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Le rappel à l’ordre des Inrocks

Finkielkraut, Zemmour, Lévy, toujours nouveaux réacs

Publié le 13 juillet 2010 à 6:00 dans Médias

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Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut.

Si au printemps, les feuilles poussent sur les marronniers, en été, ce sont les marronniers qui recouvrent les feuilles. Les magazines nous ont habitués à ces sujets tous moins épineux les uns que les autres et quand L’Express fait sa “une” sur le salaire des cadres, Le Nouvel Obs se rabat sur l’immobilier à Paris et Le Point sur le mal de dos qui est, comme on le sait, le mal du siècle. C’est sans doute Daniel Lindenberg en 2002 qui a ajouté à la catégorie la surveillance des “nouveaux réactionnaires”. Dans le genre, les Inrockuptibles nous livrent dans leur dernier numéro les têtes d’Alain Finkielkraut, d’Eric Zemmour et d’Elisabeth Lévy, épinglés comme ”rebelles de pacotille”.

Le choix de ces termes peut sembler comique venant des Inrocks et me donne envie de leur renvoyer le compliment à la figure car le goût de la pacotille et la rebellitude sont depuis le début les mamelles de ce canard. Ces journalistes branchés de rock branché tentent régulièrement de nous vendre les dernières poussées acnéiques d’obscures scènes alternatives pour les nouveaux Beatles. Les groupes les plus anecdotiques censés durer 1000 ans défilent et disparaissent, numéro après numéro.  Des beaux, des bruns, des ténébreux, présentés comme indispensables quand le rock qui tache poursuit sa route ailleurs, faisant couler la sueur et la bière. Qui se souvient des Stones Roses ? Qui saura demain qui fut Pete Doherty ?

Serge Kaganski, qui signe l’un des trois articles du dossier, est devenu au “Masque et la plume” de France Inter, où il critique les films, la balise qui nous renseigne sur le cinéma à éviter. Tout ce qu’il encense est chiant, parfois ouzbèke et sans dialogues, toujours indigeste. En revanche, tout ce qui est populaire, efficace, léger et brillant est mis au pilori. Ce snobisme culturel, qui garantit à son lecteur qu’il n’écoutera jamais la même musique que le fils de sa femme de ménage et qu’il ne fera pas la queue au ciné avec n’importe qui, est plutôt risible. L’ennui, c’est quand la mode appliquée à la pensée devient un mode de pensée.
 
Depuis que ce magazine est devenu “le news culturel”, son analyse de l’actualité politique est tout aussi branchée. Toute vérité dérangeante est occultée par les fantasmes gauchistes qui servent d’œillères aux journalistes. Dans le même numéro, un reportage sur le procès des émeutiers de Villiers le Bel tente de faire entrer tant bien que mal la réalité dans le cadre d’une société postcoloniale où des blancs arrêtent, condamnent et emprisonnent des noirs. C’est sans doute un point de vue de mise en scène intéressant quoiqu’éculé mais comme souvent, la vraie vie est ailleurs. Mais la vraie vie intéresse-t-elle vraiment l’inrockuptible ? On peut parfois en douter.

La posture qui interdit à l’inrockuptible de danser à un concert de Springsteen l’empêche peut-être de voir ce qu’il voit, terrorisé à l’idée de penser un jour comme Dupond Lajoie et comme la majorité des Français qui vivent, loin des performers transgressifs et transgenres, des groupes de trip hop hybride et cosmopolites, de l’art qui n’existe pas sans sous-titres, les joies du vivre-ensemble et du multiculturalisme au quotidien.

Mais revenons à l’imposture dénoncée par les Inrocks, pour qui nos amis feraient avancer les idées de la réaction sous la bannière de l’insoumission. Au fait, des rebelles d’opérettes qui pensent comme tout le monde, c’est exactement ainsi que nous voyons les remuants héritiers de la gauche caviar. Alors, qui est bienpensant et qui est politiquement incorrect, qui incarne la doxa et qui est un insoumis ? Dans ce jeu de miroir, où on se renvoie d’un camp à l’autre les mêmes munitions, les mots se sont vidés de leur sens. On pourrait continuer longtemps cette guerre de tranchées à coups de “c’est çui qui dit qui y est” et s’envoyer à la figure de la “pensée unique”, du “politiquement correct” et de la “bien-pensance”, car comme l’explique Kaganski qu’il ne faut surtout pas suivre au cinéma mais qu’on peut suivre dans son raisonnement, la pensée unique, l’aveuglement idéologique, c’est toujours l’autre. On se fiche de savoir qui est rebelle et insoumis même si les uns se font virer des radios et télés ou l’évitent de justesse, sont traînés en justice et sommés de répondre aux accusations répétées de racisme, quand les autres exposent de l’art subversif, insolent et iconoclaste qui se torche dans un drapeau français avec le concours de la FNAC et de France Inter.

