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Le sanglot du mâle blanc

La convoitise, moteur de l’Histoire

Publié le 20 juin 2011 à 10:00 dans Médias

photo : pyntofmyld (Flickr)

Pour lancer leur nouvelle formule, les dirigeants du Nouvel Obs n’avaient sans doute pas choisi leur « une » au hasard. on peut donc considérer que le titre de ce numéro paru le 12 mai, deux jours avant que la bombe DSK éclate à la figure de la gauche, a valeur programmatique pour l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience –
celle de classe étant un peu défraîchie.

On peut dire que l’Obs a eu le nez creux. la défiance à l’égard des élites n’est pas née avec l’affaire DSK, mais quelques phrases maladroites de ses amis ont suffi à renforcer, dans la France du métro et des bistrots, la conviction qu’il existe, à côté et à des années-lumière d’elle, une caste de nantis qui se serre les coudes en se fichant bien de ce que vit le populo. le fond de l’air est jacobin.

En bons disciples de Stéphane Hessel, nos confrères ont donc sélectionné le sujet le plus digne d’indignation. salauds de riches ! bien sûr, on parle des riches de droite, car on suppose que l’Obs ne veut pas insulter ses lecteurs, dont une partie notable appartient à ce que les publicitaires appellent les csp +, c’est-à-dire aux couches les plus aisées de la population, mais que le scandale des sans-papiers, des sans-logis ou de la Palestine empêche de dormir. Non, l’Obs parle des vrais riches, ceux qui n’ont jamais été maos1.

« Ils ont tout ! », proclame l’hebdo, illustrant son propos par une insolente rolls-royce dont la statuette a été remplacée par l’effigie de Marianne. « Ils », la nouvelle oligarchie française. car en se convertissant au libéralisme, l’élite citoyenne d’hier s’est transformée en « hordes de pillards sans foi ni loi ». saluons cette autocritique implicite d’un journal qui, depuis vingt ans, a applaudi à toutes les étapes de la conversion de la gauche à une mondialisation menée sous l’enseigne des marchés. et applaudissons par ailleurs le dévouement de laurent joffrin qui s’inflige de participer aux dîners du « siècle » où se croise le gratin de la politique, de l’entreprise et des médias mais où, nous apprend-il, il ne se passe rien d’autre que la « reconnaissance mutuelle des puissants ». D’autant plus que, paraît-il, le dîner est médiocre.

[...]

  1. Il faut être juste, l’obs n’est pas seul à creuser ce sillon. le point, journal des libéraux-raisonnables, a récemment consacré une cover aux « Amis du Fouquet’s »
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  • 22 June 2011 à 14h46

    skardanelli dit

    Guenièvre je viens de poster deux commentaires pour vous répondre mais je ne les vois pas apparaître, veuillez donc pardonner le ridicule d’une troisième réponse si les deux autres venaient à s’afficher. Je vous disais donc que votre explication est tout à fait claire. N’ayant pas envisagé cette idée d’une réintroduction du sacrifice, je passais à côté du propos. Je vous remerciais aussi pour la référence à Dupuy, je vais me procurer l’ouvrage.

  • 22 June 2011 à 14h12

    Guenièvre dit

    skardanelli,

    « Nous sommes absolument d’accord ! J’espère ne pas avoir laissé entendre le contraire. »

