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Le problème du PS est darwinien

Entretien avec Alain Minc

Publié le 26 août 2009 à 16:47 dans Politique

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Hybride d’un techno et d’un intello, pur produit de la méritocratie française, ami de Nicolas Sarkozy, Martine Aubry et des patrons de toutes obédiences, Minc, “homme de l’ombre” à la française, commente le jeu politique dont il est aussi un acteur.

Vous définissez-vous toujours comme un “libéral de gauche” ? S’agit-il d’une espèce mutante ou de la version chic du “cœur à gauche-portefeuille à droite” ?
Je comprends telle que je vous lis que vous ayez du mal à percevoir ce qu’est un libéral de gauche. Être un libéral de gauche, c’est posséder un mauvais chromosome, atypique dans l’ADN politique ; c’est croire que l’intérêt général existe en dehors du marché mais que l’Etat n’est pas l’expression naturelle et exclusive de cet intérêt général.

On voit bien ce qui relève de la droite et de la gauche dans votre définition mais si on peut appartenir aux deux à la fois, quel sens conserve cette division ?
J’aurais du mal à définir précisément les idées de gauche et les idées de droite mais plus le temps passe, plus j’observe qu’il y a des gens de gauche et des gens de droite. Disons qu’il existe deux sensibilités à l’intérieur du monde civilisé. La permanence demeure, viscérale, dans les comportements : 45 % des Français ne voteront jamais à droite et 45 % ne voteront jamais à gauche. Et c’est bien une affaire d’ADN. En vieillissant, je finis par croire que l’état de nature prend le pas sur l’état de culture. De même qu’on est manager ou entrepreneur, on est de droite ou de gauche. D’où la difficulté des franchissements de ligne.

Venant de vous, c’est amusant ! D’accord, vous avez dû renoncer au Flore mais vous êtes un “sarkozyste de gauche” heureux, non ?
Je le répète, j’avais un mauvais chromosome. Simon Nora, l’un des hommes que j’ai le plus révéré au monde, me disait : “Il est plus douillet d’être la gauche de la droite que la droite de la gauche.”

L’ensemble de la classe politique et de l’intelligentsia s’est penchée avec plus ou moins de gourmandise sur le cas du PS, les diagnostics allant de la A au coma dépassé. Quel est le vôtre ?
Il y a deux PS. Le premier est respectable, profond, puissant. Même après les régionales, il dirigera au moins la moitié des régions, il tient deux tiers des villes et des départements et les gère bien. Et puis, il y a l’appareil national où l’on voit des gens s’affronter pour un hypothétique pouvoir dont on se demande s’il intéresse les “grands élus”. Au fond, ceux-ci veulent veut que leur parti soit au deuxième tour de la présidentielle parce que quand il ne l’est pas comme en 2002, la légitimité locale elle-même est entamée, mais cela ne les dérange pas vraiment que leur candidat fasse 47 %. Avec la droite au pouvoir à Paris, un président de région socialiste reçu à Matignon se voit dérouler le tapis rouge. Si le Premier ministre était Vincent Peillon ou Arnaud Montebourg, il arriverait par l’entrée de service.

À nous les provinces, à eux Paris : comme Marcel Gauchet, vous pensez que le PS s’est résigné à la division des tâches ?
On peut gagner une élection nationale par hasard et d’ailleurs, c’est par hasard que le PS a emporté sa seule victoire depuis 1988, après la dissolution Chirac-Villepin de 1997. Il est donc absurde de croire que l’affaiblissement de l’appareil national disqualifie le PS pour la présidentielle. De plus, il existe aussi la possibilité d’une faute de l’adversaire. Mais gagner sur un projet, c’est une autre histoire. En 1981 et en 1988, les socialistes étaient porteurs de projets, parfaitement antinomiques au demeurant : 1981, c’est l’Alternance avec une majuscule, 1988, c’est la France de Marc Bloch1. C’est d’ailleurs l’équation de toute deuxième candidature : Mitterrand en 1988, Chirac, grâce à un concours de circonstances hallucinant en 2002. Et ce sera celle de Nicolas Sarkozy en 2012.

