Le vide et la particule élémentaire
Sarkozy, bougiste post-soixante-huitard
Publié le 30 mars 2008 à 21:11 dans Politique
Mots-clés : Nicolas Sarkozy
Le pouvoir en France est en état de déréliction avancé. Car la “rupture” sarkozienne n’est pas comme annoncée une remise en cause de la pratique républicaine depuis quarante ans, mais bien un retournement de l’idée de modernité portée par la politique depuis deux cents ans.
Je fus longtemps assidu à mon journal politique. L’accélération prodigieuse du temps politique sous Sarkozy aurait dû m’emporter dans un rythme effréné de commentaires. L’insondable vide de la pensée économique de Sarkozy appelait quand même quelques analyses. Mais non, rien. L’inanité de sa vision internationale aurait dû susciter des critiques. Pas grand-chose de ma part. Le piétinement de toutes nos valeurs et de nos traditions républicaines aurait dû provoquer mon insurrection épistolaire. Un ou deux billets à peine. D’où me vient alors ce sentiment si pénétrant de vide ?
Henri Guaino – quand il pensait encore avant d’écrire – avait noté dans un de ses essais sur la modernité : “L’homme moderne a un problème avec le réel […] parce qu’il sait qu’il croit, alors que l’homme archaïque ne le sait pas. […] Quand l’un fait acte de foi, l’autre fait acte de soumission…” Il n’avait pas encore remarqué que son futur président sombrerait dans cet archaïsme soumis qu’il dénonçait. Car Sarkozy est bien désormais soumis au rythme désordonné du virtuel et de l’émotion.
Depuis que la politique s’est arrachée voici deux cents ans à l’emprise du sacré, l’homme politique moderne avait pour projet d’ordonner sa pensée ; il n’atteignait pas toujours son objectif, mais le doute raisonné faisait vibrer son jugement. Le président nouveau est en “rupture” avec ce projet ; crypto-archaïque ou archéo-bougiste, il ne doute pas, il avance. Il ne raisonne pas, il résonne comme un tambour qui cadence sa marche forcée au rythme des nouveautés. Il feint de croire que ce tempo imposé et improvisé crée un ordre ; qu’il sort de chaque commission une idée forte et nouvelle pour la France ; mais chaque battement est le signe d’une nouvelle orientation, d’un nouvel engouement, d’une palinodie. Dans la cacophonie des tam-tams de la rupture sarkozienne, sa tribu ne sait plus sur quel pied danser ; chacun part dans un sens ou un autre, dans une transe sans unité ou harmonie collective. On croirait des paramécies s’agitant dans le chaos de leur bouillon de culture. Ce monde n’est pas ordonné, tout y est libre comme dans la soupe originelle où les particules élémentaires n’avaient encore trouvé aucune force pour assurer leur cohésion et leur permettre de constituer des systèmes évolués. Là où l’homme moderne s’imprègne de culture pour mieux dresser les plans du progrès, un projet de civilisation, l’incarnation présidentielle de l’homme “nouveau” se soumettra ainsi à la nature et s’accordera pour accepter toutes les régressions.
Car au-delà de toute idéologie, c’est bien de cela qu’il s’agit. Sarkozy n’est pas un doctrinaire partisan du libre-échangisme ou de l’économie dérégulée. C’est avant tout – selon la définition de Taguieff – un “bougiste” post-soixante-huitard libéré de la culture positiviste. En rupture avec la modernité et la rationalité. Non Sarkozy n’est pas fou (un peu quand même…). C’est juste une particule élémentaire libérée dans un espace politique vide de tout corpus idéologique solide. Alors, il s’agite et rebondit sur rien…. Mais ce vide qui baigne le monde politique comme l’éther baignait le monde des anciens emplit aussi tout son espace intérieur. Car Sarkozy ne dispose d’aucune culture qui permettrait d’agréger le mouvement brownien de ses neurones. Pas de repère littéraire ou philosophique. Juste Marc Lévy comme horizon culturel… Alors ses quelques neurones s’agitent et rebondissent sur rien…
Voilà où nous en sommes. Et un grand frisson d’effroi parcourt le peuple et le monde médiatique prêt au lynchage. Depuis 1999, je prédis le pire pour notre pays. Le pire est là. Malgré nos divergences politiques, nous ne devons pas nous en réjouir car l’image de la France s’abîme un peu plus chaque jour. D’aucuns diront que sous sommes une nation trop orgueilleuse pour produire un dirigeant aussi inepte et grotesque que Sarkozy. Et pourtant si.
