Le plus élégant de nos philosophes sort un essai sur la beauté | Causeur

Le plus élégant de nos philosophes sort un essai sur la beauté

Comme un décret intime… de Frédéric Schiffter

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 23 septembre 2012 / Culture

Mots-clés : ,

Frédéric Schiffter sort un essai sur La beauté

Frédéric Schiffter signe parfois dans Causeur mais il fait surtout du surf quand il n’est pas professeur de philosophie. Il s’agit, en fait, d’un merveilleux nihiliste balnéaire qui refuse tous les dogmatismes. Il s’est longtemps targué d’être « l’essayiste le moins lu de France » à l’époque où il publiait son Contre Debord, ses Pensées d’un philosophe sous Prozac ou encore ses réflexions Sur le Blabla et le Chichi des philosophes. En 2010, le prix Décembre s’est chargé de le contredire en le couronnant pour Philosophie sentimentale. Son dernier livre, La beauté, sous titré « Une éducation esthétique » est une introduction idéale à l’œuvre de ce dilettante au sourire aimable, désespéré et d’une extrême civilisation.

Il y a une méthode Schiffter pour traiter des grandes questions. Elle consiste à cacher une extrême érudition, une armature théorique très solide sous les apparences de la plus charmante des conversations et de variations autobiographiques sur le flirt, la cinéphilie, les après-midi de lecture, les automnes à Biarritz. D’une certaine manière, la beauté est déjà dans cette méthode. Un livre philosophique sur la beauté est en effet rarement beau. Le philosophe universitaire, espèce honnie par Schiffter comme l’est aussi le philosophe médiatique qui confond la pensée et le développement personnel, appartient à ce genre de pervers qui, lorsqu’ils voient une jolie fille s’exclament : « Tu as vu cet admirable squelette, ce crâne ! Tu auras beau dire, les brachycéphales, c’est tout de même quelque chose ! »

La beauté, selon Schiffter, existe toujours. Elle est là, à portée de cœur, souvent parée de la discreción chère à Baltasar Gracián. Seulement, comme les cabines téléphoniques, elle est en voie de disparition. Non pas parce qu’elle n’existerait plus mais parce que les conditions pour l’éprouver et en jouir deviennent de plus en plus difficiles à réunir. Il faut ainsi, entre autre, aimer le silence et savoir se situer hors du temps, attitude que Schiffter appelle « achronique », ce qui est particulièrement difficile dans un monde connecté à lui-même vingt-quatre heure sur vingt-quatre dans un présent perpétuel sans mémoire.

Si Rimbaud, (Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée,) Dada et les Surréalistes ont fait semblant de ne pas l’aimer, c’était déjà pour mieux lui redonner des couleurs dans un temps où la bourgeoisie la figeait dans des formes académiques. Le véritable ennemi de la beauté, pour Schiffter, aujourd’hui comme hier est ce que Schopenhauer appelait « le Philistin ». Pour le Philistin la fréquentation de beauté n’est jamais une expérience intérieure mais un spectacle fléché comme un son et lumière, une obligation sociale alors que Schiffter est plutôt et définitivement du côté du grand poète Philippe Jaccottet :
« Elle n’est pas non plus donnée aux lieux étranges
mais peut-être à l’attente, au silence discret ;
à celui qui est oublié dans les louanges
et simplement accroit son amour en secret. »

Frédéric Schiffter, La beauté (Autrement, 14 euros)

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 28 Septembre 2012 à 11h45

      Vassili R dit

      Ahhh, qu’ils étaient beaux les quais de Paris, romantiques et immuables… sans Paris plage! Qu’elles étaient belles nos rues, l’hiver… vous imaginez Belmondo dans A bout de souffle, s’écroulant touché à mort, sur les pavés de la rue Campagne-Première, au pied d’un Vélib’ ?
      “les conditions pour l’éprouver et en jouir deviennent de plus en plus difficiles à réunir”, surtout depuis qu’un certain Bertrand à la mairie, a décidé de prendre notre environnement en mains!

    • 24 Septembre 2012 à 15h14

      Alpin dit

      Pour Stendhal,la beauté était “une promesse de bonheur”.

      Promesse souvent illusoire et si difficile à vivre pour une femme dans un monde hyper-mimétique .

      Ayons pitié des très belles …qui le sont souvent,trop, pour le bonheur.

      • 24 Septembre 2012 à 16h11

        Etoile Vesper dit

        Faux : moi qui suis très belle, je suis très heureuse.
         

        • 24 Septembre 2012 à 16h15

          borgoloff dit

          Très belle : j’allais vous le dire !

        • 25 Septembre 2012 à 7h44

          Alpin dit

          @Etoile Vesper,

          Bonjour,

          Comme au poker,nous devons vous demander:
          “pour voir!”.

          PS:Mais dans le cas où,vous pourriez jouer à cette hauteur,Madame,…”pourvu que cela dure!”

    • 24 Septembre 2012 à 13h37

      brindamour dit

      Et vous ne voulez pas le sucer en plus.

    • 23 Septembre 2012 à 20h28

      laborie dit

      j’aime aussi les dolichocéphales façon Giacometti…