Le piège d’Huntington
Du délicat usage du futur en histoire
Publié le 28 décembre 2008 à 11:42 dans Monde
Mots-clés : Philosophie
Samuel Huntington vient de s’éteindre sur l’île de Vineyard (Massachussetts) à l’âge de 81 ans. Si le politologue américain s’en va les mains vides, il nous laisse en revanche un bien lourd héritage : une nouvelle vision du monde. La parution au début des années 1990 du Choc des civilisations – et la fortune médiatique de l’ouvrage après le 11 septembre 2001 – est, en effet, l’un des événements majeurs dans l’histoire récente des idées politiques.
Dès la publication du livre, intellectuels, médias et opinions publiques en Occident se divisent en pro- et anti-Huntington. Mais le vénérable professeur de l’université d’Harvard (ancien conseiller de Jimmy Carter) ne s’est pas contenté d’établir une nouvelle grille de lecture de la géopolitique mondiale, il a posé les conditions et le cadre du débat. “Si le XIXe siècle a été marqué par le conflit des Etats-Nations et le XXe par l’affrontement des idéologies, écrit-il, le siècle prochain verra le choc des civilisations car les frontières entre cultures, religion et race sont désormais des lignes de fracture.” De quoi faire regretter la Guerre froide : “La chute du communisme, résume-t-il, a fait disparaître l’ennemi commun de l’Occident et de l’islam, de sorte que chaque camp est désormais la principale menace de l’autre.” Pour Huntington, le problème de l’Occident n’est pas l’islamisme, c’est l’islam.
Quel trouble fête, cet Huntington ! Le monde entier s’apprêtait à goûter aux délices du droit-de-l’hommisme et du commerce, et voilà qu’un fâcheux la ramène avec ses histoires de religions, de cultures et autres sujets d’embrouilles. Sans autre forme de procès, beaucoup vouent alors aux gémonies l’idée de choc des civilisations, pour adopter la positive attitude. En 2005, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, commande un rapport et convoque un forum sur “l’Alliance des civilisations”. Ce faisant, pro- comme anti-, contribuent tous à la hauteur de leurs moyens à justifier la thèse d’Huntington, en accordant une importance inouïe à la question des civilisations dans les affaires internationales. Là où Sartre avait échoué à faire du marxisme “l’horizon indépassable de notre temps”, Huntington a réussi : il a érigé la notion de civilisation en horizon indépassable de la politique. En clair, le camp du Bien est tombé la tête la première – et ne s’en est toujours pas rendu compte – dans le piège d’Huntington.
Il s’est bien trouvé ici et là des intellectuels pour remettre en cause le présupposé du politologue américain1. Mais leur voix singulière est restée inaudible quand, sur les plateaux de télévision, la mode était de poser la seule question qui vaille : “Le choc des civilisations, vous êtes pour ou contre ?” Avouons que le livre de Huntington se prêtait bien au jeu du barnum médiatique : simple, simpliste même, tenant tout entier dans une phrase écrite en 1993 dans la revue Foreign Affairs : “The conflicts of the future will occur along the cultural fault lines separating civilizations.” (Les conflits à venir se produiront le long des lignes de fracture culturelle qui séparent les civilisations.)
La première difficulté tient à l’emploi inconditionnel qu’Huntington fait du futur. C’est une vieille lubie chez les intellectuels – à la fin du XVIIe siècle Spinoza écrivait dans le Tractatus : “Prophetiam nunquam prophetas doctiores reddidisse.” (Jamais la prophétie n’a rendu plus doctes les prophètes.) Or, Huntington se livre à des prédictions, rend ses oracles, prend des paris sur l’avenir, sans même avouer à un moment ou à un autre que son livre relève de ce genre littéraire mineur qu’on appelle la science-fiction. C’est le problème essentiel du Choc des civilisations – et, du même coup, l’une des raisons de l’engouement qu’il a suscité auprès des médias et du grand public : on prête une oreille d’autant plus attentive à Cassandre et à Jérémie qu’on ne comprend rien aux événements qui se succèdent autour de soi. Il est beaucoup plus vendeur d’expliquer la marche actuelle du monde suivant un prisme simple que d’essayer d’intégrer, dans la lignée de Fernand Braudel ou de Raymond Aron, la complexité de toutes les interactions à l’œuvre dans les relations internationales.