Il est peut-être dommage qu’elle ne soit pas aussi celle des premières candidatures. D’ailleurs, elle l’est. Dans le verbe. On gagne en coiffant le bonnet phrygien : la victoire de Sarkozy est due au verbe de Guaino.
Pas du tout ! C’est le pari faustien de Sarkozy de ramener les électeurs du Front national qui s’est révélé gagnant, la musique de Guaino n’a fait que l’accompagner. On se fait élire la première fois en rassemblant son camp, la deuxième en brouillant les repères. C’est d’ailleurs la difficulté pour le président : il doit conserver les électeurs ravis au FN, gagner une partie de ceux de Cohn-Bendit et ne pas s’aliéner une partie de la droite traditionnelle. Ce n’est pas un compas facile : il va, je l’espère, gagner, mais il faudra aller chercher les voix pour passer de 28 % à 50 % !

Quoi qu’il en soit, le système politique, en l’absence d’une opposition puissante, semble franchement déséquilibré.
La déliquescence du PS a une conséquence que peu de gens voient, c’est que les syndicats reprennent une place considérable dans le débat public. Depuis le début de la crise, Sarkozy cogère le pays avec les syndicats comme il l’aurait fait ailleurs avec l’opposition. Et ceux-ci se montrent très responsables.

Oui, dans le cadre d’un deal implicite : ils se replient sur leur bastion de la fonction publique en abandonnant à leur sort les salariés du privé. Donc le duo Thibaut/Sarko, c’est vous ?
Pour quelqu’un qui vote Sarkozy et se présente comme le dernier marxiste français – moi – c’est une situation assez favorable. Grâce à cette cogestion, les syndicats espèrent aussi retrouver une légitimité. Avec la réforme des institutions, la loi sur la représentativité syndicale est sans doute ce qui a le plus changé le visage de la France depuis 2007. De quoi s’agit-il ? D’arriver à un mouvement syndical partagé entre un pôle réformiste dur et un pôle réformiste doux. Or, pour le PS, la question syndicale est une maladie héréditaire, l’origine de son mal-être actuel. Il faut remonter à la Charte d’Amiens. Les syndicats ne pouvant être la matrice du parti de gauche, celui-ci ne peut pas être un parti de masse, ce qui surpondère le poids de l’idéologie. Mais le PS n’est pas non plus un parti marxiste car il n’est l’émanation d’aucune force sociale. Il n’est donc qu’une idéologie en quête de serviteurs.

Ou de clientèles. Mais aucun parti n’est plus l’émanation d’une classe sociale.
C’est exact. De ce point de vue, le vote écologiste est très intéressant car il est peut-être une nouvelle manifestation électorale d’une nouvelle classe sociale qui se définit moins par sa place dans le système économique que par son identité culturelle. Les électeurs des Verts sont des gens hyper-diplômés (à supposer qu’on soit hyper-diplômé à bac + 8), assez libertaires dans leur vision de la vie, assez européens et même assez écolos. Sont-ils porteurs d’un double-chromosome ou s’agit-il d’une nouvelle variante d’un chromosome de gauche ? C’est la question.

En attendant que la mutation soit achevée, on peut observer que beaucoup de pauvres votent à droite, et pas seulement en France.
Admettez qu’il est paradoxal que le parti institutionnel de la gauche soit celui qui s’intéresse le moins aux pauvres, parce que les pauvres sont passés du PC envié et honni au FN encore plus honni. N’oubliez pas que 90 % des Français ne sont pas touchés par la crise et font même leur meilleure année en termes de pouvoir d’achat : les retraités, les fonctionnaires, les salariés des grandes entreprises, ceux qu’on peut appeler “la main d’œuvre japonaise”. Mais il y a une deuxième France, “la main d’œuvre américaine”, celle des intérimaires, des CDD et des salariés des sous-traitants. Au lieu de se gargariser de la “relance par la consommation”, idée stupide dans un pays d’épargne, les socialistes devraient sommer le gouvernement de mieux protéger cette France-là. Seulement, cette population n’intéresse pas la gauche parce que ce n’est pas là qu’elle recrute ses bataillons électoraux.

