Un salafisme à la française? | Causeur

Un salafisme à la française?

Entretien avec Samir Amghar

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 24 juillet 2014 / Monde Religion Société

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salafisme samir amghar

Le 25 mai, Mehdi Nemmouche tuait quatre personnes devant le musée juif de Bruxelles au nom d’une interprétation littéraliste de l’islam appelée salafisme. Des banlieues françaises à l’État islamique en Irak et au Levant, le mot et la chose connaissent une fortune mondiale inédite. Or, l’immédiateté médiatique nous enfermant dans l’imprécision, on ne sait jamais ce que ce terme recouvre précisément. Y a-t-il une internationale salafiste et si oui, est-elle vraiment divisée entre islamistes non-violents et jihadistes ? Le danger couve-t-il dans l’Hexagone ? Autant de questions que j’ai posées à Samir Amghar, auteur du Salafisme aujourd’hui (Michalon, 2011).

Daoud Boughezala. Le 25 mai, Mehdi Nemmouche a tué quatre personnes devant le Musée juif de Bruxelles. Comme Mohamed Merah, auteur des assassinats de Toulouse et de Montauban en mars 2012, ce délinquant multirécidiviste appartiendrait à la mouvance salafiste. Comment ces jeunes gens intègrent-ils les filières jihadistes ?

Samir Amghar. On n’intègre pas la mouvance salafiste – et a fortiori sa branche jihadiste – du jour au lendemain. Il faut faire œuvre de sérieux et de détermination, prouver sa bonne volonté au terme d’un long processus de sélection. Par sa conception ultra-individualiste de l’appartenance religieuse, la mouvance salafiste tient de la secte « post-moderne » : beaucoup de gens se tournant vers le salafisme avant de s’en détourner, le « turn-over » y est important ; et, en l’absence de chef central et de pouvoir coercitif, l’intégration n’est jamais définitive. C’est pourquoi les salafistes peinent à recruter massivement.

Nemmouche est pourtant passé à l’acte après une rapide initiation en prison.  Aurait-il brûlé les étapes ?

Nemmouche et Merah sont des atomes relativement libres : des bricoleurs du dogme, des butineurs qui se forgent une identité islamique lors de voyages à l’étranger, en fréquentant une mosquée radicale, sur Internet, en rencontrant tel leader charismatique, etc. Souvent issus de quartiers populaires, parfois passés par la case prison, ce sont des profils qui conjuguent criminalité et déviance sociale. Ils se revendiquent d’un islam rigoriste tout en s’inscrivant dans une logique hyper-individualiste qui les pousse à négliger la médiation de la communauté.

Autrement dit, ce sont, pour reprendre l’expression d’Alain Finkielkraut, des « auto-entrepreneurs du terrorisme » qui répugnent à l’action collective. Mais à l’intérieur de la famille salafiste, est-ce le recours à la violence qui différencie les « quiétistes », les « politiques » et les « jihadistes » ?

Traditionnellement, le salafisme est effectivement divisé entre ces trois familles qui entretiennent de fortes oppositions entre elles. Les quiétistes cultivent  une dimension exclusivement religieuse et prédicative de la religion. Ils se montrent très critiques à l’endroit de toute forme de politisation de l’islam et de l’usage de la violence en son nom. Le premier point les éloigne du salafisme politique qui s’inscrit dans une approche littéraliste des textes s’agissant de la pratique religieuse, mais invite les fidèles à s’engager activement dans la vie de la cité pour défendre leurs revendications. Des individus comme Nemmouche représentent un troisième salafisme, de type révolutionnaire, qui prône l’action violente pour défendre l’identité islamique.

Cette typologie n’est-elle pas dépassée par l’apparition de groupes et d’individus naviguant entre les deux derniers courants ?

Il faudrait compléter cette classification par deux nouvelles sous-catégories : un salafisme de type communautaire, et un autre orienté vers l’agit-prop.

[...]

*Photo : Hannah.

  1. Le Jamaat Al-Tabligh (« Association pour la prédication ») est un mouvement missionnaire fondamentaliste créé par des musulmans indiens à la fin des années 1920. Il prêche à travers le monde pour diffuser sa conception orthodoxe de la foi musulmane.

  • causeur 15

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    publié dans le Magazine Causeur n° 73 - Eté 2014

