Le retour de la Bovary… | Causeur

Le retour de la Bovary…

… en manga!

Auteur

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

Publié le 01 mai 2016 / Culture

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«Madame Bovary » de Yumiko Igarashi aux Editions Isan Manga

Dans la famille manga, je demande le genre shôjo : il s’agit de mangas pour adolescentes (c’est le sens de shôjo en japonais) pré ou tout juste post-pubères, parfois touche-pipi mais pas forcément. Un peu niais. Harlequin mis en images. Bibliothèque rose bonbon.

Yumiko Igarashi, la grande mangaka « princesse du shôjo manga », connue pour Candy ou Georgie, qui doit se tenir au courant des dernières réformes du collège en France, a donc adapté Madame Bovary en shôjo manga afin de complaire aux IPR qui inlassablement sillonnent leur rectorat (un joli mot qui vient probablement de rectum, vu le forcing des con/certations) et qui recommandent (voir par ailleurs ma future chronique du Point) de ne pas se lancer dans des travaux littéraires qui passeraient par dessus la tête des apprenants.

Comme dit l’éditeur français, « la narration très féminine du genre colle parfaitement au style graphique ». Qu’on en juge :

Ou encore :

Les albums ont été publiés en français en 2013 — mais c’est cette année qu’ils pourront connaître le succès qu’ils méritent. Ah, quels beaux EPI Lettres/Arts plastiques on va nous tricoter avec un pareil matériel graphique ! Comme l’ironie de Flaubert se dégage admirablement de ces planches ! Par exemple, dans le roman, Emma et Léon passent trois jours de lune de miel à Rouen. Ils font romantiquement du canotage sur la Seine, Léon lui récite du Lamartine — « Un soir, t’en souvient-il, nous voguions en silence », le vieil Alphonse était un maître du shôjo — à ceci près que le fleuve est bordé d’entreprises de calfatage, que « la fumée du goudron s’échappait d’entre les arbres », et que « l’on voyait sur la rivière de larges gouttes grasses, ondulant inégalement sous la couleur pourpre du soleil, comme des plaques de bronze florentin, qui flottaient » : la romance s’écoule sur fond de pollution — un mot qui à l’époque de Flaubert n’avait pas exactement le sens actuel, et qui évoquait davantage les pollutions nocturnes auxquelles doivent se livrer les jeunes filles adeptes du genre shôjo — surtout si tout ce qu’elles connaissent de la scène est ce qu’en a gardé Yumiko Igarashi :

Quand j’ai à parler de Madame Bovary (ou de l’Education sentimentale, mêmes ressorts, même punition), je commence par expliquer qu’il est très compliqué de lire Flaubert à voix haute : soit on lit au premier degré, et on rate l’ironie, soit on lit de façon distanciée, et on sabote le point de vue d’Emma et de toutes les courges qui « se graissent les mains à cette poussière » des romans sentimentaux.

C’est sans doute trop com/plexe pour des ados con/temporains cons/ommateurs de shôjo et d’autres balivernes sentimentales. Trop complexe aussi pour les inventeurs des dernières réformes de l’Education — celle du lycée, con/coctée par les services de Luc Chatel, ne valait pas mieux que celle du collège qui lui fait écho. Faut croire qu’en fait d’Education, c’est à l’Education sentimentale que pensent les gros bonnets de la rue de Grenelle. Du coup, la fameuse phrase où le romancier se moque des lectures de la jeune shôjo Emma, pleines de « messieurs braves comme des lions, doux comme des agneaux, vertueux comme on ne l’est pas, toujours bien mis et qui pleurent comme des urnes » devient, chez Igarashi :

J’en connais une, chroniqueuse émérite et pétrifiée d’admiration devant Flaubert, qui va courir s’offrir ce chef d’œuvre.

Comme les Japonais pensent à tous les publics, les homos ont spécifiquement le yaoi, dans lequel l’intrigue est centrée autour d’une relation homosexuelle entre personnages masculins, et comportant éventuellement des scènes sexuelles. Dans les faits, c’est aussi cucul la praline que le shôjo — il n’y a pas de raison commerciale que les gays soient plus malins que les hétéros.

Et sachez, heureux enseignants en quête d’œuvres adaptées au niveau de vos élèves, que Yumiko Igarashi a également fait un shôjo à partir de Roméo et Juliette — en cette année de célébration du 400ème anniversaire de la mort du grand Will, voilà qui fera chaud au cœur de tous les anglicistes.

