Le rhinocéros ne fait plus la java…
Publié le 28 octobre 2011 à 15:30 dans Brèves
Mots-clés : Java, rhinocéros
Au Muséum d’histoire naturelle de Paris (qui est le centre du monde, à l’instar de la gare de Perpignan) il existe un endroit triste et prodigieux : la salle des espèces menacées ou disparues. La collection, de plus de 250 spécimens naturalisés, comporte un couagga (sorte de zèbre trapu aux rayures rousses), un cerf de Schomburgk (dont le dernier mâle a été abattu – le saviez-vous ? – en 1932 par un officier de la police du Siam) ou encore une tortue de l’île Rodrigues (dont la chair a trop longtemps servi à rassasier les marins). La promenade est noble et nostalgique, et je la conseille à l’homme de goût. Dans les intimidantes vitrines climatisées les espèces éteintes regardent passer les humains – toute la journée – avec une indifférence lasse, parfois teintée d’acrimonie. J’y étais encore hier, et j’ai perçu un certain malaise. Le cerf de Schomburgk et le couagga avaient du apprendre que l’homme était en train de se rendre à nouveau coupable de l’extinction d’une espèce : le rhinocéros de Java.
L’association WWF indiquait hier que cette espèce, appelée aussi rhinocéros de l’île de la Sonde, avait presque disparu. La carcasse retrouvée en avril 2010, avec une balle dans la patte et la corne coupée, dans le Parc national Cat Tien, situé au sud du Vietnam, s’avère bien être celle de son dernier représentant dans le pays. Thi Minh Hien, responsable local de l’association a précisé : «Une protection insuffisante de la part du parc a été en fin de compte la cause de cette extinction ». En effet, depuis des années les braconniers abattent sans vergogne ces animaux protégés pour faire commerce de leur corne d’ivoire aux vertus prétendument médicinales et aphrodisiaques. C’est donc la croyance humaine en des poudres de perlimpinpin charlatanesques, et son exploitation mercantile, qui a causé la disparition au Vietnam du malheureux rhinocéros de Java. Le braconnage qui met aussi en danger d’autres espèces de la région telles que l’éléphant d’Asie, le saola du Vietnam, le rhinopithèque du Tonkin ou encore le crocodile du Siam. Laisserons-nous s’évanouir dans l’histoire de la zoologie des animaux aux noms si poétiques ?
Le WWF précise que le rhinocéros de Java, malgré la poignée d’individus qui subsiste dans un parc indonésien, est en danger très critique d’extinction totale. Il ne devrait bientôt plus rester de lui qu’un souvenir, quelques images et le nom. Dans quelques années, quand la prodigieuse salle des espèces menacées ou disparues du Muséum national d’histoire naturelle accueillera la dépouille naturalisée du dernier de ces mohicans asiatiques, il ne nous restera que remords et regrets ; et l’angoisse que demain, la faune triste finisse par se réduire à l’homme, sa femme, le cheval de trait, l’employée des Postes, le caniche vulgaire, le chat commun et le berger allemand. Vivons d’exotisme !
-
L'auteur
François-Xavier Ajavon est chroniqueur et professionnel de la presse.
-
Plus









La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
11Nos offres
1 an : 59 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
didier H dit
@Skardanelli
Bonsoir.
Cet accent, c’est comme une odeur corporelle. J’entends encore ce “chant” subtil dans la voix de mes grands-parents paternels et de mon père. Moi, ce n’est plus que de l’imitation. Mais il parait qu’à certains moments – colère, stress ou joies – il ressort comme une médaille protectrice pour temps difficiles. Ce sont aussi une multitudes d’images, d’instantanés, d’un passé déjà lointain. Ma grand-mère paternelle montant un sac de charbon pour alimenter le foyer individuel, mon grand-père, sédentaire forcé de par la maladie, mais qui parvenait encore à crayonner la tête d’un cheval malgré l’engourdissement de ses doigts pour ensuite nous la montrer à nos yeux ébahis de gamins. Ma grand-mère partant pour le bain public vu qu’ils n’avaient pas de salle de bain. Mais ce que j’associe surtout à cet accent, c’est leur incroyable bonheur simple, malgré une vie pénible. Avec leur petits moyens, ils ont porté mon père vers le haut, seuls, sans la multitude de béquilles généreusement octroyées aujourd’hui.Pas une plainte, pas un cri, pas de colère vaine contre le monde entier. Bref une leçon de vie.