Prononcez-vous : la maladie du PS et de la gauche, donc le remède sont-ils d’abord idéologiques ?
L’idéologie, c’est l’hérédité. Le résultat, on le connaît, c’est que les socialistes parlent à gauche et gouvernent en sociaux-démocrates de centre-droit. Ils ont toujours été comme ça et ne changeront pas. L’urgence, pour eux, est ailleurs. En monarchie républicaine, il faut d’abord produire un leader. Et le PS n’aura un leader que quand il aura changé de constitution – ce qui n’exclut nullement, je le répète, qu’il puisse gagner une élection nationale. Le parti socialiste reste parlementaire dans ses gènes et dans sa vie intérieure alors qu’il évolue dans un environnement totalement présidentiel. Tout se passe à la proportionnelle comme au parlement israélien…

Vous êtes dur…
Il est vrai que ce sont les militants qui désignent le Premier secrétaire. Mais ce fonctionnement institutionnel est à rebours de celui de la Ve République revisitée. Nous élisons le président puis le parlement, eux font l’inverse. Nulle part ailleurs qu’au PS il n’y a un nombre aussi élevé de gens qui ont plus de 130 de QI. La salle Marie-Thérèse Eyquem, où se tient le bureau national du PS, est la meilleure école politique de France. Le problème est darwinien, c’est qu’il n’y a pas de mécanisme de sélection. L’état-major du PS, c’est la chambre des Lords, il n’y a que des Lords à vie et même, maintenant, des Lords héréditaires. Dans le parti de droite, il y a un chef, il élimine, il promeut.

Vous trouvez que ça grouille de talents nouveaux autour de Nicolas Sarkozy ? Beaucoup sont remerciés sans ménagements après avoir été essorés.
S’il n’y a pas grand-monde, c’est parce que Chirac a tué une génération. Et Sarkozy est en train de fabriquer sa génération.

Admettons. Au-delà des clivages politiques, vous dénoncez souvent les manquements des élites – auxquelles vous appartenez.
Je crois que Vichy vient de Louis XIV. La grande différence entre la France et l’Angleterre est qu’en Angleterre, l’aristocratie s’est affirmé contre le roi tandis qu’en France les élites ont été produites par le Roi – et par l’Etat. Par gros temps, cela donne Vichy. Le légitimisme des élites françaises est inconcevable en Angleterre. L’élection de Nicolas Sarkozy montre que la France a changé : que ce pays où “la terre ne ment pas” puisse porter à sa tête un immigré de la deuxième génération était inimaginable il y a quelques années encore.

Etes-vous crédible quand vous vous en prenez aux patrons en évoquant une situation prérévolutionnaire ?
Dans ma “lettre aux patrons”, j’ai voulu frapper les esprits. Certains sont parfois un peu autistes, non pas parce qu’ils sont plus sots ou plus réacs que leurs pères, mais parce que la financiarisation du capitalisme a changé la fonction patronale : un chef d’entreprise passe tout son temps avec ses directeurs financiers et aucun avec les syndicats. Résultat, les patrons vivent dans une bulle et n’ont aucune idée de ce qui se passe dans la société.

Et pour vous, pas d’autocritique pour avoir célébré la mondialisation heureuse ? En supposant même que l’addition soit globalement bénéficiaire, n’avez-vous pas fait peu de cas des vies et des régions sinistrées face aux glorieuses données macro-économiques montrant que le monde galopait sur la voie de la prospérité ? Autrement dit, n’avez-vous pas, cher Alain Minc, péché par idéologie ?
La mondialisation, que vous l’aimiez ou non, est l’équivalent en économie de la loi de la gravitation. Mais nous, les élites, avons survalorisé le poids du rationnel et la normalisation de la société française en pensant que les adaptations économiques seraient acceptées aussi facilement qu’elles l’étaient ailleurs. Cela dit, la situation sociale est étonnamment calme en France. Qui aurait imaginé que nous finirions le printemps avec les étudiants qui passent leurs examens, la consommation qui se maintient, l’absence de véritable violence sociale ? En vérité, je suis estomaqué par la solidité des sociétés occidentales.

  1. Alain Minc fait allusion à cette phrase célèbre de l’historien : “Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.”
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  • 28 August 2009 à 2h26

    H2 dit

    @ Robert Marchenoir a dit

    ” On notera d’ailleurs que dans la même veine, quand on parle “des infirmières” en France, on fait exclusivement allusion aux fonctionnaires travaillant dans les hôpitaux publics. Jamais aux infirmières travaillant dans les cliniques privées, ni aux infirmières libérales. Elles puent de la gueule, celles-là ? Elles sont moins dévouées que les autres ? ”

    Et bien à la vérité ” Robert Marchenoir ” il est vrai que les infirmières du privé sont tout aussi admirables que celles du public et tout autant exploitées.
    Mais voyez la cohérence … si nous parlons le plus souvent des infirmières du public , ce n’est pas parce que celles du privé ” puent du bec ” comme vous le soupçonniez, c’est parce que les premières sont ” fonctionnaires ” et les autres pas.
    Tout simplement.
    Et que si nous parlons plus des unes que des autres c’est pour les défendre contre ceux qui les attaquent.