    Pas du tout, je voulais aller dans votre sens ! mais il est très difficile en quelques lignes de faire le lien entre des pensées aussi complexes. Je vais essayer mais comme vous connaissez parfaitement Girard corrigez moi si je me trompe et pardonnez-moi une trop grande simplification. Il me semble me souvenir que c’est au fur et à mesure que s’amenuise la différence entre celui qui imite et celui qui est imité, entre le maître pris pour modèle et l’émule qui désire devenir comme son maître que ce dernier se transforme en rival. Autrement dit – et c’est là son originalité – il pense que, passé un certain seuil, la relation humaine est marquée de cette inversion tragique dans laquelle toute vérité se mue en son contraire. L’égalité conformiste donc, loin de juguler la violence l’exacerbe
    Dans les sociétés primitives, c’est le recours au subterfuge de la victime sacrificielle avec les rites qui l’entourent, qui permet de rétablir l’équilibre social et de contenir cette violence. Toujours selon Girard, avec le Christianisme l’homme s’est libéré de la nécessité de recourir au bouc émissaire et à son immolation pour résoudre les conflits mimétiques et les crises communautaires en devenant conscient de l’innocence de ces victimes et du caractère arbitraire de leur culpabilisation. ( dans les Evangiles Jésus nous est bien présenté comme la victime innocente d’une collectivité en crise qui, temporairement au moins se ressoude contre lui. En reproduisant l’élément fondateur de tous les rites, la Passion s’apparente à tous les rites de la planète) C’est cette démythification qui nous a fait entrer dans la modernité mais elle a contraint aussi celle-ci a inventer sans cesse avec plus ou moins de succès des nouveaux mécanismes de contention de la violence en dehors du sacré.
    C’est là que je voulais rattacher l’ouvrage de J.P.Dupuy qui affirme que les penseurs libéraux , par peur des conséquences de l’envie, réintroduisent dans leurs modèles, de façon plus ou moins détournée, la notion de sacrifice. Dupuy en démonte pour chacun d’eux les artifices et les incohérences . Comme le dit Rackam aucun de ces modèles, notamment à cause d’un refus, au nom de l’autonomie de l’individu, d’une hiérarchisation des valeurs n’est en réalité assez stable pour constituer le fondement d’une société moderne.

  • 22 June 2011 à 13h17

    Tim dit

    Laurent Joffrin est un bourgeois blanc (qui prône le multiku), friqué, libéral, européaniste, dégarni, logeant probablement Haussmannien (à bas les bourges !) et aux idées arrêtées. Il est tout ce qu’il vomit lui-même : le prototype de l’électeur du Front National dans la forme et l’homme de gauche dans ses pseudo-convictions. Discours de bistrot mais costume (cher et bien taillé) soi-disant de gauche. Classe, quoi… Dieu nous garde de ces gens-là. Des leçons, nous pouvons en prendre, mais certainement pas de ce monsieur. Le NouvelObs, non content d’avoir trahi le prolo, s’est arrogé une morale lib-lib qui leur va très bien. Pognon, bonne conscience et culpabilisation… de l’autre ! Toujours de l’autre. « Indignez-vous » qu’il disait. Ils s’indignent.

  • 22 June 2011 à 10h48

    Marie dit

    Rembourser mais bien sûr:) j’ai entendu ce matin sur RMC que une grosse majorité d’auditeurs trouvait absolument normal le travail au noir , raison invoquée les politiques et les riches ont plus de sous… Et au lieu de rappeler combien ce black était une des raisons qui a plombé l’economie grecque que on ne peut réclamer plus de moyens plus de retraites etc on laisse dire par populisme!
    Les politiques ont peut être des torts mais les responsables il faut aussi les chercher ailleurs!

  • 21 June 2011 à 14h18

    Guenièvre dit

    @ rackam,

    “Le libéralisme ….« J’en ai envie maintenant, la société doit me le permettre. »
    Et le socialisme ajoute « et me le rembourser »…

    Excellent !

  • 21 June 2011 à 14h13

    rackam dit

    Guenièvre,
    merci pour cette analyse.
    Le libéralisme menace l’ordre social car il n’établit de hiérarchie entre les “valeurs” qu’en fonction d’une offre et une demande. Son horizon de temps est l’instant. Rien qui puisse fonder un ordre social dans la durée. Les avancées récentes ou à venir sur les sujets de société en témoignent: gender, mariage homosexuel, adoption par les mêmes, euthanasie.
    “J’en ai envie maintenant, la société doit me le permettre.”
    Et le socialisme ajoute “et me le rembourser”… 