Faux rebelles et peut-être pas rebelles du tout, et alors ?

La question n’a pas d’importance et ni Finkielkraut, ni Zemmour, ni notre chef ne courent après l’étiquette de rebelles. C’est le procès qui leur est fait cette fois-ci, celui d’une escroquerie dénoncée : “Des rebelles ? Des opposants à la pensée unique ? Muselés, brimés ? C’est pourtant bien eux qu’on entend partout dans les médias… Et si ces insoumis n’incarnaient que le discours dominant ?” Encore une fois, personne n’a le goût du martyr, en tout cas pas les sépharades de la bande et ces histoires de positionnement sont secondaires. Les majorités de Français qui font les gouvernements, les gens qui voient ce qu’ils voient et qui entendent Finkielkraut, Zemmour et Lévy, sont clients. Et dans les médias, le client est roi. Et c’est ainsi que l’on voit de plus en plus nos nouveaux réactionnaires à la télé. Une majorité d’opinion trouve un écho dans une parole publique qui finit par s’imposer comme l’une des voix légitimes dans les médias. Voilà ce qui forme un “discours dominant”. Cette conquête de la pluralité serait-elle intolérable ? La question semble se poser aux Inrocks et au MRAP où on préfèrera toujours la “pensée dominée”. En attendant, on ne débat pas beaucoup, quand les menaces de censure apparaissent, les pensées s’affrontent peu.

La gauche Médiapart/Inrocks, comme au moment du débat sur l’identité nationale, refuse de débattre de certaines questions et récuse les débatteurs. Dans le dossier des Inrocks, on balaye de la main tout argument “de l’autre camp” avec les mots “réacs” et “conservateurs”, et on y observe nos hérauts par le petit bout de la lorgnette. Si l’inrockuptible semble être l’idéaliste incarné, notre trio est composé d’opportunistes. “Ils sont là pour faire du show, ils sont dans une mécanique du contre qui leur rapporte de l’argent”, déclare Patrick Menais du zapping de Canal. “Il y a un coté jeu de rôle là-dedans, c’est évident. Ils sont devenus ceux qu’on adore détester”, témoigne Pascale Clark, “il pense contre, c’est son fonds de commerce, et il a un public pour ça. Penser contre, c’est aujourd’hui une part de marché”, confie Nicolas Demorand à propos de Finkielkraut. Tout ceci est très élégant et montre que si la différence est partout célébrée, la divergence ne suit pas. On adore la diversité sauf celle des idées. Les opinions cataloguées “réacs” ne sont pas débattues ni même combattues à part au tribunal parce qu’elles ne sont même pas reconnues comme des opinions. Ce ne sont pas des idées mais du show, des postures et des intérêts !

Disqualifier ses adversaires pour éviter tout débat, cette stratégie de résistance à la parole libre (ce qui ne signifie pas qu’elle est toujours vraie) ne tient plus. Sur certaines questions, une opinion longtemps silencieuse, majoritaire dans la vraie vie et encore minoritaire à la télé et c’est très bien comme ça, s’impose, défendue entre de nombreux autres, par nos trois orateurs. Les progressistes de gauche ne l’entendent pas mais c’est sans importance, les Français ne les ont pas attendus.

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  • 18 July 2010 à 21h01

    Expat dit

    Et maintenant je vais aller me coucher lire Bernanos.

  • 18 July 2010 à 20h59

    Expat dit

    @ Rackam : Dan Brown is unbelievably ridicule. I read his first book. Never again.

  • 18 July 2010 à 20h56

    rackam dit

    expat,
    gaffe, le “Via Vaticana” est sulfureux.
    Les méchants sont soit des mafieux soit des prêtres catholiques…
    Bibi, please, don’t tell me you are a Dan Brown fan!

  • 18 July 2010 à 20h52

    expat dit

    @ Bibi – je viens d’acheter ‘The Kill Artist” et de toute façon je n’aime pas Ludlum Je verrai bien !