Il faut aussi se remettre en mémoire le contexte dans lequel est paru le livre. Non pas, comme on le croit aujourd’hui rétrospectivement, celui du 11 septembre 2001, mais celui du 9 novembre 1989… Face à Francis Fukuyama qui croit relire Hegel à l’ombre du mur de Berlin et proclame la fin de l’histoire, Huntington fourbit les armes : à l’ordre bipolaire qui avait fait les belles années de la Guerre froide, succède un désordre multipolaire dans lequel coexistent, pacifiquement ou pas, huit blocs qu’Huntington appelle “civilisations”. Civilisations, quézako ? C’est une notion hybride que le politologue d’Harvard a obtenue en mixant un peu de Braudel, un peu de Toynbee et beaucoup de Spengler. Son mécano théologico-ethnico-politique lui permet de diviser le monde en huit régions d’importance inégale : occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slave-orthodoxe, latino-américaine et africaine. Dans ce partage du monde, le fait religieux occupe une place prépondérante. Huntington se veut disciple de Braudel, mais chez l’historien français, la religion n’est que l’un des traits de caractères d’une civilisation, une partie seulement de la grammaire subtile qui la constitue. Quand Braudel utilise la notion de civilisation pour décrire et comprendre la complexité du monde, Huntington la dote d’une existence, d’une individualité et d’une volonté propres. Il substantifie ce qui n’était jusqu’alors qu’un concept.
Le paradoxe d’Huntington nait ainsi du fait qu’il généralise à l’ensemble des sociétés concernées et, partant, au monde entier, le modèle théologico-politique que porte en lui tout radicalisme religieux (qu’il soit musulman, juif ou chrétien). Pour lui, le fondamentalisme a déjà gagné la partie et tous les progrès de ce que l’on appelait précisément au XVIIIe siècle la civilisation2 sont voués à l’échec. L’islam – et non l’islamisme – voilà encore une fois l’ennemi pour Huntington…
La limite de cette théorie géopolitique, c’est la réalité elle-même. Huntington ne s’en embarrasse guère. Ainsi, comme la Turquie est membre de l’Otan depuis 1952 et qu’elle est arrimée au bloc occidental, la retire-t-il purement et simplement de la civilisation musulmane ? Non. Faut que ça rentre, quitte à forcer un peu. Dans le fond, Huntington voit une toute petite partie de la réalité à partir de laquelle il extrapole le reste. Or, en matière de choc des civilisations, on peut dire tout et son contraire : l’histoire et l’actualité sont d’inépuisables réservoirs d’exemples et de contre-exemples, de paradoxes et d’illustrations. Le Choc des civilisations, c’est une cosmogonie, un récit pour tous, de 7 à 77 ans. Et l’on peut justifier à partir de ce récit toutes les politiques possibles.
Pour autant, il se pourrait bien que le monde ne se laisse pas enfermer dans le système d’Huntington et continue à marcher comme il l’a fait jusqu’à présent, c’est-à-dire d’une manière assez chaotique et compliquée. Comme le dit Julien Freund, quand bien même elle est le présupposé de toute politique, la relation ami-ennemi n’est jamais fixée d’avance ni pour longtemps. Quant aux civilisations, on sait depuis Montesquieu qu’elles n’ont nullement besoin les unes des autres pour disparaître. Lorsqu’Alaric assiège Rome après l’avoir servie, l’Empire n’est déjà plus qu’un lointain souvenir et la civilisation romaine un tas de décombres. Les sociétés ne meurent pas en se cognant les unes aux autres, mais en se suicidant avec une patience et une lente ardeur qui forcent le respect.
Le malheur d’Huntington est d’avoir voulu endosser les habits du prophète et prédire l’imprédictible. Restent une grammaire simpliste du monde et huit bonnes grosses “civilisations”, qu’il abandonne orphelines à ses zélateurs comme à ses détracteurs.
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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine.
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Pirée dit
Si l’intervention en cours affaiblit le Hamas, le prestige du Hezbollah se trouvera renforcé.
C LA ROSE dit
@ Blue Rider
Merci de votre longue réponse. Ce n’est pas parce que je suis plus que sceptique par rapport aux thèses “conspirationistes” que, pour autant je penserais que les “manipulations” n’existent pas.