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    causeur 15
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    • 15 Janvier 2015 à 11h15

      seb mous dit

      permettez moi svp d’apporter une touche critique et historique aux réactions (certainement justifiées) de lorelei58.
      Certes ton point de vue , en tant que non musulmane occidentale éduquée dans la tradition chrétienne ou laïque  avec les clichés qu’elle véhicule depuis des siècles aux générations de français (dont moi-même jusqu’à ma reconversion à l’islam) vis à vis de la religion de Mohammed peut se comprendre.
      Il convient néanmoins de remettre le débat portant sur le salafisme dans son contexte historique réel , puisque l’on parle de l’islam des salafs ; c’est a dire des “anciens” ou “prédecesseurs” , et ce, afin d’eviter de tomber dans la catégorisation vulgaire et trompeuse proposée par Samir Amghar qui à choisit , sciemment ou non de faire l’amalgame entre les gens de la sounnah ,qui suivent la tradition du prophète Mohammed dans tous ce qu’il a enseigné (y compris le respect des gens du livre et non musulmans ainsi que de leurs droits dans les pays musulmans ou non) et qui sont eux , dans la tradition musulmane (et non néo oriantaliste) les salafis et les néos-khawarij (nouveaux kharijites) qui ont pour salafs leur imams karijites qui rendaient licite la sortie contre les gouverneurs musulmans (et aujourd’hui également non musulmans) , le meurtre des innocents parmi les musulmans (qui ne se plient pas à leur doctrine , et aujourd’hui en plus ,des non musulmans qui critiquent l’islam ou pour des motifs politiques (prises d’otages).
      Tous cela est formellement reprouvé en islam , et les savants salafis et gouvernements entre autres Arabie Saoudite) ont toujours condamnés ces actes de violence de certaines personnes se réclamant de l’islam ;
      Pour répondre à cette allégation “néo orientaliste” de monsieur Amghar je vais simplement citer , comme rappel , les droits des non musulmans en islam et sous l’autorité des dirigeants “salafis” (les califes de l’islam).
       

    • 24 Juillet 2014 à 19h29

      lorelei58 dit

      On me traitera d’intolérante ou d’islamophobe, mais pour moi, modérés ou non les musulmans sont des sectaires : la base de leur doctrine est la même qu’ils soient pacifistes ou radicaux et l’on voit bien aujourd’hui que les radicaux ont toutes facilités pour transformer les pacifistes en radicaux. L’islam ne sera jamais pour moi une religion. Seules les règles de vie du prophète fou doivent être appliquées et respectées jusqu’au crime et à l’intolérance la plus totale. L’amour, la charité, la bonté, la beauté, le bonheur, la connaissance et l’intellect, sont absents de cette idéologie et nous ne connaissons en fait de l’islam que la guerre, la conquête, la destruction, la provocation et l’asservissement. De toutes les croyances sur terre, les tenants de l’islam sont les seuls à imposer partout leur présence et leurs droits mais ils n’ont aucun devoir et n’acceptent aucun partage, aucun dialogue, aucune concession. Toutes les autres croyances ont réussi  à s’accommoder des modes de vie et des cultures autres que les leurs et un partage s’est fait (ce qui est le but de toute immigration normale). Seul l’islam pose problème partout où il s’installe. Il n’est que de voir aujourd’hui les différents pays d’Europe qui ont dû ouvrir leurs frontières à ces populations : communautarisme, ghettos, délits et criminalités, intransigeance, haine et provocations sont le lot quotidien des peuples d’Europe sans compter la dégradation systématique et inexorable de leurs valeurs, de leurs cultures, de leurs modes de vie, de leurs libertés, en raison de la politique laxiste et lâche menées par les Eurocrates mondialistes et “multikulti”. Le monde change, certes, c’est un fait que tout le monde doit accepter, mais après des siècles de batailles pour faire régner sur le monde une vie relativement belle, intelligente, créatrice, lumineuse, humaine en un mot, nous sommes en droit de vouloir que ce monde évolue vers quelque chose qui s’améliore et non pas vers quelque chose qui s’assombrisse, se diabolise, s’abêtisse, se pervertisse. 
      Alors non, l’islam n’a pas sa place dans les pays dit “civilisés”.   

    • 24 Juillet 2014 à 15h15

      cm2187 dit

      L’autre question est combien des bruleurs de voitures et de lanceurs de pierre sur les CRS etaient des salafistes? Parceque je soupconne que ce sont les memes qui font pareil le 31 decembre, dans les manif etudiantes ou apres n’importe quel match de foot, et on ne se demande pas vraiment si les fetards sont devenus plus pyromanes, les etudiants plus violent, et les supporters plus destructeurs de centre ville….

    • 24 Juillet 2014 à 13h30

      Naif dit

      Ayant lu “anatomie d’un désastre” j’apprend assez peu de choses. J’aurais aimé que le journaliste interroge d’avantage son invité sur les raisons qui font que si peu de musulmans en france manifeste leur hostilité au salafisme violent et politique et autres fondamentalistes.

      • 24 Juillet 2014 à 14h50

        mogul dit

        Naïf,
        1- Quand on est innocent, on n’a pas à le prouver.
        2- Dites vous bien que ce n’est pas facile pour eux non plus, d’avoir à gérer ça… 

      • 24 Juillet 2014 à 17h48

        comanecinadia dit

        Bien vu Mogul.
        Les Français musulmans n’ont rien à prouver.
        Ces demandes régulières de manifestations spontanées pour dénoncer des dingues qui n’ont rien à voir avec eux sont très déplacées.

        • 24 Juillet 2014 à 21h22

          petit fleur dit

          Euh les photos sont pourtant très claires.

        • 24 Juillet 2014 à 22h43

          comanecinadia dit

          Les photos de quoi ?