  • 18 July 2010 à 20h46

    expat dit

    @ Bibi : and have you read Vince Flynn ? It’s trash but good trash (and his politics are good).

  • 18 July 2010 à 20h36

    expat dit

    @ Bibi : thanks so much ! I’ve written it all down – will let you know after I’ve read.

  • 18 July 2010 à 20h14

    Bibi dit

    @Expat,

    I think the first one is “The Kill Artist”. Amazon the rest (try previewing to see whether you like it). They’re a bit slower and slightly more “cultural” than a Ludlum, and keep me scotched to my sea-side chaise-longue). Someone @Weekly Standard shared my appreciative impression.

    For the mélomane, there are 2 thrillers en français by an Israeli violinist (I’ve never heard of, musically speaking), Igal Shamir: “Le Violon d’Hitler” (Plon, 2008 — a great read! Shared impression with my other half and a few other mélomanes) and “Via Vaticana” (Plon, 2010 — waiting for my beach delight).

  • 18 July 2010 à 19h37

    Expat dit

    @Bibi : tu ‘tombes’ à pique. Aie !

  • 18 July 2010 à 19h35

    Expat dit

    @ Bibi : tu tombe à pique, je ne connais pas (c’était mon but tu t’en doutes bien). Je commence par lequel?
    @ oui that is THE question.

  • 18 July 2010 à 18h41

    nadia comaneci dit

    Mister Nothing, j’ai peur que les 25 000 emburquées pour le UK soient également largement sous évaluées. Comment les comptabiliser d’ailleurs ?
    En avant la sociologie. Quartier de bourgeoisie moyenne de l’Ouest londonien entre Ealing et Chiswick, 25 minutes de Westminster par le métro, avec des ilôts de HLM puisqu’à Londres les zones résidentielles et plus populaires sont très imbriquées les unes dans les autres. On passe en quelques centaines de mètres d’une rue proprette typiquement anglaise à une cité. C’est là que se trouve l’école en question. Ma précieuse fille devrait survivre à quelques années d’école maternelle avec des enfants qui viennent du monde entier et surtout de la corne de l’Afrique. Je n’ai pas jugé indispensable de la mettre dans une école française surprotégée. Les femmes intégralement voilées sont dans la moyenne des mères que je croise, d’immigration récente, non anglophones, un enfant par an. Impossible de communiquer, ce sont des fantômes. Pourquoi une progression de 1 à 25 en 2 ans ? C’est THE question.

  • 18 July 2010 à 18h36

    Monsieur Rien dit

    Les Inrocks considèrent A. Finkielkraut, E. Zemmour et É. Lévy comme des « rebelles de pacotille ».

    Les Inrocks seraient donc, eux, de vrais rebelles, des durs, des héros ?

    Je ne connais de ce journal cultureux, snob et bourge – un journal pour groupies, axé sur le showbiz – que ses jugements sectaires sur des films de tradition française qui seraient pétainistes ! Ce papier fait de la résistance !

    Les Inrocks rejettent par principe tout film situé dans le monde rural, s’il n’intègre pas la dimension de l’immigration (*), tout de même assez peu présente à la campagne. Selon ce critère, ces films sont pétainistes car ils évoquent une France idéalisée, celle d’avant les années 60, une « France blanche ». Je vois plutôt dans l’attitude des Inrocks une discrimination des ruraux, un racisme ordinaire.

    Je les connais aussi par S. Kaganski, qui les représente dans Le masque et la plume, tablée de quelques pédants se donnant en spectacle avec narcissisme, tout en parlant un peu de cinéma. Je ne tiens aucun compte de leurs avis, les écoutant parfois pour le pittoresque. Eux aussi – par la voix de S. Kaganski ? – sont durs avec les films pétainistes. D’ailleurs ils méprisent tout ce qui est populaire (**).

    (*) Les asiatiques comptent-ils pour les Inrocks ?
    (**) Si les Inrocks et Le masque avaient existé alors, ils auraient détesté Méliès, Chaplin, Buster Keaton et Max Linder.