Les états défendent avec âpreté leurs intérêts, et même, à l’intérieur de ces états des groupes de pression en tout genre, qui ont intérêt à faire de la désinformation. Il y a aussi des secrets bien gardés.
Ce qui me dérange c’est l’idée d’une causalité organisée à tous les désordres du monde.
Au revoir,
C LA ROSE
Blue RIDER dit
@BELLINI:
Votre naïveté n’a d’égale que votre mauvaise information. Lisez par exemple “LES ARMEES SECRETES DE L’OTAN”, de Daniele Gänser. Vous y lirez par exemple que les brigades rouges en Italie ont été instrumentées par la CIA pour contenir la montée du PCI (à cette époque, les idéologies comptaient encore à cause de la puissance soviétique), que l’attentat en gare de Bologne en 1982 était un chef d’oeuvre de terrorisme d’Etat via les milices d’extrème droite GLADIO. Même Romano Prodi l’a reconnu. Et puis vous conviendrez, si vous lisez Robert Stinnett / DAYS OF DECEIT, que Pearl Harbor fut “plus que sans doute” instrumenté par Roosevelt, qui implicitement décida donc de laisser exposée cette base (mais pas ses porte-avions), au risque de perdre 2896 hommes (tiens, le même chiffre que les 2972 victimes du 11/9/2001, décrit immédiatement comme “un nouveau Pearl Harbor” par Bush II…). Pour le Viet-Nam, les vedettes viet-minh de l’incident du Golfe du Tonkin étaient en fait américaines (tiens, comme cette idée de Cheney, de faire construire des vedettes iraniennes pour simuler une attaque contre la NAVY dans le détroit d’Ormuz, idée dénoncée par l’armée elle-même, que Cheney écarta officiellement à cause du risque de pertes humaines américaines, tu parles!!!) … En 92, ce sont les services secrets britanniques qui tentèrent à Tripoli un attentat contre Khadafi, lisez le bouquin de Machon/Shayler. Et en France, je ne vous parle même pas d’AZF, car là malheureusement, l’année 2009 nous réserve une pantalonnade de première au printemps qui verra TOTAL au banc complaisant des accusés alors que, comme dit la série, “la vérité est ailleurs”.
Le terrorisme est seulement musulman? Sans blague… et que penser de GAZA, alors? C’est plus que du terrorisme institutionnalisé, c’est un génocide lent qui dure depuis 1947. D’un côté de misérables roquettes qu’on nous ferait presque passer pour des missiles (nucléaires???) à écouter le 20H00 pro-israélien, de l’autre: F16, APACHES, bombes intelligentes, chars, transports de troupes blindés, obusiers, fusils automatiques, le tout américain et de premier choix (côté nord, installation en cours d’un radar US dernière génération qui raccourci de 10 minutes la prévention antimissile, et qui sera géré par l’armée US elle-même sur le sol israélien).
Terrorisme? Qui menace le plus? Qui crée la tension avec 800 bases extérieures et 11 porte-avions nucléaires dans le monde? Qui instrumente Ben Laden, qui papotait avec un chef de la CIA en Juillet 2001 à l’Hôpital américain de Dubaï (LEFIGARO/Labévière), qu’on retrouve à l’hopital de Rawalpindi au Pakistan (sous protection américaine via ISI / Times of India) juste après les attentats… terrorisme islamique ?… Mon pauvre ami, vous êtes bien naïf! Avec la chute du communisme, la mondialisation des échanges, le hold-up de 2000 (affaire DIEBOLD) sur la présidence américaine par une bande de gangsters du pétrole, c’est vers le pétrole, la coca et le pavot qu’il faut se tourner cette fois, pas vers Allah, qui lui ne rapporte pas un clou.
Enfin pour finir, @ C LA ROSE,
Huntington c’est du sérieux. En France, des gens comme par exemple JL Mélenchon l’ont dénoncé brillamment, comme origine d’une dangereuse dérive communautariste de la notion de laïcité, à l’encontre même de l’esprit universaliste des lumières.