Aussi niais que Bovary, ou que les inscriptions griffonnées par des touristes incultes à l’entrée de la maison supposée de Juliette, à Vérone.

Du graf’ au shôjo, même combat — et je ne suis pas bien sûr que Shakespeare ou Flaubert en sortent vainqueurs. Mais l’essentiel, n’est-ce pas, c’est que les apprenants s’expriment — comme le jus des citrons.

J’étais déjà l’heureux possesseur d’une version réduite et illustrée du Comte de Monte-Cristo publiée en Inde — les 1 000 pages du roman de Dumas ramenées à 231 pages d’un tout petit format en corps 14 — voyez vous-même, c’est la fin :

Mais avec le genre shôjo, une nouvelle barre est franchie — la barre que l’on abaisse, bien sûr, afin que tous la passent, et viennent ensuite s’écraser contre le mur inéluctable de la réalité. Flaubert ne sert pas uniquement à donner de la culture ou à passer un bon moment, mais à faire comprendre qu’en rester à des lectures chatoyantes et un savoir auto-construit à 14 ans vous promet des lendemains qui déchanteront — mais Najat s’en soucie-t-elle ?

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    • 3 Mai 2016 à 19h21

      Pierre Jolibert dit

      …/…
      d’où vient que l’auteur du manga réutilise le texte lui-même ? Et pourquoi cette idée bizarre de réduire Mme Bovary (et pas une vraie histoire cucu de la même époque) ?
      Il faut se demander quel est le statut du roman, sa résonnance, dans les écoles étrangères. J’imagine que c’est LE roman français du XIXe siècle qui est présent systématiquement dans l’enseignement de littérature générale, en langue du pays, y compris donc pour ceux qui ne prennent pas l’option français en langue étrangère. (en tout cas eux EU il me semble que c’est plutôt ainsi)
      Du coup y aurait-il eu malin plaisir de la part de l’auteur du manga, et détournement délibéré dans ce retour, par exemple, de la phrase sur les lions et les agneaux etc. au 1er degré ?
      (je précise que j’ai lu Mme Bovary en seconde, en autonomie pour faire une fiche de lecture notée, et que je me suis pris une belle tôle, puisque je n’ai rien compris, et assurément pas l’aspect anticucu, les allusions aux lectures d’Emma, etc. / je le précise, et que je n’ai rien compris à ce que j’ai lu de Flaubert les années suivantes, en disant bien que ce n’est pas pour ça que je chercherais à me venger de la tôle reçue)
      Plus tard j’ai vu dans un CDI, comme on dit, une déclaration des droits du lecteur de Daniel Pennac, ou quelque chose comme ça, qui contient ceci qui m’avait beaucoup frappé : le droit à l’identification au personnage (en effet strictement interdite par un cercle de professeurs bien plus large que les textualistes purs et durs) et le droit au bovarysme ! Comme quoi il y a bel et bien possibilité d’opposition consciente au texte. Est-ce que ce manga en est un autre forme ?

    • 3 Mai 2016 à 8h57

      Villaterne dit

      Sa meilleure œuvre restera toujours :
      “Les ducs à Sion sentent l’emmental”>/i>

      • 3 Mai 2016 à 8h58

        Villaterne dit

      • 3 Mai 2016 à 20h33

        Habemousse dit

        “Les ducs à Sion sentent l’emmental”>/i> ”

        « Les duchesses sentent l’edam » qui est la suite, n’a pas connu le même succès.  

    • 3 Mai 2016 à 0h19

      Sancho Pensum dit

      À mes amis flaubertiens. Vous voulez du style, du vrai, du beau, du flamboyant ? Relisez les premières pages de Kaputt. Ou, moins polémique, ouvrez Le seigneur des porcheries. La première phrase fait vingt lignes. Vingt ! Ça va vous changer des sujet-verbe-complément de Flaubert, avec adjectif en option les jours de fêtes !

      • 3 Mai 2016 à 0h26

        Lector dit

        qui a dit que ce style n’a pas vieilli ? Céline, encore lui haha, les avait tous ringardisé, les classiques (ce qui n’empêche pas de les avoir appréciés).
        Sinon dans le genre flamboyant plus 20 lignes, Lautréamont évidemment.