    A commencer par vous :

    “On rajoute par-là dessus une épaisse couche de moraline sur les infirmières qui sont vachement dévouées — mais si mal payées par le méchant gouvernement, et roule ma poule. ”

    Comme les gens de votre espèce s’acharnent à prendre comme tête de turc ” le fonctionnaire ” hyper précarisé d’aujourd’hui, vous comprendrez qu’on parle plus des premières que des secondes vu que les secondes ne sont précisément pas des ” fonctionnaires ” –

    Voyez la cohérence du propos et l’inconsistance soudaine de votre colère. Un tantinet surjouée il faut bien l’avouer.

    De plus, cela m’ étonnerait fort que vous les défendiez vous, beaucoup, les secondes : les infirmières travaillant dans les cliniques privées.
    A vous entendre, vous n’aimez pas beaucoup la défense des salariés, en général, comme en particulier. Est-ce que je me trompe ?

    Est-ce que je me trompe si je rajoute que vous n’utilisez les secondes que dans l’unique but de dégommer les premières ?
    Allez ” Robert Marchenoir ” sans rire ?
    Vous n’allez tout de même pas croire que vous allez nous la faire celle là…La larme au coin de l’ oeil pour les unes…. et le hachoir dans les omoplates pour les autres.
    Votre seul but est de dégommer toutes politiques publiques. Voilà votre raison de venir ici. Vous vous tapez bien du reste.
    Point barre.
    Alors je me trompe ou je ne me trompe pas ?

  • 28 August 2009 à 1h55

    H2 dit

    @ Averell

    Averell dit :

    ” Et jusqu’à présent ces responsables ont été des Etats ! Je vous écoute !”

    Hou la la ! Mais vos données sont poussiéreuses mon ami. Il y a longtemps que les dits ” Etats ” sont prix en tenaille entre la dette et les réformes néolibérales du FMI ” et qu’ils ne sont plus
    ” souverains ” – Oui certes, on peut se demander s’ils l’ont jamais été …mais disons que depuis les années 80 c’est chose faite : ils ne le sont plus pour la plupart.
    Allez-y voir pour comprendre le mécanisme du crime parfait à visage invisible.

    Quand on force une nation à rembourser via les intérêts plus de dix fois le montant initial prêté par les banques et de l’autre on l’oblige à ouvrir ses frontières pour accepter du poulet cheap de merde venant d’ Europe qui nourriront bien quelques personnes pendant un temps mais ruineront les éleveurs / cultivateurs qui ne peuvent plus vendre le leur, on a , là, la trame d’une famine annoncée.

    Parlez en aux spécialistes ( les humanistes, les autres sont en service commandé ) – Alors bien sûr vous irez, vous, incriminer les ” méchants gouvernements ” qui obéissent. C’est que s’ils n’obéissent pas, on leur envoie l’ armée ! S’ils n’obéissent pas aux mesures du FMI, on s’arrange pour dénier à l’ État de droit son inaliénable constitution. Bref, on s’en moque bien soudainement de l’ État de droit.
    Voyez au Honduras ! Il suffit qu’ un peuple veuille se diriger lui -même pour revoir arriver les gorilles et la vieille armée “contre -insurrectionnelle “.
    Mais il est vrai que le peuple est une insurrection permanente. Il y manque parfois l’adéquate illumination.
    Rien de plus. Rien de moins.
    Oui, évidemment ” pour faire court ” , Averell ” -

  • 28 August 2009 à 1h29

    H2 dit

    @ jerome

    Jerome a dit :

    ” L’Angleterre vire au totalitarisme light justement par manque de liberalisme. ”

    Trop drôle Jerome.

    Il va falloir un peu plus saigner du cerveau la prochaine fois pour penser le nouveau, l’ hybride, l’excès, le ” plus que ” de la saturation, le
    ” cela-n’est-jamais-arrivé-mais-ça -y-ressemble”…etc.
    Et oui, Jerome, il va pas falloir répéter sa leçon apprise par d’autres comme si de rien n’était. Il va falloir un peu plus en chier pour comprendre.

    Vous me comprendrez j’espère ?

  • 28 August 2009 à 1h20

    H2 dit

    @ Averell

    Je ne comprends pas votre expression :

    ” faire sortir les Français de leur trou ”

    A vrai dire oui, l’expression m’effraye, aussi aimerais-je en savoir plus. J’aurai d’autres questions à vous poser. Vous me comprenez, j’espère ?

