Le vieillard Espérance
Duteurtre revient. De Gaulle aussi
Publié le 08 mars 2010 à 7:00 dans Culture

Le général de Gaulle, en juillet 1967, à Québec.
Un matin de 2010, au sortir de rêves agités, Gregor Samsa se réveilla métamorphosé en général de Gaulle.
Les écrans de télévision se brouillent, l’indicatif de Radio Londres retentit et de Gaulle, âgé de cent vingt ans, apparaît en noir et blanc. Son nouvel Appel, qui débouchera sur une seconde Révolution française, est comique et burlesque à bien des égards. Pourtant, il nous touche aussi au plus intime. Il nomme avec vérité notre douleur réelle, l’extrême angoisse du temps présent. Et il parle à notre liberté et à notre espérance. “La résignation de ceux-là mêmes qui auraient dû combattre pour la grandeur française m’a conduit à sortir une nouvelle fois de ma retraite. […] L’espérance doit-elle disparaître ?” Péguy parlait de “la petite fille Espérance”. Duteurtre invente quant à lui le vieillard Espérance, venu une nouvelle fois nous relever.
De Gaulle souhaite que l’Histoire et la liberté humaine sortent de leur longue torpeur, comme il en donne lui-même l’exemple en dépit de son grand âge. Les deux premiers événements historiques qu’il appelle de ses vœux sont la sortie de la France de l’Union européenne et la renaissance de l’œuf mayonnaise authentique, condamné à mort par d’obscures directives européennes.
Son appel s’adresse à la France, à tous les Français, afin qu’ils désertent enfin l’enfer de la séparation. “J’appelle les hommes et les femmes, les chrétiens et les musulmans, les juifs et les athées, les ouvriers et les paysans, les employés et les chômeurs.[…] J’appelle les homosexuels et les transsexuels, les motards et les cyclistes, les fumeurs et les non-fumeurs, les rockers et les teufers, les sportifs et les handicapés, à tous se rassembler pour reconstruire notre pays.” Mais son appel interpelle aussi tous les peuples européens, “l’Europe réelle”, “une Europe des nations, fières de leurs spécificités”, qu’il invite à suivre l’exemple de la France et à briser eux aussi le joug de la tyrannie bureaucratico-démocrate et de son infinie tristesse.
Dans les semaines qui suivent, le gouvernement lance la traque à une nouvelle “menace terroriste”. Mais, une fois encore, il constate que l’anti-terrorisme est rigoureusement impuissant face aux hommes libres, à la force que leurs paroles et leurs actes exercent irrésistiblement sur l’âme humaine. L’exaltation, en banlieue comme ailleurs, se répand comme une traînée de poudre.
L’idée du Retour du Général est aussi simple qu’excellente. En outre, Benoît Duteurtre la traite remarquablement. Il décrit l’invraisemblable avec un réalisme imperturbable et un délicieux humour. Son roman est composé avec art par l’alternance de cette chronique néo-gaullienne avec d’autres chapitres qui constituent de petites nouvelles autonomes dont il est le personnage central et qui rentrent en écho thématique avec le récit principal. Il s’agit de son roman le plus fantaisiste et personnel, le plus profond et le plus drôle. Duteurtre, en somme, y est à la fois spirituel et spirituel.
Sa voix, comme celle de de Gaulle, y monte des profondeurs de l’enfance. Non de l’enfance kitschifiée, mais de l’enfance réelle. C’est la raison pour laquelle elle parle à ce qui, en nous, se lève et commence. Et qui est tout aussi réel que notre désolation.
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L'auteur
Bruno Maillé est un paria timide.
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rackam dit
Et le Grand Con Corrézien achève le déboulonnage de la statue du Commandeur
en publiant “Chaque pute est en bas”. Un micro-maquereau.
Gris sel dit
chaque année la moitié dela Franceà Collombey, l’autre a Jarnac: on avance.
Minos dit
http://www.egaliteetreconciliation.fr/De-la-grandeur-gaullienne-au-defaitisme-actuel-avec-Zemmour-Gallo-Couteaux-et-Du
Zemmour Gallo Couteaux Duteurtre débat
Patrick Mandon dit
Notre enfance, cher Bruno, est bel et bien en état de «désolation», et pour les raisons que le «roman» semble révéler admirablement.
l’oiseau bleu dit
@ FélixRenédeSessandre
Vaste programme a dit Charles de Gaulle à propos des cons
Il y a du boulot pour faire comprendre à ceux qui sont en charge de nos enfans qu’ils ont des responsabilités qui dépassent leur capacité actuelle
Au CP CE CM reprendre l’histoire de France d’Ernest Lavisse
FélixRenédeSessandre dit
@ L’oiseau Bleu
Si l’on arrivait à enseigner dans nos lycées que démocratie ne veut pas dire loi du plus grand nombre, et que la démagogie tue la démocratie, au lieu de ressasser comme le fait l’Educ Nat que ce sont les inégalités qui tuent la démocratie, on pourrait peut-être progresser.
