dernier moment de déborder Theresa May et d’annoncer sa participation au débat contradictoire. L’absence de cette dernière a entraîné une accusation de « lâcheté » en contraste flagrant avec sa devise : « un leadership fort et stable. »

En réalité, ce débat télévisé a été bruyant, chaotique et tout sauf probant, offrant surtout aux petits candidats – comme son équivalent en France – l’opportunité de vivre leur quart d’heure de gloire. Jeremy Corbyn lui-même n’est pas arrivé à se distinguer du lot. Il y a deux ans, lors des dernières élections, David Cameron avait décliné la participation à ce débat, ce qui ne l’avait pas empêché de gagner une majorité en dépit de sondages défavorables. Cette année, il est douteux que la population qui a voté le Brexit se prononce pour les augmentations d’impôts et les renationalisations promises par Jeremy Corbyn. En 1987, à une semaine des élections, les enquêtes d’opinion donnaient Margaret Thatcher perdante. Sept jours plus tard, elle avait une majorité de 102 sièges au Parlement. Reste à savoir si Theresa May a aussi des nerfs d’acier.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 3 Juin 2017 à 15h36

      durru dit

      Si je pouvais encore avoir des doutes, là c’est fini. Bill est un crétin fini. Il ne comprend rien, il ne réfléchit pas, il radote ce qu’on lui répète à longueur de journée. Et en plus il se croit malin.

      • 3 Juin 2017 à 17h14

        IMHO dit

        dudu , je finirai pas croire que je te donne des complexes .
        Il ne faut pas , tout le monde est comme moi, c’est toi qui est en dessous .

        • 5 Juin 2017 à 9h39

          durru dit

          T’auras peut-être remarqué, pauvre clampin (Bill) que ton post a été censuré même sur ce site si permissif qui est Causeur. Si même avec ça tu crois toujours que “tout le monde est comme” toi…

    • 2 Juin 2017 à 19h54

      QUIDAM II dit

      Le plein emploi au Royaume-Uni ou, à tout le moins, un chômage faible cachent la réalité d’une extrême précarisation et de la misère très profonde d’une fraction importante du peuple britannique.
      Ce qui se produit, est un retour aux conditions sociales du 19° siècle, une évolution vers la tiers-mondisation progressive des pays européens.
      Non seulement l’UE ne freine pas ce processus, mais encore elle le favorise… favorisant conséquemment la montée des populismes. 
      Contrairement à une analyse superficielle, le mouvement de Marine le Pen, loin d’être un danger pour la démocratie est plutôt de nature à contenir et modérer des colères et des révoltes qui sans lui pourraient se manifester de manière très violente. 

      • 3 Juin 2017 à 0h46

        AMHA dit

        L’UE ???
        Mais que voulez-vous que fasse l’UE ? L’EU pense à l’UE et à ses intérêts. Le Royaume-Uni a fait un choix, respectable, qu’il devra assumer. Sans doute au prix d’une totale précarisation, mais il est un peu tard pour le regretter.

        • 3 Juin 2017 à 1h08

          durru dit

          Le risque de précarisation est bien plus grand sur le continent, ne vous en déplaise.

        • 3 Juin 2017 à 12h20

          douce France dit

          A AMHA
          l’UE pense à l’UE….L’extrême précarisation d’une partie de plus en plus de la population Anglaise ne date pas du Brexit!
          Mais le pire est de constater, que quasiment partout en Europe on observe la même tendance à précariser et à appauvrir une partie non négligeable de la population. Même l’Allemagne, dont on nous vante les performances, n’arrive pas à endiguer la montée de la pauvreté au point que même le FMI s’en inquiète….Les pays d’Europe du Nord ne sont pas plus épargnés même si la tendance y est, pour le moment , moins forte
          Alors, l’UE qui pense à l’UE……!!! de qui sert elle les intérêts ????

    • 2 Juin 2017 à 18h49

      Gavroche64 dit

      Tant que cela ne remet pas en cause le Brexit, c’est moyennement grave mais on peut craindre que Corbyn ne veuille infléchir la position anglaise envers l’UE, c’est à dire vers plus d’accomodements, puisqu’il dit que : “No deal with the EU is bad deal”, alors qu’en même temps, l’UE multiplie les basses manœuvres pour freiner le processus démocratique voulu par le peuple anglais.

      • 3 Juin 2017 à 0h49

        AMHA dit

        L’UE est dans son rôle, comme le RU est dans le sien. Ce sont désormais deux adversaires puisque May a choisi délibérément “un “brexit dur”. Elle va récolter ce qu’elle a semé et serait mal venue de s’en plaindre.
        Le processus voulu par le peuple britannique va se faire. A quel prix ? Il fallait y penser avant.

        • 3 Juin 2017 à 1h04

          durru dit

          Encore un qui croit que la confrontation directe apporte des avantages. Déjà, l’UE n’est pas vraiment en position de force dans les négociations (le RU est un des premiers contributeurs nets, entre autres), mais même sans ce “détail” les avantages potentiels d’une éventuelle destruction du RU sont loin d’être compréhensibles.
          Mais comme pour les dirigeants de l’UE, l’idéologie et le parti pris prennent le pas sur le pragmatisme et le raisonnement.
          May aurait choisi un “brexit dur”, dites vous? Pas du tout, elle a simplement choisi de respecter le vote de ses concitoyens. Elle était personnellement plutôt contre le Brexit. Expliquer un tel respect du vote populaire à un politique français (ou, de manière plus générale, à un eurobéat Français) relève de la mission impossible.

      • 4 Juin 2017 à 8h38

        munstead dit

        Quelles “basses manœuvres”? Pouvez-vous préciser. L’UE veut juste ‘application des traités. On ne peut sortir d’une organisation et continuer à vouloir en profiter. L’opération a un coût, pur les deux parties. L’UE ne l’a pas voulu. Que le RU prennent ses responsabilités et devienne le petit caniche de Trump si ça lui chante.

    • 2 Juin 2017 à 18h32

      Liamone dit

      Pas facile, pour une européenne qui a fait compagne pour que son pays demeure dans l’Europe, d’avaler une si grosse couleuvre. Elle est contrainte d’abonder dans le sens de son ministre des Affaires étrangère qui en matière de diplomatie ressemble au chef du clan Le Pen.