Le sourire à visage posthumain
Virtuel n’est pas vertu
Publié le 01 novembre 2009 à 11:12 dans Société

Réalité virtuelle ?
Kikou31, tel fut le pseudonyme anodin que j’improvisai lorsque, à 11 ans, en cachette de mes parents comme il se doit, mes parents qui dormaient, fébrilement j’ouvris une nuit leur minitel, et tout aussi fébrilement composai le numéro rose dérobé au dos d’un des magazines gratuits que nous recevions déjà dans notre boite à lettres. Ca n’est pas d’aujourd’hui, comme on voit, que le journalisme nous veut du bien. Kikou31 je devenais, Kikou31 j’étais, naïf, au milieu de plus entreprenants et suggestifs Poufiasse75, Tbm22, Orgasmik ou encore, Soumisôtalons, parmi bien d’autres.
J’ai beaucoup ri, cette nuit-là, index gauche index droit, entrant à deux doigts dans l’âge des adultes et leur bonheur de conversation. J‘ai ri beaucoup moins, je l’avoue, lorsque, à un mois de cette première communion, mes parents me convoquèrent un jour, m’accueillant avec les lampions de leur joviale humeur – nous approchions de la saint Nicolas, mais c’est à moi qu’on voulut faire la fête : Kikou, me dit papa, Kikou et ça commençait mal, mon surnom enfantin, dans la bouche du père, signant, je le savais, les prémices faussement tranquilles d’une imminente engueulade.
2217 francs. Le chiffre ne tournait pas rond et je m’en souviens encore. 2217 francs, annonça papa, le fruit de vingt longues connexions nocturnes, à répondre d’abord maladroitement, puis de plus en plus tranquille, doué que j’étais pour la parodie du langage, à Poufiasse75, Tbm22 et dix autres satires turgescents. France Telecom, qui veut la paix des familles, avait justifié le chiffre astronomique en entrant dans les détails.
Il fallut faire un mea culpa.
Mon père ne m’en voulut pas, enfin pas longtemps. Seulement, il joua comme il se doit le père la morale, m’expliquant que ces nocturnes conversations, si elles avaient débouché sur des rencontres, auraient peu me coûter bien plus qu’un mois de ses émoluments.
Il va sans dire que je ne recommençai pas.
Enfin, c’est à voir : Kikou31, c’est le surnom toujours anodin que je n’eus pas de mal à trouver lorsque, à 18 ans, l’empire du Bien ayant rangé le minitel au placard et m’assurant désormais de la grâce internet immédiate, j’entrai le pseudonyme qu’on me demandait, tandis que je me connectai à mon premier site de jeu en ligne, et me voilà parti pour de virtuels combats.
J’ai beaucoup ri, cette nuit-là, index gauche index droit, bombardant à deux doigts, caché sous mon pseudonyme létal. Un Russe et un Autrichien furent mes adversaires d’un soir. J‘ai ri beaucoup moins, je l’avoue, lorsque, à un mois de ce premier Austerlitz, mon père m’a convoqué – je vivais encore sous son toit. Je n’avais pas dormi de la nuit et de son prêche matinal je retins que le bac, à ce jeu-là, serait pour moi un Trafalgar.
Il va sans dire que je promis de ne recommencer pas. Et que ma promesse, je ne la tins pas. J’étais en âge adulte, papa, ton autorité peu à peu remisée au placard. Je me mettais sous la protection de l’empire du Bien, qui ne pouvait pas me vouloir du mal. La preuve, chaque jour davantage, il encourageait mon pseudonymat . À 20 ans, bac en poche, depuis un an parti pour la fac, je quittai la cellule familiale. Je m’approchais d’une vie de travail : la journée, les bancs de la fac, le soir, mes premiers jobs d’étudiant et la nuit, la nuit… Kikou31 en ligne, pour de nouvelles batailles ; Kikou31 en ligne, pour consulter mon premier compte en banque, Kikou31 encore, pour m’inscrire sur un, deux, dix forums, où je pouvais désormais laisser les commentaires que je voulais, en réponse à un article de journal.
Cela me faisait beaucoup rire, je l’avoue, de me moquer en quelques clics d’un internaute qui ouvrait son article aux commentaires. Bien à l’abri sous mon pseudonyme, je pouvais faire le malin, pavoiser, l’insulter, c’était selon. L’empire du Bien me le permettait, n’est-ce pas, il m’admonestait de loin, souriant paternellement.