        • 3 Mai 2016 à 5h20

          IMHO dit

          Céline a été le premier à écrire comme le populo était censé parler, en en faisant un style, et à penser, dans ses livres comme les plébéiens sont censés penser, quand ils ne pensent pas au-dessus de leur condition.
          Cela a d’abord plu aux bourgeois cultes et voyagés et ensuite, Céline ayant été dans les bons principes, aux élèves des jésuites, comme énergumène utile.
          D’où la lubrification vaginale qu’il déclenche chez eux.
          Mais aujourd’hui tout le monde écrit comme Céline qua mais ne pense pas comme lui.
          L’écriture destructive est devenu une écriture descriptive qu’on emploie pour faire l’inventaire du réel quand c’est un chaos .
          Donc Céline a écrit deux grands romans mais c’est tout. Il n’ ay  

        • 3 Mai 2016 à 5h29

          IMHO dit

          Il n’y a pas un avant et un après Céline dans l’écriture française, il faut cesser de répéter ce slogan . 

        • 3 Mai 2016 à 10h57

          Guenièvre dit

          Sur la querelle du style, pour ceux que ça intéresse, voilà un article qui explique que Flaubert a peut-être été l’un des premiers à se dégager des règles grammaticales pour justement inventer “son” style.

          http://salon-litteraire.com/fr/gustave-flaubert/content/1818169-polemique-flaubert-savait-il-ecrire

        • 3 Mai 2016 à 16h34

          Lector dit

          absolument pas ; Céline n’est pas le premier. On peut citer avant lui, Joyce et, en France, Barbusse.
          Le Voyage et Mort à Crédit, je suppose ? Que faites-vous de Guignol’s Band, de Rigodon etc. ?

          Au sujet du style, Guenièvre (merci), voir aussi Ernest Hello.

      • 3 Mai 2016 à 8h43

        Parseval dit

        Mais enfin ! Vrai, beau, flamboyant, baroque (–> Salammbô),… sont des épithètes, pas le style en lui-même.

        • 3 Mai 2016 à 11h00

          Guenièvre dit

          @ Parseval,
          “Un coeur simple” Magnifique je suis d’accord !

          Extrait d’Un Cœur simple : « Le prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d’or qui rayonnait. Tous s’agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes. » À une succession de passés simples fait place l’imparfait. D’habitude on a la construction inverse : des verbes à l’imparfait marquent la durée et l’action est subitement interrompue par un événement extérieur (exprimé lui au passé simple). Ici, l’imparfait « glissaient » donne à la fois l’impression que les encensoirs viennent de se mettre en mouvement (ce qui est renforcé par le participe présent « allant à pleine volée » qui s’oppose au silence qui régnait alors) tout en insistant sur la répétition de leur mouvement, qui dure dans le temps. Tout est donc mis en œuvre pour que l’attention du lecteur se focalise exclusivement sur ces encensoirs, qui oscillent dans une sorte d’éternité. C’est particulièrement important pour la suite du récit car l’héroïne, Félicité, qui par ailleurs est sourde, est aussi devenue aveugle à l’approche de la mort. C’est donc uniquement par l’odeur de l’encens qu’elle perçoit la présence de la procession qui vient de s’arrêter devant sa maison. Cet imparfait « glissaient », par sa durée, semble déjà appartenir à un temps éternel et illimité et préfigurer ainsi, dans un contexte mystique, l’éternité de la mort dans laquelle la pauvre Félicité va sombrer.

        • 3 Mai 2016 à 11h53

          IMHO dit

          Le prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d’or qui rayonnait. Tous s’agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes.

          Le prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle le soleil d’or, qui rayonnait. Tous s’agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, balancés à pleine volée, grinçaient sur leurs chaînettes. 

        • 3 Mai 2016 à 13h53

          Sancho Pensum dit

          J’en conclus, Parseval, que Flaubert a son style, mais pas nécessairement du style…

        • 3 Mai 2016 à 14h00

          Sancho Pensum dit

          Phrases courtes, Guenievre. Ça manque de souffle. Mais c’est parfait pour les sms. 

        • 3 Mai 2016 à 14h24

          Guenièvre dit

          Sancho, vous avez aimé “Mort à crédit” ? Elles ne sont pas courtes les phrases ? Le manque de souffle est parfois adapté au sujet du livre, à l’atmosphère que l’on veut créer. C’est cela avoir du style. Le style en général, le “style parfait” c’est un oxymore.