  • 28 August 2009 à 0h54

    Robert Marchenoir dit

    [Suite]

    Mais cette erreur n’est nullement spécifique à Patrick Mandon. Des dizaines de millions de personnes font la même en permanence.

    Depuis la Libération, une illusion psychologique s’est mise en place dans la mentalité collective française : quand on dit “système de santé”, on pense exclusivement à cette petite partie de l’ensemble constituée par l’hôpital public et la Sécurité sociale, et on la confond avec le tout.

    On rajoute par-là dessus une épaisse couche de moraline sur les infirmières qui sont vachement dévouées — mais si mal payées par le méchant gouvernement, et roule ma poule.

    (On notera d’ailleurs que dans la même veine, quand on parle “des infirmières” en France, on fait exclusivement allusion aux fonctionnaires travaillant dans les hôpitaux publics. Jamais aux infirmières travaillant dans les cliniques privées, ni aux infirmières libérales. Elles puent de la gueule, celles-là ? Elles sont moins dévouées que les autres ?)

    Si le système de santé français marche encore relativement bien (j’insiste sur le “encore” et sur le “relativement”, ça ne va pas durer), c’est, pour une grande part, parce que les vices du secteur public y sont compensés par les vertus du secteur privé. Non sans mal, frictions, inefficacités et grincements de dents, d’ailleurs.

  • 28 August 2009 à 0h44

    Robert Marchenoir dit

    “Notre système public [de santé], s’il connaît actuellement de graves difficultés, demeure une référence internationale, grâce au très haut niveau de compétence de ses personnels soignants, et de leur dévouement civique. ” (Patrick Mandon)

    Encore un mensonge et un mythe. Regardez bien, car le glissement sémantique est tellement habituel qu’il en est devenu invisible..

    Je pense que même un gauchiste forcené m’accordera que le jugement porté par les uns et les autres sur le système de santé français (je n’entrerai pas ici dans la polémique concernant sa qualité) porte… sur le système de santé français.

    Or, ce système n’est pas public. Il est mi-public, mi-privé. La quasi-totalité des médecins de ville exerce dans un cadre que l’on appelle libéral (tiens, tiens…), donc privé. Une partie des hôpitaux est publique, l’autre privée (ces derniers désignés en général sous le nom de cliniques). L’assurance maladie est mi-publique (la Sécurité sociale), mi-privée (les “mutuelles”). Les pharmaciens sont des entrepreneurs privés (exerçant certes dans le cadre d’une législation corporatiste qui les protège fortement contre la concurrence).

    Le choix du médecin est libre (ce n’est pas le cas au Royaume-Uni). Le choix de l’hôpital est libre. Même le choix du médecin au sein de l’hôpital est libre. Vous pouvez, librement, prendre un rendez-vous auprès du service du professeur Machin ou du professeur Truc.

    Certes, ce dernier point est un peu atténué, en pratique, par le fait que si vous voulez absolument être examiné par le grand professeur Trucmuche qui passe à la télé, mieux vaut vous armer de patience, d’un bon piston, ou d’une bonne liasse de billets pour être admis à sa consultation privée, au sein même du formidable hôpital public que-le-monde-entier-nous-envie.

    Et bien entendu, toutes ces libertés théoriques sont, à l’occasion, limitées par la sélection par la file d’attente, qui s’opère inéluctablement, à un moment ou à un autre, quand un service est a) public, b) apparemment gratuit — je dis apparemment, car il est bien évident que rien n’est gratuit : chacun finit par payer via ses impôts et ses cotisations, de façon plus ou moins injuste.

    Mais ces évidences, connues de tous, sont balayées par le surmoi communiste français. “Tout le monde sait bien que” le système de santé français est public, et que c’est cela qui fait son immense supériorité sur les systèmes de ces connards, de ces enculés, de ces pédés d’Anglo-saxons (ah non, merde, je retarde un peu, mes excuses à nos amis homosexuels, ce n’est plus une insulte, c’est un titre de gloire — enfin profitez-en vite, vous avez une fenêtre de tir qui va rapidement se refermer avec l’arrivée au pouvoir de nos amis musulmans).

    Donc, un type qui n’est pas un abruti complet comme Patrick Mandon, qui a même probablement une certaine culture, peut vous glisser au coin d’un raisonnement, sans que cela apparaisse immédiatement comme l’énormité que c’est en réalité, la petite phrase suivante : “notre système public de santé”.