Saul dit
“L’ Europe de Jean Monnet a vécu …étouffée dans l’oeuf, l’idée était géniale pour des gens sortant de conflits et qui rêvaient d’une Europe forte, comparable aux USA, ils avaient juste oublié une notion dans leurs plans, les vertus des hommes qui se perdraient ”
merci Claudine, c’ est parfaitement résumé : )
Claudine dit
@David
Mais non, pas à Eric, à Gil …ah, tous ces hommes! J’en perds la tête :)
Le concept “l ‘homme à qui nous devrons notre salut” me semble un peu dépassé, il y en a deux concept que je trouve encore d’actualité: “aide-toi, le ciel t’aidera” et “l’union fait la force”, mais comme les gens ne croient plus au ciel et sont de plus en plus individualistes, on ferait bien de s’empresser de lire ce bouquin …avant de réaliser qu’il n’y aura pas de salut du tout. Tant qu’on comptera sur les élections, les mêmes acteurs se reproduiront sur scène, saigneront un peu plus ce pays, passeront la main à l’opposition qui recommencera la même chose. La chienlit, quoi … L’ Europe de Jean Monnet a vécu …étouffée dans l’oeuf, l’idée était géniale pour des gens sortant de conflits et qui rêvaient d’une Europe forte, comparable aux USA, ils avaient juste oublié une notion dans leurs plans, les vertus des hommes qui se perdraient…
Claudine dit
@David
Le petit caillou était bien destiné à Eric l’autre jour, un bisou pour me faire pardonner ;) Encore la faute de la vieillerie, et il n’y a point de remède à l’étourderie due à l’âge…
Saul dit
m’ a l’ air très bien ce livre…
rgrouot dit
…”L”‘Europe n’existe pas”…
En effet, cela saute aux yeux. L’océan atlantique non plus, ni l’Himalaya….
Impat1
turbo22 dit
@ Messbel
Hola, Hola! Tout doux, comme vous y allez!
Je ne pense pas que le “peuple français” mérita à ce point votre vindicte.
Il n’est en effet guère différent de beaucoup d’autres.
Le seul bémol c’est qu’il ne le sait pas et se prend encore trop souvent pour bien meilleur qu’il n’est.
Messbel dit
L’Europe n’existe pas, elle s’est passée la corde au cou en 1914 et a tiré sur la chaise en 1940. De Gaulle est mort depuis longtemps, l’héritage de sa pensée est une chimère de plus car on peut bien faire dire au mort ce que l’on veut. Quand à la monarchie et sur ce qu’elle était réellement , il semblerait que nous soyons bien peu à pouvoir en témoigner. Que l’on ne me parle pas non plus du goût pour la liberté qu’exprime sans cesse ce bon peuple de France, aucun peuple au monde ne mérite plus que celui-ci d’être dirigé d’une main de fer. Un Staline aurait rêver de diriger un peuple aussi veule auquel il suffit de donner du pinard et des jeux et de le laisser rêver dans les bistrots ou d’aller roter son poulet frite à l’assemblée pour lui donner l’illusion d’un bonheur libératoire. Il n’est donc pas étonnant que tant de qualités permettent d’écrire de bon livres sur lui. Alors et si De Gaulle revenait ? Paix à son âme, il ne mérite certainement pas un pareil supplice. Je souhaites en tous cas un franc succès à ce livre et à son auteur.
turbo22 dit
Vieil instinct monarchiste judeo-chrétien français, on attend le Sauveur, le Messie!
Il n’empèche que comme D.D. je vais acheter ce livre aussitôt que possible.
l’oiseau bleu dit
@ FélixRenédeSessandre
Nous n’avons rien d’autre en magasin.
Un oeil sur les sondages nos nouveaux chefs – ou pensant vraiment être des chefs – appliquent tous la devise :
” Je suis leur chef donc je dois les suivre ”
Soyons réalistes demandons l’impossible
George dit
Bonjour,
Après le traité de Lisbonne on a une idée du nombre d’homme libre que contient notre pays. et on a pu constater combien leur parole agit comme une traînée de poudre…
David Desgouilles dit
C’est décidé, c’est le prochain livre que j’achète.
Arthur dit
Ouais, c’est l’Europe qui est responsable de tous nos maux ! de notre veulerie, de notre absence d’imagination, de notre laisser-faire, de notre laisser-aller, de la perte de notre esprit d’entreprise, de la mort de De Gaulle, de la neige et de la rupture des digues…
ça donne pas envie de le lire, votre bouquin ! Si la seule solution est de se réfugier dans le passé… c’est confortable mais alors faut pas parler de réel !
L’Ours dit
“L’exaltation, en banlieue comme ailleurs, se répand… ”
ah! oui, dans quel sens? positif ou négatif?
Ce résumé ne dit pas grand chose du vrai courage et du roman et de l’auteur de l’article. Il est vrai qu’il est plus facile, démagogiquement parlant, refilant la patate chaude à l’Europe, de se battre pour l’oeuf mayonnaise que pourle jambon baguette!
FélixRenédeSessandre dit
Le despotisme éclairé, encore.
Incapables de comprendre le fonctionnement d’une démocratie, les français attendent le despote, en espérant qu’il soit éclairé. Pourtant, c’est simple: pas de règle qui ne soit respectée par tous; pas de hiérarchie qui soit au dessus des lois, pas de conflits d’intérêts de la part des décideurs qui ne soit évité et puni. Sinon, on regrettera toujours le bon vieux temps de la monarchie et des privilèges. “It’s good to be the king”, disait Mel Brooks.