        • 3 Mai 2016 à 14h26

          Guenièvre dit

          ” Quand on écrit une chose imaginée, comme tout doit alors
          découler de la conception et que la moindre virgule dépend du plan général, l’attention se bifurque. Il faut à la fois ne pas perdre l’horizon de vue et regarder à ses pieds. Le détail est atroce, surtout lorsqu’on aime
          le détail comme moi. Les perles composent le collier, mais c’est le fil qui fait le collier. Or, enfiler les perles sans en perdre une seule et toujours tenir son fil de l’autre main, voilà la malice.
          Rien ne s’obtient qu’avec effort ; tout a son sacrifice. La perle est une maladie de l’huître et le style, peut-être, l’écoulement d’une douleur plus profonde. N’en est-il pas de la vie d’artiste, ou plutôt d’une œuvre
          d’art à accomplir, comme d’une grande montagne à escalader? Dur voyage, et qui demande une volonté acharnée.”
          Lettres à Louise Collet 1853

    • 2 Mai 2016 à 21h39

      mogul dit

      Sancho Pensum,
      Qui parlera de Marc Levy dans 150 ans ?
      Regardez dans quel oubli est tombée Barbara Cartland…
      Oser mettre Levy au même niveau que Flaubert, et je passe sur votre délire sur le Coran, ne fait que déconsidérer d’avantage ce que vous essayez de faire passer pour une critique littéraire. Si besoin était…

      • 2 Mai 2016 à 22h30

        gigda dit

        « Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu’elle l’avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles ; la dorure en reste aux mains.”
        Si nous laissions le mot de la fin à l’écrivain lui même! Dont j’envie qu’il n’est même pas pu imaginer l’avenir qui est notre présent: cette page blanche virtuelle où nous pouvons inscrire pour l’éternité la moindre de nos pensées, surtout sans “labeur” ni repentir! .°)(

      • 3 Mai 2016 à 0h13

        Sancho Pensum dit

        Qu’est-ce que je disais, Mogul ? Nos amis flaubertiens ont tenté de me convaincre, preuves à l’appui, que j’avais tort. Vous, non. Vous avez sorti la kalach et tiré à vue sur ce pauvre Levy. Vous l’avez lu dans votre boule de cristal qu’il ne passerait pas l’hiver !?
        Eh oui, vos arguments ne valent pas tripette. Renommée internationale et durée de vie ne font pas tout, et surtout pas un style. 

        • 3 Mai 2016 à 8h41

          mogul dit

          Si vous confondez renommée et reconnaissance…

    • 2 Mai 2016 à 10h51

      Parseval dit

      Et La dame aux camélias par Gotlib et Alexis, qu’est-ce qu’on en pense ?

      • 3 Mai 2016 à 19h11

        Pierre Jolibert dit

        J’ai autant ri qu’à 15 ans. Très réussi, donc. Et pourtant j’avais raté des trucs, je n’avais aucune chance de saisir l’allusion à Hiroshima mon amour, que je n’ai d’ailleurs toujours pas vu. C’est censé être pour lycées ++ donc.
        Ce manga sur Bovary, c’est vraiment le contraire, puisque les éléments ironiques du roman se retrouvent recyclés dans une intrigue 1er degré …
        ce détail est extrêmement curieux …/…

    • 2 Mai 2016 à 8h09

      Archebert Plochon dit

      La culture pop japonaise n’est pas responsable de notre relativisme (les japonais ne le sont pas) ni de notre paresse (idem). En ce qui me concerne, je trouve un plaisir varié à lire l’Eneide ou Akira, Thucydide ou Masamune Shiro ; par ailleurs je crois que je préfère un shojo à un Zola… Mauvaise cible, mauvais combat.

    • 1 Mai 2016 à 19h14

      IMHO dit

      Madame Bovary n’a pas été écrit pour des adolescents de quatorze ans où plus, mais pour des adultes, des hommes et des femmes de vingt-deux ans au moins ( c’est à cet âge-là que le cerveau est fini, à ce qu’il parait).
      Il est vrai qu’Emma n’a que dix-huit ans quand elle épouse Charles Bovary, si l’on en croit ceux qui ont étudié ce roman,, et par conséquent ses sentiments devraient être encore ceux d’une adolescente ou d’une pré-adulte, donc possibles chez  une adolescente d’aujourd’hui, mais en fait, Emma vieillit extraordinairement vite: elle est censée avoir vingt-deux ans quand elle devient la maîtresse de Rodolphe et vingt-six ans quand elle se suicide, l’âge exact de Véronique Delamare à sa mort, mais les idées et les sentiments que lui prête Flaubert sont ceux d’une femme de presque trente ans et passé trente ans.
      Emma Bovary est un personnage incohérent, comme tant d’autres.  
      Ce qui amène à se demander si les romans apprennent vraiment “la vie” aux jeunes gens.

