Le roman (dans un trou) noir | Causeur

Le roman (dans un trou) noir

Il y a du Céline dans “Pottsville 1280 habitants” de Jim Thompson

Auteur

Amaury Grandgil

Amaury Grandgil
anime le blog mesterressaintes.hautetfort.com

Publié le 12 juin 2016 / Culture

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La couverture de "Pottsville 1280 habitants" de Jim Thompson aux Editions Payot et Rivages (DR)

Pottsville 1280 habitants est la nouvelle traduction de 1275 âmes paru en « Série Noire » en 1964 et alors amputé de nombreux passages. Le roman fût également adapté par Bertrand Tavernier en 1981 sous le titre Coup de torchon avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert pré-botox, l’histoire alors pas trop mal transposée dans un contexte colonial. C’est le « roman noir » dans toute sa sombre splendeur. Céline n’est pas loin non plus. L’être humain qui est capable du meilleur se laisse le plus souvent aller au pire, ne songeant qu’à son propre intérêt, à son plaisir narcissique.

Nick Corey est le sheriff de Pottsville un trou perdu du Sud des Etats-Unis juste après la première guerre mondiale. Parfois les dilemmes s’y règlent encore par un ou deux lynchages. Le ragot est roi, tout comme les rumeurs, l’on s’y ennuie tellement. Pour demeurer tranquille et en faire le moins possible, Nick Corey se fait passer pour un imbécile heureux, un imbécile débonnaire laissant prospérer les petites et grosses magouilles ce qui lui permet d’enrichir son ordinaire plutôt précaire. Il est régulièrement réélu sans trop de problèmes.

Il supporte les railleries et moqueries diverses, les brutalités même, de certains de ses administrés parmi les moins recommandables puis un jour c’est l’humiliation de trop, et Corey décide de « faire le ménage » dans son bled, à sa façon, finissant par se prendre pour un mélange de Jésus et Judas, sauveur de ses proches, même malgré eux, et leur pire ennemi…

Corey est marié à une harpie le faisant chanter, Myra, lui ayant imposé son « frère » Lennie, un Lennie moins sympathique que celui de Steinbeck, un semi-débile doté cependant d’un appareil reproducteur de bonne taille. Le sheriff trompe lui aussi allègrement sa femme, avec l’épouse d’un fermier violent tout en rêvant de s’enfuir de Pottsville avec son amour d’adolescence. Il commence par faire tomber un notable dans une fosse d’aisance puis passe à la vitesse supérieure en assassinant les deux maquereaux du coin, deux escrocs minables ne le prenant pas au sérieux. Il fait porter le chapeau du crime à un de ses collègues donneurs de leçons d’un trou à peine plus grand. Il piège sa femme, son pseudo-frère et la fermière qu’il a sauvée, celle-ci s’avérant être une maritorne toute aussi pénible que Myra. Nick Corey finit par sombrer dans un abîme maléfique, de mensonges et de cynisme mêlés, tombant à son tour dans la fange…

Il y a quelque temps l’on demandait sur un forum Internet la différence entre un polar, un roman policier et un roman noir. Finalement lire Jim Thompson permet de saisir la différence, ce livre étant une acmé du genre noir, très noir. L’humanité n’y est pas montrée sous son meilleur jour, mais celle-ci le montre-t-il très souvent dans la vie réelle ? Rien n’est moins sûr.

Pottsville 1280 habitants, de Jim Thompson, Ed. Payot et Rivages.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 17 Juin 2016 à 22h53

      Singe dit

      Pour avoir autant de temps à perdre dans le commentaire indigent ET malveillant les commentateurs ci-dessous doivent être rentiers ou retraités ?

    • 17 Juin 2016 à 20h36

      Roumiaou dit

      Au demeurant,(j’adore,”au demeurant” : économisez-vous) s’il suffit que le lecteur comprenne ce que l’auteur a voulu exprimer pour que tout un chacun se laisse aller à rédiger comme un pied, alors, allons-y de ce pas …. et laissons tomber l’orthographe en même temps….( Non, la prochaine fois).
      En fait, c’est l’article entier qui est en cause :
      “les dilemmes s’y règlent encore par un ou deux lynchages” !! Ouiiiii, il l’a trouvée où, la définition de dilemme ? ou alors, c’est une mauvaise traduction ?
      “Le ragot est roi, tout comme les rumeurs” !! Ouiiii, on doit donc faire une différence ?
      “Il fait porter le chapeau du crime à un de ses collègues donneurs de leçons d’un trou à peine plus grand.” … .Dans le texte !!
      “Nick Corey finit par sombrer dans un abîme maléfique, de mensonges et de cynisme mêlés, tombant à son tour dans la fange”……
      Ouiiii , une acmé. Véritablement. Il y a un nègre incontrôlé, à ce stade.
      Et élégant en plus, avec l’actrice de Tavernier en 1981….et j’en passe.
      J’imagine que le français n’est pas la langue maternelle du rédacteur?

      Au demeurant, donc, “L’humanité n’y est pas montrée sous son meilleur jour, mais celle-ci le montre-t-il très souvent dans la vie réelle ?”
      ce final est l’apothéose dont tous les commentaires tentent de cerner le côté bancal : oui, l’humanité, c’est d’abord l’objet : elle est montrée (dans le roman – et en noir )…. avant de se montrer et de devenir le sujet — forme réfléchie. Exercice de style qui donne lieu ici à une contorsion syntaxique non maîtrisée et fort dissonante, tout à fait dans le style du texte qui précède; en français ce serait : mais s(‘y) montre-t-elle très souvent dans la vie réelle ? …sous son meilleur jour..?..
      Eh bien non. La preuve en est.
      Encore un effort pour faire du lisible ?
      Au demeurant, quelle importance ….. puisqu’on comprend .