Concernant les théories conspirationnistes, étant moi-même un lecteur assidu de Gänser, Elsässer, Mossadec-Ahmed, David Ray-Griffin, Webster Tarpley, Michael C. Ruppert, Daniel Hopsicker, Christopher Bollyn, Andreas Von Bülow, que je vous recommande de googleiser, je souris… Ce n’est pas parce que des “illuminés” infestent le net, notamment comme vous le soulignez, à propos de ce bouquin des “sages de Sion”, que toutes les attitudes dites “conspirationnistes” sont loufoques. D’ailleurs celle citée souvent en exemple, à savoir celle qui soutient des théories alternatives (qui demandent une nouvelle enquête) concernant les attentats de 2001, n’est finalement qu’une variante de la seule théorie conspirationniste qui a inondé les rédactions depuis 8 ans, à savoir celle des rapports officiels délivrés par des commissions (JOINT COMITTEE, 911 COMMISSION REPORT) ou organismes (FEMA, NIST) sous contrôle présidentiel (depuis BUSH II, le directeur du NIST est nommé par le président), et qui rendent responsables des attentats un complot islamiste dont les éxecutants étaient armés de cutters, les financiers toujours dans la nature (affaire Abu Zubayda par exemple), le chef présumé non inculpé par le FBI par manque de preuves (dixit Rex Tomb, porte parole du FBI, Mars 2006, à un journaliste du site muckrakerreport, vérifiable sur le site du FBI lui-même ), les responsables de négligence jamais inquiétés au sein du NORAD, de la FAA, de l’USAF, du DoD, voire même promus, les restes des avions quasi pulvérisés (voire quasi inexistants comme au Pentagone ou à Shanksville) … sauf des cutters, bandana, passeports et autres cartes bleues à peine vermoulues de pirates et de certains passagers… bref, continuons de sourire…. car pour qu’un simple internaute comme moi doute, avec des millions d’américains simples citoyens eux aussi, c’est que les ficelles sont grosses. Soyons patients, le dossier en vaut la peine. Il a déjà coûté la vie à pas mal de monde (Barry Jennings le 19 Août dernier, 3 princes saoudiens et un ministre pakistanais en 2002, John O’Neill dans les tours etc…) mais il reste encore des whistleblowers et des témoins. Sibel Edmonds ou April Gallup par exemple, à googleiser…
… et j’en resterai là, je ne veux pas non plus devenir trop lourdingue avec ce thème qui m’est cher, et que je vous convie désormais à approfondir sans parti pris ni naïveté. Que cet Huntington serve au moins à quelque chose que je trouve utile et sain pour la démocratie.
bellini dit
“Le “choc des civilisation”? je suis contre! ” dit notre commentateur. Oui mais ben Laden est pour. Tous les musulmans ne sont pas terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans. pourquoi? Pourquoi ” Ben Laden est de loin l’homme le plus populaire dans le monde musulman” (Barnavi). Pourquoi Huntington est -il ignoble et infréquentable et Barnavi, qui dit une peu la mème chose, est-il considéré, à juste titre, comme un excellent historien israelien, ami de l’Europe des lumières. Rappelons qu’Huntington a toujours été l’adversaire résolu des néoconservateurs . Il ne voulait pas du “choc des civilisations” expression créée par Bernard Lewis . Et puis arrêtez de mépriser ceux qui vous font peur, surtout quand ils sont américains. Les intellectuels français ont tout perdu , sauf leur suffisance!
Pascal dit
@ C.La Rose
C’était juste un rappel à la modestie -dont vous semblez manquer singulièrement. Rassurez-vous: c’est assez courant.
Bonne année à vous aussi!
C LA ROSE dit
A Pascal
Remplacez “grée” par “reconnaissante”, si vous préférez. Cela dit, vous m’avez comprise, par conséquent, cela n’a pas grande importance.
Quant à la typologie des personnes qui emploient cette expression… je vous laisse vous en remettre à votre boule de cristal : vous y voyez sans doute des choses qui échappent aux autres, moins extra-lucides que vous semblez l’être.
Bien bonne année 2009 à vous !
C LA ROSE
Pascal dit
@ C.la Rose:
Vous terminez vos inepties par les mots suivants:
“le décès de l’auteur risque de remettre en lumière son œuvre majeure et relancer les débats idiots (dont j’ai tout à fait le souvenir) que je vous suis tellement grée de relever comme autant de simplismes obscurantistes”.