skardanelli dit
Vous me donnez envie d’en avoir un, d’accent.
pirate dit
Je crois que je l’ai déjà raconter, mais bon je chope assez facilement les accents. Et me voilà un jour en Belgique, à Ostendeavec ma copine de l’époque à imiter l’accent belge . Pas devant les gens, juste pour elle, pour la faire marrer. Mais voilà, toute une journée à faire le con avec cet accent, et d’un coup dans une friterie, me voilà à passer la commande avec l’accent. Le monsieur me répond en flamand… ahem….je le regarde interdit, ma copine qui parle allemand, comprend ce qu’il dit, il veut savoir si je parle flamand… eh beh non, et là le monsieur avec un accent à couper au couteau à dent, me répond en français : vous savez faut apprendre, c’est important !
Vos souvenirs de grand-parent, à part ça, me rappel les miens, la partie française. Mieux lotis que les votres (un peu, mon grand-père était contrôleur de train à la SNCF, et sa femme petite main dans les maisons de couture) avec le réchaud au charbon qu’on allait chercher chez le charbonnier voisin, mon grand-père qui vénérait les livres comme objet et qui en avait plein, juste parce qu’ils étaient jolis (jolis voulant pas dire avec la reliure en cuir, un vieux NRF l’enchantait) à peu près autant que les animaux. Le chien noir du charbonnier (un homme pratique donc) le train qui passait juste devant la maison, puis à Nanterre, devant le bidonville qui s’étirait sur la colline des Amandiers. Le poulet frite de ma grand-mère qui était le meilleur poulet du monde… et puis mon pépé a disparu, emporté par un cancer du poumon… fumeur à 12 ans, mineur à 15, dans les tranchées à 20, traumatisé par la boucherie, et particulièrement à l’égard des animaux, il n’en parla jamais à personne, me reste de lui ce magnifique livre (techniquement c’est une perle de l’édition) en allemand, édité en 1916, imprimé en gothique, trouvé sur un cadavre sur le chemin des Dardanelles (depuis Verdun et à pied s’il vous plait) et à l’entête duquel il a écrit au crayon de sa petite écriture fine : souvenir de Serbie septembre 1918, le titre du livre “Der Meltkrieg” “in bildern und documenten nebft einem Kriegstagebud” du Dr Hans f. Helmot.
Si quelqu’un comprend…
pirate dit
pardon Weltkrieg, guerre mondiale donc (merci le gothique… et google)
livia dit
“les cornes des cocus de la Libye ” MDR (j’en pleure !)
Alpheratz51 dit
Les seuls qu’on ne chassent pas encore pour leurs cornes, ce sont les cocus de la Libye.
@pirate
Et l’écureuil Scratch, le mammouth Manfred, le paresseux Sid le tigre à dents de sabre Diego, tous disparus au début du quaternaire sans que personne ne verse une larme…..
pirate dit
non ? Trop pas vrai ?! Et alors ?
Jrockfalyn dit
Très drôle, Alpheratz… En effet, BHL a une belle tête d’andouillers…
pirate dit
Ah bah quand même !
Bon, je disais, avant de me faire interrompre par la Machine à faire Disparaitre les articles, qu’un jour que je regardais une affiche de Pixar avec un pingouin entrain de faire le con, qu’un jour nous n’aurons plus que des dessins animés et de vieux documentaire à montrer à nos enfants pour leur parler des pingouins. Et ils croiront qu’ils chantaient et dansaient. Je ne sais pas si les androïdes rêveront un jour de moutons électrique, mais j’espère que j’aurais disparu d’ici là pour aller courir avec les rhino javanais et les dodos dociles.
didier H dit
Je me verrais bien – ou plutôt non: je ne me verrai pas, et pour cause – dans une de ces vitrines de la salle des espèces disparues: le dernier Bruxellois. Chassé pour son accent ou par manque d’argent…Relégué au-dela de son biotope et expirant à petit feu dans son lotissement brabançon ou hennuyer. :-)
skardanelli dit
Chassé pour son accent ou chassé de son accent ce qui est peut-être pire.