    L’ennui est que le mot “public” est faux, et que si vous l’enlevez, la totalité du raisonnement s’effondre, aussi sûrement que si vous enlevez l’escabeau, le gars qui repeint le plafond va se casser la gueule, et sera bien en peine de s’accrocher au pinceau.

    Mais cette erreur n’est nullement spécifique à Pa

  • 27 August 2009 à 23h34

    De Facto dit

    Quelqu’un veut-il se dévouer pour indiquer à Marchenoir que 1984 est un roman prophétique mais un roman. Et que George Orwell n’est pas le pseudonyme d’Ayn Rand mais d’Eric Blair et qu’il fut un “degauche” comme il dit ce dextremedrouate.
    Quelqu’un peut-il aussi lui signaler qu’il ne doit pas cesser de lui-même les prises d’haldol et de valium, même s’il pense qu’elle lui ont été prescrites par un médecin kaguébiste et enfin que la caméra qui est récemment entrée dans son intimité n’était pas utilisée pour la télésurveillance mais pour une coloscopie.
    Merci.

  • 27 August 2009 à 22h32

    Averell dit

    @ H2
    Je suis très naïf en effet. Aussi aimerais-je en savoir plus sur cette histoire de “génocide humain par la faim”. Désignez-moi les responsables ! Car il y a toujours des responsables derrière un génocide ! Et jusqu’à présent ces responsables ont été des Etats ! Je vous écoute !

  • 27 August 2009 à 22h23

    jerome dit

    H2: pour dire que “moins d’Etat” c’est le debut du fascisme il faut etre tres fort.
    Par definition, le liberalisme est l’exact oppose du fascisme et ce dernier repose, la encore par definition, sur le “plus d’Etat”.
    Le liberalisme, c’est tout simplement la liberte des individus et cela implique la democratie.
    L’Angleterre vire au totalitarisme light justement par manque de liberalisme.

  • 27 August 2009 à 22h15

    Averell dit

    Je savais qu’avec cette histoire d’impôts je ferais sortir des Français de leur trou. Je le savais et je m’en amuse beaucoup.

  • 27 August 2009 à 22h12

    Patrick Mandon dit

    Le quelconque-qui-ne-veut-pas-payer-l’impôt : vous vous enfoncez dans un marasme d’épicier.

  • 27 August 2009 à 22h03

    Averell dit

    @ H2
    Je vous remercie de votre long post qu’il me faut avaler à toutes petites bouchées tant vous y mettez d’ingrédients. Tout d’abord, qu’entendez-vous par “l’appareil représentatif de l’Etat” ? L’expression m’effraye, aussi aimerais-je en savoir plus. J’aurai d’autres questions à vous poser.

  • 27 August 2009 à 21h51

    H2 dit

    @Averell

    Le “ainsi de suite” c’est quoi ?

    Les déportés travailleurs- esclaves des entreprises privées IG-Farben ou encore Krupp pendant la seconde guerre mondiale ?
    Des Travailleurs-esclaves de l’entreprise Total en Birmanie ces derniers temps ?
    Le Féminicide aux alentours des ” maquiladoras” au Mexique ?

    Il y a plusieurs types d’ État selon l’action citoyenne et sa représentativité. Il ne faut pas tout confondre.
    Si nous voulons renforcer la démocratie et l’appareil représentatif de l’ État , nous le pouvons, l’ Histoire l’a montré au sortir de la seconde guerre mondiale.
    L’on ne saurait confondre un État totalitaire ( de droite ou de gauche ) d’avec un État démocratique ( ni de droite ni de gauche mais représentatif selon les élections et la volonté populaire d’une politique et de sa mise en œuvre … enfin en théorie !!! ) –

    Le problème dans cette mystification de l’idéologie libérale du ” moins d’ État ” c’est qu’on le rend impuissant à transformer quoi que ce soit mais on lui accorde de garder la police, l’armée et la dite Justice. On se demande bien au service de qui ?

    Cela ressemble sacrément à un État proto-fasciste où celui -ci n’est encore présent que pour assurer au plus fort la jouissance de sa proie.