Ce qui démontre bien votre propre obscurantisme: vous n’aimez pas les débats approfondis (qui sont au-dessus de vos moyens)et vous ne savez pas vous exprimer en Français(“je vous suis grée” n’est pas français; l’emploient généralement les gens qui disent par ailleurs: “vous n’êtes pas sans ignorer”,…etcetc)
C LA ROSE dit
Quel plaisir, encore, ce nouveau thème de causerie. Vous écrivez : « Son mécano théologico-ethnico-politique lui permet de diviser le monde en huit régions d’importance inégale : occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slave-orthodoxe, latino-américaine et africaine. ». Or, ce commentaire fait écho à une réponse que j’ai faite pas plus tard que cet après midi à un internaute.
Le contexte était celui, actualité dramatique oblige, du Proche-Orient. Cet internaute, pour résumer, se demandait pourquoi les pays arabes ne contribuaient qu’à hauteur de 11% des ressources des Palestiniens, au regard des 48 % « prodigués » par l’Union Européenne, et l’ensemble argumenté sur le mode « ethnico-religieux ». Ce à quoi, j’ai répondu : « en somme, il n’y aurait dans le monde de relations “multilatérales” qu’entre, par exemple, Catholiques, Protestants, Latins, Anglo-Saxons, Germaniques, Asiatiques, Musulmans… ». Ma petite liste n’était pas exhaustive.
Cette causerie est d’autant plus plaisante qu’elle dénonce les « simplismes » de théories totalisantes comme on en voit fleurir des milliers en ce moment de crise financière mondiale. Comme l’événement dépasse un peu la compréhension, alors comme au temps des cavernes face à la stupeur d’un phénomène inconnu, on se cuisine une petite mythologie explicative histoire d’avoir le sentiment de maîtriser quelque chose.
C’est ainsi que sur le site qui héberge mon blog, nous assistons à un déferlement d’articles déclinant toutes les théories « conspirationistes » qui traînent dans les tiroirs depuis trente ans !
Un soir j’ai même vu circuler – à mon grand effroi – une vidéo illustrant le Protocole des Sages de Sion (un ouvrage interdit de publication depuis 1990 en France) émanant d’une espèce de secte canadienne dont l’objet social est de produire des vidéos toutes plus ineptes les unes que les autres. Et en avant, quand ce n’est pas le complot judéo-maçonnique, c’est la CIA, quand ce n’est pas la CIA, c’est Al Quaida, sur fond, justement de théories fumeuses inspirées d’Huntington, abondamment cité à l’appui de ces délires.
C’est pourquoi, lorsqu’un internaute a envoyé un article annonçant la mort de ce Monsieur, je me suis empressée d’adresser le commentaire suivant : “après l’élection d’Obama, c’est la meilleure nouvelle de l’année 2008 !” (assez idiot, je sais, mais irrépressible !). Mais peut-être est-ce la plus accablante, en fait, pour commencer l’année 2009 : le décès de l’auteur risque de remettre en lumière son œuvre majeure et relancer les débats idiots (dont j’ai tout à fait le souvenir) que je vous suis tellement grée de relever comme autant de simplismes obscurantistes.
Le Condor dit
@ Robert Marchenoir
Je trouve plus de mépris dans vos mots que dans les miens. Il est politiquement correct de mépriser l’intellectuel de gauche, chez vous ? Ca ne me touche pas plus que ca, apres tout je ne suis pas un intellectuel et je ne suis pas de gauche.
Je ne méprise pas le travail (meme si le terme “besogneux” peut y faire penser). Je méprise le travail improductif et excessif et l’attitude qui considère le travail comme une vertu sacrée. Le travail n’est pas une vertu pour moi, c’est un outil. A trop user d’un outil, on le casse. Je suis persuadé qu’Hungtinton, qui avait encore l’énergie de vaincre quelques délinquants a la cinquantaine, serait d’accord avec moi.
Et encore une fois, le travail ne suffit pas pour évaluer la valeur d’un bien. Les économistes ont évacué depuis longtemps les théories de la “valeur travail”.
Ce genre de discussion tourne souvent au pugilat oratoire, alors je l’arreterai là. Bonne année tout de même.
BlueRider dit
à M. Miclo, bah, cela devait arriver: J’ai une réedition de cet été! Mon trop récent intérêt pour la géopolitique au travers de la découverte, tant que faire se peut, des vrais buts de la géopolitique internationale, m’a fait rater le coche.