  • 21 June 2011 à 14h02

    Guenièvre dit

    @ skardanelli,

    Un grand connaisseur de la pensée de Girard, J.P Dupuy a écrit en 1992 « Le Sacrifice et l’envie » : Dans une société libérale, c’est-à-dire sans transcendance, l’homme doit être préservé du nombre : la perspective d’un sacrifice de l’individu à la collectivité, qui assurait autrefois la pérennité de l’ordre social, est désormais rejetée. Mais cette absence de transcendance, et l’individualisme qui en découle, libèrent l’envie, qui menace l’ordre social en permanence.
    C’est pourquoi je crois, comme E. Lévy le dit dans ce billet, que les journalistes et hommes politiques qui jouent sur ce ressort là jouent avec le feu.

    • 21 June 2011 à 14h25

      skardanelli dit

      Nous sommes absolument d’accord ! J’espère ne pas avoir laissé entendre le contraire.

  • 21 June 2011 à 11h29

    Marie dit

    Très bel article EL dit sans flagornerie! J’ai justement dans mon entourage des lecteurs assidus du NO et dont le discours est exactement celui dont vous parlez. Dieu sait pourtant qu’ils sont loin d’être à plaindre et les entendre discourir avec les mots de Joffrin sur ce sujet pour ceux qui ont largement moins pour vivre mais qui sont de droite c’est plus que pénible! Je me demande ce qu’il leur faut de plus que ce qu’ils ont déja mais qu’ils ne partagent pas forcement.
    Il y a ce jour un papier sur le site Atlantico sur le sujet de la gauche et de l’argent et j’ai extrait d’un des commentaires cette phrase de Churchill qui me plait beaucoup
    “”Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère”. WINSTON CHURCHILL

  • 21 June 2011 à 11h28

    L'Ours dit

    skardanelli,

    ok! je ne l’avais pas perçu ainsi! 

  • 21 June 2011 à 10h47

    skardanelli dit

    L’Ours, ce n’est pas du désir en lui-même dont je parle, mais du désir mimétique, du désir selon l’autre. Girard considère après d’autres que l’homme est incroyablement doué pour l’imitation, Platon, Aristote et plus près de nous Wittgenstein avec ses jeux de langages au travers desquels les enfants apprennent à parler “Ici l’enseignement du langage n’est pas une explication mais un dressage” (Recherche philosophique). Dans une étude littéraire célèbre, “Mensonge romantique et vérité romanesque”, Girard décrit le désir mimétique. Nous croyons désirer selon notre propre volonté, mais le plus souvent nous désirons selon l’autre. Nous désirons ce que désirent des modèles qui s’imposent à nous, c’est ce que Stendhal appelle les sentiments modernes : “l’envie, la jalousie et la haine impuissante”. Ce désir mimétique est fréquemment source de conflit car nous entrons en compétition avec nos modèles pour l’obtention des objets qu’ils nous désignent. Par exemple, l’injonction paradoxale, le double bind de l’école de Palo Alto (“Le langage du changement” de Paul Watzlawick) entre dans ce cadre : fais ce que je fais, mais ne désire pas ce que je désire. C’est bien de convoitise qu’il s’agit, mais induite par notre désir de ressembler en tout point à nos modèles qui deviennent nos rivaux.

  • 21 June 2011 à 7h44

    L'Ours dit

    skardanelli,

    je ne vois pas où est le mal dans le désir.
    Il est un moteur très créateur et même parfois très voisin de l’espoir. Le tout à la seule condition qu’on en devienne pas esclave. Comme tout finalement. Si on devient esclave d’une passion, d’un hobbie, d’une générosité, d’une passion, d’un travail, etc. tout perd son sens et sa valeur.

     Rien à voir avec la convoitise qui est elle-même rien d’autre qu’un esclavage. Dans le commandement que vous citez, c’est justement la convoitise qui est mise au pilori, et le désir de que l’autre possède. L’étape juste avant le vol ou la spoliation. 

     

    • 21 June 2011 à 7h47

      L'Ours dit

      ah! ne pas se relire:
      - supprimer une “passion”.
      - qui n’est elle même…
      - et le désir de ceque l’autre possède.