      • 1 Mai 2016 à 19h59

        Sancho Pensum dit

        Bien vu ! Bovary, l’alter ego de Flaubert, a été écrit par ce dernier a l’âge de 36 ans.
        Je crains en plus que ce roman n’apprenne même pas la littérature aux jeunes gens, tant le style de ce dernier est laborieux, et ses phrases courtes. Rien à voir avec Balzac par exemple.

        • 2 Mai 2016 à 8h01

          Archebert Plochon dit

          Dites donc vous faites de fins littéraires tous les deux ;) Imho, vous me donnerez les sources qui détaillent les psychologies selon les âges (?!) ; Sancho si vraiment vous pensez que Balzac, que je tends comme vous à préférer à Flaubert, a un meilleur style que lui, vous devriez laisser tomber la littérature… “Ses phrases sont courtes” ??!
          Quand les gens sortent du champ politique pour se risquer dans l’esthétique, ça ne pardonne pas ;) un conseil : parlez de ce que vous comprenez. 

        • 2 Mai 2016 à 10h11

          IMHO dit

          Va te faire voir, Polochon. Je ne tolère que les idiots sans prétention.

        • 2 Mai 2016 à 10h22

          Sancho Pensum dit

          Meilleur, c’est subjectif. Laborieux, le style de Flaubert, assurément. Derrière chaque phrase, on sent l’effort de celui qui a travaillé, retravaillé son écriture, cherché ses mots, raturé. Flaubert, c’est le gosse appliqué, celui qui met trois heures à écrire une ligne de disserte, quand ses petits copains ont rendu leur copie depuis longtemps. Comparez la production littéraire d’un Balzac et d’un Flaubert par ex. Le style de Flaubert n’est pas naturel. Il pue la sueur.
          Pour Bouvard et Pecuchet, Flaubert s’est en outre astreint à apprendre, laborieusement, une somme de savoirs et de techniques, afin de pouvoir faire faire exactement l’inverse à ses deux “Héros”. Travail épuisant. Il en est mort le con ! Et parti pris stupide : comment peut on se tromper tout le temps et rater tout ce qu’on entreprend ?
          Dans Bovary, il y a au moins une histoire. Pas dans Bouvard et Pecuchet. Flaubert revendiquait en général, une certaine distance par rapport à ses personnages, une certaine objectivité. C’était pour mieux les prendre pour des imbéciles. Que penser d’un Dieu qui déteste ses créatures ?

        • 2 Mai 2016 à 10h28

          mogul dit

          Nous avons là un auteur universellement reconnu, et une œuvre, Mme. Bovary, lue dans le monde entier et tellement étudiée, traduite et adaptée, 150 ans encore après sa création, qu’il n’y a guère que le Shinkansen Tokyo-Osaka qui ne lui soit pas passé dessus. Quoique non, comme le dit cet article, ça vient de se faire ☺
          Et nous avons les Bouvard et Pécuchet 2.0, alias Imho et Poncho, qui arrivent et qui décrètent du haut de leur trou du cul : “Oh c’est nul, et puis psychologiquement c’est incohérent !..”
          Prière de se retenir de rire… 

        • 2 Mai 2016 à 10h45

          Parseval dit

          Dans le Saint Jean l’Hospitalier de Flaubert, je lis : « le rebord du vallon était trop haut pour le franchir. » Inadmissible.
          — André Gide, Journal, 22 novembre 1942.

        • 2 Mai 2016 à 10h55

          mogul dit

          Les petites rivalités littéraires entre (vrais) auteurs, même à distance temporelle, sont toujours terribles. 
           

        • 2 Mai 2016 à 11h07

          IMHO dit

          Je fais remarquer un fait,mogul,rien de plus.  Relisez Madame Bovary et trouvez-y quoi que ce soit de juvénile dans le personnage d’Emma, sauf au début, dans la rencontre avec Charles.
          C’est une femme mariée à 18 ans avec un homme qui en a vingt-cinq, qui en huit ans de mariage ne lui fait qu’un enfant, né après trois ans de mariage.
          C’est un jeune ménage qui n’a pas de soucis d’argent, dont l’époux adore sa femme, qui n’a pas d’enfant, ne peut-on pas s’attendre à un peu de joie juvénile, de plaisir à être libre ?
          Emma est une privilégiée et elle ne peut pas s’ennuyer plus en femme mariée qu’en fille de fermier.
          Flaubert nous dit d’ailleurs qu’elle est très paysanne par certains côtés, et cette paysanne normande tient pour rien les avantages d’un mariage avec un époux à sa dévotion? Elle ne jouit pas de sa position?   

          http://flaubert.univ-rouen.fr/bovary/bovary_6/etudes/dates.html 

        • 2 Mai 2016 à 11h15

          IMHO dit

          Encore un fait: il est très invraisemblable que Lheureux aurait prêté de l’argent à Emma, étant donné le Code Civil ” la femme mariée est une éternelle mineure”.    