    L’idéologie libérale du ” moins d’ État” est une autre façon de spolier le peuple de ses droits et de vider toute idée de volonté & de création populaire.
    Total bénéfice pour ceux qui ont tout et ne veulent rien perdre.
    Nous le voyons aujourd’hui où les types viennent de se voir renflouer par les contribuables et se partagent le magot comme si de rien n’était, tellement leur obscénité et leur obsessionnelle compulsion les avait fait sortir du règne humain. Ils ne changeront rien.
    Le système ne se réformera pas.
    Cela viendra non pas d’ ailleurs mais bien du dedans. Le peuple n’acceptera plus.
    Le grand Réformateur cela a toujours été lui et les hommes qu’il a su se donner dans l’ Histoire pour le représenter.Pas ceux qu’on lui a imposé par la force.

    Très cher ” Averell” , tu sembles bien à l’abri du besoin pour parler avec tant de naïveté.
    Crois-tu qu’une entreprise privée te soignerait
    ” gratis” ( mutualisation des soins et des coûts ) si tu attrapais demain le SIDA ?

    Laisse moi rire. Tes grands ” libéraux ” te laisseraient crever ” librement “.
    Comme chaque année où rien n’est fait pour mondialement stopper le génocide humain par la faim. Car cela les arrange nos chers libéraux cet inégalité de traitement. Ce nettoyage ethnique à grande échelle.
    Oui, dans ce cas là, tu crèverais la bouche ouverte en pleurant devant l’incroyable ingratitude de la nature humaine. Tu n’aurais oui, que tes petits yeux pour pleurer. D’autres auraient leur compte en banques. Certes. Mais pas pour toi.
    Tu comprendras peut -être un peu mieux pourquoi l’ État démocratique ponctionne le 7 % minuscule du ” notaire ” !
    Un notaire qui s’enrichit en plus sur le bien d’autrui lui aussi ! En en foutant pas une grande rame, il faut bien l’avouer. Juteux bénéfices pour si peu d’efforts. Mais soit !
    Tu acceptes que cet individu ait pleine jouissance sur le bien d’autrui par ses services rendus et les grâces commissions qu’ il s’octroie au passage, mais tu n’acceptes pas dans un cas équivalent que l’ État démocratique pourvoie à ta santé ?

    Étrange philosophie.
    As tu une petite idée du coût des médicaments contre le SIDA pour ne prendre qu’un seul exemple parmi tant d’autres ?
    Mais encore une fois peut-être en as tu les moyens. Ceci dit un revers de fortune n’est jamais impossible et même une paie de notaire n’arriverait pas à payer les médicaments sur le long terme. Réfléchis -y bien tout de même.
    Et puis quelle gloire politique y aurait -il a exterminer des millions d’individus pour garantir le petit plaisir d’un seul ? Fut -il notaire ?
    Ne vaut -il pas mieux mutualiser les coûts ? N’est -ce pas plus majestueux comme geste politique que la petite aigreur étriquée de ta métaphore notariée ?

    Par rapport à la critique que tu fais à l ‘État et sur l’ Imposition, la fais -tu à l’entreprise privée lorsque tu paie le péage d’autoroute ?
    Non ?

    Tu devrais, car elle, elle te nique la gueule grave. Non seulement les autoroutes ont déja été payé par les Français, depuis belle lurette, mais en plus ils les repaient (!) sans que ça ne servent plus leurs intérêts différés.
    L’entreprise privée d’autoroute non seulement ne te soignera pas demain , mais en plus elle augmentera ses tarifs de façon disproportionnées, rien pour gaver ses actionnaires un jour de Noël , bien au delà des frais d’investissements, qu’elle ne fait d’ailleurs pas toujours. Super non ?

    Désengagement de l’ État ?
    Soit tu es riche comme Madoff soit tu te crois immortel très cher “Averell”.
    Aux dernières nouvelles, Madoff a un cancer.
    Et dire que ce sont encore les contribuables américains qui vont payer pour lui ! Double arnaque ? Ce n’est pas faux.
    Disons qu’ à la différence de Madoff et de ses amis néolibéraux, il subsiste encore quelque part un penny d’ humanité.

  • 27 August 2009 à 21h39

    rackam dit

    D’un côté, on se réjouit de n’avoir pas la version sonore de l’interview: Alain Minc prononce toute phrase avec le sous-titre “qu’est-ce que je suis intelligent!”. Il est pire à entendre qu’à lire.
    D’un autre, on regrette de ne pas entendre le ton d’Elisabeth Levy, dont certaines questions ne témoignent pas du “service de soupe” qu’on aurait craint.
    Causeur sonore: à quand?