      • 17 Juin 2016 à 22h49

        Singe dit

        Commentaire empestant, puant, le monsieur ou la madame Prudhomme cybernétique donneur, donneuse d’oracles

        Si les prolos se mettent à lire et écrire ? Que nous restera-t-il mon bon monsieur ?
        Je vous le demande

    • 14 Juin 2016 à 15h10

      Patrick Denham dit

      “L’humanité n’y est pas montrée sous son meilleur jour, mais celle-ci le montre-t-il très souvent dans la vie réelle ?”

      à vrai dire vous avez tous trois tort. Ce n’est pas le meilleur jour qui est montré, mais l’humanité sous son meilleur jour. Le meilleur jour est l’éclairage de ce qui est montré. Ce n’est pas une erreur de pronom, ça ne veut tout simplement rien dire (enfin d’un point de vue syntaxique, on aura tous compris au demeurant.)

      • 14 Juin 2016 à 15h20

        Martini Henry dit

        La phrase correcte reste quand même, l’humanité “le montre-t-elle”. Exactement comme on dirait “l’humanité montre-t-elle très souvent son meilleur visage” et donc, “le montre-t-elle très souvent” et non pas, “le montre-t-il très souvent”…

    • 13 Juin 2016 à 21h47

      Martini Henry dit

      Sinon, j’ai lu ce roman dans son ancienne traduction et c’est un vrai régal. Quant au film de Tavernier, c’est une vraie pépite, incroyable de justesse dans sa description de cette atmosphère lourde et poisseuse des petites villes coloniales où tout le monde s’épie et se déteste, dans une ambiance générale d’inutilité, de méchanceté, de jalousies et d’âpreté au gain et où le soleil et les fièvres du palu finissent par taper sur la tête de tout le monde. Effectivement également magnifiquement décrite par Céline dans le voyage…

    • 12 Juin 2016 à 15h03

      Francois_Sanders dit

      “mais celle-ci le montre-t-elle*# – merci.

      • 12 Juin 2016 à 20h10

        laborie dit

        Le montre-t-il, mon pote, se rapporte à meilleur jour. Faut faire gaffe avant de corriger!…c’est “le” et non “se”…

        • 13 Juin 2016 à 21h42

          Martini Henry dit

          Non. C’est Sanders qui a raison. C’est l’humanité qui montre, pas le jour. Donc, celle-ci le montre-t-elle… (Se)Montre-t-elle souvent (sous son) meilleur jour et non pas montre-t-il souvent le meilleur jour, ce qui ne veut plus rien dire..

        • 13 Juin 2016 à 22h58

          laborie dit

          L’humanité ne montre pas le meilleur jour….t’est dur de la feuille, Martini?

        • 13 Juin 2016 à 23h51

          Martini Henry dit

          Je ne comprends pas votre réponse mais la phrase grammaticalement correcte est celle de Sanders. L’auteur aurait dû dire “celle-ci le montre-t-elle”. Ou, tourné autrement, l’humanité montre-t-elle le meilleur jour très souvent, et non pas l’humanité montre-t-il le meilleur jour.

        • 13 Juin 2016 à 23h54

          Martini Henry dit

          Remplacez “l’humanité” par “Isabelle”. Isabelle n’y est pas montrée sous son meilleur visage mais Isabelle le montre-t-elle très souvent et non pas Isabelle le montre-t-il très souvent. Isabelle montre-t-elle son vrai visage et non Isabelle montre-t-il son vrai visage.

        • 14 Juin 2016 à 11h15

          laborie dit

          Vous n’avez toujours pas pigé. C’est l’humanité qui ne montre pas le jour, pas difficile à comprendre ce que veut dire l’auteur. Ne lui faites pas dire le contraire de ce qu’il écrit pour avoir raison!…

        • 14 Juin 2016 à 13h55

          Martini Henry dit

          Ben oui Laborie, c’est exactement ce que je dis : c’est l’humanité qui est le sujet, c’est elle qui montre le jour, la phrase correcte est donc bien “mais celle-ci le montre-t-elle”.
          L’humanité (sujet) montre quoi? Le (le jour). Elle montre le jour. Et, donc, à la forme interrogative : que montre-t-elle? Ou, comme dans le texte, le montre-t-elle?
          Je ne tords en rien la pensée de l’auteur.

        • 14 Juin 2016 à 14h06

          Martini Henry dit

          Plus simple pour vous : “l’humanité montre-t-elle le meilleur jour souvent”, ou, comme dans le texte, “le montre-t-elle souvent” et non pas “l’humanité montre-t-il le meilleur jour” et donc pas “l’humanité le montre-t-il souvent” comme écrit dans le texte…

        • 14 Juin 2016 à 15h11

          Patrick Denham dit

          “L’humanité n’y est pas montrée sous son meilleur jour, mais celle-ci le montre-t-il très souvent dans la vie réelle ?”

          à vrai dire vous avez tous trois tort. Ce n’est pas le meilleur jour qui est montré, mais l’humanité sous son meilleur jour. Le meilleur jour est l’éclairage de ce qui est montré. Ce n’est pas une erreur de pronom, ça ne veut tout simplement rien dire (enfin d’un point de vue syntaxique, on aura tous compris au demeurant.)

        • 17 Juin 2016 à 22h51

          Singe dit

          On a du mal à comprendre les motivations de tous ces commentaires de Bouvard et Pécuchet de l’écran ! des fâcheux tout simples ? Des jaloux ? Des fayots déçus de ne pas êtres publiés ? La claque d’un autre contributeur jaloux ?