Aujourd’hui, j’ai 43 ans et l’empire du Bien veille toujours mieux sur moi. Chaque nuit, lorsque j’ai couché les enfants, lorsque ma femme elle aussi dort, main gauche main droite, avec mes dix doigts je frappe frénétiquement sur les touches du clavier de mon ordinateur portable. Avec ce sourire du Bien au dessus de moi, qui veille comme un ange, je commence mon rituel nocturne, invariable : Kikou31 je suis et j’ouvre une première fenêtre, rejoins la communauté en ligne qui se livre d’amicaux combats ; Kikou31 je suis et j’ouvre une seconde fenêtre, consulte mon quotidien favori : tiens, un article sur l’islam, un autre sur l’affaire Polanski, ce soir, c’est fête sur la Toile, Kikou va pouvoir se lâcher, laisser un premier commentaire, attendre une réponse, et puis voilà la chaîne démocratique partie ! Cela fait tellement de bien, cette communauté virtuelle, la nuit, après une dure journée de labeur ; quel plaisir de lyncher tous ensemble, de compagnie ! Mais Kikou n’en a pas fini : une autre fenêtre, et mon compte bancaire apparaît, en ligne, histoire de savoir quelle somme, sur un site de poker, je pourrai me permettre de parier.
Hier, j’ai perdu 300 euros, en ligne. Cela m’a énervé, on comprend. Du coup, pour me calmer, j’ai entré à nouveau mon pseudo, et me suis défoulé, je l’avoue, sur un site pornographique. L’œil du Bien, au dessus de moi, s’est plissé d’un sourire coquin. On est des hommes, semblait-il me dire, ou on ne l’est pas.
Papa, lui, est malade. J’ai appris sa maladie le jour même où mon quotidien favori m’annonçait que la Française des jeux ouvrait ses paris en ligne. Ca m’a fait drôle, on comprend. Il va falloir quand même faire attention. J’ai eu une admonestation de ma banque. J’ai 43 ans, et mon père ne pense même plus à me faire la morale. Mon pseudo, pour ces futurs paris, je le connais d’avance. Je suis libre, libre ! La liberté est en ligne ! L’empire du Bien est toujours là, je le sais. Cela me rassure cet œil, ce sourire, vigilants et tranquilles.
Papa est triste, de plus en plus triste. C’est un vieil homme. Un homme obsolète, voilà ce qu’il disait de lui-même, lorsque je suis allé le voir, à l’hôpital. L’empire du Bien, lui, garde son sourire, invariable.
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L'auteur
Nunzio Casalaspro est professeur.
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rackam dit
Sophie,
zwijgen please.
A 11h55 j’ai entrouvert le voile…
Ensuite les puissances d’argent ont comploté pour me retenir (clients, banquier, enfants etc.) et me voici. J’appelle mes informateurs afin qu’ils me livrent leurs croustillances pimentées.
Sûr que Patience vous aurait mieux convenu comme prénom.
Mais c’eût été un pseudo…
Plus d’infos après une page de pub. Proportion TF1: 50′ de pub et autopromo, 6 ‘ de film…
Sophie dit
Bon alors! Rackam, vous nous promettiez des révélations fracassantes afternoon or on approche à grands pas de l’heure du pastiche et, telle soeur Anne, je ne vois rien venir…..
Vous souhaitez que l’on vous supplie? Ou que l’on vous menace?
Sophie dit
Seule solution, privatiser le post. Tous les eurocrates sont bien d’accord!
nunzio dit
mais non, tonio, les autres y arrivent ! nouveau, on dirait….
tonio dit
y a un petit souci avec le post, on dirait ??
tonio dit
erreur, veuillez saisir un commentaire
Lisa dit
@Rackam,
J’en reviens, rien de nouveau (quand il parle de l’émigration, c’est bien cela ?) avec ce que je connaissais déjà, et j’approuve totalement.
Depuis l’ancien testament on nous dit de proteger le pauvre, la veuve, l’orphelin et l’étranger.
Lisa dit
@Rackam,
Merci du conseil pour Dédé23, j’y vais de ce pas.