Le 6 mai 2007 une grande voiture vide s’est arrêtée devant l’arc de triomphe. Nicolas Sarkozy en est sorti.
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L'auteur
Xavier Théry est consultant.
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thomasine dit
Pourquoi Causeur accueille-t-il Xavier Théry? Dans l’espoir de susciter les réactions nécessaires d’un Robert Marchenoir ou d’un Phil? Je l’espère sans y croire.
PHIL dit
A propos du « journal » LIBERATION
Lundi 7/04 : une proviseure-adjointe a été rouée de coups et une CPE, Nadia Dali confirme avoir été frappée à coups de pied dans les côtes par un élève du lycée professionnel T. Monod. Bien sûr, Libé n’a pas jugé utile de parler de ce petit fait divers banal. Qui n’a pas roué son proviseur de coups dans sa jeunesse hein ? Pas étonnant que lorsqu’on parle d’insécurité aux lecteurs de cette feuille militante, ils vous répondent avec cet air typique de grands Duduches demeurés (comme Jospin) : « quelle insécurité ? ». Ces lecteurs ne sont pourtant pas complètement responsables, ils subissent depuis plusieurs décennies une désinformation digne de la Pravda. Libé est un exemple caricatural. On publiera une info de ce type seulement une fois sur dix ou quinze et en excusant par avance ces pauvres « jeunes » exclus contraints à la violence. Le summum du ridicule, mais surtout de l’abjection, fut atteint lorsque Libé présenta les assassins du « photographe de réverbère » J.C. Irvoas comme de pauvres « jeunes » victimes « d’un enchainement fatal à l’insu de leur propre volonté » mais qui les conduira malheureusement en prison. Pas un mot pour l’homme qui fut battu à mort sous les yeux de sa femme et de sa fille. A ce niveau de parti pris, nous sommes évidemment à des années lumières du journalisme et même de la désinformation la plus éhontée. Nous sommes dans une posture qui est très largement aussi malsaine que celle de Le Pen. Libé est simplement un Minute à l’envers. Ce négationnisme du réel pour satisfaire l’idéologie type du gaucho et cet endoctrinement ont des aspects pathologiques de plus en plus inquiétants. A dire vrai, c’est exactement la technique de lavage de cerveau que l’on reproche aux sectes. De même que Le Pen et Minute ont fait un mal considérable à la droite, Libé est largement responsable du phénomène de déliquescence fatal de la Gauche. Je suis de gauche mais je préfère la vérité à l’idéologie ringarde et dangereuse de petits bourges ex-maos.
Patrick dit
Salut à Borgo, qui part pour l’Italie qui nous est si chère. Voilà plus d’un an que je n’y suis allé ; il nous rapportera des nouvelles fraîches. À propos, Causeurs pourrait (peut-être) nous faire lire, de temps en temps, des interventions de camarades européens. Un peu d’ironie, quelques moqueries ou, au contraire, un soutien moral de nos voisins, proches ou éloignés, nous feraient le plus grand bien.
Par ailleurs, si des juifs, des chrétiens, des agnostiques, des indifférents, des sectaires, des «anti-bondieuseries» déclarés, d’authentiques et sévères «républicains pour la sauvegarde de la laïcité», et autres athées convaincus, si tous s’expriment sous les multiples rubriques de ce site, je n’y ai jamais lu le papier d’un musulman «en tant que tel» ? Dans les questions que posent l’Islam à l’Europe, y compris les plus conflictuelles, on devrait pouvoir entendre d’intéressants points de vue musulmans. Par exemple, l’Islam est-il compatible avec le principe de laïcité «à la française» (qui exclut le «développement séparé», fondé sur la communauté d’origine), lequel paraît se profiler à l’horizon de plusieurs pays.