        • 2 Mai 2016 à 16h40

          mogul dit

          Vous ne remarquez pas un fait, Imho, vous donnez votre avis, c’est tout.
          C’est votre droit, mais je vous trouve juste un brin condescendant avec Gustave Flaubert.
          Personnellement, je me suis rasé, autrefois, à lire Mme. Bovary. Aucune empathie avec le personnage, elle me communique son ennui etc… Il s’avère pourtant que ce roman connaît, depuis l’origine, une reconnaissance et un succès planétaire, qui dure encore aujourd’hui. Il ne me viendrait pas à l’idée de faire la fine bouche dessus en disant que c’est nul ou mal tricoté, même si sa lecture m’avait moyennement intéressé à l’époque où je l’ai lu .
          L’histoire est très réaliste mais repose sur des personnages archétypiques, ce qui explique sans doute son retentissement universel. Alors vous pouvez toujours faire une étude comportementale sur les faits et gestes de ceux ci selon les mœurs en cours à l’époque, établir des statistiques pour savoir si les usuriers prêtaient souvent aux femmes mariées etc, tous sujets que vous semblez maîtriser sur le bout des doigts et je vous en félicite, mais la peinture exécutée par Flaubert ne devait pas être si incohérente que ça, si l’on considère son succès et sa postérité.
          Alors, comme vous l’a signifié l’ami Plochon, juste un peu de modestie…

        • 2 Mai 2016 à 19h08

          Sancho Pensum dit

          Nous avons ici de drôles de spécimens de lecteurs. L’un préfère Balzac à Flaubert (pourquoi au fait  ?). L’autre s’est ennuyé comme un rat mort à la lecture de Bovary. Mais sous prétexte que l’auteur est réputé, chut ! Le respect s’impose. Meme si personne ici ne semble apprécier Flaubert, ou être en mesure de défendre son style.
          L’auteur est traduit partout, étudié, longtemps après sa disparition, il est tellement mainstream que nos réactionnaires en culottes courtes ne se sentent pas les épaules assez larges pour oser la moindre critique littéraire. Ils préfèrent s’en prendre à ceux qui osent…
          Les mêmes, je n’en doute pas, n’hésiteront pas à sortir leurs armes de destruction critique contre un Marc Lévy, auteur mondialement connu, ou le Coran, roman encore plus étudié et encore plus ancien que Bovary.
          Va comprendre, Charles !
           

        • 2 Mai 2016 à 19h56

          Parseval dit

          Moi j’aime Flaubert et son style.
          Je l’ai lu jeune, mes souvenirs sont donc brumeux mais enfin Madame Bovary et ses notabliaux a une saveur particulière (campagnarde, cidrée, avec un arrière goût d’amande amère) ; Bouvard et Pécuchet est très drôle et puis Un cœur simple est un de mes plus vieux souvenirs, je me souviens qu’entre les programmes de France Culture passait la réclame maison pour la lecture par Luchini : « [musique et bruitage] Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Evêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité. [musique et bruitage] Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre qui se tiendrait par la force interne de son style. »
          Magnifique.

        • 2 Mai 2016 à 20h03

          Guenièvre dit

          Pour moi son chef d’oeuvre c’est “L’Education sentimentale ” !

        • 2 Mai 2016 à 20h08

          Parseval dit

          Pas du tout lu. Et ça vous a euh vraiment appris la vie ? Puisque ça semble être important pour un roman…

        • 2 Mai 2016 à 20h24

          Guenièvre dit

          Parseval,”L’Education sentimentale” c’est la vie dans tout ce qu’elle a d’émouvant et de terrible : De grandes espérances, de grands amours, de grands désirs, puis un effondrement dans la bêtise et dans le vide.