Par contre bien évidemment, je ne retire pas un mot à ma description d’un monde en désordre par la faute de ceux qui devraient donner l’exemple, et qui au lieu de cela construisent des murs, des porte-avions, un bouclier spatial, et confirment depuis Reagan que leur niveau de vie n’est pas négociable.
Le choc des civilisations, apparemment, n’a pas conduit les medias français ou européens, à la prise de conscience qu’ils auraient dû avoir dès le 4 Novembre 2000, pour ne pas parler du 11 Septembre 2001 (sauf dans les toutes premières heures des attentats, où paradoxalement les bonnes questions furent posées, puis occultées depuis la semaine qui suivi… jusqu’à à ce jour). regardons par exemple ce qui s’est passé il y a 2 mois: Au moins 2 candidats sur les 6 pouvant prétendre à rassembler suffisamment de grands électeurs lors de la présidentielle américaine de 2008, ont dénoncé les errements des 2 administrations Bush. Qui en France en a rendu compte?
Qui a parlé en particulier de la représentante verte Cynthia Mac Kinney, félicitée pour son courage politique par quasiment aucun de nos verts chez nous (visitez leurs blogs…). C’est elle qui a tenu tête la première à Rumsfeld et à Myers lors d’une audience du congrès sur les dépenses du Pentagone et les (absences de) responsabilités parmi les officiels qui firent face aux attentats, C’est elle qui a démoncé les fraudes électorales avec les machines DIEBOLD (rebaptisées PREMIERE) , c’est encore elle qui à ce jour demande de revenir en détail sur les attentats. En France…. rien, tout va bien à bord. Ralph Nader a aussi développé des points de vue bien plus vifs pour alerter ses concitoyens… sans parler de Ron Paul ou Dennis Kucinich. En France, rien, TVB à bord.
Donc malgré ma mauvaise information, je persiste et signe: Comme vous je vois beaucoup de dangers dans l’interprétation politique des théories de Huntington. Il faut aller bien plus loin, maintenant qu’avec le recul nous avons vu les désastres qui ont suivi.
Rotil dit
Cher Monsieur Miclo,
Vous commencez votre article ainsi:
“Samuel Hundington vient de s’éteindre…”
Je vous remercie, en ce dernier jour de l’année, de m’apprendre ainsi qu’il s’agissait d’une lumière.
Ai-je bien compté les jours ? Il se serait éteint avant la fin de Hanouka ?
Bref, il n’était pas de suif ?
Inclinons-nous devant sa mémoire !
Après ces galéjades, je souhaite à tous une bonne année 2009…
Robert Marchenoir dit
@ Condor:
“Les besogneux ne font pas forcément des bons esprits.”
Toujours ce mépris des intellectuels franchouillards pour le travail.
Si Samuel Huntington travaillait beaucoup, au point de s’évanouir un jour devant ses étudiants comme je l’ai rapporté, ce ne peut être parce qu’il était travailleur, consciencieux, honnête, modeste et dévoué (qualités que lui reconnaissent par ailleurs ceux qui l’ont connu): c’est, forcément, parce qu’il était “besogneux”.
L’intellectuel de gauche français, lui, n’est pas besogneux: il est naturellement génial.
Le talent, chez lui, est inné. La connaissance ne lui est pas arrivée au bout de longues heures d’étude à la bibliothèque: elle lui a été impartie dès le berceau, par l’opération du Saint-Esprit.
Cela explique que, pour lui, un universitaire mondialement connu qui était un bourreau de travail soit un “besogneux”; ou qu’un homme d’Etat ayant marqué l’histoire de son pays (Margaret Thatcher) soit un “boutiquier”.
L’intellectuel français, ayant reçu l’onction Degauche dès son avènement, peut se permettre, lui, de ne pas travailler.
Là où le “besogneux” Huntington est assez con pour étayer ses travaux, pour truffer ses livres de notes et de références, pour faire travailler une équipe entière de chercheurs sur un ouvrage comme “Le choc des civilisations”, l’intellectuel français balance en librairie un éjaculat de quatre-vingt-pages en gros caractères, sans sources, sans références, sans notes, étayé sur rien, écrit en quelques semaines, et appelle ça un “livre”.
Le bon sens populaire, qui est plus difficile à berner que les “intellectuels” parisiens, appelle ça un branleur.