Lisa dit
@Zyva,
Allez vite à la Pinacothèque, mais il y a énomement de monde, alors il faut peut-être essayer d’y aller dès l’ouverture…
rackam dit
tonio, Sophie,
personne ne se cache derrière MLF, il n’y a pas la place.
Ni derrière l’obstiné azuréen. C’est pour cela qu’il passe tant de temps à poster.
Expat et Alpin sont dans un bateau, sur le lac d’Annecy, un pédalo plutôt.
Demain c’est la Sainte Sylvie (en France), ne rien prévoir pour Lisa.
Ramon mercader et L. Bronstein sont assez en phase, ce qui en surprend plus d’un.
Che, robespierre (sorry, je ne peux écrire ce nom avec tous ses attributs) ne semblent pas très révolutionnaires.
Minos, Angus et Schonarchan ont plus d’un point commun.
Nadia comaneci est une rugbywoman.
Sophie une délurée belge, tonio un soldat inconnu.
More to come this afternoon.
Sophie dit
Des demandes :
Pourquoi il y a-t-il deux flibustiers? Est-ce qu’il faut prononcer Marche Noire ou Marché Noir? Ramon Mercader est-il un anagramme? Combien de personnes ce cachent derrière MLF? Demain, c’est la Sainte Lisa, doit-on prévoir quelque chose? Pourquoi Expat et Alpin ont-ils disparu en même temps? Etc…
tonio dit
allez-y, rackam !!!
rackam dit
Pour relancer ce fil qui a connu une belle première journée, j’annonce que je ferai, ce matin, des révélations fracassantes sur divers pseudos en cours sur Causeur.
Pas impossible que je dévoile, je débusque, je dénude, je charcute (bonjour Zyva), j’offusque, je charivarise, j’éboustroufe.
Mais, pour cela, il faudrait qu’il y ait un peu de demande.
Genre “qui se cache derrière tel pseudo à la gomme?”, “pourquoi les pseudo les plus bolchévisants cachent de paisibles réacs en charentaises?”, “que fait J.L. avec S.P.?”
a2lbd dit
m’ouai enfin charles Martel en maitre de la ligne claire ou de l’école de Charleroi faut voir. Le gars m’a l’air plus habile avec une hache qu’avec un pinceau. Vous m’direz on peut sans doute faire des enluminures bath à partir de bout de cervelles et d’os fracassé de Sarrazin. Y’a bien un allemand qui fait de l’art avec des cadavres et Damien Hurst avec du cochon plongé dans du formol…
Zyva dit
Sophie, pour moi ce soir, ce sera plutôt “la liseuse”.. :)
Sophie dit
Non, les filles sont là, mais plus pour longtemps, on va se faire un remake du “Verrou” de Fragonard. On sera pas déçues!
J. Martin est Strasbourgeois, arrivé à 15 ans en Belgique. Charles Martel est né à Andennes, 15 partout, balle au centre.
Je vous ai dit que je m’en casse, j’ai pas l’esprit de clocher et la Belgique m’emmerde!
C’est pas Midam, mais Midam est un copain. Depuis 20 ans!
tonio dit
je vois qu’on s’est installé dans la peinture et qu’on y a pris goût… les filles sont parties ?,
Pirate dit
Zyva, la “consolation” là dedans c’est qu’on la joue à deux, mais quand même va falloir trouver une solution, j’ai pas vocation de tapissier.
Pirate dit
Non, non il ne me joue pas des tours, je ne peux pas faire autrement et c’est comme ça depuis que je suis gamin ! C’est pour ça que j’étais d’accord avec Sophie sur le fait que notre pseudo (moi donc c’est impossible) ne traduit rien par contre les propos si. Et puis encore une fois “Pirate” c’était de la moquerie avant toute chose, sabre au clair dans les rideaux à mémé c’est ma nature, c’est ce que j’entendais par là, et dans la vie c’est la même. Si vous saviez le nombre de fois où on m’a reprocher de “jouer” les rebelles… sans comprendre que j’avais ça dans le sang et n’y pouvait rien. La seule chose que cache en réalité ces pseudos c’est mon patronyme.
Zyva dit
Pirate, l’embrun, le musc et le patchouli, dans la zup du côté d’Ahmedabad texto “ville poussiéreuse” et l’une des plus polluées aussi, il va plutôt me ramener des odeurs de gaz ! Mais je vois que vous aussi, vous jouez les Pénélope..:)