        • 2 Mai 2016 à 20h26

          Guenièvre dit

          Et le style !! travaillé et ciselé pas “laborieux ” comme le dit Sancho …

        • 2 Mai 2016 à 20h35

          Parseval dit

          Laborieux, c’est parce que Flaubert lui-même écrivait qu’il devait se battre contre la langue pour accoucher à grand’peine de quelques lignes. Mais il ne faut pas trop écouter les professionnels. Si on croit Bach, il suffit de beaucoup travailler pour écrire l’Art de la fugue
          Que me chantez-vous là ? Les grandes espérances c’est Dickens ! Et puis j’ai la Physiologie du mariage du concurrent sur ma pile de legendæ.

        • 2 Mai 2016 à 20h53

          IMHO dit

          J’ai lu trois ou quatre fois Madame Bovary quand j’avais seize ans, ce livre me fascinait, comme après, Bouvard et Pécuchet, aussi relu et relu, et L’Education et la Tentation, tout Flaubert en fait.
          J’aime son talent de conteur, sa volonté d’écrire clairement et honnêtement, mais néanmoins, il me semble aujourd’hui que le personnage d’Emma est irréel, comme la vie qu’elle désire avoir, ce qui est logique en fin de compte: qui rêve dort  et en fin de compte la vie d’Emma est un songe.

        • 2 Mai 2016 à 21h00

          Guenièvre dit

          Je sais mais dire qu’un style est “laborieux” ce n’est pas un compliment.
          Lire la “Correspondance Flaubert – Sand ” ils parlent tous les deux de la manière dont ils écrivent, de politique et de la vie …

          “”Je me sens vieux comme une pyramide et fatigué comme un âne. Ma mère ne contribue pas à me rendre gai. Elle s’affaiblit, s’aigrit, s’attriste et m’attriste. C’est pour la distraire un peu que je la mène à l’Exposition.
          Nonobstant, je continue mon sillon et j’espère, à la fin de cette année, avoir fini ma seconde partie. Le tout ne sera pas fait avant deux ans ! Et puis, adieu pour jamais aux bourgeois ! Rien n’est épuisant comme de creuser la bêtise humaine !”
          Lettre à Georges Sand – samedi [27 juillet 1867]
          http://www.lapartcommune.com/correspondance/produit-flaubert-sand-311-0.html

        • 2 Mai 2016 à 21h08

          Parseval dit

          Et une correspondance dont les extraits que j’ai lu m’ont semblé très intéressants et pleins de verve.
          Bon, trois flaubertiens !

        • 2 Mai 2016 à 21h16

          Guenièvre dit

          Ah ! mais j’aime aussi beaucoup Balzac. Et je ne saurais dire qui je préfère …

        • 2 Mai 2016 à 21h20

          Parseval dit

          Mais je n’en doute pas ! flaubertienne, balzacienne, Proustienne, vauvenarguesque ou sainte-beuverie, l’un n’est pas exclusif des autres. :-)

        • 2 Mai 2016 à 21h25

          Guenièvre dit

          On finirait par l’oublier ici où l’on n’est toujours sommé de choisir ( son camp, son écrivain, son philosophe, son politique.. )

        • 2 Mai 2016 à 21h41

          scarlet dit

          Sancho Pensum et IMHO: Emma Bovary, un personnage incohérent pour l’un, et Flaubert a un style “laborieux”pour l’autre!
           Mais c’est vraiment “les précieuses ridicules” que vous jouez tous les deux, ce soir!

        • 2 Mai 2016 à 21h45

          saintex dit

          Ah et puis Dame Guenièvre et Parsi qui prennent le thé sur une escarpolette au château de Ferrières, j’adore aussi.
          Et puis mogul qui fait l’extra terrestre.
          Ah mais, je ne me moque aucunement. Ca me plaît vraiment beaucoup.

        • 2 Mai 2016 à 22h13

          IMHO dit

          J’ai relu récemment Les secrets de la princesse de Cadignan, c’est enfantin .   

      • 2 Mai 2016 à 21h40

        saintex dit

        Je suis plié en deux. IMHO se dit, tiens j’vais faire le cuistre. Et que je brode, que je m’éclate, toutes choses sensées par ailleurs, et vlan, prenez une conclusion dans les dents. Mais c’est pas tout. Y’a le Tonton Flingueur et pan sur l’bec. Ah mais y connaît pas l’Raoul ! )))))))))))))))) Eclaté !!!

        • 2 Mai 2016 à 21h42

          saintex dit

          Je vais me payer la gueule des grincheux, ça à tout d’même un côté Flaubert très marqué.