  • 27 August 2009 à 21h00

    Patrick Mandon dit

    Quelqu’un : «Pour ma part, j’ai toujours considéré l’impôt (tout impôt) comme illégitime.». Bientôt, le même personnage demandera qu’on déclare illégal le système de sécurité sociale. Puis il exigera que l’on fasse le tri à l’entrée des hôpitaux : à gauche les malades pauvres, à droite, les malades riches. Les uns et les autres passeront sous un porche, qui affichera la qualité des soins qu’ils recevront et leur espérance de vie, pour une même maladie, en fonction de leurs revenus.
    L’argent ne doit pas faire le bonheur des pauvres !

  • 27 August 2009 à 20h50

    Patrick Mandon dit

    Robert Marchenoir est un fameux adversaire, malheur à qui tombe entre ses griffes ! Il a la rhétorique à la fois expéditive et documentée.
    Expéditive : «Foutaise habituelle des intellectuels français, qui parlent d’autant plus fort qu’ils ne savent rien et se contentent de recycler des mythes.»
    Vlan ! Prends ça dans les dents, Mandon : mystificateur, va-de-la-gueule, ignare !
    Documentée : «Le salaire moyen d’un généraliste est de 9 600 € par mois. Certains gagnent plus de 28 000 € par mois.». On comprend que M. Marchenoir ajoute, considérant ces salaires : «ils n’ont aucune incitation à travailler plus, et en particulier le soir et les jours fériés. ». En effet, pourquoi travailler plus si c’est pour gagner autant ?
    M. Marchenoir est implacable, : «le système de santé [anglais] est communiste. […] Comme à Cuba.».
    Dans ma récente intervention, je n’illustrais pas le mauvais état de la société anglaise par l’exemple du système hospitalier, mais parlons donc de ce sujet. L’Angleterre a inauguré, avant nous, le mode du médecin «référent» ; un généraliste hospitalier, accueillant le malade à son arrivée, puis l’orientant vers unl spécialiste. Nos généralistes, pour la plupart exerçant à titre privé, jouent désormais ce rôle, mais à l’extérieur de l’hôpital. Notre système public, s’il connaît actuellement de graves difficultés, demeure une référence internationale, grâce au très haut niveau de compétence de ses personnels soignants, et de leur dévouement civique. Nous touchons à l’essentiel, à ce qui fait surgir le «marchenoirisme» ! Le Comité national des républicains américains a déclenché la colère de la presse anglaise., en déclarant : «Le NHS est un système orwellien, il incarne le mal socialiste.» (tiens tiens ! ). Ces propos visaient Barack Obama, qui a le projet d’agrandir la couverture sociale. Le «Times» rétorque que «l’accès universel aux soins est la marque d’une société civilisée» et démontre «que les valeurs nationales de justice et de compassion» existent au Royaume-Uni. Il ne se prive pas de dénoncer le «Léviathan bureaucratique» mais déclare «fondateur» le principe de solidarité sociale. Il juge «inefficace et inéquitable» le système de santé américain. Dans «Financial Times», Clive Crook moque les adversaires d’Obama, qui «se sont trompés de cible».
    À propos de cible : une affiche circule actuellement aux USA ; elle figure une balle de fusil, comme une menace contre ceux qui veulent «civiliser» l’accès aux soins en Amérique. À votre santé, M. Marchenoir !

  • 27 August 2009 à 20h13

    Averell dit

    On évoque des dérives totalitaires, des dictatures libérales, et j’en passe. Pour ma part, j’ai toujours considéré l’impôt (tout impôt) comme illégitime, et je me sens très proche de bien des thèses anarcho-capitalistes. Les humiliations que fait subir l’Etat au citoyen sont tellement nombreuses et violentes que ce dernier ne dit plus rien et se répéte qu’il est probablement protégé par ce qui l’humilie… Il est hébété, sonné. Un exemple parmi tant d’autres : comment accepter que l’Etat exige environ 7 % (frais de notaire) lorsqu’une personne fait l’acquisition de sa maison ? Et ainsi de suite.

  • 27 August 2009 à 19h51

    FélixRenédeSessandre dit

    @ zyx

    Il faut compter deux noix pour une gaule.

  • 27 August 2009 à 19h36

    Zyx dit

    @ Patrick Mandon

    “Il en fallu deux pour relever la France”
    Deux gaules ou de noix?

  • 27 August 2009 à 19h16

    laborie dit

    Coupapapapate est de retour…nous sommes sauvés