  • 18 July 2010 à 18h08

    Bibi dit

    @hathorique,

    Vous avancez vite.
    La prochaine sera un théorème, genre la somme des carrés des deux côtés d’un triangle elliptoïdal est égale au pré-carré vert du côté rougeâtre… :-D

  • 18 July 2010 à 18h04

    Monsieur Rien dit

    nadia comaneci dit : (17 juillet 2010 à 21:46)
    « Cela étant, si elles ne sont que 25 000 pour tout le UK, une bonne centaine
    « s’est donnée rendez-vous dans mon quartier londonien et au moins 25 dans l’école
    « où est scolarisée ma fille. Je me suis toujours demandée comment les maîtresses
    « pouvaient identifier les mères ainsi affublées. Je les reconnais…. à leurs enfants.

    Nadia, pourriez-vous nous apporter quelques précisions d’ordre sociologique ces personnes ?

    Je remarque que 25 femmes voilées dans l’école de votre fille, sur 25 000 (*) dans le Royaume-Uni, cela fait tout de même 1 pour mille, ce qui est énorme. Dans votre quartier elles seraient 4 pour mille.

    Quel est leur niveau de vie ? Familles populaires, classes moyennes ou classes supérieures ? Je suppose qu’elles n’exercent strictement aucun métier pour éviter la promiscuité avec les impurs. S’adonnent-elles surtout à leur intérieur rutilant de propreté ? Ont-elles un niveau élevé d’études ? Ce sont des familles nombreuses ?

    Je ne cherche pas à être indiscret – et si cela vous gêne, ne me répondez pas – mais s’agit-il d’un quartier central, périphérique ou de grande banlieue ?

    (*) 25 000 est un chiffre non négligeable. Quand je pense qu’en France, il y a peu, on les évaluait à 700, chiffre que je crois très fantaisiste, voire fallacieux.

  • 18 July 2010 à 17h55

    Bibi dit

    expat,

    Avez vous lu les thrillers de Daniel Silva avec son héro Gabriel Allon? ;-)

  • 18 July 2010 à 17h23

    Jean PASSE dit

    Merci pour cet article intelligent et bien écrit. Au milieu des inrockbécillités de ce tonneau et des commentaires du tonitruant et bien pensant Demorand (ouf! Il s’en va, pas pour une part de marché, c’est juste plus près de chez lui…), ainsi que des âneries de Clarck dont le seul intérêt est la voix qui fait croire à de l’ esprit (mais on s’aperçoit vite de la supercherie…) c’est bien de voir que certains gardent les pieds sur terre.
    Pour finir il est amusant de constater que tous ceux qui en appellent à l’effort, aux valeurs, au travail, à la transmission, sont vilipendés. Ceux qui font semblant de croire que sans travail le talent peut durer jettent l’anathème sur eux et s’associent pour conserver leur clientèle, décerbrée et bisounoursienne.
    Merci à Finkie et Zemmour de penser contre la mode et les bien pensants. “Le monde sera sauvé par une minorité”.

  • 18 July 2010 à 17h15

    expat dit

    @ hathorique : je peux vous dire que depuis que je viens ici j’apprends beaucoup de choses de beaucoup de monde – je ne fais pas la liste car je risque d’oublier quelqu’un, mais ils savent qu’ils sont. Vous les reconnaîtrez aussi. Aussi, comme chaque année, ils m’aident à construire ma liste de lecture d’été ;->

  • 18 July 2010 à 17h04

    hathorique dit

    @ bibi

    merci me voila rassérénée car en lisant les post je m’instruis et j’apprends beaucoup même si certains provoquent chez moi la ” tentation de l’ile ” mais surtout pas celle dont on cause .

    Bien à vous

    à la prochaine équation

  • 18 July 2010 à 16h00

    Alpin dit

    @Expat,

    Bien le bonjour au soleil.

  • 18 July 2010 à 14h55

    Alpin dit

    @Bibi et rackam,

    Bien le bonjour.

    Bibi,
    Moi non plus je n’ai rien vu dans la presse française,mais qu’y voit-on finalement?

    La totale absence de compte rendu des travaux sur” l’enseignement de la haine”
    en A Saoudite m’ont fixé à cet égard.

  • 18 July 2010 à 14h23

    rackam dit

    Bonjour Alpin,
    très bon papier du Telegraph qui souligne l’ambiguité de la tolérance.
    Soit on est intolérant avec les intolérants, soit, sous prétexte de se montrer “ouvert” on les laisse faire… Comme disait Churchill, soit on a la guerre seule soit on l’a avec le déshonneur en plus.
    Bien sûr la petite vacherie de l’auteur sur le Pape et le “féminisme” est assez tarte, mais bien journalistique…