        • 2 Mai 2016 à 22h20

          IMHO dit

          Je suis de la vieille école, moi, je tiens à comprendre et à être compris.  

        • 4 Mai 2016 à 14h53

          saintex dit

          Duuur !

    • 1 Mai 2016 à 16h00

      Simbabbad dit

      “Comme les Japonais pensent à tous les publics, les homos ont spécifiquement le yaoi, dans lequel l’intrigue est centrée autour d’une relation homosexuelle entre personnages masculins, et comportant éventuellement des scènes sexuelles. Dans les faits, c’est aussi cucul la praline que le shôjo — il n’y a pas de raison commerciale que les gays soient plus malins que les hétéros.”

      Juste pour clarifier: le yaoi ou ses variantes s’adressent en réalité aux adolescentes et donc aux femmes, et pas du tout aux homosexuels. Cela peut paraître étrange pour un occidental, mais c’est ainsi au Japon. La littérature érotique pour hommes homosexuels au Japon est beaucoup plus… rude.

    • 1 Mai 2016 à 14h38

      Sancho Pensum dit

      Mme Bovary, cette daube du mouvement naturaliste, à tout à gagner à finir en BD. Les lecteurs auront au moins de belles images à se mettre dans la tête.
      Apres, qu’ils s’attaquent à Bouvard et Pecuchet, plus nul roman de tous les temps. Qu’en faire ? On pourrait le sublimer en tatouage punk !

      • 1 Mai 2016 à 15h15

        mogul dit

        À foutre sur votre fesse, ce sera sublime et très “in”…

      • 1 Mai 2016 à 15h38

        gigda dit

        Sûr Sancho vous auriez dû “faire” critique littéraire! Mais en attendant:
        https://youtu.be/_31zyVWwvuQ 
        !! 

        • 2 Mai 2016 à 23h47

          Lector dit

          @Gigda
          ce commentaire de texte bien mené oublie en fin l’essentiel que la description du chahut révèle : dans “Charbovari” on peut entendre par homophonie (et l’orthographe changée du personnage l’appuie) “charivari” ; ainsi le nom même du personnage, mal prononcé, éructer à la hâte, conclue-t-il l’inadéquation ou le discordant du personnage présenté.

        • 2 Mai 2016 à 23h50

          Lector dit

          ce qui est encore de l’ordre d’un effet comique disons fatal (Cf. inscription dans le nom et son annoncé)

        • 2 Mai 2016 à 23h53

          Lector dit

          heu “l’orthographe modifiée du nom”, enfin bref la graphie ; “orale” pour le coup.

    • 1 Mai 2016 à 13h52

      C. Canse dit

      À Causeur

      Madame le Ministre, interrogée sur BFM, sur l’inégalité que constituera la disparition des classes bilingues en province quand elles subsisteront en région parisienne, répondit que :

      - dès le CP, en région parisienne, seront dispensés des cours de chinois ou de russe ou d’arabe. D’où sortiront les enseignants ?

      -partout, dès le CE1, un cours d’anglais ou d’allemand
      - partout, dès la 5ème, la seconde langue.

       Voilà, on n’a pas eu de réponse concernant cette inégalité de fait, le naja ayant noyé le poisson et jeté de la poudre aux yeux avec le chinois, le russe et l’arabe, langues comme chacun sait n’ayant pas d’alphabet romain. 
      Quel pourcentage d’illettrés en 6ème ?
       
      En outre, l’apprentissage de l’écriture a été modifié, il y a deux ou trois ans, (lire les textes réserve toujours des surprises, mauvaises) afin d’être plus conforme à d’autres standards internationaux. Lesquels ? 

      Une réforme de la petite école s’impose mais ça, c’est un vœu pieux.

    • 1 Mai 2016 à 13h27

      agatha dit

      Jusqu’à présent, j’avais plutôt tendance à penser que Vallaud Belkacem prenait ses décisions par incompétence, veulerie ou je-m’en-foutisme.
      Si on en croit cet article de Marianne
      http://www.marianne.net/selection-universite-surprise-vallaud-belkacem-100242514.html
      c’est une vraie idéologue qui ne comprend que le rapport de force.

      • 1 Mai 2016 à 13h56

        C. Canse dit

        À Agatha

        C’est de la graine de “dictatrice”  

    • 1 Mai 2016 à 13h19

      C. Canse dit

      For your eyes, only ? Madame le Ministre de l’Éducation Nationale ?